CHAPITRE IX
« Vous n'embrassez pas voire frère? dit-il.
« — Vous ne l'êtes plus, je le sens!
Je sais peu ; je devine beaucoup : il y a dans vos regards , dans votre pensée... quelque chose de mauvais qui me blesse.... qui m'offense... sans que je puisse dire précisément d'où naît cette impression pénible... Vous me méprisez !... Moi humiliée , jamais ! jamais!... je vous quitte et ne vous reverrai de ma vie. Adieu ! « Elle s'approche de la porte.
« Que deviendrez-vous ? Oii irez-vous?
« — Que sais-je?... d'ailleurs ne suis-je pas dans mon pays? J'invoquerai les lois ; je me ferai ramener à Macnally-Castle. Là j'ai un ami : le curé du lieu, qui m'a instruite dans la religion de mes pères ; il me protégera contre le monde, et surtout contre vous.
« — Ah ! vous ne trahirez jamais le secret de mes sentiments pour vous ; ce serait un abus de confiance indigne de la générosité d'Ethel !
« — Vous avez bien abusé de ma confiance en vous , vous !
« — J'ai pour excuse laviolence de ma passion; mais vous , calme comme vous l'êtes , assez calme pour calculer votre ftiife et causer froidement mon désespoir , pour préparer ma perte par notre séparation, vous me faites de sang-froid plus de mal que mon plus cruel ennemi ne pourrait m'en faire, même dans l'emportement de la I. S
U'i ETHEL.
haine. Ai -je mérité ce traitemenl de votre part , Ethel , moi qui ne voulais vivre que pour vous ?
« — Oui, h condition de me perdre, n'est-ce pas? Pourvu qu'il soit le maître, le tyran veut bien porter la livrée de l'esclave. Le beau mérite!
« — Connaissez-moi mieux , Ethel. Je veux me consacrer à vous, mais sans espoir... sans récompense. Vous avez besoin de protection.... Je ferai pour vous tout ce qu'un frère pourrait faire, et vous ne ferez rien pour moi , rien : je vous donnerai tout ; je me donnerai moimême.... pour rien. »
Ethel, attendrie parce qu'elle est confiante, se rapproche et lui tend la main. « Je vous crois; votre noble front n'est pas celui d'un menteur ; vos yeux sont transparents , vos larmes sincères.... Ah! la physionomie ne trompe jamais!... et j'y sais lire. Gaston, ne me regardez pas ainsi; vous ne savez pas combien ce regard me trouble.
« — Ethel ! Ethel ! . . . vous ne savez pas ce que vous exigez de moi , ... de nous ! . . J'ai besoin de vous fuir ce soir, puisque vous le voulez !... A demain. » Ethel ne répondait pas. Gaston continue : « Nous resterons ensemble, n'est-ce pas? Vous me le jurez ?
« — Jamais je ne jure.