CHAPITRE XXII
cilement à l'instruction qui lui manque. Elle possède d'ailleurs tous les dons avec lesquels on réussit à Paris , où le naturel est d'autant plus estimé qu'il est moins connu. Vous aurez bientôt mis Ethel à la mode dans le monde, si toutefois on peut dire qu'il y ait encore un monde et une mode dans notre bienheureux pays. Au reste, je n'ai plus le droit d'en parler : six mois d'absence sutfisent pour métamorphoser la France. C'est le pays du monde oii la civilisation a le moins besoin de fruits mûrs.
« J'écris à M. Bernard , afin de vous épargner l'ennui des soins les plus minutieux ; je le charge particulièrement des arrangements à prendre pour mettre l'appartement d'Ethel en état de la recevoir. La pauvre enfant attend tout de vous ; elle n'a jamais connu sa mère , qui était la vôtre ; à peine vient-elle de quitter le deuil de votre père ; elle se flatte de retrouver près de sa sœur toute une famille;... je laisse cet espoir à son cœur ignorant... Peut-être ne se trompe-telle pas. Depuis longtemps , malheureusement , l'amour conjugal ne prend pas assez de place dans le vôtre pour que je puisse me flatter de nuire à vos anciennes affections de famille. Vous n'êtes donc que trop libre de déployer , en cette occasion , toute la sensibilité que je ne vous connais plus ; vous savez qui de
nous a conservé plus religieusement le souvenir d'un temps meilleur.
« J'attends un mot de vous avant notre départ de Londres; de toute manière, je vous écrirai encore une fois pour vous dire le jour et l'heure de notre arrivée. Mon adresse est toujours chez Grignon, Alhemarle street. »
Cette lettre, dictée par le désir de préparer une bonne réception à Ethel, déguisait mal l'amertume qui depuis longtemps troublait les rapports des deux époux.
Elle resta sans réponse.
Après une quinzaine de jours péniblement employés à d'infructueuses recherches pour découvrir les héritiers de l'ancien dépositaire du testament , Gaston céda aux instances d'Ethel et partit enfin avec elle pour Paris.
chapithe xxui. sot