‹ EthelChapitre 98 sur 172 · CHAPITRE XIV. ISr · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV. ISr

dans ses bras , l'épouser , pour se venger de Gaston. Le ressentiment dure longtemps dans un cœur comme celui d'Ethel : elle n'a rien promis ; d'où vient à Gaston la témérité d'espérer ? Il se figure aussi la joie , il ressent le triomphe de son rival ; il analyse jusqu'aux mouvements les plus fugitifs de ce cœur amoureux et comblé d'un bonheur inespéré par le seul message d'Ethel ; il s'associe avec rage au délire de Broadlands ; et cette lumière qui lui fait lire involontairement dans l'àme d'un rival heureux le désespère : il a la fièvre... il est frénétique , il va mourir... il voudrait tuer Broadlands pour arrêter le cours des fatuités d'un rival. Broadlands, le monstre, est au comble de la joie; n'osat-il qu'espérer le bonheur, cet espoir serait un crime, quand lui, Gaston, n'espère plus rien , et. . . pour comble de honte ! lorsqu'il est presque forcé à une reconnaissance sans espoir... Oh! le triomphe de Broadlands en ce moment est un affront insupportable î... Que faire ?. . . que résoudre ?.. . Espionner Ethel, jamais!... Il mourrait de jalousie plutôt que d'épier la femme qu'il aime.... du moins , c'est qu'il croit... en cet instant, car que n'obtient pas la jalousie d'un cœur possédé par elle?... Ce démon prend toutes les formes , réfute tous les principes, surmonte toutes les résolutions ; il remonte jusqu'aux sources du sentiment :

il ravage l'homme intérieur 5 c'est l'ouragan de l'âme ; nulle vie ne lui résiste; nul esprit, nulle vertu, nulle raison, ne tiennent devant lui ; pour changer un cœur, il n'a que faire d'éloquence ; il dédaigne les paroles , le raisonnement ; il s'arme d'une pensée , et c'est toujours la plus folle à laquelle il s'arrête , la plus absurde ; il saisit cette pensée comme un poignard ; il pousse au cœur : là , il suspend le mouvement, il déchire, il aveugle à force de douleur, et puis... il fait ce qu'il veut!... Ah! la jalousie , personne ne la connaît , quoique tout le monde en parle. Chaque homme a sa jalousie, et tant qu'un homme n'est pas mort de jalousie, tant qu'il n'est pas devenu un assassin par jalousie , il ne sait pas ce que c'est que ce mal , à moins d'avoir du génie. Shakespeare l'a su, Molière l'a su , Racine l'a su ; après eux , personne. Que résoudre ? Laissera-t-il Broadlands s'entretenir seul avec Ethel, qui croit ne pas l'aimer et qui peut se tromper elle - même ? Sait-on où s'arrêtent les déceptions des cœurs sincères? la nature est inépuisable en surprises. «Ethel, Ethel, vous ne mentirez jamais , je le sais , parce que je vous aime ; mais qui m'assure que vous ne vous démentirez pas ?. . . Vous connaissez-vous assez vous-même pour répondre de vous ? »

Ces réflexions et bien d'autres agitaient le

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