CHAPITRE VIII
tournant sur ses pas , il sort comme il est entré , sans qu'aucun des spectateurs pétrifiés ait seulement pensé à lui adresser la parole '.
La comtesse avait plusieurs pendules françaises: elle s'était abonnée avec un horloger français pour qu'il vint à heure et à jour fixe les monter et les régler chez elle. Celait le jour de la semaine où l'implacable ministre du temps avait coutume de remplir cette charge. Comme il n'y a pas de portiers dans les maisons anglaises , il était entré par la porte de la rue qu'il avait trouvée ouverte; le désordre qui régnait dans celte maison désolée lui avait permis de pénétrer jusqu'à la bibliothèque sans rencontrer personne : il vit bien le lit de la morte; mais, n'ayant pas même jeté les yeux sur elle, il crut qu'elle était malade. Peut-être, lorsqu'il rentra chez lui, ne savait-il pas encore que la comtesse de Buckland n'existait plus.
Voici pourquoi il avait trouvé la porte de la rue ouverte. La duchesse de Fonlhill , en apprenant la mort subite , quoique prévue depuis longtemps , de son amie , eut aussitôt l'idée de proposer à lady Ethel un asile dans sa maison , jusqu'à ce que l'intéressante orpheline pût prendre un parti convenable. Sentant qu'il n'y avait pas un instant à perdre si elle voulait
' Fait véritable.
exo'CiUer son dessein, elle se rend h la porte de lady Buckland, et fait demander mistress Evens, afin de charger celte femme de faire part de sa proposition à lady Etîiel. L'horreur naturelle des gens du monde pour la mort est si prononcée, qu'elle éprouvait une répugnance invincible a la seule idée de poser le pied sur le seuil de cette maison.
Au moment où l'on avait averti mistress Evens de la présence de la duchesse de Fonthill, cette femme sortait de la chambre funèbre avec l'indignation de la surprise : c'est dans la première émotion, et avec les amplifications naturelles en pareille circonstance, qu'elle rendit à la duchesse de Fonthill, curieuse et maligne tout commeune autre, uncompte détaillé de ce qu'elle appelait la scandaleuse conduite de lady Ethel.
En montant dans le landau de la duchesse , la femme de charge n'avait pas refermé derrière elle la porte de la maison , restée ouverte à tous venants , et à l'horloger aussi bien qu'aux autres.
Si on lui eût laissé le temps de la réflexion , il est probable que mistress Evens eût été plus discrète; mais, interrogée à Timproviste, elle ne put déguiser sa colère, dont l'explosion fut fatale à la réputation de lady Ethel. Mistress Evens dit qu'elle avait passé la nuit à la i)orte de la bibliothèque où élait le corps