‹ EthelChapitre 58 sur 172 · CHAPITRE IX. Ml · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. Ml

« Faudra-t-il vivre toujours comme nous vivons? dit Gaston inquiet et irrité.

« — Que voulez-vous dire? repond Ethel.

« — Je veux dire que nous ne vivons pas comme il serait naturel de vivre dans notre position ; le monde , la mort , tout conspire pour moi ; vous seul'" vous me refusez le bonheur que le ciel m'ac ; seule vous résistez à notre

destinée, et cependant cette destinée s'explique même à votre cœur ; vous m'aimez malgré vous.

« — Je vous Tai dit dès le premier jour : je vous aime comme mon frère.

« — Votre frère ! . . . D'abord , je ne suis pas votre frère. . . moi ! ... et puis je veux être votre. . . votre appui, votre défenseur, votre ami... je veux être tout pour vous comme vous êtes tout pour moi. »

Il s'api>i'oche d'Éthel et lui prend la main qu'il presse contre son cœur. « Ethel , sentez comme il bat...

« — Le mien bat aussi , mais de peur. . .

« — Faites taire cette crainte, vous la changerez en félicité.

« — Il n'y a pas de bonheur avec le remords !

« — Vous êtes à moi aux yeux du monde.

« — Que m'importe le monde? Je ne vis que pour ma conscience.

« — Votre conscience ne vous reproche-t-elle pas mon malheur ?

i\2 ETHEL.

(( — J'ai suivi votre direction... Puisque vous connaissez le monde mieux que moi , pourquoi m'exposez-vous à ses soupçons ? Si j'ai encouru le blâme , le coupable ce n'est pas moi , c'est vous. De quoi vous plaignez-vous? Je vous ai obéi , voilà tous mes torts.

(( — Vous m'avez obéi pour des choses sans importance , et vous me résistez dans ce qui fait le destin de ma vie. »

Malgré sa passion , Gaston était frappé de la justesse inattendue des arguments d'Ethel et de l'espèce d'éloquence naturelle, du talent inné d'expression dont elle se servait dans l'intérêt de sa défense personnelle. Tout ce qu'il découvrait au fond de l'àme de cette noble fdle exaltait son amour en éloignant ses espérances.

Il passe un bras autour de la taille d'Ethel. « Enfant adorée , lui dit-il en cachant sous une caresse sérieuse et presque paternelle la passion qui le dévorait, enfant adorée! si, au lieu de parler comme un avocat, tu pensais comme une jeune fdle, nous vivrions l'un pour l'autre, et nous serions heureux .

« — Eh! pour qui donc vivons-nous? notre bonheur serait assuré si vous ne le troubliez pas.

« — Sois h moi !

« — Ne suis-jepas à vous depuis longtemps? »

Il veut l'embrasser. Elle se lève avec colère.

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