CHAPITRE XXII
« Mon voyage s'est prolongé par les ennuis que m'a causés la tutelle de votre sœur. Il fallait faire mon devoir , je crois l'avoir rempli en conscience. Vous ferez préparer pour Ethel le petit appartement voisin du vôtre. Notre fortune, notre position dans le monde exigent que votre sœur soit logée convenablement. Les longueurs du procès qu'elle va soutenir la mettent dans notre dépendance; cette considération seule lui assurerait vos égards : elle a d'ailleurs tout ce qui peut plaire et attacher. Elle intéresse tout le monde, vous l'aimerez, quoique vous viviez plutôt pour être aimée que pour aimer... Je crois du moins que les souvenirs d'enfance vous la rendront chère malgré vous. Vous ne m'aviez jamais parlé de vos anciens domaines de Macnally-Castle ; elle m'a conduit dans ce séjour romantique. Elle se souvient de votre départ pour la France ; ses regrets lui sont encore présents , quoiqu'elle n'eût que cinq ans lors de votre séparation.
« Ce voyage à Macnally-Castle n'a pas été inutile aux affaires ; une circonstance romanesque nous a servi à découvrir la retraite d'une vieille servante centenaire. La vérité est toujours incompréhensible ; croirez-vous que le témoignage de cette femme va devenir une preuve concluante en faveur des droits de votre sœur , dans le procès d'où dépend sa fortune? Nous
espérons encore parvenir à retrouver un testament delà plus haute importance; si nous pouvions produire cet acte , il terminerait à lui seul la contestation. Mais nous avons reçu la nouvelle de la mort de cette bonne vieille ; elle a succombé à son grand âge dès le lendemain de la visite que lui fit votre sœur : il y a quelque chose de fatal dans toute l'histoire de votre famille.
« Si nous nous arrêtons à Londres dans cette saison , vous comprenez que ce n'est pas pour le plaisir d'y être. Il paraît qu'un incendie a détruit , il y a quarante ans , une partie des papiers de cet homme d'affaires, circonstance qui m'inquiète , car sans le testament, la déposition de la vieille femme ne suffira pas aux yeux de la cour , bien qu'elle ait été faite devant le magistrat de Cheltenham , qui en a rédigé le procès-verbal. Il ne faut rien négliger pour tacher de retrouver ce précieux testament. On nous oppose un acte de mariage dont il est malaisé de prouver la fausseté sans un écrit contraire et fait en bonne forme : il y va des galères pour la partie adverse ; plus le danger qu'elle court est grand, plus notre succès est incertain.
« Ethel n'a aucune connaissance des hommes ni des choses. Son ignorance vous ennuiera d'abord; c'est vous que je charge de l'initier aux mystères de la vie du monde. Elle a de l'esprit , de l'àine ; vos conseils suppléeront fa-