Éthel souvenirs d'Afrique
BRDANT que VOUS ètcs an Meviciue, j'inscris \otre nom sur la première |iage de ce livre, sans vous en de»
mander la permission. Cest un souvenir africain que je vous envoie. Puisse -t-il vous agréer. Après le plaisir qoe j'ai éprouvé à récrire» en pensant à vousî ce sera la plus douce satisfaction que
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m'aura donnée cette œuvre. £n la lisant, vous yerres cp'elle a été composée en grande partie avec des choses que nous avons vues ensemble. Je n'oublie pas que si j'ai pu les voir, et les bien voir jusqve dans les plus intimes détails , c'est uniquement à vons que je le dois. Il y a donc de lu reconnaissance aussi bien que de Tamitié vive dans le fait de cette dédicace ; il m'a semblé qn'mi bon sentiment ne pouvait jamais rien gâter. Et j'ai cédé, en écrivant votre nom, à la première inspiration de mon cœur*
Je me sois attaché dans ce firre à peindre la natui c de nos possessions septentrionales d'Afrique avec une vérité que la photographie pourrait envier. Je n*ai voulu ni embellir ni enlaidir ce que j'avais eu devant les yeux. Je laisse ces procédés aux habitudes et au tempérament des écri\ains algériens. Ils s'en servent admirablement suivant la bannière sous laquelle ils sont enrôlés ; et c'est Jnen assez ; quelques bons esprits trouvent même que c'est trop» Telle qu'elle est, sans surcharge d'aucune sorte, l'antique terre Numide et Manri^ taoienne, sur laquelle flotte notre drapeau, m'a paru asses canewte^ ossee digne d'intérêt à quel* que point de vue qu'on se place. Un autre, plus
savant qae moi, aurait pu multiplier les détails
ethnogra})hiques, remonter jusqu'aux compagnons de Jugurtha et de Massinissa, sans oublier les Vandales de Genséiic et les l»arbares de toute race qui combattaient sous la bannière des BéHsaire et des Narsès, tout cela pour expliquer bien des usages qui se conservent traditionnellement sous la tente ou dans le bordj ; il aurait pu faire de même eu s'appesantissant sur les richesses natnrdies afin d'indiquer l'avenir prospère que tous les esprits impartiaux entrevoient pour cette colonie placée à nos portes, et qui, dans le bassin de la Méditerranée occidentale, complète l'Italie, la Provence et l'Espagne. Je n'ai pas voulu me parer des plumes du paon en iaisant, grâce à des emprunts aujourd'hui bien faciles, étalage pompeux de ce que j'ignore. J'ai essayé de composer un tableau, voilà tout. J'y ai mêlé bien des couleurs; mais je me suis permis ce mélange uniquement parce que je les ai trouvées ainsi lorsque j'étudiais sur le vif. Je n'ai recherché qu'une seule et bien simple chose, rare aujourd'hui ; être exact.
Tous ceux qui aiment sincèrement l'Algérie et qui l'ont habitée longtemps, comme vous, mon
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cher IntendaDt, qui, officier du génie, avez fait les deux expéditions de Gonstantine, et récenimeDt n'avez quitté l'intendance provinciale d'Oraa qoe pour aller vous mettre à la téte des services administratifs de notre armée an Mexique, tons ceux-là savent et confessent bien haut qu'il n'y a riea'de plus dangereux pour nos possessions africaines que les esprits systématiques et absolus. Or, de ces esprits, on en rencontre partout aujourd'hui, en notre ère de liberté, et surtout dans les pays neufs qui semblent leur appartenir par droit d'expérimentation. Us pullulent dans l'administration, dans la colonisation, et même dans les domaines de l'art et de la science. Concevoir de toutes pièces, puis monter et agencer ce qu'ils ont conçu, sans tenir compte des changements de lieux, de climats, de races, des tempéraments divers, et des phases successives de l'existence humaine, paraît à ces esprits la chose du monde la plus rationnelle, la plus fiicile à exécuter* Tout ce qui serait obstacle légitime pour d'autres n'existe pas pour eux^ ils ont! un moyen bien commode d'en venir à bout, ils le' supprhnent.... sur le papier. Permettez-moi, mon cher Intendant, de vous faire une confession et de la faire fort hum-
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blement, comme il convient à un homme de ma sorte : je n'appartiens pas du tout à cette écoMà.
Je crois qu'il faut avant tout minutieusement observer ce qui est, en chercher, en trouver la raison essentielle; et puis^ ne pas cesser d'obser^ ver en procédant méthodiquement, — mais pas systématiquement, j'insiste sur le mot, à la transformation radicale de tout un ordre social que nous prétendons opérer, et cela pour la plus grande gloire des conquérants, en même temps que le plus grand bien-être des conquis»
En Algérie, la France s'est trouvée en face d*un double problème : conquérir et assimiler. Le premier est à peine résolu entièrement dèpnis qudques années, on ne doit jamais l'oublier et le perdre de vue, ce qu'on est un peu trop porté à faire panlii certains raisonneurs, que vous connaisses aussi bien que moi. Nous pouvons même ajouter avec un légitime orgueil que, de toutes les nations de la vieille Europe, la nation française avait seule encore asses de virtoalité pour mener à bonne fin une semblable entreprise, en présence des difficultés que faisaient renaître à tout instant les valeureuses populations musulmanes du nord de rAliique. Je sais bien que des niais parlent
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chaque jour de la conquête comme d'un (ait accompli dqxns 1830, par la prise d'Àlgér. Mais
quoique les niais dans le monde soient en uiajoritéy ce n'est point d'eux qu'il faut s'occuper dans une oeuvre sérieuse. Rappelons, pour ceux dont la mémoire serait un peu courte, que la conquête de la iiabylie est postérieure à la campagne de Crimée, et trouvons, dans les convulsions récentes qui ont ensanglanté les provinces d'Oran et d'Alger, un enseignement ; disons à tous qu'il faut encore se tenir bien en éveil au lieu d'affirmer à voix trop haute une absolue et complète pacification. Quant à Tassimilation, — qu'on l'appelle dvifbation^ colonisation, peu impcMie le mot si la chose reste la même,' — c'est encore une onvre plus compliquée et de plus longue haleine que la conquête. Mais les progrès accon^lis, surtout depuis une disaine d'années, et que la malvdUance ou la plus insigne mauvaise foi peuvent seules nier, ces progrès, qui &a|^Miit à {a<emière vue tout «BÎl impartial, permettent d'espérer que sur cet autre terrain la nation française prouvera également qu'elle est la plus vaillante et la plus iotel^ ligente des nations européenoes. Loin de moi la prétention et mcuie la pensée de dissimuler qu'il
a été commis des fautes nombreuses et grossières. Qui n'en commet pas? £t est-ce doue aujourd'hui seulement qa*a été livrée aux méditations de tous cette parole célchre ; « Que celui qui est sans péché jette au pécheur la preuùère pierre. »
TeHe qu'elle est à i'benre présente, l'Algérie nous offre un exemple sans précédent dans Thistoire des oolooisations et des colonies. Pour s'en Gonvaincre, on n'a qu'à lire l'excellent rapport qui a clôturé la mission d'enquête confiée à M« de Forcade la Roquette, uu ancien ministre qui siège avec honnenr au Sénat, au marche à la tète du CmweO d'état« Qu'on ouvre ce document public'el authentique, et un y verra partout cotte affîrnuition que jamais et nulle part ni An§laiS| m Esp;ignols, ni Hollandais, ni Portugais n'ont fait autant que nous, aussi hien et en aussi peu de temp«« Parmi les peuples de l'Europe « voîlà cependant ceux qu'il faut, regarder lorscpi'fl s'agît de maxûiestatioQS eji^térieures et d'expansions sur des. races étrangères de notre sang vîeilii* Ia France, dans le nord de l'Afrique^ est plus avao- cée que les Anglais dans l'Inde, cette vaste contrée qui s'étend d^uis les sommets glacés 4e llHima- ' laya jusqu'aux emhoudiures pestilentielles du
Gaoge et Mlc merveilleuse de Ceylan, bien que la domîaation brilanniqiie paraisse assise là-bas depuis plus d'un siècle. Il est irrai que nous ne sommes pas des Anglais, heureusement pour nous ; qu'on ne nous Terra jamais nous souiller des crimes et des turpitudes que, par deux fois, a solennellement flétris le parlement britannique. Ce qui n'a pas empêché des infamies récentes que je ne veux pas rappeler ; mais ce qoi nous permet aussi de dire avec fierté, la tète et le cœur hauts, que nous pouvons déployer nos forces sociales en restant exempts d'envie envers qui que ce soit, et que nous poursuivons un tout autre but que celui des Anglais sur les terres qu'abrite notre drap^n. Le génie des deux peuples si essentîdilement divers se révèle tout entier dans ces coiiquéte> lointaines. Tout en cherchant à fortement accroître le domaine de l'activité nationale, nons voulons surtout éviter de laisser dans les contingents de raVenir des ferments de dissolution comme ceux qui| sous la politique anglaise, ont amené au siècle dernier la sécession de ces provinces transocéaniques qui sont devenues les puisstu'ils tiats-Unis de l'Amérique du riord, comme tétoL qui analogiquement ont été sur le point, il
DEDICACS
y a quelques années, d'émanciper le Canada, cette terre où la vieille mère France e$t loajours regrettée.
Tout cela n'empêche pas les gens, qui aiment les idées et les phrases toutes faites, de dire et de' répéter sur tous les tons que nous ne sommes pas Ufi peuple colonisateur, et que 1 An^^lais seul mérite ce titre, bien que ses plus belles terres lointaines, celles dont la possession fait justement son orgueil, il les ait prises anx Hollandais, aux EspagnolSy aux Portugais, et même aux Français. Une colonie bien anglaise, c'est Sierra-Leone. Demandez à l'Angleterre si elle est fière de la prospérité de cette possession africaine. Là, comme dans rinde, comme an Gap, comme dans TAustralîe et les mers de la Chine, elle n*a pas trénvé le débouché immense qu'elle cherchait pour le trop-plein de son commerce et de son industrie. Mais qu'importetellen'a rien épargné pour rendre meilleur le maigre résultat auquel elle est parvenae. Si tous pouries voir d'un coup d^œil tout ce qu'on a dépensé et ce qu'on a obtenu, vous seriez effrayé, et il y aurait de quoi.
Laissons donc la. rieille plaisanterie que j'^ rapi>elée poursuivre son cours, et efforoons-noo^
de lui donner un démenti par un fait tellement éclatant qu'elle meure de sa mort naturelle sans espérance de résurrection. J'ai grande confiance (|ue mes désirs ne tarderont pas à devenir des réalités, surtout si les cultivateurs du sol algérien cessent de poursuivre ce qu'ils appellent le produit riche dans des cultures intertropicales, déjà et depuis longtemps fort prospères ailleurs, . et de metlare à isette pomnite un achamement cpd leur fait souvent négliger leurs intérêts les plus immédiats. Le produit riche est partout avec un sol qui donne des céréales sanspareilles, quia la figue, Polîve, le raisin, des ressources végétales et oûnéraies incalculables; et j'omets à dessein tout ce qu'on peut en tirer de richesses animales, parée que c'est sur les bétes de tout genre que devrait immédiatement s'exercer Tesprit améiiorateur des administrations, lamais ni l'Espagne, ni l'Italie, ni' la Provence n'ont passé pour des pays pauvres. Et qu'ont-ils autre chose? Notez que je n'ai point parlé du lin, du ooton, du mûrier, du tabac, parre <pie je compte bien qne ces edftnm ne seront point abandonnées, mais au contraire, seront intelligemment conduites, c'est-à-dire appliquées à des terres de premier choÎK»
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Je m'aperçois, mon cher Intendanti que je me laisse aller à baTarder arec roas de tentes ces
choses sérieuses, comme si nous étions encore en caravane au miheu des roses de Saïda, deyant les cascades d'Aïn-Tifferit oa sous les ombcages de Misserghin, dans cette douce intimité que crée si rapidement la vie du désert. Il eu est ainsi chaque fois que ma pensée se reporte aux quelques jours que j^ai passés avec vous sods la tente. Et tout cela vient aboutir à vous ofliir un livre où le pittoresque domine» un livre composé bien plus avec les yeux qu'avec la pensée. C'est de cette façon que vout les aliaires de ce monde conduites par notre nature multiple et diverse* L'artiste a écrit le livre, c'est le journaliste politique qui le dédie.
Heureusement le cœur n'est pas comme le cerveau, nanti et meublé d'une multitude de casiers.
Celui-là se contente de joner son rôle, qui est de conserver précieusemeut les nobles amitiés nées d'un hasard de voyage et cimentées d*une manière inaltérable par quelques nuits passées à la belle étoile. Si parfois, au miUeu des soucis et des ennuis de votre campagne laborieuse à Mexico, vous pensez aux nombreux amis que vous avez laissés
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eu France, bien loin de vous, n oyez bien qu'eux aussi ne vous oublient pas* £n première lijgne, dans cette remembrance, se place celui qui est et
qui toujours heureux de se dire,
cher Intendant, ocre bien dévoué et bien affectionné
GioaoBB Beu.«
Buis, 6 nuurs IMS*