CHAPITRE VII
tions du sol irlandais , je pars pour Macnally- Caslle. — Mais cette taille divine, colonel, ces épaules , celte élégance naturelle dans les moindres mouvements du corps , cette adorable pureté de contours , tout cela ne peut se perdre , même à Londres , répliquait un jeune homme plus hardi que les autres. — Je vois aussi bien que vous tout ce qu'il y a de femme là dedans , » répond avec dédain le colonel, en jetant sur Ethel un regard indéfinissable par le mélange d'indécence et de dépit qu'il exprimait ; ce regard ne pouvait frapper que ceux qui savaient le fond de la pensée de l'homme. « Je dis seulement que dans deux mois... je vous l'abandonnerai à tous. »
Le colonel ne laisse pas à ses auditeurs le temps de répondre à tant d'impertinence ; en ce moment, le jeune voyageur qui venait de demander à M. de Montlhéry des détails sur la société de Paris traversait le palier pour repasser dans la salle de bal. Le colonel Lyndsay l'arrêta : « Vous allez à Paris? lui dit-il. — Oui, colonel. — Vous n'y avez jamais été? — Non. — Comment se fait-il que vous ne m'ayez pas demandé des conseils sur la manière de vous y conduire? — Mais..., dit en balbutiant le jeune homme interdit , je connais Montlhéry, et...
c< — Montlhéry ! . . . Montlhéry a de l'esprit , il est à la mode. . . mais il est Français, et les Fran-
çais ne savent pas aussi bien que moi comment il faut qu'un étranger se conduise en arrivant chez eux. Faites comme moi : à mon premier voyage, j'ai senti tout de suite que si un homme qui n'est ni sot , ni désagréable , doit faire la mode dans son pays, il doit commencer par la suivre en pays étranger. L'essentiel est donc de deviner la femme vraiment à la mode , afin de ne faire votre cour qu'à elle en public. Tout le monde ne sait pas quelle est la femme à la mode. Chaque femme un peu belle et riche a ses prôneurs , mais il ne faut surtout pas s'y méprendre ; tout dépend de la justesse du premier choix
« — C'est donc pour cela, interrompit Mont- Ihéry, qui l'écoutait depuis un moment sans être aperçu , que vous avez eu la constance de faire si longtemps la cour à ma femme ? J'étais tenté alors de vous appliquer le mot de je ne sais plus quel mari : a Quoi ! monsieur, sans y être obligé ? »
Cette boutade conjugale et cette manière de se sacrifier soi-même eut beaucoup de succès, d'autant plus qu'elle n'apprenait rien à personne. Il ne se la serait pourtant pas permise s'il eût aperçu Ethel. Celle-ci avait reconnu la voix de Gaston.
« Et votre pari, colonel! s'écrie le duc de***.