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CHAPITRE IV

la portière sur une J3ète de pur sang , tandis que les autres personnes qui faisaient partie de la société de la comtesse suivaient avec elle le chemin de Londres au milieu du flot d'équipages qui roulait sur cette route changée en fleuve. On ne peut comparer cette fuite rapide d'une foule dont rien n'interrompt le mouvement qu'au cours d'une rivière; c'est un Ilot de voitures; des nuages de poussière ajoutent à l'illusion ; et grâce aux joutes des cochers , à l'ardeur des chevaux , à l'ambition des grooms, les plaisirs très -réels du danger viennent encore se joindre à tous ceux delà vanité. C'est un spectacle unique en Europe que l'aspect de la route d'Ascot après le départ des voitures de la cour. Celles-ci défilent les premières avec la pompe convenable à leur rang , pompe qui s'unit à la plus parfaite élégance; puis on voit fuir une nation d'équipages qui s'écoulent sur le grand chemin , comme l'eau d'un étang se précipite dansun canal dont on ouvre subitement l'écluse. Le plaisii* d'Ethel était un peu troublé parlescris de sa tante ; celle-ci tombait en convulsions chaque fois qu'une voiture approchait de la sienne.

Cette enfant gâtée de la fortune payait en petite monnaie son tribut aux misères humaines; et en vérité, si vous additionnez le total, vous trouverez ce tribut considérable. Bien des men-

dianles n'auraient pas voulu changer de condition avec lady Buckland, si elles avaient su à quel prix il faudrait acheter les satisfactions de vanité enviées par leur ignorance. Les inquiétudes nerveuses qui empoisonnaient celte vie auraient suffi pour faire de cet échange un marché de dupe , je ne dis pas de la part de la fermière , mais même de la part de la Bohémienne des champs.

Depuis longtemps la santé de celte pauvre grande dame donnait les plus vives inquiétudes à ses amis , si toutefois on peut appeler des amis les indifférents intéressés qui composaient sa société intime. Mais l'impossibilité de l'astreindre à aucun régime raisonnable , la nécessité de la laisser veiller, sortir , avaler par ennui une foule de boissons et d'aliments pernicieux pour elle (souvent on mange dans le grand monde pour s'empêcher de bailler), toutes ces inévitables causes de maladie avaient habitué les personnes qui la voyaient à l'idée qu'on ne la verrait pas longtemps, et qu'il était impossible de prévenir ni de retarder le coup qui la menaçait.

La société , dans mes moments de misanthropie, m'apparaît comme le grand hôpital des ennuyés , et je me dis : Si l'on retranchait de cet hospice des esprits oisifs les fous et les incurables, les salons seraient difficiles h remplir...

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