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CHAPITRE IX

Gaston connaissait un des premiers jurisconsultes de Londres, chez lequel il se rendit à l'instant même avec l'avocat de la comtesse , afin de régler avant tout les affaires d'intérêt et de convenir de la marche à suivre pour éviter des vices de forme qui pourraient dans la suite lui susciter des embarras. Chemin faisant, Gaston exphqua le^ plus simplement qu'il put à l'avocat la circonstance bien innocente qui avait compromis lady Ethel aux yeux de mistress Evens. L'avocat comprit parfaitement la chose; il la vit du bon côté; enfin il promit d'acheter, moyennant une somme considérable , la discrétion de mistress Evens, du régisseur et de John. Malheureusement elle n'était plus à vendre.

Il n'est pas inutile de dire que cet avocat n'était pas entré aussi vite que les deux autres personnes dans la bibliothèque , circonstance qui lui permettait d'affirmer en conscience qu'il n'avait rien vu de répréhensible.

Tranquille sur ces points importants , Gaston ne songea plus qu'à quitter Londres avec lady Ethel. Il ne tarda pas à se consoler des propos de mistress Evens , en pensant qu'Ethel , calomniée, abandonnée par les amis de sa tante, n'en serait à lui que plus vite et plus exclusivement : un voyage en tête-à-tête comblait ses vœux. Ethel aurait désiré se rendre à Paris sans retard pour se réunir à sa sœur ; mais Gaston

lui fît comprendre l'impossibil^*"' de quitter l'Angleterre avant que ses affaires fussent arrangées. La successioii au comte Macnally n'était point liquidée , le changement de tutelle allait exiger de nouvelles formalités. La présence de l'héritière et de son tuteur pouvant devenir indispensable à Macnally-Castle , il fallait se tenir dans le voisinage de l'Irlande. Elhel reconnut la justesse de toutes ces considéx\^tions, et consentit à différer son départ pour Paris jusqu'à ce que son beau-frère eût mis sa fortune en ordre.

Tout s'arrangea comme le désirait Gaston , et , le lendemain des funérailles , Elhel et Mont- Ihéry étaient prêts à partir en poste , non pour la France , mais pour la partie de l'Angleterre qui avoisine l'Irlande. Ils devaient être suivis d'un fourgon qui transporterait leurs gens et leur bagage ; on convint seulement que la femme de chambre d'Ethel monterait avec elle dans la calèche de Gaston.

Les chevaux étaient mis, les voyageurs allaient quitter Londres ; un domestique vient dire à Gaston qu'une dame demande h le voir. « Son nom ? — Elle ne veut le dire qu'à monsieur. Elle est déjà venue plusieurs fois ce matin pour voir lady Ethel ; on lui a répondu que sa seigneurie ne reçoit que les personnes qu'elle connaît : maintenant elle revient, dit-elle, pour

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parler h moi mr le comte. — Quelle toiirnm^e a-t-elle ? comment est-elle habillée ? — Elle a l'air d'une dame. » '

Gaston passe dans un cabinet , et donne l'ordre de Lire monter.

Il voit entrer une femme de trente-cinq à quarante ans , fort convenablement habillée , et dont la tournure lui paraît assez distinguée. Après l'avoir fait asseoir, il la prie de lui dire ce qui l'amène.

« Vous trouverez , monsieur , le sujet de ma visite un peu singulier de la part d'une femme qui n'a pas du tout l'honneur d'être connue de vous; mais je suis autorisée , et pour ainsi dire forcée à cette démarche par des personnes auxquelles j'ai l'habitude de reconnaître le droit de diriger ma conduite.

i< — Que puis-je faire pour vous , madame ?

« — Monsieur, comme je viens de vousledire, des personnes respectables par leur expérience et par le rang qu'elles occupent dans le monde ont pensé qu'il était impossible qu'un homme aussi distingué que vous l'êtes sous tous les rapports exposât une jeune personne de l'âge de lady Ethel Macnally aux propos malveillants du monde en voyageant seul avec elle ; sachant qu'il n'y avait plus un moment à perdre pour éviter un tel scandale , elles m'ont envoyée ce matin offrir moi-même mes soins à lady Ethel,

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que je ii':ii pu voir ; je venais lui proposer de raccompagner peiidanL ses voyages jusqu'à son entrée dans la maison de sa sœur. »

Gaston pâlit ; il avait espéré se soustraire et soustraire Ethel à la surveillance publique. « Avant tout, madame, permettez-moi de vous demander quelles sont les personnes qui prennent un intérêt si actif à la réputation de ma pupille.

« — Elles m'ont expressément défendu de les nommer ; leur respect pour la mémoire de lady Buckland est la seule cause du soin qui les préoccupe.

« — Vous comprenez , madame , qu'il m'est impossible de coniier à une inconnue la charge délicate que vous offrez de remplir auprès de ma belle-sœur.

« — Monsieur, j'ai été longtemps institutrice, et je vous apporte des lettres de recommandation écrites par les premiers personnages de l'Angleterre ; elles vous prouveront que vous pouvez avoir toute confiance en moi.

« — Je n'en doute pas , madame , mais je ne suis pas assez étranger au monde pour que les amis si prévoyants qui vous envoient n'aient pu s'adresser à moi eux-mêmes s'ils avaient jugé à propos de me donner le conseil que vous m'apportez assez singulièrement de leur part.

« — J'ignore, monsieur , les raisons qui déjà

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