CHAPITRE V
des routs, sont au premier étage de la maison. Ethel était Anglaise , ou du moins Irlandaise ; elle retrouvait à Londres les mœurs de son pays, avec un redoublement d'élégance, de gène et de richesse : elle s'ennuyait de cette vie , mais elle ne s'en étonnait pas. On croit qu'il y a beaucoup de sottise dans les cercles fashionahles de Londres ; ce qui me frappe dans cette société, c'est plutôt la bêtise , c'est l'absence totale d'un intérêt d'esprit, d'un mouvement de pensée. La sottise est naturelle à l'esprit français, comme l'ennui appartient essentiellement au génie anglais. Avec un grain de bêtise de moins et de sottise de plus, les Anglais élégants nous ressembleraient davantage et s'amuseraient beaucoup plus. Il a fallu une certaine dose de sottise sans doute, mais bien plus de stupidité encore , pour fonder et soutenir le despotisme de la mode tel qu'il règne à Londres. Le peuple anglais est doué d'une persévérance qui l'a mené plus loin que nous dans plusieurs des routes ouvertes par la civilisation moderne ; mais l'esprit naturel ne se retrouve nulle part en aussi grande dose que chez les Français de la vieille souche; c'est ce qui manque à la conversation des élégants (exquisites) de Londres. Croira-t-on qu'avec le luxe de dignité que j'ai tâché de peindre , et qui approche des cérémonies de l'Inde et de la Chine, les plus grands
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seigneurs de l'Angleterre ont conservé l'usage de se lever de table , après le départ des femmes , de cette même table qui ressemble à l'autel d'une pagode où chaque convive peut se croire une idole encensée par une phalange de prêtres muets? et pourquoi faire? pour s'en aller dans la 7nême chambre, quelquefois derrière un rideau ou un paravent , quelquefois seulement au coin d'un buffet, satisfaire devant tout le monde à un besoin rendu plus pressant par l'usage du vin et des boissons fortes ' ! Voilà pourtant ce qui arrive dans la salle à manger des plus grandes dames de Londres , et ce qu'on punit dans la rue quand un rustre ou un étranger contreviennent aux ordonnances de police.
La duchesse de Fonthill venait d'emmener les dames; les hommes avaient usé de tous leurs droits et renvoyé valets de chambre et valets de pied , selon l'expression usitée aujourd'hui en France ;, malgré toutes les révolutions que nous avons déjà subies en faveur de notre
' Fait véritable. En 1836, l'auteur, dînant avec le duc de*'^'^ et le comte de '^*'*', a vu ces messieurs , qui se reconnaissent pour les premiers hommes du pays le plus civilisé du inonde , payer ce tribut aux nécessités de la nature et à l'usage établi de temps immémorial dans toute l'Angleterre.