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CHAPITRE XL

puiserait dans les leçons des hommes. L'âme d'un homme , quelle que soit d'ailleurs l'énergie de sa nature, si c'est une mère qui l'a développée, tient de la femme une pudeur invincible; au contraire , le cœur de femme, même le plus tendre , formé par un père, tient de l'homme une certaine austérité étrangère à sa nature. Cette remarque explique le caractère d'Elhel.

A quelques jours de la scène qu'on vient de lire, elle se promenait avec Gaston dans un jardin solitaire ; tous deux paraissaient pensifs sans tristesse.

« Le château de Macnally, dit tout à coup la jeune et capricieuse Irlandaise, estsituédans une contrée romantique, au bord d'un étang qu'on peut appeler un lac, et non loin delà mer, qui, dans ces parages, est bordée par une falaise de basalte fameuse sous le nom de Chaussée des Géants (the Gianls' Causeicay) : c'est un amas de roches régulièrement taillées et semblables aux colonnades naturelles de la Grotte de Fingai dans l'ile de Slafla. Les montagnes de la partie de l'Irlande que nous habitons ont toutes des formes artificielles : cette architecture planétaire, comme disait mon père, fait l'admiration des naturalistes et l'étonnement des peintres. Un tel encombrement de piliers gigantesques entassés à perte de vue au bord de la mer donne à la côte une apparence de constructioii

régulière ; et comme cette production du sol dépasse la mesure de la puissance humaine, on l'attribue à une race inconnue. Mon père, qui avait voyagé partout , m'a souvent répété qu'il n'avait rien vu nulle part d'aussi extraordinaire.

« Nous autres Irlandais, nous aimons les songes : notre vie prête aux rêves ; elle ressemble au sommeil des autres lorsqu'il est pesant. Depuis Ossian ' jusqu'au bon curé de Macnally- Castle , tout ce qui naît chez nous est dominé d'un sentiment poétique. Voilà pourquoi je suis... comme je suis!

« L'aspect mélancolique de nos montagnes dépouillées de végétation; la verdure des pâturages , coupés par des haies de joncs marins ou par de petits murs en pierres sèches bâtis à hauteur d'appui pour suppléer aux belles haies d'arbres qui nous manquent ; le voisinage de la mer ; la teinte d'un ciel presque toujours nuageux , mais moins gris que celui de l'Angleterre ; l'aspect de la solitude ; la violence d'un vent sans bruit, parce que notre sol est privé de bois; la multiplicité des oiseaux de passage ; les grues voyageuses qui s'abattent par troupes entre les glaïeuls de nos marais; les râles qui

' On sait que les Irlandais et les Ecossais se disputent Ossian,

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