CHAPITRE XIII. IGI
pensée basse, vous ne seriez plus pour moi qu'un oppresseur , et je vous quitterais à l'instant. »
Ainsi, le malheureux était forcé, par sa passion même , à pratiquer des vertus qui l'éloignaient de son but. Il ne retirait ni les avantages du bien qu'il faisait, ni ceux du mal qu'il souhaitait; il en était réduit a maudire le jour où il avait rencontré Ethel pour la première fois , à blasphémer l'amour, à invoquer l'absence , l'indifférence , la haine , la mort. Sa patience était à bout ; un crime lui eût paru préférable à l'attente sans terme d'un bonheur toujours plus incertain, car il était le prix d'une délicatesse affectée , et dès lors inefficace.
Tout abandonner, livrer Ethel à elle-même , était une pensée qui lui venait souvent ; mais son faible cœur saignait quand il se disait : « Je ne la verrai plus ! » Elle avait quelquefois paru l'aimer, du moins craignait-elle de le quitter; comment se résoudrait-il à se priver des illusions que lui causait cette crainte?.... D'ailleurs pouvait-il la laisser dans l'embarras ? Il la voyait obligée de défendre toute seule sa fortune au milieu d'un monde hostile, envieux et dont elle ignorait la profonde malignité. Peut-être, en cédant à son dépit , allait-il exposer cet ange à la corruption des hommes ; il se reproche-
mit toute sa vie les fautes qu'Ethel pourrait commettre plus tard s'il l'abandonnait à ellemême par un mouvement de fureur amoureuse. Il était malheureux , et d'autant plus à plaindre que c'était lui , lui uniquement qui avait fait sa position et celle d'Ethel. 11 se sentait humilié autant qu'affligé.
Son refus subit et non motivé de conclure la transaction convenue aigrit là partie adverse : à cette nouvelle , le prétendu lord Maciially avait confié la conduite de son aflaire aux hommes les plus habiles de l'Irlande , et il venait aussi de prendre pour avoué a Londres ce même M. Barclay qui avait offert ses services à lady Elhel.
Le procès ne devait pas se plaider à Londres ; mais on aurait à prendre bien des renseignements, et à remplir bien des formalités, qui exigeaient dans cette ville l'intervention des gens du métier.
De son côté , Gaston , qui se repentait de sa faute, ne négligea rien pour défendre en conscience les intérêts de sa pupille ; il se rendit luimême seul à Londres et à Dublin , laissant pour un temps Ethel à la campagne : cette pénible absence fut courte ; pourtant il ne revint auprès d'elle que lorsqu'il eut consulté les hommes de loi les plus célèbres de l'Angleterre , et choisi un avocat distingué dans le barreau de Dublin pour