CHAPITRE VIII
de sa pauvre maîtresse, tandis que John s'était tenu presque tout le temps dans le cabinet voisin , d'où il pouvait entendre naturellement ce qui se passait dans la bibliothèque. Ces braves gens , fermes sur la morale comme tous vrais Anglais, trouvaient inconvenant qu'une jeune personne restât enfermée la nuit dans la compagnie d'un homme qu'elle connaissait depuis peu de temps. L'espionnage des domestiques anglais est proverbial.
Ces énormités , et bien d'autres détails amplifiés de la manière qu'on peut se figurer, firent dresser les cheveux à la tête de la duchesse de Fonlhill. La noble dame, dans sa vertueuse indignation , jura de ne Jamais revoir lady Ethel : c'est, ajouta-t-elle avec attendrissement , ce qu'elle croyait devoir à la mémoire de sa meilleure amie lady Buckland. Elle répéta plusieurs fois , avec la dignité naturelle aux personnes de son rang et de sa vertu , qu'il fallait abandonner Ethel au sort qui l'attendait , et se hâter d'instruire les amis de la comtesse, c'est-à-dire le monde, de la conduite d'une jeune personne qui, dès cet instant, avait perdu tout droit à l'intérêt des honnêtes gens.
Mistress Evens, qui n'a jamais négligé une occasion de faire preuve de prudence , pria la duchesse de Fonthill de ne [)as s'en rapporter
98 ETIIEL.
à son seul témoignage, mais de vouloir bien interroger l'homme d'affaires de la comtesse, personne respectable , et qui ne manquerait pas de lui exprimer la même indignation sur ce qu'il avait vu en entrant dans la chambre de la morte, a Je le ferai sans nul doute , répliqua la duchesse ; ce conseil justifie l'opinion que j'ai toujours eue de votre modération et de votre justesse d'esprit, ma chère madame Evens. Priez donc M. Barckley de passer chez moi aujourd'hui même à trois heures ; ma porte ne sera ouverte que pour lui. » Là-dessus elle congédia mistress Evens en la louant encore de son zèle pour les bonnes mœurs... des autres. Celle-ci répondit , avec une fermeté modeste et mesurée, telle qu'il convient aux grandes âmes condamnées aux petits emplois : « Que, tant qu'elle resterait sous le toit de son ancienne maîtresse, elle saurait faire respecter en tout point l'honneur de la maison , comme si la comtesse l'habitait encore... et mieux...
« — Lady Buckland a-t-elle laissé un testament? ajouta la duchesse en retenant mistress Evens , qui s'apprêtait à descendre de la voiture pour rentrer dans la maison.
(( — Votre seigneurie peut être assurée que madame la comtesse n'a pas fait de dispositions : aucune de ses actions, je puis dire de ses pensées, ne pouvait m'échapper ; et si elle avait