CHRONOLOGIE
Ce n'est pas tout que de reconnaître dans les limites de la probabilité, la nature et le théâtre de ce phénomène mystérieux qu'on appelle le Déluge, il faudrait encore autant que possible en préciser Tépoque ; or, sur ce point rincerlitude est grande et c'est moins la disette de documents que leur contradiction qui jette l'obscurité sur ce sujet. Pour donner une idée de la divergence des opinions, il suffira de citer les chiffres des deux chronologies entre lesquelles les théologiens sont partagés, les Septante et la Vulgate : la première place le Déluge en 3378 avant notre ère et la seconde en Tan 2528.
Voici la série des périodes dont se composent ces deux chronologies, auxquelles se rattachent plus ou moins celles qu'ont proposées les Pères de l'Eglise et les archéologues anciens et modernes; il s'écoula, suivant ces deux autorités :
Septante. Vulgate.
D'Adam h la fin du déluge 2256 ans 1656
Du Déluge au sacrifice d'Abraham . . . Du pacte de Dieu avec Abraham, à l'Exode. Jusqu'à la fondation du temple par Salomon Jusqu'à la fin de la captivité de Babylone. . De la captivité à la naissance du Christ. .
II est peu d'auteurs d'exégèse sacrée ou profane qui n'aient tenté de préciser la date du Déluge*. Nous avons aujourd'hui des moyens d'investigation qui leur manquaient totalement, car ils se fondaient presque uniquement sur les données de la Genèse, dont le texte a passé entre les mains d'un trop grand nombre de copistes et d'interprètes pour qu'on puisse admettre sans réserve les chiffres qu'elle fournit. Nous ne citerons qu'un exemple des contradictions auxquelles le texte sacré a donné lieu : Les Septante et la Vulgate fixent à 430 ans la durée de la période écoulée entre le premier pacte d'alliance conclu par le Seigneur avec Abraham à son arrivée en
1 Voici rindicalion des dates qu*on trouve chez les docteurs les plus célèbres : — Clément d'Alexandrie place le déluge en 3476 avant! .-C; l'historien Joseph en 3299 ; Eusèbe en 2958 ; Suidas en 3758 ; J. Vossius en 3334 ; saint Augustin compte 2262 ans entre Adam et le déluge.
Les principaux auteurs qui penchent vers une époque plus récente, sont: saint Jérôme, qui date le déluge de 2296 av. J.-C; les Rabbins modernes, 2104; Scaliger, 229i ; David Origœus, 2293; Benedictus Arias Montanus, 2192; Varron place le déluge d'Ogygès en 2376. (Censorin, dédie Nat,, cap. 2i.)
Les chronologies de Léon l'Africain et d'Ach. Tatius, que donne Eusëbe, sont entachées de trop d'erreurs pour apporter aucun élément utile à cette discussion. Suivant le premier, le déluge d'Ogygès aurait eu lieu i237 ans avant Cyrus (1797 av. J.-G.) ; il fait Moïse antérieur à ce déluge, etc. Prœp. evang., 1. X, cap. x. Voyez Riccioli, ex septuag. interpr, Fréret C/ironoi., t. 111.
Canaan, et la sortie d*Égypte du peuple Hébreu. Cependant l'Exode dit positivement que la demeure que les enfants d'Israël avaient faite en Egypte fut de 430 ans. Que deviennent alors les 215 ans dont se compose le temps que passèrent successivement Abraham, Isaac et Jacob dans le pays de Canaan, en calculant d'après les âges de ces trois patriarches*?
On voit que, même en s'appuyant surrÉcritiire,la chronologie ecclésiastique est loin d'adopter ses chiffres. Nous ferons comme elle en empruntant au texte biblique les données qui nous paraîtront les plus conformes à une déduction rationnelle des événements. Mais comme il ne s'agit ici que d'histoire, nous puiserons aux documents des autres peuples contemporains des Hébreux les renseignements dont la concordance nous paraît seule devoir constituer une autorité suffisante.
C'est surtout en pareille matière qu'il importe de s'entendre sur les mots ; ainsi nous croyons utile d'insister sur ce fait que le mot mouAe n'eut pas chez les peuples primitifs, ni même dans les écrits cosmogoniques, le sens que nous y attachons aujourd'hui. Comment admettre que des nations aussi nouvelles à la civilisation, qui ignoraient la forme delà terre et n'en connaissaient que la portion fort limitée oii elles étaient établies, eussent du monde terrestre, et à plus forte raison de l'univers, l'idée que les modernes s'en forment depuis quelques siècles seulement? Les Chinois dont les formules officielles sont restées ce qu'elles étaient il y a trois à quatre
< Exode, ch. xil, v. 40. Abraham enlra cd Canaan à Tâge de 75 ans; il eut Isaac à l'âge de 100 ans ; celui-ci devint père de Jacob à 60 ans, et à Tarrivée de ce patriarche en Kgypte, Piiaraon lui ayant deniandt^, son âge, Jacob répond qu'il a i:i0 ans. Genèse, c. xu^ v. 4: c. xvi, 3. XLVii,9.
mille ans, iDtitulent leur pays TEmpire du Milieu et leur ttionarquele Rai du Monde. Les Perses et les Hindous comptaient même plusieurs mondes: Ahriman, suivant FAvesta, envahit les trois mondes, et Vischnou et Brahma combattirent les Asouras dans les trois mondes couverts d*un déluge universel. Les premiers rois des Arabes et des Perses, qui n étaient que de simples mortels, n'en régnèrent pas moins sur le monde entier. Les Thibétains parlent de dix-huit mondes ou cercles, depuis le monde des animaux jusqu'à celui des dieux. Il est clair qu'il s*agit ici simplement des circonscriptions ou enceintes circulaires dans lesquelles résidaient les tribus, et il est permis d*en induire que le mot monde ^ avant que le sens en fut obscurci par les fables, exprima la demeure d'un peuple, et en premier lieu, de On, Amon, le soleil, auquel le ^ ou d final, abréviation de mon-a^ eimon-ad, ajouta le sens de demeure. Un grand intérêt philologique s'attache à ces modifications graduelles du sens des termes primitifs grandissant et se développant au fur et à mesure que le concept humain s'étend et s'enrichit. C'est ainsi que ces monosyllabes ber^ oud^ ar, arg^ as, an, qui ne désignèrent d'abord que des familles de quelques individus, devinrent à la longue les noms de nations considérables. La même observation s'applique aux dénominations de la mer et de la lune. Celle-ci , man, men, gom a fini, chez les Européens, par désigner l'espèce humaine entière. Il en fut de même de mont qui caractérisa originairement la montagne sacrée, couronnée par le sanctuaire de l'astre protecteur de la tribu, et au sommet de laquelle résidaient autour de la caste sacerdotale, le chef avec ses guerriers. Par suite, la plu* partdes montagnes ontété consacrées, dès l'origine, au soleil et h la lune, et leurs dénominations en ont gardé la trace dans
toutes les langues : Montis, ôros, sont des termes dérivant des i. 29
djBux appellatioois du soleil On et Hor. Dans U. plupart des langues slaves de tige caucasienne, le mot montagne, gora^ hora a la ffiéme racine. En irlandais, c'est aussi sunnach qui signifie montagne, de sun, soleil ^
Dans les contrées habitées par la race lunaire, la dénomination de montagne dériva de an, lune : Liban, Albanie, proviennent de HaUebana , lune en Hébreu. Gebel^-Kumn, montagnes de la lune en Âbyssinie, vient de Gôm ou Kom. En armoricain montagne se dit mané ou mené ; en persan man, et en lithuanien mynia ; aran en çymrique et cacumen en latin. U résulte de ceci que ces expressions vagues de commencement du monde, création du monde, destruction du monde, empire du monde, employées dans les cosmogonies et les poèmes anciens, doivent s'entendre, comme celle de terre^ dans un sens limité, et seulement de rétablissement d*un peuple et de la formation ou de la dissolution d'une société.
Ce dût être, en effet, un grand événement parmi les familles errantes à l'état sauvage à la surface du globe, que les premiers essais de vie sédentaire et la découverte du bienêtre qui en fut le fruit. L'homme vaguant par bandes affamées comme les loups ou vivant isolé avec sa femelle dans une tanière, se nourrissant de la chair sanglante des animaux et même de celle de son semblable, cette brute n*est pas l'homme. L'homme n'a existé que du jour où il a vécu en société sous le régime patriarcal, et la société ne date que du moment où elle a été fixe, pastorale et agricole. Alors seulement, les hommes ont senti le besoin de compter les jours, les saisons et les années ; ils ont commencé à prévoir et à se souvenir, la tradition a écrit sa première page dans leur mémoire
• A. Pictel. Orig. ind. Europ.y t. I, p. 122.
et bientôt après, elle s*est gravée sur la pierre. La véritable création de l'homme, la seule qu'en dehors de la révélation religieuse, il soit donné à la raison de concevoir, c'est donc son initiation à la vie sociale.
Le monde des premiers hommes n'ayant pu être que le lieu où se constitua la première société réglée, soit en Egypte soit en Asie, le plus ancien fait social connu devient pour nous la date de cette création. Il n'en est pas de plus reculée dans l'histoire des générations que l'avéneraent de Menés, premier roi de la première dynastie humaine en Egypte, dont les érudits modernes placent le règne au plus bas en 5600 et au plus loin en 5700 avant notre ère ; or, il est assez remarquable que les Septante marquent comme l'époque du commencement du monde, l'an 5634 qui est une moyenne entre ces deux chiffres.
La Vulgate ne compte jusqu'au Christ que 4184 ans, ce qui placerait le commencement du monde environ vers la fin de la IX' dynastie égyptienne. Au surpllis, les variantes nombreuses qu'a subies cette date attestent que chaque théologien a pris un point de départ différent ; une telle incertitude pourrait-elle exister s'il s'agissait réellement du commencement du monde et de l'humanité?
11 faut donc renoncer à prendre une date aussi douteuse pour point de dépari de notre chronologie. D'un autre côté, si Ton veut, en procédant de TèVe chrétienne, remonter la série des âges, on rencontre plusieurs dates non moins problématiques, et l'on s'expose ainsi à commettre, non pas une, mais plusieurs erreurs qui entraîneraient un déplacement d'années considérable. Le plus sûr nous paraît donc, d'attaquer directement la question, en recherchant les périodes que les différents peuples qui parlent du déluge, ont assignées à cette grande catastrophe ; s'il en résultait des concordances assez
marquées pour établir une probabilité suffisante^ nous obtiendrions une base chronologique plus avantageuse qu'aucune autre pour en déduire les principaux événements de l'antiquité. En voici l'expose rapide :
Bérose nous apprend que les Chaldéens commencèrent à compter par années solaires en Tan 2473, et que leur premier roi Evecbous régnait neuf sares et demi ou 160 ans après le déluge '. Ce calcul placerait cette catastrophe en 2533^.
Les Chaldéens comptaient, à partir du commencem^t, ISO sares jusqu'au déluge, c'est-à-dire 733 ans. Additiofiné avec la date du déluge, ce chiffre donne un total de 3365 ans qui nous conduit à la XII" dynastie égyptienne. Cette période de 733 ans représenterait donc le temps écoulé entre là fondation de la colonie de Iles Méotides, que les Chaldéens appellent le commencement, parce que ce lieu fut en effet le berceau de leur race, et la catastrophe qui les força à abandonner le bord septentrional delà mer Noire pour venir s'établir dans l'Arménie.
La Genèse compte dix patriarches de Sem à Abraham inclusivement ; leur existence comprend la période qui s'écoula entre le déluge et l'époque du départ des Hébreux deChaldée pour entrer en Palestine, date fort importante pour l'enchaînement de la chronologie et parles synchronismes intéressants dont elle fournit l'occasion.
On connaît la formule généalogique employée par l'Écriture : « C'est ici la postérité de Sem : Sem, âgé de cent ans, emgendra Arpacsad deux ans après le déluge, et Sèm après qu'il eut
* Le sare chaldéen se composait, suivant le calcul de Fréret (Défense de la Chronologie), de (5,585 jours 8 heures, 6u environ 225 mois lunaires. — ^ Geo., eh. xi, v. iO, elc.
engendré Arpacsad vécut cinq cents ans, et engendra des fils et des filles, etc.
La même formule est répétée pour Arpacsad, Sélah, Heber, Peleg, Rehu, Seroug, Nacor, Taré et Abraham.
Ces âges donnent lieu à un singulier calcul : Presque tous les théologiens et commentateurs, Saint-Jérôme, Beda, Scaliger, Denys de Padoue, G. Hervart, les rabbins moderges et beaucoup d'autres ont supputé les années qui s* écoulent de la naissance de chaque patriarche à celle de son successeur, et en les additionnant, ils ont obtenu un total de 393 ans, qui a été adopté généralement comme représentant le laps de temps qui sépare le déluge de Timmigration des Hébreux en Palestine.
Un autre calcul qu'on a négligé parce qu'il conduisait à un résultat absurde, c'est le total des années que vécut chaque patriarcheaprèsavoirdonnéle jour au suivant. Ces chiffres réunis au précédent donnent 2676 ans ; mais on n'a point remarqué qu'il ne s'agit pas ici d'années de douze mois, mais bien de périodes lunaires. Il esta présumer que les généalogies citées par la Genèse furent dénombrées à une époque antérieure à celle où l'on commença à compter les années par le cours du soleil au lieu de celui de la lune. Les ans étaient alors d'un mois seulement, et le mot an, lune, témoigne de cette coutum*e. Or, h réduction en années de ces 2676 mois donne 216 ans et 8 mois, lesquels additionnés avec les 75 ans qu'avait Abraham lorsqu'il quitta la Chaldée, produisent justement le même nombre de 292 ans obtenu parle premier calcul.
On peut induire de cette singulière concordance que la version de la Genèse fut composée sur deux documents, dans
1 Gepèse^.ch. xii^ v. 1.
Tun desquels les âges étaient comptés par mois et dans l'autre par années de 36S jours. Afin de concilier les deux modes de numération, le rédacteur les aura reproduits et disposés dans l'ordre où nous les voyons * .
Voici l'application qui peut résulter de ces rapports : dix autres patriarches précèdent le déluge et remplissent la période.entre la naissance d'Adam et la mort de Noé. Bien des suppositions ont été faites pour amener à quelque vraisemblance les âges hyperboliques de ces patriarches : Adam vécut 930 ans, Seth 912 ans, Enos 905 ans, Kénan 910 ans. Hahaléel 895 ans, Jered 963 ans, Hénoch 365 ans, Metbuselah 969 ans, Lemech 595 ans, Noé 600 ans jusqu'au déluge et 350 ans après, en tout 950 ans.
Ces âgesdénombrés par années d'un mois n'auraient plus rien d'invraisemblable, et Adam, selon ce mode de calcul, aurait vécu 75 ans et 6 mois, Seth 73 ans, Enos 73 et cinq mois, etc. Mais ce n'est pas là l'important : nous croyons que ces dix personnages furent autant de chefs de tribus, et l'existence qu'on leur attribue est celle de la durée de leur postérité ; en un mot chacun d'eux est une famille et non un seul individu. Il existe d'ailleurs une corrélation trop souvent répétée pour n'être que fortuite, entre ces dix patriarches et les dix Manous rfe la religion hindoue, les dix rois primitifs des Babyloniens, les dix chefs des provinces de l'Atlantide, les dix premiers rois des Arabes, les dix chefs de l'Amphictyonie grecque, etc. De cette division par dix dont l'origine, si nous consultons Platon, se trouve dans l'Atlantide (sept îles et trois tribus dans le Caucase, septem trio), se sont formés les
1 II est remarquable que l'âge d'Abraham au xn® chapitre, est marqué en années de douze mois; mais cela prouverait que, dans, riniervalle d'un document à l'autre, le mode de division du temps avait changé.
décans chaldéens et égyptiens, qui figurent de dix en dix sur les zodiaques anciens et que reproduisent les dix patriarches issus dé Sem.
On observe un partage tellement égal des années entre les âges des patriarches hébr'eux antédiluviens qu'il ne saurait être l'effet du hasard. Sept sur dix vivent 900 et quelques années. Il semble que le rédacteur du Pentateuque, se trouvant en présence du chiffre total d*une période et de dix noms propres, ait jugé qu'il s'agissait d'individus, et que divisant le chiffre en parties à peu près égales, il en ait fait des années d'existence.
Le total de ces années d'un mois est de 8,875 ans, lesquels, réduits en années solaires, donnent 712 ans moins un mois.
D'après les Védas, il y eut sept Manous antédiluviens, dont cinq furent de la race de Cabil ou de Caïn, c'est-à-dire des Éthiopiens (Kabil). Sous le règne du dernier Manou eut lieu le déluge. On sait que, comme les Grecs, les Hindous divisent les temps anciens en quatre âges ou youga :
Le Satiryouga dure 1 ,728,000 années.
jusqu'au Trelu-youga, qui dure. . . . 1,296,000 jusqu'au Dwapar-youga, lequel, après. . 864,000 se termine au Cali-ymiga, qui dure encore *.
Le père Amiot cite un auteur chinois, Hin-tsong-Hai, qui affirme que dans le nombre d'années dont se forment les cycles des Tien-Hoang et des Ti-Hoang, rois du ciel et rois de
1 Ces chiffres, en y joignant les généalogies des dynasties du Soleil el de la Lune, et la chronique des rois deCashmir, deux docoments fort incomplets et fautifs, sont tout ce qirii a été possible jusqu*iei de décou-p* yrir dans les écrits des Hindous en fait de chronologie,
la terre, qui régnèrent 432,000 ans, on avait substitué le ca« ractère mille à celui qui exprime cent. Nous inclinons fort à penser que les chiffres des yougas indiens ont été modifiés dans le même sens. En effets les nombres sanscrits ne sont pas entièrement imaginaires, et il y a tout lieu de croire que les millions et les mille auront été seulement ajoutés et que les unités ont été conservées; celles-ci sont donc les chiffres réels et authentiques, et les brahmanes les^ auront transformés en mille et en millions pour leur imprimer ce caractère d'im* mensité et de durée fabuleuse si conformeau génie poétique de l'Orient, surtout lorsque ces exagérations assument un caractère religieux.
Réduites à ces simples proportions, les périodes surnaturelles des yougas deviennent vraisemblables et s'accordent à bien peu près avec celles des autres peuples :
Le Sati-youga (âge de Saturne), dure 728 ans.
Le Treta-youga (âge de Teau) 296
Le Dicapar-youga (Dhou-ap-ari), dieux pères des Ari. 864
La première de ces périodes correspondante à l'âge de Saturne ou Tâge d'or, représente le cycle antédiluvien qu'expriment les 732 ans des Chaldéens et les 712 ans des Hébreux.
La seconde, à partir du déluge jusqu'à l'époque de la séparation des peuples dans la Babylonie, est de 296 ans; elle correspond aux 292 ans que la Genèse donne comme la date d'Abraham et qu'ont adoptée la plupart des interprètes.
Enfin les 864 ans du Dwapar-youga, comprend la période écoulée jusqu'à l'époque où se formèrent les établissements des Aryas dans THindoslan. Suivant les calculs de MM. Wilson, Prinsep, Elphinstone, Gorresio, la guerre entre les Kou-
rous et les les Pandous, familles du Soleil et de la Lune, eut lieu au XIV® siècle avant notre ère. C'est précisément à cette époque que nous conduisent les 864 ans de l'âge Dwapar. Les Pourànas disent expressément que le Cali-youga commença à la fin de cette guerre qu'Elphinstone n'hésite pas à placer 200 ans avant la guerre de Troie '. Troie fut prise en 1183; maintenant que le lecteur, en partant de cette date, veuille bien remonter avec. nous l'échelle des temps et voici comment la chronologie indienne pourra être établie :
La guerre du Mahbârata finit en 1383
864 ans après la séparation dans la Chaldée 2247
Cette séparation a lieu 296 ans après le déluge. . . 2543
728 ans après la naissance de la race arienne. . . . 3271
La chronologie du Boundehesch qu'Anquetil a traduite dans^on recueil de l'Avesta, rapporte que le premier roi des Perses, Djeraschid, régna7i6 ans, après lesquels il disparut'*. Djem, Djam est l'équivalent arien du Châm sémitique, etdans les langues iranienne, sanscrite, tartare, ce nom caractérise lasagesse, la puissance, la sainteté, c'est-à-dire l'Egypte, que la tradition doue de toutes ces qualités^. Hid, comme cid et sidi en Arabe, a le sens de seigneur. Djemschid est donc l'éponyme de la souveraineté égyptienne en Asie, et cette souveraineté qui disparut frappée par le déluge, aurait duré 716 ans selon le livre pehivi.
Nous épargnons au lecteur la peine de parcourir avec nous les sentiers laborieux que nous avons dû suivre pour ar-
> Voy. Elphinsione, t. !•'. Chronol. of Hind(fos. Prinsep's usefuU tables. Wilson. Purana Book, t. IV, ch. i, ii, 347. Hamillou Uiichanan, Hind, genealogy» (iorresio, Préf, du Ramayana. — ^ Zend-Avesta, l. 111. -^ 3 Hyde, de rel. Persar , c. x, p. 174.
rivera ces résultats; d'ailleurs les sources où nous puisons sont à la portée de tous les lecteurs, et il est aisé de vérifier les moyens d'investigation et de refaire nos opérations. Nousnous bornerons donc à grouper les chiffres extraits de ces chronologies des quatre principaux peuples caucasiens ; leur concordance est remarquable, c'est à peine s'il y a un écart de vingt ans entre les chiffres les plus éloignés.
712 ans selon la tradition hébraïque ; 716 ans suivant la cosmogonie perse ; 728 d'après les auteurs sanscrits ; 732 selon les Chaldéens, telle a dû être la durée de la période antédiluvienne. « Sept générations, dit Joseph, vécurent dans la pratique de la vertu et le culte du vrai Dieu *. » S'il y a quelque chose de surprenant, c'«st que cette tradition ait si peu varié.
Il s'agit maintenant de rattacher à cette période , l'époque à laquelle régnait le roi égyptien Séosiris. Les séries dynastiques de Manéthon sont la seule ressoitrce de l'archéologue dans le temps reculé où nous pénétrons , et ce guide est peu sur quant aux dates. M. de Rongé appréciateur prudent de la chronologie égyptienne, après avoir exposé les motifs qui font placer le début de la XVIII' dynastie au commencement du XVIIP siècle, croit devoir déclarer qu'il ne faudrait pas s'étonner d'un écart de deux siècles dans cette évaluation. Or, cette dynastie est précédée des 511 ou 517 ans de l'occupation des Pasteurs, et la XV® dynastie thébainc qui précède celte domination étrangère, la XW et la XIIP offrent tant de vague et d'obscurité dans les listes de Manéthon qu'il est impossible d'accepter sans réserve l'exposé de cet auteur.
• Uist. des Juifs j I. I, c. ij.
En remontant le cours des siècles, nous trouvons dans le
IIP livre de Manéthon, 66 rois durant une période de
1026 ans. L'empire égyptien finissant à Alexandre le Grand,
332 ans avant le Christ, il faut donc compter en tout
•1352 ans.
Le second livre commence à la XX** dynastie et comprend 202 rois et une durée de '2183 ans,- laquelle, comparée à la période précédente, semble excessive ; l'addition de ces totaux donnerait pour commencement à la XIP dynastie Tannée 3535. Ici apparaît l'exagération signalée par M. de Rougé ; nous l'évaluons à environ 170 ans, ce qui placerait le commencement de la XIP dynastie en 3365. En estimant à 25 ans la "durée du règne de chacun des deux premiers rois, le troisième, Sésostris ou Séosiris, serait monté sur le trône en 3315, et la fondation de la colonie des îles Méotides pourrait être fixée, un peu plus un peu moins, vers 3300.
Un savant français qui est parvenu avec une remarquable sagacité, à établir la chronologie des rois d'Egypte, M. Lesueur, ne place pas le règne de Sésostris au-delà de 3389. Mais par une réaction naturelle contre le parti pris des anciens archéologues de rajeunir l'antiquité, cet érudit a penché vers l'excès contraire et cette date nous semble un peu reculée. Celle de 3300 serait peut-être plus près de la vérité ; c'est en effet, vers ce temps, que s'arrêtent les égyptologues modernes qui, repoussant le système malheureusement invehté par Marsham, ont persisté à maintenir Sésostris au rang qu'il doit occuper dans la XIP dynastie.
En partant de ce point et en récapitulant les dates du Déluge fournies par les quatre peuples jadis réunis dans l'Asie centrale, nous trouvons pour les Chaldéens 2533, pour les Perses 2584, pour les Hébreux 2588, pour les Hindous 2543 ;
aucune ne sort du XXVP siècle. Il serait absurde, à moins de documents plus précis que ceux que nous possédons, de prétendre déterminer exactement Tannée où eut lieu ce grand désastre; aussi, pour concilier les variantes et fixer dans la mémoire un nombre rond, nous croyons pouvoir indiquercelui de 2550 comme le plus approximatif. Il n'y a aucune raison de présumer qu'il y ait entre ce chiffre et la vérité un . écart de plus de 20 ans.
L'époque importante de la dispersion des peuples réunit des éléments plus positifs et il devient possible de serrer le problème de plus près. Nous nous aiderons d'abord, pour déterminer le commencement de l'empire d'Assyrie, d'un double synchronisme reconnu par M. Lesueur et qui offre de grandes probabilités d'exactitude.
En partant de Cyrus, et de la fin de la captivité de Babylone en 560, si Von remonte les 317 ans de durée de l'empire des Mèdes, on arrive à fixer la chute de l'empire d'Assyrie en 877 avant le Christ. Or, il s'écoula, selon Ctésias, 1306 ans entre Sardanapale et Ninus. L'addition de-ces deux chiffres 877 et 1306 donne 2183 comme date de l'avènement de Ninus.
Il y eut, suivant Diodore, 1000 ans d'intervalle entre Ninus et la sixième année du règne de son successeur Teutham ou Timœus qui envoya son neveu Memnon au secours du roi Priam assiégé dans Troie par les Grecs. Troie ayant été prise en 1 183, nous arrivons de nouveau au chiffre 2183, pour la première année du règne de Ninus,
L'apparition des Hébreux sur la scène du monde remonte, comme on va voir, à la même période : Abraham naquit en Chaldée, d'après la Genèse, 292 ans après le déluge, et il émigra en Palestine à Tâge de 75 ans, c'est-à-dire 367 ans après cet événement. Ce chiffre ajouté à 2550, nous conduit, cette fois par une rencontre fortuite, puisque notre date du déluge n*est qu'un chiffre approximatif, de nouveau à l'an 2183.
L'historien Joseph reconnaît les ancêtres des Juifs dans ces Pasteurs qui conquirent l'Egypte. Manéthon dit en propres termes, en racontant l'expulsion des Pasteurs, qu'ils s'en allèrent au nombre de 240,000, avec tous leurs biens, hors d'Egypte à travers le désert de Syrie et, craignant les Assyriens qui dominaient sur toute l'Asie, ils se retirèrent dans un pays qu'on nomme aujourd'hui la Judée, où ils bâtirent la ville de Jérusalem ' .
Ailleurs le même auteur rapporte qu'il y avait beaucoup de lépreux parmi les Juifs et que le Pharaon leur assigna pour résidence la ville d'Aouaris qui était située sur cette même branche du Nil où les anciens géographes placent le meus Judœorum. En effet, le pays de Goscen ou Gessen qu'habitèrent les Lsraélites durant leur séjour en Egypte, était à l'est du Delta et comprenait cette ville d'Aouaris que les Pha-
^ Gens eoram oniversa Hyc^oussos vocabatur, hoc est reges pastores, Hyc enim in sacra linguâ regem sonat, oussos commaDÎ vocabalo pastorem significat. Sanè quidem hyc et hac si cum aspiratione scribalur. Joseph, cont. Appionem, Append., ]. I.
' Tel est le mot dont, par abréviation, on a fait Hiksos. 11 est bien clair qu'il s'applique à ceux de ces pasteurs qui faisaient partie de la famille de Kous, Hakcous. Sô^sou, dans les langues delà Haute-Asie, »le sens de tribu, en chinois, de constellation. Le moi Hiksôs prit chez les Égyptiens le sens collectif de pasteurs, à cause des immenses troupeaux que ces peuples conduisaient avec eux.
raotjs eurent beaucoup de peine à reconquérir sur les Hiksos.
Il y a lieu de conclure de ces témoignages que les Hébreux, dont les mœurs concordent d'ailleurs parfaitement avec ce qu'on nous dit des Pasteurs, firent d'abord partie de ces peuples et qu'ils émigrèreni de Chaldée en même temps qu'eux, et, sans doute, par les mêmes motifs. •
Voici ce que dit encore ce même Manéthon dâms un passage interprété de bien des manières et jamais d'une manière satisfaisante : Les Pasteurs sortirent d*Égypte, 393 ans avant que Danaus allât à Argos, et environ iOOO ans avant le siège de .Troie*.
Les Pasteurs, on le sait, occupèrent l'Egypte durant 5H ou 518 ans, ce qui reporterait alors l'époque de leur invasion à l'an 2694, hypothèse hors de toute vraisemblance ; il y a donc erreur de chifi^res ou bien les termes de Manéthon n'ont pas été bien compris.
Cette dernière opinion est la plus probable ; l'erreur roule entièrement sur le mot Egypte, que la tradition recueillie par Manéthon indiquait sans doute par Cham, Or, ce terme s'appliqua à tous les pays où les Égyptiens s'établirent, de même qu'il y eut un pays de Coush partout où il y eut des Couschites, ce qui explique pourquoi ces dénominations furent si répandues dans le monde ancien. La Syrie est appelée aujourd'hui Scham parles Orientaux, et l'Arménie et la Géorgie furent également désignées ainsi. Elam. [eUHam), fut le premier nom des pays au sud de la Caspienne qu'on nomma aussi mer de Gélam. Joseph dit d'ailleurs positivement-' qu'Abraham, lorsqu'il était en Chaldée, discutait des choses du cie\,*en présence des Égyptiens, aux applaudissements de tous.
* Jos. œntra Appionein, I. V. — ^ fj^^ i. j^ c. vm. Antiq. .
En résumé, il ne semble pas qu'on puisse contester l'existence, antérieurement à l'empire assyrien, d'une Egypte asiatique que les Égyptiens appellèrent le pays de On ou du Soleil, si l'on se réfère aux mois Babel-on ei Ghé-on, l'Araxe, etque les Chaldéens traduisirent par Our^ Hor^ Honis, qui avait le même sens dans leur langue. Ce fut de celte Egypte asiatique que sortirent les Pasteurs, pour se diriger à travers la Palestine, vers rÉgypie du Nil, iOOO ans avant la prise de Troie, c'est-à-dire en 2i 83.
Il résulte de cette interprétation que ce chifiFre de 21 83 marquerait le départ des peuples Pasteurs pour l'Egypte et non pas, comme on a pu le croire, leur sortie de ce pays. Ceci aplanit toutes les difficultés, car la coïncidence de cette date avec celle des premières conquêtes de Ninus donne la raison de cette émigration et du départ des chefs helléniques ou phéniciens qui en prirent la direction.
Si l'interprétation que nous avons proposée des zodiaques égyptiens est exacte, cette entrée des peuples Chaldéens en Egypte serait représentée aux plafonds des temples d'Esné par la procession des constellations à la tête de laquelle apparaît, venant de l'Orient, le lion porté par le serpent '.
Ctésias et Diodore rapportent que Ninus rangea sous ses
1 Âa nord d'Esn/i est an petit temple isolé, dont le portique a aussi un zodiaque. U semble que la séparation des tribus y soit indiquée par la position de leurs attributs; ainsi, la bande latérale du côté sud commence par le Lion, qui marche vers Toccident, avec le Scarabée et les Gémeaux, marchant dans le même sens, tandis qu'au contraire le Taureau vient dans un sens opposé, se dirigeant versTorient. Le Bélier et les Poissons reprennent toutefois leur direction vers Toccident. Or, ce sont deui emblèmes caractéristiques des penples égyptiens et chaldéens. (Voyez le grand ouvrage sur TÉgypte. Antiq., t. I, pi. 87.) — ^ Diod., 1. II, § 3. Jos , conlrà App., c. V;
lois rÉgyple, la Phénicie, la Cœlé-Syrie, la Pamphylie et dlx-^ neuf autres nationsqui toutes sont placées dans TAsie mineure, l'Arménie, et le voisinage de la Caspienne. Nous ne doutons point qu'il ne s'agisse ici que de peuples voisins les uns des autres, et que cette Egypte conquise la première par les Assyriens n'ait été la Babylonie. L'ordre du dénombrement des peuples l'indique suffisamment ; Ninus commença par s'emparer des villes les plus proches de Niniveoù il résidait : « Le roi d'Assyrie, dit Diodore, menant avec lui le roi des Arabes, alla attaquer les Babyloniens ses plus proches voisins, n Les Chaldéens, successivement dépossédés des cités qu'ils occupaient, prirent le parti d'abandonner le pays. Cette raison de leur départ semble expliquer pleinement ce passage obscur cité par Joseph , oii Manéthon dit que les rois des Pasteurs eurent pour premier soin de fortifier la Basse-Egypte du côté de l'Orient, car ils craignaient que les Assyriens vinssent les attaquer.
* Ajoutons ici cette autre preuve qui nous paraît décisive et qui ressort du passage même de Manéthon : il dit, en effet, que les Pasteurs sortirent d'Egypte 393 ans avant que Danaûs allât s'établir à Argos. Or, le témoignage de Diodore et surtout la vraisemblance démontrent que Danaûs était Chaldéenel qu'il partit du pays d'Aram pour se rendre en Grèce ; en effet, la liste de Manéthon lui donne le surnom dJAramaïs. Mais la confusion même qui existe au sujet de l'origine de ce prince que la plupart des auteurs anciens appellent l'Égyptien, prouve que les Chaldéens étaient assimilés aux Égyptiens et qu'il y eut une Egypte asiatique, longtemps alliée ou vassale de l'Egypte du Nil. On peut tirer de ceci la conséquence que Manéthon trouvant dans les archives de Memphis le souvenir de l'émigration chaldéenne lié à celui de l'émigration des
Pasteurs parties toutes deux du pays de Châm, la Syrie, en conclut qu'il s'agissait de Châm, l'Egypte, et commit l'erreur qui a jeté tant d'incertitudes sur la chronologie ancienne.
Quand même les monuments du Nil ne révéleraient point par leurs inscriptions, dont beaucoup sont aujourd'hui déchiffrées, rimmense antiquité de la nation qui les éleva, on pourrait induire des combinaisons ingénieuses qu'elle avait inventées pour baser les divisions du temps sur les révolutions des astres, que la période antérieure à la XIP dynastie ne saurait être évaluée à moins de 2000 ans. Selon Eusèbe et le Syncelle, les Égyptiens adoptèrent d'abord le mois lunaire comme mesure générale du temps; ce fut l'^n primitif, appellation qu'on reporta à la période solaire, lorsque celle-ci fut employée de préférence. Mais les Égyptiens n'assignèrent d'abord, il paraît, à la révolution solaire qu'une durée de 368 jours juste. Ils ne tardèrent pas à s'apercevoir que cette période ne concordait pas avec l'année réelle ou tropique, et que l'ordre des saisons et les anniversaires des fêtes religieuses se trouvaient dérangés. En cherchant à remédier à cet inconvénient, les Égyptiens observèrent que l'étoile Sirius avait une année de 365 jours un quart, à très-peu près, et ils l'adoptèrent afin de rectifier ainsi les irrégularités résultant du calcul défectueux de l'année sacrée. Cependant par respect pour une institution de leurs ancêtres, ils conservèrent cette année sacrée, et remarquant l'époque où elle revenait se mettre d'accord avec l'année de Sirius qu'ils nommaient Sothis, ils instituèrent une grande période composée de 1460 années sothiques et de 1461 années sacrées.
Sans doute, la précession des équinoxes a pour effet de ' changer la position du soleil par rapport aux étoiles, et les
divergences doivent s'accroître en raison de la différence des I, 30
latitudes et de Téloigneinent des étoiles de l'écliptique. Cependant des observateurs exj^rimentés, Bainbridge et le père Petau, ont remarqué que par un concours remarquable dans les positions, Tannée de Sirius fut, en effet, entre l'an 3000 et Tan 1000, dans la Haute-Egypte, à très-peu de chose près de 365 jours et un quart *.
Fourier, dans ses savants mémoires sur l'Egypte, a repris ces observations, les a vérifiées et confirmées par de nouveaux calculs. M. Biot a depuis apporté à l'appui de cette thèse l'autorité de son nom. On peut donc conclure de l'ensemble de ces illustres témoignages qu'il y eut chez les Égyptiens plusieurs de ces périodes sothiques de 1460 ans dont une seule suffirait pour embrasser l'existence entière des nations modernes. Il a été constaté par Gensorin qu'une de ces périodes avait pris fin en 138 du Christ et qu'elle avait commencé par conséquent en 1322 avant notre ère. On ne peut douter qu'une autre période semblable l'eut précédée en commençant en 2782. Le cycle antérieur s'ouvrit en 4242, ce qui n'épuise pas encore la durée attribuée à l'empire égyptien. Puisqu'on a des preuves que ce peuple se plaisait à marquer d'un signe céleste les grands événements de son histoire, on pourrait admettre, sans qu'il y eut rien de forcé dans cette conjecture, qu'un quatrième cycle sothique, qui ainsi serait le plus ancien, concorda, en 5702, avec le début des dynasties royales. Manéthon alors n'aurait exagéré que de 70 ans en plaçant l'avènement de Menés en 5772.
Mais ce n'est point là ce que nous cherchons à démontrer, ni ce qu'il importe ici de savoir. Si nous sommes entrés dans
» Bainbridge, Canicul. V. Petau, Dissertât,, I. V, e. vi, p. 108. Fomier, ^îrand ouvr.i^^e sur l'Kgyple, niéfii., t. 1, p. HO'A, Ojisorin, de die natali, cap. wni el \\\. I.esuuur, CkrorioL des rois d'EyyiUe.
les détails qui précèdent, cV|K afin d'établir le caractère historique du fait que voici :
Le Syncelle a conservé une tradition remarquable suivant laquelle les Pasteurs seraient entrés en Égjptc dans la 700^ année du cycle sothique. Puisque, d'après le témoignage de Censorin, l'un de ces cycles expira en 1322, il avait du commenceren 2782, et M. Ideler a calculé qu'en effet, celte année là, Sirius se leva héliaquement dans la Haute-Egypte, le deuxième jour après le solstice \
C'est dans le cours de cette période que s'accomplissent en Asie les grands ébranlements de peuples à la suite du déluge. Or, la 700* année du cycle sothique de 2782 tombe justement en 2182 ; les Pasteurs envahirent donc l'Egypte un an après l'époque que nous avons fixée comme marquant les premières conquêtes des Assyriens. Ainsi ces peuples sortirent en 2188 de l'Egypte asiatique et entrèrent en 2182 dans l'Egypte africaine.
Les Hébreux, suivant les paroles de Manéthon, faisaient partie de ces mêmes populations venues du nord, et lès dates fournies par la Genèse s'accordent parfaitement avec leur mouvement vers le sud. Cette même 'année est donc également applicable au passage d'Abraham en Palestine.
Les principaux archéologues anglais ne font pas remonter non plus au-delà de ce temps les indices qui montrent lesAryas réunis en corps de nation; M. James Tod, dans son savant écrit intitulé Radjasthan, prouve que ces souvenirs ne peuvent s'étendre au-delà du XXIP siècle et le calcul des Yougas donne à ce peuple 296 ans de séjour dans la Chaldée après le Déluge, ce i|ui se rapproche beaucoup des 292 ans marqués
• Ideler, Recherches histor, sur les observ. ostrcm des anciens, trad. par -M. Halma, c«non de Pfolomée, p. 38.
par la Genèse pour les I^breux. L'identité des noms de Brahma et A*Abram fait d'ailleurs connaître que dans la Chaldée, ils obéirent au même patriarche que les Hébreux ou du moins à un chef qui portait ce titre vénéré. Tous ces signes s'accordent pour fortifier ropbion que l'émigration des Aryas confondus avec les Iraniens, dut s'opérer simultanément avec celle des autres peu{des Cbaldéens et qu'en même temps que les Hiksos helléniques se dirigeaient vers le sud, ils quittaient pour marcher vers l'Orient, cette région des Sindes et des Âri que la Genèse appelle la plaine de Sinhar.
Voici donc comment, d'après ces données, on pourrait établir l'ordre chronologique des trois faits primitifs étudiés dans ce volume :
Commencement de la société égyptienne ou création du
monde, suivant les Septante 5634 av. J.-C.
Fondation de la colonie des îles Atlantiques. 3300 Destruction de cette colonie, ou Déluge. . 2550 Dispersion des peuples monothéistes. . . 2183