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CHAPITRE IV

surtout ceux qui vivent à la campagne ; ils peuvent être bons ; quant h la bonhomie , elle leur manque toujours et partout , mais surtout à Londres. Voilà ce qui faisait dire si à propos à Lablache: « Ils ne sont jamais tout bonnement! »

A quarante pas derrière ce second couple , les deux laquais, dont l'un portait Bajazet, l'autre la chaise pliante , s'entretenaient ainsi le plus bas qu'ils pouvaient : « Dieu me damne ! disait John , j'aurais donné un demi-crown pour que la vilaine bête eût été écrasée sous les pieds de ce Français : un étranger ! . . . elle ne lui aurait rien dit.

« — Qu'est-ce que tu y gagnerais? répliqua l'autre; elle reprendrait son vieux chat, qui est maintenant relégué chez madame Bustle (la femme de charge), et ce serait encore pis.

« — Ma foi , non ; il n'a pas le dos pelé comme ce roquet ; chaque fois que je le touche , j'ai peur d'avoir attrapé la gale.

« — Il est beau ce Français ce serait un

bon mari pour notre jeune lady.

« — Ellel'écoutera comme l'autre, qu'il essaie.

« — Et pourquoi donc pas ? Qu'en sais-tu ?

« — Elle ne veut qu'un duc.

(( — Qui te l'a dit?

« — Est-ce que tu ne vois pas la manière dont elle traite le colonel Lyndsay , qui tourne la tête à toutes les femmes?

« — C'est vrai ; je suis bien aise que le colonel soit humilié à son tour.

« — Moi aussi ; il est si fier quand on le sert à table! Le duc de W.... me dit merci chaque fois que je lui verse du sherry ; mais lui... on serait un chien qu'il ne ferait pas moins d'attention à vous.

« — Je gagerais que notre jeune lady est amoureuse !

« — Elle est ben trop gaie pour ça.

« — Je l'ai vue pleurer souvent.

« — C'est qu'elle pensait à la mort de son père.. . Mais aussi, comme elle se distrait vite ! ... Un amoureux ne s'oublierait pas comme ça, va. »

Ici le colloque des deux laquais fut interrompu par un cri perçant.

John court en avant : il voit le colonel à terre. Lyndsay se plaint d'éprouver une vive douleur...

« Qu'avez- vous ? s'écrie lady Buckland.

« — Qu'avez-vous ? disent en retournant sur leurs pas Ethel et Montlliéry.

(( — Je me suis donné une affreuse entorse , répond le colonel en faisant de vains efforts pour se relever à l'aide des deux domestiques qui le tiennent sous les bras , tandis qu'il essaie à plusieurs reprises d'appuyer son pied sur l'herbe.

(( — Une entorse peut quelquefois avoir des suites graves , dit Monllhéry.

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« — Oui, et encore à ma jambe favorite.

« — Le colonel n'oublie jamais son rôle , dit Ethel.

« — Cher moi!... cher moi!... que vais-je devenir? s'écrie sans relâche lady Buckland en s'agitant autour du blessé.

« — Il n'y a que moi qui sois à plaindre ici , répond le colonel en s'appuyant contre un des saules de la haie ; je reste à cette place ; John va m'aller chercher mon phaéton et mes gens ; et vous, mesdames, vous retournerez auprès de vos amies.

« — Nous ne vous laisserons pas ici sans secours , colonel , dit lady Ethel en s'approchant de lui.

« — Vous avez bien de la bonté, madame; ce mal est trop ordinaire pour mériter de vous occuper un moment.

« — Vous vous trompez; ce n'est pas du tout en fait d'accidents que j'aime les choses extraordinaires.

« — John , John , s'écrie la comtesse en rappelant de loin le domestique; ce n'est pas vous qui devez aller chercher les gens du colonel; envoyez-y William. Vous savez bien que lorsque Bajazet est avec moi vous ne pouvez me quitter; il est trop turbulent en votre absence. Allez à la place de John, William .

(( — Et la chaise de mylady ?

« — Laissez la chaise ici , et faites venir mou landau en même temps que le phaétou du colonel Lyndsay.

(( — Ma jamhe aura le temps d'enfler pendant la discussion , dit à demi-voix le colonel en se mordant les lèvres.

(( — Elle n'enflera pas,)) reprit assez bas aussi Ethel, qui commençait à démêler la ruse du colonel.

Celui-ci ne répondit rien ; Ethel jeta sur lui un de ces regards qui n'étaient qu'à elle ; ses longs cils noirs recourbés donnaient à ses yeux bleus une expression de douceur qui allait jusqu'à la crainte, tandis que l'énergie de son âme se trahissait dans son regard par une fermeté imposante, qui, selon le sentiment dont elle était animée, devenait de l'intrépidité, de l'indignation même. Chacune de ces afl'ections était peinte sur ce jeune visage aussi fidèlement que les accidents du ciel sont réfléchis par le miroir d'un lac tranquille. La force, dans les caractères doux , acquiert une puissance qu'elle n'a pas quand elle est l'effet de la violence de la nature et de la chaleur du sang.

Peu d'instants après cette petite scène , les gens et les chevaux étaient arrivés : on portait le colonel dans son phaéton , et lady Buckland se hissait dans son landau. Gaston caracolait à

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