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CHAPITRE VII

« — Chut ! » répond le colonel en regardant Montlhéry.

Ethel souffrait de le trouver entouré de gens inférieurs à lui , et encore plus de voir k quel prix il obtenait leurs suffrages. La légèreté avec laquelle il venait de parler de sa femme, d'une femme qu'il était au moins obligé de protéger, puisqu'elle portait son nom, l'irritait contre lui, et l'affligeait pour elle-même : elle aurait voulu l'attirer près d'elle, l'entraîner loin de ses complices de perversité et de fausse élégance ; mais il n'y avait plus là de cheval arabe, et les barrières étaient insurmontables. Elle le sentait, et cherchait à rejoindre sa tante, afin de demander à la comtesse de quitter le bal. M. de Montlhéry s'approcha d'elle, la salua, lui dit quelques mots polis et s'éloigna ; il ignorait les propos dont leurs entretiens et la promenade du parc avaient été la cause, mais il connaissait le monde : c'était assez pour justifier sa réserve en public.

Les fêtes , oii triomphent les fats et les indifférents , sont ordinairement l'enfer des amou-^ reux ; la discrétion qu'ils s'imposent et la jalousie qu'ils éprouvent leur déchirent le cœur à l'envie.

En ce moment, une rumeur extraordinaire s'éleva du fond de la salle de bal. « C'est, sans doute , la princesse de la Lippe qui se retire , »

disait-on de tous côtés en s'empressant de se lever pour la voir partir. Ethel ne s'était pas même doutée de la présence de cette dame.

Le bruit n'était pas causé par le départ de la princesse. La maîtresse de la maison arrive un peu troublée , et s' adressant à Ethel : « Votre tante, lui dit-elle, est souffrante; elle vous demande. » Rapide comme l'éclair, Ethel se lève, traverse la foule et court vers sa tante.

Lady Buckland a les traits fort altérés ; elle veut se lever ; elle retombe sur sa chaise.

(( C'est un accès de goutte , dit-elle.

« — C'est bien une belle et bonne attaque d'apoplexie, dit à l'oreille de la duchesse de Fonthill une de leurs amies intimes ; elle n'aura pu supporter les galanteries du duc de Chfton auprès de miss Malvern ; le sang lui porte à la tête : emmenez-la , emmenez-la , sinon elle va mourir ici. »

Ethel entend une partie de ce discours ; elle aperçoit M. de Montlhéry et court au-devant de lui sans s'inquiéter des regards qui la suivent. «Aidez-moi, lui dit-elle, à secourir ma tante.»

Montlhéry et deux ou trois autres hommes emportent lady Buckland jusqu'au bas de l'escalier ; la voilure avance, les domestiques hissent la malade jusque dans le landau , Ethel y monte avec M. de Montlhéry , et la duchesse de Fonthill se charge d'envoyer dire à l'un des plus

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