CHAPITRE XIII. 4(j
défendre la jeune hérilière contre le faux comte Macnally.
Par les ordres de Gaston, le régisseur de lady Ethel recueillit à Macnally-Castle tous les renseignements favorables à la cause de l'orpheline ; mais un témoignage manquait : c'était celui d'une femme de charge, Nelly Brooks, qui , depuis son enfance, n'avait jamais quitté la maison d'Ogle lord Macnally, ni pendant le séjour du comte aux Indes, ni depuis. On assurait que peu d'années avant la mort du père d 'Ethel , une parente du régisseur avait vu cette femme vivante; mais la parente était morte. La vieille devait avoir cent ans ; on ignorait le lieu de sa retraite, et l'on ne pouvait plus s'assurer de son existence. Elle avait quitté l'Irlande à la mort d'Ogle Macnally pour retourner en Angleterre, sa patrie. Le témoignage de la vieille Nelly Brooks eût été concluant ; mais comme il manquait , les pièces écrites devaient seules décider la question. Malheureusement le nouveau lord Macnally s'appuyait sur im acte de mariage qui paraissait en règle.
L'affaire fut portée devant la chancellerie de Dublin. Un premier jugement allait être rendu en faveur du demandeur : Ethel eût été immédiatement dépossédée , et son adversaire serait entré en jouissance de tous les biens immobiliers des Macnally , si l'un des avocats d'Ethél
n'eût insisté pour qu'on accordât au moins un délai pendant lequel il se faisait fort de produire le témoignage de la vieille Nelly Brooks , l'ancienne femme de charge d'Ogle lord Macnally, et de prouver que l'acte de mariage invoqué par le soi-disant lord Macnally n'établissait pas clairement l'état de la femme épousée , disait-on , à Calcutta par Ogle lord Macnally ; cet avocat soutenait que la prétendue lady Macnally n'avait été qu'une concubine , et qu'elle n'avait pu en aucun cas s'élever, même avec le consentement de feu Ogle lord Macnally , jusqu'à la condition d'épouse légitime , étant née quarteronne à la Nouvelle-Orléans , d'où elle avait passé dans l'Inde pour y tirer parti de sa beauté. Cet avocat obtint le sursis demandé ; mais malgré ce retard , on regardait généralement la cause d'Ethel comme perdue. En attendant un jugement définitif, les revenus de Macnally-Castle , perçus par autorité de justice , devaient rester en dépôt à la chancellerie de Dublin. On prélèverait seulement sur ces rentes immenses une modique pension alimentaire accordée à celle des deux parties attaquée par l'autre.
La nouvelle de cet échec consterna Gaston. La fortune d'Ethel lui parut perdue, et il se disait que sa passion insensée était la seule cause de cette catastrophe. A quoi ses faux calculs l'avaient-ils mené? Si, loin d'abuser de la