CHAPITRE VllL
liKS MIGBATIONS.
Quelques pages suffiront pour résumer les données historiques résultant des recherches qui précèdent. Les plus lointains indices fournis par la science sur la formation du genre humain, le montrent disséminé à la surface du globe, en groupes différents par la couleur de la peau, la structure du crâne et de la face, et même par la charpente du corps. Quatre espèces distinctes apparaissent les premières : la noire en Afrique ; la blanche ou Germanique dans TAsie occidentale; puis, à Torient, la jaune ou mongole au nord, la rouge ou Indo-Polynésienne au midi.
Le caractère purement asiatique de la race égyptienne porte à supposer qu'une migration de l'espèce rouge Indo- Polynésienne, partie du versant méridional de l'Himalaya et marchant vers l'occident, vint se fixer au bord du Nil. Dans 3on trajet à travers l'Asie centrale que parcouraient alors les
'hordes nomades de la race blanche, il s'opéra un premier croisement entre ces deux types dont témoignent les monuments datant des troisième, quatrième et sixième dynasties égyptiennes.
Ces familles s'établirent d'abord dans les grottes de la chaîne libyque, oii elles vécurent de chasse et de fruits. Les eaux poissonneuses du Nil leur offrant une alimentation plus abondante, les pécheurs se dressèrent sur les rives des huttes de roseaux et de palmes, puis, voyant que les dét)ordements du fleuve emportaient chaque année ces fragiles demeures, ils en construisirent d'autres eft fragments de rochers arrachés à ces mêmes montagnes qui leur avaient servi de retraite. Tel a dû être le principe de cette grandeur et de cette solidité que les Égyptiens ont imprimées, dès l'origine, à leurs nronuments.
Ces tribus furent régies séparément, chacune par son patriarche, jusqu'au jour oii quelque péril commun, une guerre à soutenir contre les multitudes de race noire qui les entouraient, les obligea de se liguer sous le commandement d'un chef vaillant. De ce jour, la monarchie fut fondée, et, par imitation du régime de la famille, elle devint héréditaire; l'empire ne fut qu'un patriarcat plus vaste. Les tribus nomades de race blanche, plus guerrières et moins dociles, combattant sans cesse entre elles, choisissaient pour leur chef le plus fort et le plus hardi, et adoptèrent ainsi le système électif qui est resté dans le fond des mœurs des peuples d'Occident.
La confédération asiatique établie aux bords du Nil, se rendit proraptement maîtresse de la vallée, domptant par sa supériorité intellectuelle, et réduisant en esclavage les peuplades noires pour lesquelles commença l'éternel asservisse-
ment dont elles ne sont pas encore relevées. Les Égyptiens purent dès lors se livrer paisiblement aux travaux que leur suggérait leur génie réfléchi et inventif. Tous les progrès qu'il a été donné à Tintelligence humaine d'accomplir aux temps anciens, l'Egypte les a atteints durant la période de deux mille ans au moins dont se compose son premier empire. Outre ces perfectionnements matériels, tout s'accorde pour la montrer comme l'institutrice de la loi morale dans le monde, et comme ayant été la souche de ces générations de pieux et savants patriarches, qui, dans l'Inde, en Perse, en Chaldée, en Palestine, en Arabie, dans les Gaules, furent les premiers guides spirituels des peuples.
Cependant, hormis au bord du Nil, la terre restait barbare et sauvage; un monarque inspiré entreprit de répandre au loin les germes de cette civilisation, déjà mûre en partie, et qui produisait de si beaux fruits pour le bien-être des humains. Il exécuta ce dessein dans une expédition qui dura neuf ans, et pendant laquelle le roi Osiris visita l'Orient depuis l'Egypte jusqu'au Gange, et peut-être même jusqu'à Ceylan, revint s'arrêter dans les montagnes du Caboul, où il fonda une ville qui subsistait encore au temps d'Alexandre; de là il s'éleva vers le nord au-delà de l'Oxus, puis, s'avan-^ çant à l'occident, traversa le Caucase, et vint au Palus-Méotis où il fonda une colonie.
Suivant toute vraisemblance, le roi égyptien en avait déjà fait autant sur d'autres points de l'Asie, car on rapporte qu'il construisit neuf villes du nom deNysa. Mais la tradition n'est positive qu'en ce qui concerne l'établissement formé sur les bords de l'Euxin.
Les tribus égyptiennes, pour se distinguer entre elles, se {servaient d'attributs empruntés le plus souvent au règne ani*
mal ; la pauvreté du langage fit qu'on donna à ces animaux la même dénomination que la tribu, d'oii vint l'usage de dire le Bélier, le Lion, le Taureau,. le Serpent, le Poisson, pour la tribu du Bélier, du Lion, du Taureau, etc. Par une assimilation semblable, chaque tribu ou groupe de trois familles s'associa un astre qu'elle désigna également par son nom, en sorte que le bélier ou le taureau s'appela aussi Jupiter, le poisson ou l'ibis Mercure, le chien Sirius, etc. Ainsi, une dénomination unique s'appliquait à trois choses fort dîffé- ^ rentes^ une étoile, un animal, et un homme ou un peuple. Pac:^ suite, lorsque les familles , nées sous un même astre, en s multipliant, eurent pris de nouveaux attributs, il se trouv ^ qu'une quantité d'animaux qui n'avaient aucun rapport entre eux, étaient désignés par une même appellation; par exemp)^ arg (ar-ag, Mars-Lune), signifie, en difl'érentes langues, le loup, l'ours et la cigogne. L'union répétée des familles primitives entre elles et de leurs descendants, accrut la confusion des noms à un tel point que le classement primitif tomba en désuétude, et que, quand un millier d'années plus tard, les premières traditions et les premiers poëmes furent rédigés, les écrivains, ignorants du symbolisme primitif, furent réduits à l'expliquer dans un sens surnaturel, et ils posèrent alors les assises de cet assemblage incohérent de métauiorphoses et d'incarnations dont se sont formés le polythéisme grec et hindou, le magisme et la doctrine de la métempsycose. En un temps où l'ignorance des causes naturelles et l'inexpérience de la raison rendaient la crédulité facile, les populations acceptèrent sans difficulté ces transformations qui font de Jupiter un taureau et de Yischnou un poisson, et qui prêtent aux dieux-astres les passions et les crimes des humains. Cette donnée, une fois admise, et l'impossible n'étapt plus un
obstacle à la croyance, le merveilleux ne connut plus de limites, la nature entière se peupla de divinités, et Thistoire du passé disparut sous un entassement de mythes et de contes fabuleux.
Le symbole et Tattribut n*en sont pas moins, aux temps les plus reculés, de précieux indices de la personnalité des tribus, alors que les renseignements de Fhistoire manquent complètement. Nous avons donc pu, en rapprochant les noms égyptiens de ceux des localités, reconnaître quelles furent les familles qui habitèrent le rivage de TEuxin.
Ce furent d*abord le Feu, le Soleil et la Lune, puis les cinq planètes ; chacune des sept îles était occupée par une planète. Trois autres tribus se fixèrent dans le Caucase septentrional, près du Kouban, dans la Colchide et dans TÂbasie. Le Soleil, Ammon et /ou, Jupiter, occupèrent l'Qe aujourd'hui nommée Taman ; File du nord, dont la forme est triangulaire, fut choisie par les Libyens du Maris. Dans nie du milieu se fixa la plus puissante des tribus, celle de la Lune, Antéou ou Antaïou, plus connue sous Fappellation d*ÂtIantes. Les As de Vénus, les Out de Mercure se placèrent dans les autres parties de Tarchipel. La tribu de Ptah ou iCat parait avoir adopté de bonne heure la côte voisine, maintenant l'Âbasie. Ces tribus étaient en tout au nombre de dix, ainsi que Tattestent
toutes les traditions primitives. Elles formaient probablement un nome dont le régent Hor-an, TOuranos des Grecs, chef du Soleil et de la Lune, résida dans Tile des Ântes.
Les rivages de TEuxin, la Crimée, les monts Caucase, la steppe du Don, étaient alors habités par des familles de la race blonde, dont les hommes robustes et intelligents, les femmes de la plus rare beauté, conquirent Tadmiration des Africains. Ceux-ci, avec leurs robes de fins tissus, leurs
armes d'acier brillant, leurs bijoux d'or délicatement ciselés, parurent des êtres d'une espèce supérieure aux sauvages du nord, demi-nus, vêtus de peaux de loup, et armés de grossières massues et de haches en silex. Ils se rassemblèrent d'abord avec curiosité, puis avec intérêt, autour de ces inconnus qui parlaient une langue différente, et qui leur offraient amitié et alliance. L'union des belles germaines avec les chefs des tribus rapprocha les deux races et donna le jour à des familles mixtes, qui apprirent de leurs pères à construire des demeures, à extraire les métaux du sol, à les fondre et à les forger, à se faire des vêtements avec les plantes textiles, à semer et récolter le blé, à, cultiver la vigne, à faire du vin^ avec le raisin, et de la bière avec l'orge.
Il y eut une période assez longue de paix et de concorde, durant laquelle les tribus rassemblées sous la sage autorité des chefs égyptiens, se multiplièrent rapidement, et ne tardèrent pas à déborder du petit archipel oii elles résidaient pour se répandre dans les montagnes et sur le littoral caucasien , et y former de nouveaux établissements. Cependant la race noire avait apporté dans la colonie les ferments de haine et de jalousie que nourrit toute race subjuguée contre la race conquérante, et elle légua cette animosité aux générations qui naquirent des unions qu'elle avait contractées aussi avec les Scythes aborigènes. De leur côté, les Égyptiens, pour se fortifier contre les entreprises de cette population hostile, s'unirent plus étroitement aux peuplades blanches qui s'étaient ralliées autour d'eux, et leur postérité s'inspira à la fois de la pieuse discipline de l'Egypte et de son mépris pour les peuples noirs; cet antagonisme originel est personnifié par TÉcriture dans Abel et Gain, fils de Ad-Ham, le rouge.
I^es enfants des l^ibyens furent cette race géante, pleine
d'audace et de passion, à la peau d'un teint brun-rouge, aux cheveux tantôt touffus et laineux comme ceux du nègre, tantôt loogs et roux comme ceux du Germain. Les noms qu'elle porte dans Thistoire ont tous pris le sens de rouge dans différentes langues : Erythrée, Édomite, Himyarite, Phénicienne. Ce sont, pour les historiens grecs, les Atlantes et les Éthiopiens, les Kourëtes et les premiers Pélasges. Dans les poëmes cosmogoniques de Tlnde, on les nomme Devas, Dityas, Danavas, Âsouras ; dans les légendes des Arabes et des Perses, Dives, Djinns, Afrites ; dans le^ livres de Zoroastre, Darvands, Droukh, Haëna; dans les poëmes grecs. Titans, Lestrigons, Cyclopes, et dans ceux du Nord, Jotun, Dwergari. Partout la tradition arienne leur imprime le caractère de démons et de génies malfaisants.
Les Egyptiens paraissent avoir fondé, des le temps de Séosiris, une régence importante dans l'Asie centrale, et dont la principale cité prit le nom de Babelon, de On, soleil. Par sa situation admirable, elle devint le siège de toutes les dynasties qui se succédèrent en Orient. Dans l'idiome des Chaidéens, cette sœur asiatique de TËgypte prit le nom de pays d'Our, et fut vénérée sous le symbole d'Horus, fils d'Osiris et d*Isis. Cette vaste région ne tarda gas à se remplir d'une population nombreuse. Chassée de bonne heure des Iles Héotides par la rigueur des hivers, une première colonie vint, sous la conduite de Djamschid (le seigneur de Ham), former un établissement dans le pays d'Our. Ce fut la souche du peuple Iranien, Chaldéen ou Hellène, trois formes de ce nom : peuple de la Lune.
La guerre ne tarda pas à s'allumer entre les deux races occupant, l'une le nord du Caucase, l'autre le sud. Un prince de génie, issu de la famille de Jupiter-Ammon, apparut parmi
les tribus chaldéennes, en forma une grande ligue, et entreprit de soumettre à Tobéissance les Éthiopiens du Caucase et les Atlantes. La résistance fut opiniâtre et les poètes anciens ont décrit avec éclat cet épisode, sous le nom de la guerre des Titans contre les Olympiens. Au rapport des voyageurs, le souvenir en est resté populaire dans le Caucase. Mais au milieu de la lutte, un phénomène terrible vint frapper inopinément la colonie égyptienne des bords de TEuxin, et anéantit la ville des Atlantes avec la plus grande partie de File où elle était située. Ce foyer primordial de la civilisation du nord de TAsie disparut dans Tabime de feu qu'ouvrit un cratère sous-marin. Cet écroulement subit de plaines et dé niontagnes causa un refoulement énorme des eaux de la mer et du fleuve qui se précipitèrent sur les contrées voisines, et les couvrirent à une grande hauteur (la hauteur d*un homme, suivant TAvesta), puis, à la place de Tile disparue, s'étendit le lac qu'on appelle aujourd'hui labaie de Taman.
Les tribus échappées au fléau s'enfuirent éperdues flans les montagnes. Mais là, cette foule considérable n'ayant pas de quoi se nourrir, dit Diodore, fut contrainte de chercher plus loin une patrie nouvelle. Quelques familles restèrent en Colchide et se rattachèrent à l'empire couschite; mais la plus grande partie des tribus, franchissant la chaîne du Caucase, vint rejoindFC les Égyptiens; elles se fixèrent dans les plaines ou sur les pentes du Taurus et de l' Ararat, suivant leur goût industriel ou pastoral et le degré de leur éducation sociale, comblant de leurs multitudes les vallées aujourd'hui presque désertes des monts de l'Asie Mineure, de l'Arménie, de la haute Syrie et de l'Aoûran. Les plus civilisées de ces trjbus descendirent dans la plaine de Sinhar, Aram-eUNakaraïm ou Mésopotamie, et s'étendant sur les rives del'Euphrateetdu Tigre, yconstruisirent
des villes. Dès lors le pays se trouva partagé entre les Égyptiens de Hor, qui accueillirent amicalement leurs frères du nord, et les tribus d'Ana ou Kaldana. Ces dernières se groupèrent dansTArménie occidentale, tandis que les autres continuèrent d'occuper la région orientale. La limite des deux familles peut encore être reconnue ; elle passait entre les deux lacs situés dans l'Arménie centrale; celui qui est à l'ouest s'appelle, en effet, le lac Wan, lac de la Lune, et celui de l'est porte le nom d*Ourmiah, lac du Soleil. .
L'empire chaldéen se forma sur la base des institutions sabéennes de l'Egypte. Elles reçurent néanmoins du génie imaginatif de la nouvelle race des développements particuliers. La magie et les enchantements, dit Ëusèbe, furent inventés parCoush ' ; il les tenait des sorciers et des jongleurs africains. Les Chaldéens suivirent les mêmes pratiques et les appliquèrent à l'étude des astres, qu'ils douaient de certaines vertus et d'influences sur la destinée des mortels. Suivant Cicéron, les Chaldéens, qui vinrent originairement du Caucase ^ observaient les signes célestes, les mouvements des planètes, et formèrent la classe sacerdotale à Babylone^. Us modelèrent aussi leur système politique et administratif sur rancien classement sidéral de l'Egypte, divisant l'empire en trente-six constellations qui correspondaient aux trente-six nomes institués par Séosiris ; douze de ces divisions étaient désignées par les signes du zodiaque. Les sept planètes mères des tribus secondaires, dominaient la hiérarchie, et trente étoiles conseillères leur étaient subordonnées, représentant sans doute les juges des tribus qui furent trois à l'origine. Leur mission était de surveiller tout ce qui passait parmi
> Eoseb. Prœp, ev., 1. 1, ch. x. — ^ Cic. de divinat., 1. 1, c. xix.
les hotnmes, c'est-à-dire, chez les tribus vassales, et l'autre moitié veillait sur le ciel, en d'autres termes, sur la capitale ou demeure du Roi des Dieux-Astres. Des étoiles nommées messagères apportaient au souverain, tous les dix jours, des rapports concernant chaque circonscription de l'empire.
C'est à cette époque qu'il faut faire remonter Tapplication aux constellations d'une série de signes analogues à ceux par lesquels. les Égyptiens avaient désigné les douze mansions du zodiaque. Chaque tribu, on le sait, outre l'astre de la famille, se distinguait par un signe spécial, presque toujours un animal, et comme ce signe, confondu avec l'étoile et la tribu sous un même nom, ne formait qu'une seule personnalité, on trouva tout simple, lorsqu'on grava sur les stèles ces tableaux de Tempire que nous appelons des zodiaques, d'y figurer chaque tribu par son caractère distinctif. Les Grecs les firent servir à désigner les constellations, lorsque plus tard ils composèrent de véritables cartes du ciel à l'imitation des Chaldéens.
Les monuments qui nous restent de l'Assyrie au VIII® et au X^siècle, témoignent delà constance avec laquelle les grandes nations de l'Asie conservèrent les attributs distinctifs de leur race. Les deux principaux emblèmes qui caractérisent les races Chaldéenne et Couschite sont le Lion et le Taureau. Le Lion, accompagne Yischnou dans l'Inde ; il figure Mithra chez les Perses, et il traîne en Grèce le char de Rhéa, d'Ops et de Junon ; le Taureau, veille aux abords des palais d'Assur, et ses cornes servent de couronne aux souverains. Dans les sculptures des temples Iraniens, c'est le lion qui est vainqueur, sur ceux desCouschites, c'est le taureau. Jusques sur la sphère céleste, l'antagonisme des deux races se poursuit : le géant Orion, Hor-Ion^ éponyme de la race ionienne, lève sa massue
pour frapper le Taureau qui s'élance contre le héros. Ce système a laissé plus de traces c(u*on ne pense dans les lieux où il régna il y a 4000 ans. Hérodote nous apprend que dans le Caucase résidaient une infinité de peuples différents qui se servaient de feuilles pilées de certains arbres pour peindre sur leurs habits des figures d'animaux qui ne s'effacent jamais ^ Maintenant encore, on reproche aux Druses d'avoir un culte pour le chien, et aux Ânsariés d'adorer un veau. C'est ainsi que jadis les Grecs se moquaient des Égyptiens parce qu'ils vénéraient le crocodile, le chat ou le scarabée, et qu'à Mondes on prenait le deuil quand mourait le bouc sacré. Il est probable que l'interdiction si fréquente chez les anciens, de tuer certains animaux, prend son origine dans la vénération pour l'emblème de la tribu. De là l'abstention de se nourrir de ces animaux, qui est devenue, chez quelques peuples, un précepte religieux. Les Syriens, bien qu'ils fussent un peuple maritime, s'abstenaient de poisson, évidemment paF ce motif qu'ils descendaient de la iribu égyptienne du Poisson, à laquelle ils rendaient le culte dû aux ancêtres, sous la forme du dieu Dagon, chez les Assyriens Oannès, et sous celle de la déesse Dercéto moitié femme moitié dauphin. L'interdiction commune chez les Russes de manger du pigeon , considéré comme symbole du Saint-Esprit, remonte beaucoup plus haut, sans doute à la colombe qui servait d'enseignes aux Assyriens. Cet emblème parait même avoir caractérisé dans la Chaldée la caste sacerdotale et savante, car les colombes firent, dit-on, l'éducation de Sérairamis, et les prétresses égyptiennes qui, suivant Hérodote, fondèrent un oracle à Dodone, s'appelaient Peleïaï c'est-à-dire colombes *.
» Herod., I. I, p. 203. Id., I. H, p. 46. — 2 Hérod., I. H, p. 57. II. 27
ta défense de manger du porc, rigoureusement obsenée par ks Juifs, n'a aucune des raisons hygiéniques auxquelles on Ta attribuée. Elle vient simplement de ce que le porc, qui figure sur plusieurs zodiaques, fut un des attributs des Couschites du Caucase, ap-hor-cm, stis, en latin et en grec; bêr^ aper, et hog, indiquent le mélange scythique. Les peuples de race germanique ne mangent point de cheval, et toutes les sociétés hippophages du monde ne vaincront pointla répulsion héréditaire des fils du Cheval blanc.
La pure race blonde à peau blanche occupa longtemps les montagnes de TAsie centrale avant d'être absorbée graduellement dans le mélange avec les autres races. L'alliance des peuplades germaines était vivement recherchée par les Chaldéens et les Éthiopiens, à cause de la rare beauté du type qu'elles représentaient, à une époque où les chefs des nations attachaient autant d'importance à perfectionner l'espèce humaine, qu'on en met aujourd'hui à améliorer par le croisement les races ovine et chevaline. Du mélange continu des premières familles caucasiennes naquit un type tertiaire, le plus riche en beauté et en intelligence qui eût encore paru sous le ciel. Douée de toutes les aptitudes et de la passion qui les active, cette race était faite pour tout tenter et tout accomplir. Malgré les fréquentes invasions hunniques, sa supériorité l'a maintenue dans sa pureté sauvage chez les Circassiens et les Géorgiens, d'où lui est venu le nom de Caucasienne. Mais son expression la plus haute semble s'être manifestée dans la Grèce, où elle inspira les œuvres de la statuaire antique, en lui offrant le modèle de cette perfection de formes que les modernes ont nommé l'idéal.
Faute d'avoir remonté assez haut dans le passé à travers le brouillard de la période mythique, on a supposé que la civil!-
sation éuit éclose dans la Babylonie et avait d'emblée atteint le degré de perfection qu'attestent les restes qu'on y a découverts ; cependant il n'est pas douteux pour nous que la puis* santé impulsion qui décida le progrès parmi les populations établies dans l'Asie centrale, soit venue d'abord du nord par le Caucase. Les exégètes sont en général d'accord pour reconnaître que, dans la Genèse, le mouvement des peuples après le déluge, s'opère du nord au midi ; Abraham quitte la Chaldée pour entrer en Canaan. Mais c'est là tout, et aucun livre ne nous apprend d*oii ces peuples étaient venus auparavant et, s'ils sortaient de la vie sauvage, comment il se fit que la civilisation se développa aussi rapidement parmi eux. Cela serait aisé à comprendre si ces tribus étaient originaires des îles Uéotides et des pays adjacents, carelles auraient apporté avec elles l'héritage de la civilisation Atlantique. Un remarquable passage de Diodore dont le début devient intelligible A Taide des interprétations exposées dans le cours de ce livre, nous semble expliquer ce fait aussi clairement que possible :
(f Bélus, dit-il, fils de Neptune et de Libye, mena une colonie à Babylone. Ayant fixé son séjour sur les bords de TEuphrate, il institua des prêtres sur le modèle de ceux d'Egypte et les exempta de tout impôt et charge publique. Les Babyloniens les appelaient Chaldéens ; ceux-ci s'adonnèrent à l'étude des astres, à l'initiation des prêtres, à l'astrologie et aux sciences. Danaûs partit de là pour aller bâtir Argos, une des plus anciennes villes de la Grèce; d'autres chefs sortis du naèmelieu conduisirent, les uns les peuples de Colchide et ceux du royaume de Pont, les autres le peuple juif qui occupe le pays situé entre l'Arabie et la Syrie. En effet, toutes ces nations ont la coutume empruntée aux Égyptiens de circoncire leurs enfants. On assure encore que les Athéniens sont une
colonie de Sais ville Égyptienne, et les Égyptiens le prouvent par la similitude du système politique. Us prétendent aussi que Cécrops, Éreethée et plusieurs autres rois d'Athènes étaient Égyptiens d'origine. Les Athéniens eux-mêmes recon* naissent que les sacrifices et les mystères d'Eleusis sont les mêmes que' ceux d'Egypte : les Eumolpides ou chanteurs y tiennent la place des prêtres et les hérauts celle des Pastophores. Les Athéniens ont de plus gardé l'habitude de jurer par le nom d'Isis et leurs mœurs sont en général très-conformes à celles des Égyptiens. »
Les premiers mots de cette tradition sont caractéristiques : Béi^ab-el, le père sacré, est fils de Neptune que Jupiter, suivant la fable, institua roi des lieux maritimes ; Platon le fait seigneur de l'Atlantide et père des races qui s'y formèrent. D'autre part Libye représente la race d'origine libyenne qui habitait les iles Méotides et les bords du Kouban. La Libye, dit Suidas, est au nord de la Colchide. Or, ceci établi, il en résulte nécessairement que les Chaldéens conduits par Bélus à Babylone, étaient originaires des iles Atlantiques et par conséquent les descendants des Atlantes ; en second lieu que, suivant cette même tradition, les Hellènes de Danaûs, les peuples du Pont et de la Colchide, les Hébreux venaient également du même pays. C'est exactement ce que nous cherchons à démontrer, en ajoutant aux nations connues de l'antiquité grecque, celles plus éloignées dont elle n'avait que de vagues notions, telles que les Hindous, les Celtes, les Perses et les Arabes, dont les traditions concordent avec celle de Diodore.
L'empire chaldéen formé de la confédération de tribus toutes sœurs par l'origine et les alliances, se prolongea durant trois à quatre siècles; au bout de cette période un grand trouble se manifesta dans l'Asie centrale, par l'apparition des
populations éthiopiennes restées jusqu'alors enfermées derrière la barrière du Caucase et qui, considérablement accrues par une foule de tribus de toute race, refluèrent vers le midi. Ces masses formidables se précipitèrent avec une force irrésistible et fendirent comme un coin Tagglomération des peuples Indo- Scythes, rejetant à droite et à gauche ou chassant devant elles, leurs populations dispersées. Le peuple d'Assur, maître de Ninive et le plus aguerri de tous, opposa une digue à ce torrent et non-seulement parvint à le repousser, mais sous le commandement du monarque habile que les Grecs appellent Ninus, profita du désordre général pour étendre ses conquêtes sur les pays voisins et s'emparer des villes Chaldéennes, Babel, Erek, Âccad et Chaîné. Accablées par cette double calamité, les tribus confédérées à' As, Arg, Hak, El-ana, Hod, Eri ou Heber résolurent, d'un commun accord, d'abandonner leurs établissements et de se séparer pour chercher dans des régions éloignées une patrie moins troublée. C'est alors que s'eflectua l'événement mémorable que la Genèse a nommé la dispersion de Babel.
La race Caucasienne ressemble à un grand arbre couché dont les racines sont dans les îles Méotides, et dont le tronc s'allongeant sur le Caucase ouvre ses rameaux dans TArménie et la Babylonie. Cette tige se divise en trois embranchements principaux :
!• Le rameau Iranien, Bactrien, Hindou ;
2* Le rameau Syrien, Hébreu, Arabe, Berbère et Éthiopien ;
3'Le rameau Hellénique, Latin-Ibère, Celtique ou Kimmérien.
L'expansion de ces trois branches à la surface de l'ancien hémisphère, s'aifaibliten se prolongeant par degrés jusqu'à ce
qu'elles disparaissent dans les races primitive qui les entou-
rent : le rameau oriental va se perdre dans le Tfaibet, à Siam, au Birman, à la Chine, au sein des populations de race Mongole, après avoir produit par Fimmixtion intermédiaire, les Tartares, les Tures, les Slaves et les autres peuples de la steppe et de la Haute-Asie. À TOccident ce type s'immerge dans la multitude des populations germaniques, saxonnes et gothiques, après avoir créé les sôus- types des Gaulois, Bretons, Belges et Gaëls; au Sud il disparaît en Afrique au milieu des peuples noirs, au fond du Soudan et en Àbyssinie, après avoir déposé dans la Haute-Egypte, sur le littoral Méditerranéen et dans TAtlas, les couches mélangées des Berbères, des Kabiles, des Abyssiniens, des Nubiens et des Maures de toutes nuances.*
Le monde, tel qu'il apparaît au début des temps historiques, se montre donc couvert des rejetons du grand arbre caucasien. Partout où ils ont pris racine, la civilisation a germé et grandi avec eux ; partout au contraire oii ils ont dépéri ou ont été anéantis, la barbarie est revenue ainsi qu'on le voit à la Chine et dans l'Inde. Le langage, l'écriture, les arts, y sont restés stationnaires, en même temps que les sciences et les institutions morales y dégénéraient rapidement, à mesure que la race Caucasienne s'absorbait dans la supériorité numérique des multitudes Mongoles.
Quoique le Copte soit aux antipodes du sanscrit, a dit le vénérable M. d'Eckstein, il y a mille raisons pour retrouver dans le bassin de l'Indus la civilisation primitive transportée dans la vallée du Nil. C'est pour n'avoir pas admis hardiment cette donnée et s'être laissé dominer par les contrastes qu'offrent entr'eux les deux groupes d'idiomes dits ariens et sémitiques, que la solution du problème des origines a été indéfiniment reculée. Le principe de séparation basé sur la comparaison des langues, étant une fois posé, on a été con-
duit à CD conclure que cette séparation avait toujours existé. Quelques écrivains se sont crus même en droit de présumer qu'il y avait là un argument en faveur de la pluralité originelle des races humaines, et qu'il existait une race sémitique et une race arienne, comme une race noire et une race blanche.
L'étude physiologique démontre l'inanité de cette hypo- Xhèse, et elle établit incontestablement que l'Arabe, TÉthiopien, l'Abyssinien, l'Égyptien, l'Hébreu, le Syrien, le Persan, l'Hindou, le Bactrien, le Grec, le Slave méridional, le Celte, ribère, sont tous des enfants de la même famille, modifiés seulement par le croisement; de ce croisement prolongé, une multitude de sous-types se sont formés, et avec eux autant de langues plus ou moins analogues, selon la fréquence des rapports réciproques de ces peuples.
L'examen des traditions et des mythes communs à tous les peuples caucasiens atteste en effet qu'ils oat dû vivre voisins pendant plusieurs siècles dans une même région, et que, par conséquent, ils ont dû communiquer et s'entendre entre eux. Les idiomes dont aujourd'hui les différences étonnent tout le monde, n'étaient pas nés alors ou n'existaient que sous forme de dialectes, et c'est en effet ce qui parait résulter du rapprochement de plus en plus sensible, à mesure qu'on remonte dans le passé, des vocabulaires ariens et sémitiques; où des études récentes approfondies ont fait reconnaître une foule de racines communes. L'araméen, dénomination un peu vague de l'ancienne langue d'Arménie qui succéda au chaldéen, le pehlvi, qui paraît avoir existé sous une forme populaire beaucoup plus ancienne que celle des livres de Zoroastre, l'himyarite, oii M. Oppert croit reconnaître la langue des inscriptions cunéiformes, le zend, frère du sanscrit, dans lequel on
retrouve en grand nombre les radicaux de l'ancien égyptien, la langue des inscriptions ariennes des temples bouddhiques de l'Afghanistan, tous ces divers modes d'expression vocale se réduisirent à l'origine à un langage assez pauvre, monosyllabique et peu varié, composé probablement de l'apport simultané de l'ancienne langue égyptienne et des idiomes africains mêlés à ceux des tribus germaniques. L'illustre William Jones, après avoir établi d'une façon péremptoire la dissemblance absolue des idiomes sémitiques et des langues de l'Inde, ne peut s'empêcher de déclarer que, malgré cette différence, il n'hésite point à croire que toutes ces langues sortent d'une source commune. Il cite àce sujet les inscriptions de Candrah composées de lettres nagari et éthiopiennes ^ 11 exprime ailleurs l'opinion que les caractères carrés des Cbaldéens furent identiques à l'origine avec les caractères cufiques et sanscrits, et enfin que les lettres phéniciennes d*oii procèdent les lettres grecques, dérivaient également du même type.
Suivant Colebrooke, dont Burnouf admirait l'étendue des vues et la rectitude du jugement, le sanscrit tire son origine d'un langage primitif qui s'est modifié et perfectionné en divers pays, qui devint le sanscrit dans l'Inde, le pehlvi dans la Perse, le grec aux bords de la Méditerranée ^.
Burnouf, malgré sa réserve habituelle, laisse entrevoir dans plusieurs endroits du Yaçna, que son opinion est conforme à celle des savants anglais. On peut donc, en s'appuyant sur ces imposantes autorités, avancer sans témérité que les différences qui existent entre les langues ariennes et les langues sémitiques, ne sont nullement un obstacle à l'unité originelle des peuples qui parlent ces idiomes.
^ Will. Jones, œuvres complètes ; Asiat, Res , v. I, p. 4Î3. — ^ Asiat, Res., vol. I, p. 201. Grimm, Gesch, d, Deutsch* s/)r., p. 833.
De nos jours, les traits physiques et intellectuels des Orientaux se confondent dans un type presque uniforme, et il n'y a guère de disssemblance entre un Arabe et un Hindou, un Juif et un Persan. Ariens et Sémites ont tous jadis été grands sur la terre par les arts ou* par les lettres, par la guerre ou par la religion; tous ont fondé des institutions durables. Mais autrefois, bien qu*issus d'une même mère, la race germanique, rÉtliiopien et le Ghaldéen portaient sur leur visage le signe de l'origine paternelle. Certaines tribus libyennes, par leur situation retirée moins exposées au mélange, restèrent longtemps noires et crépues ; il en existait encore en Colchide au temps d*Hérodote ; les autres se transformèrent insensiblement. De là ces dénominations, fréquentes chez les auteurs anciens, d'Éthiopiens blancs et d'Éthiopiens noirs, d'Hindous clairs et d'Hindous noirs, de Huns noirs et de Huns blancs (Ephthalites), de Khazars blancs et de Khazars noirs. Â cette même origine complexe se rattachent les Slaves bruns et les Slaves blonds, les Celtes basanés et les Celtes roux.
Le teint desChaldéens était plus clair que celui des Couschites, et se rapprochait de celui de l'Âthor des monuments égyptiens, tandis que les Égyptiens de la XVHI® dynastie, fortement modifiés par les immigrations himyarites, paraissent sur les monuments d'un rouge plus brun que les Égyptiens des V® et VP dynasties. Les Chaldéens passèrent donc promptement aux cheveux clairs et au teint vermeil de la race blanche, en s'éloignant de l'Asie centrale.
Les différences étaient également sensibles au moral : l'aspiration vers un perfectionnement indéfini dont la liberté est la condition nécessaire, caractérise les populations mobiles chez lesquelles l'élément germanique domine, tandis que l'ascendant plus ou moins marqué de l'élément éthiopien a
retenu de tout temps les Sémites dans l'immobilité despotique et théocratique, reflet lointain de la servitude et du fétichisme où reste plongée la race noire africaine.
Bien que fils du même père, Sem, Cbam et Japhet, c'est-àdire les rouges, les noirs et les blancs, sont désignés dans la Genèse par des caractères très-distincts; ces types caractérisent pourtant des races mixtes, et Ton ne saurait bien les apprécier si Ton ne tient pas compte de leur double filiation. Ainsi, nous croyons trouver dans l'antagonisme primordial des Couschites et des Chaldéens, personnifié par la Genèse dans Gain et Àbel, la raison de la séparation de plus en plus profonde de ces deux familles, dont une disparité complète dans les principes du langage est restée le signe le plus évident.
Tant que la couleur marqua au front de rÉthiopien et de rindo-Germain le sceau d'une paternité différente, l'hostilité des races demeura irréconciliable. Les religions la consacrèrent par l'anathème : ce qui domine surtout dans les Yédas, dans l'Avesta et dans la Bible, c'est l'horreur de l'impur, et la déchéance dont toute alliance hoTs de la race est frappée. CaîD est maudit jusqu'à la septième génération; Ahriman, le noir de peau, est voué à l'abime; les Brahmanes déclaraient déchu de sa caste celui qui franchissait YAttock ou rivière de l'interdit, servant de frontière au nord-est de l'Inde. Ne sait-on pas que, de tout temps, la couleur a été un prétexte pour les rouges d'asservir les noirs, et pour les blancs d'asservir les rouges et les noirs? Jusqu'au jour oii le Christ est venu fonder sa loi sur la fraternité humaine, le principe qui régna dans le monde fut le développement Mes races supérieures par l'oppression et la destruction des races moins favorisées.
L'incompatibilité native entre les rameaux de la race eau* Ciisienne, aggravée par les rivalités et les guerres, produisit
donc ces divergences profondes que Tantipathie des deux groupes semble s'être plue à marquer jusque dans les plus petits détails. Comment expliquer, autrement que par un parti pris d'opposition, cet usage du Sémite d'écrire de droite à gauche, tandis que rArien écrit de gauche à droite? Il ne faut pas oublier, en outre, que le dépôt des traditions et des connaissances scientifiques était concentré dans les temples, et que c'est aux collèges sacerdotaux qu'on fut redevable, nonseulement des divers systèmes d'écriture qui se répandirent dans le monde, mais sans doute aussi des premières règles imposées au discours, et des modes de syntaxe qui facilitèrent l'échange des idées. Ces progrès, fruits des élaborations accomplies dans le secret «des académies sacrées, restèrent à peu près lettre close pour les masses qui continuèrent de s'entendre entre elles à l'aide des patois primitifs. On peut donc assurer que lechaldéen, le zend, le sanscrit, l'hébreu, et peutêtre le phénicien, furent d'abord des langues savantes construites systématiquement, et non par alluvion comme les langues modernes; de là leur perfection. Les idiomes populaires se continuaient à part; ainsi, depuis un temps immémorial, le plus grand nombre des peuples de la péninsule de l'Inde parle des idiomes, qui n'ont aucun rapport avec le sanscrit et qui même sont plus anciens que cette langue.
Les recherches des philologues, dans le but de constater le groupe auquel appartint jadis le chaldéen, n'ont pas été infructueuses. MM. Ritter, Lassenet Gésénius ont tâché d'en relrouver les traces dans la langue des Kurdes, et ces savants déclarent unanimement que celle-ci se rattache d'une manière très-* évidente aux dialectes iraniens,
La même conclusion ressort des écrits du savant musulman Aboulfarad); selon cet auteur, le chaldéen ou syriaque se di«
visa en trois dialectes : « 1® L'araméen, qu'on parlait dans TAram ou Mésopotamie; 2^ le chaldéen de Damas, des pays entre TËuphrate et la Méditerranée et de la Palestine; 3® le nabathéen, dont se servaient les habitants des montagnes d'Assyrie et de Tlrak ou Chaldée. Celui-ci est l'idiome le plus ancien, celui qu'Abraham et ses ancêtres parlaient, et dans lequel les livres de Zoroastre, nommés zend, pazend et vesta, ont été écrits avec quelque mélange de l'ancienne langue des Perses. » •
Les peuples compris sous la dénomination générale de Cbaldéens, étant des Égypto-Scythes, ou, si l'on veut, des Indo- Germains, on s'explique comment les langages des Sindes et dés Hellènes, deux branches des Chaldéens, «oient si fortement imprégnés de racines germaniques, et que leurs vocabulaires, si longtemps usités dans le Méotis, le Caucase et l'Arménie, aient autant de rapports avec le Lithuanien, l'Irlandais, le Saxon, le Breton et les langages du midi de l'Europe, n y a donc de grandes probabilités admettre pour que le chaldéen nabathéen ait été cette seule et unique parole, comme s'exprime la Genèse, que parlaient les peuples rassemblés dans la Babylonie avant la dispersion des peuples.
L'invasion des Éthiopiens du nord entraîna avec elle un grand nombre de nations sauvages qui vivaient dans la steppe et autour de la Caspienne, parlant encore chacune le patois qu'elle avait inventé pour son usage. Leur constante affluence dans le Caucase a fait donner à cette région par les Orientaux, le nom de Montagne des langues, et Strabon rapporte que, de son temps, dans le seul port commerçant de Dioscuriâs, on parlait plus de soixante-dix idiomes différents. L'apparition de ces populations dans l'Asie centrale est indiquée par la tradition biblique de la confusion des langues
qui se manifesla à Toccâsion de la] construction d'une forteresse dans la plaine de Sinhar.
C'est donc vers cette époque que dut commencer à se produire la différence de plus en plus marquée entre les formes des langages, el qu'à la suite de la scission des tribus, se formèrent les deux groupes d'idiomes que les érudits ont nommas ariens et sémitiques. Nous considérons les Ariens comme procédant des Chaldéens, et les Sémites comme les descendants des Couschites. Au surplus, ces dénominations sont impropres au point de vue des races, car il y a des Ari parmi les Sémites, tels que les Aribaon Arabes, et les familles issues de Sem comptent des peuples que les philologues sont obligés de classer parmi les Ariens.
Ce fut un moment décisif que celui oii Gog et Cus ligués se précipitèrent en foule des sommets du Caucase, et brisèrent le lien qui réunissait les tribus de la Lune et du Soleil autour des lacs sacrés de l'Arménie. Vers la même époque, on voit la domination des Assyriens s'étendre sur l'Asie centrale, sous l'empire du roi conquérant que les Grecs appellent Ninus. Il s'empare successivement des villes de l'Irak chaldéen et réduit les populations en esclavage. Les tribus, pour se dérober au joug, prennent la résolution de s'expatrier en masse, et alors commence ce vaste mouvement d'émigrations qui se continua jusqu'aux siècles voisins de notre ère, et qui porta la civilisation jusqu'aux extrémités du monde, car cette forte race arienne grandit dans ses exils et imprima en tout lieu le sceau de son génie.
Nous ne ferons qu'esquisser ici dans son ensemble le tableau des migrations des peuples partis de l'Asie centrale, réservant pour un travail plus spécial la discussion et les éclaircissements étendus que nécessite une étude aussi importante.
Nous voyons d'abord s'avancer par grandes masses vers le Sud , ces pasteurs Hiksos , rassemblement de tribus de toute origine , à la tête desquels se placent les chefs qu'Eusèbe nomme Helléniques et Phéniciens. Ils traversent la Palestine, et la Genèse nous donne la longue énumération de leurs familles, car ce sont eux qu'elle désigne sous le nom des enfants d'Esaû, qui, dit-elle, est Edom, c'est-à-dire le rouge */ Nous saisissons donc au passage ce grand mouvement des Caucasiens se dirigeant vers la mer Rouge, à laquelle ils vont donner le nom d'Edom ou d'Erythrée. Ils envahissent l'Egypte, la soumettent à leur domination et y fondent des dynasties dont la durée se prolonge plus de 500 ans. Le Pharaon qui protégea Joseph et qui accueillit Jacob était, dit-on, un roi pasteur de race Amalécite.
Les Hébreux furent, on ne peut en douter, une famille de ces peuples innombrables ; Manéthon et Joseph le disent positivement. Nous voyons en effet Abraham traversant la Palestine, et, après quelques stations, entrant en Egypte. Il est trèsprésumable que ce patriarche fut Chaldéen de race comme de naissance, et le peuple qu'il commandait, lorsqu'il vint d'Our Casdim en Canaan, appartenait aussi à la même famille. Juda avait pour symbole le lion Iranien et Hellénique. Ce ne fut, croyons-nous, que plus tard, par l'adjonction des tribus Couschites d'Israël et sous l'influence prolongée des deux captivités d'Egypte et de Babylone, que ce peuple prit graduellement les caractères sémitiques.
Au même moment, une agglomération de tribus Chaldéennes se mettait en marche vers l'Orient sous la conduite de chefs religieux qui semblent de la même famille que le patriarche
» Genèse, ch. xxxvi.
des Hébreux, tant les titres Abram et Brahma ont de ressemblance. Tous deux en effet partaient du pays A'Aram, et leurs peuples, les Eri, Gheberi ou Ebrèi, avaient fait partie de cette grande confédération d'Ëber dont une province de Tancien pays d*Our, Tlbérie caucasienne conservait encore le nom au temps des Romains. Les Persans révèrent Abraham à Tégal de Zoroastre et lui attribuent la composition de plusieurs des livres sacrés que le réformateur, selon eux, n'a fait que reproduire. L'on s'explique dès lors que la religion monothéiste ait été le principe des croyances primitives des Parses et des Hindous comme de la religion hébraïque. Le désir de préserver la pureté de leur foi du contact des idolâtres, aurait suffi pour provoquer les tribus chaldéennes à abandonner r Asie centrale, quand même la haine de race et Tintérét de leur indépendance ne leur auraient pas inspiré cette résolution.
Les Eri ou Aryas, les Brahmanas, les Sindhou, les Bouddhas, et une infinité d'autres familles comprises sous le nom collectif de Irana ou Arianay abandonnèrent donc le pays d'Àram, la Mésopotamie des Grecs, l'Alghésira des Arabes, pour s'acheminer vers le Caboul et l'Afghanistan. Rien n'est plus incertain, malgré les progrès des études sanscrites et parses, que l'itinéraire suivi par les peuples Ariens dans le cours de cette émigration. On persiste à penser que les Aryas qui conquirent THindostan arrivaient de la Bactriane où ils avaient vécu confondus avec les ancêtres des Perses. Tous ces peuples venus on ne sait d'où, se séparèrent, dit-on, pour aller s'établir, les uns dans l'Iran, les autres dans l'Inde.
Il faut d'abord bien se persuader qu'au temps dont nous parlons, il n'y avait parmi les tribus chaldéennes nulle distinction d'origine ni de langage, et qu'Iraniens, Brahmanas,
Hébreux, Hellènes, rassemblés dans la Chaldée, ne faisaient alors qu'une même race divisée en tribus. Les récits primitifs des Védas et des poëmes Zendne s'appliquent donc, en réalité, qu'à des Chaldéens. Or, la tradition Parse nous semble s'être conservée la plus purement historique, et, réunie aux légendes helléniques» elle fournit une somme d'indices suffisants pour reconstruire l'histoire de la Chaldée à l'époque du Déluge, et même au-delà. Ainsi, le Vendidad, dans un fragment précieux, nous montre le roi Djemschid se dirigeant avec son. peuple vers le pays de la lumière (le pays d'Our ou du Soleil), et y bâtissant upe ville. Cette émigration offre de grands traits de ressemblance avec celle de Bélus, ce fils de Neptune et de Libye qui mena les Chaldéens à Babylone, et elle représente, croyons-nous, le mouvement des tribus du Méotis se rendant en Arménie sous la conduite d'un chef égyptien. VErièné Vedjô (Bè-Hô, pays de Jupiter), ce lieu de délices, YErinéum d'Eleusis, l'Erin desGaëls, VAyriana des Hindous, ne peut être dès lors que l'île de Taman, appelée aussi l'île des Sindes, et le grand fleuve qui gèle, dont parle le Vendidad, désigne le Kouban. La légende de Sweta-Dwipa et de Tricuta^ l'île aux trois caps, qui rappelle si bien l'île Kimmérienne, révèle également le lien originel par lequel les Sindes Brahmaniques se rattachent à ce même archipel Méotide. Leur parenté avec les Iraniens serait donc attestée par ces rapprochements, si d'ailleurs elle n'était suffisamment établie par les intimes rapports avec le sanscrit, du zend et du pazend qu'Aboulfaradj appelle un dialecte du Chaldéen.
Dans quel lieu d'Asie les Ariens Brahmanas se séparèrentils des Ariens^Parses? C'est ce qui n'est point encore éclairci.
D'après l'ensemble des traditions sanscrites, la principale migration des Aryas arriva par le nord de THindostan, où ils
entrèrent par la passe d*Haridwar. Ils descendirent vers le sud dans les riches campagnes qui s'étendent au confluent du Gange et de la Jumnah, et où s'élève aujourd'hui Delhi. Ce premier établissement reçut le nom de Jambu-dwipa, que portait jadis la principale des iles Blanches, berceau de leur race; le fleuve sacré reçut le nom de Ganga {ghan-Agy le peuple d'Ag), et la rivière qui baignait le pays s'appela Yamouna, en souvenir de la terre d'Amoup.
Le mouvement d'émigration que nous cherchons à rendre distinct parait n'avoir entraîné que les tribus monothéistes. Quant aux peuples dont la croyance s'accordait avec celle des Assyriens, ils acceptèrent leur domination, et parmi ceux-ci, il faut compter sans doute les tribus Hellènes, car dans l'énumération de Ctésias, leurs noms figurent sous la forme de pays conquis par Ninus ; les Cariens, les Lydiens, les Lyciens, les Phrygiens n'habitaient pas encore alors les contrées auxquelles ils ont donné leur nom. il y eut entre les migrations en masse des Sindes, des Iraniens, des Hébreux, et les mouvements des familles pélagiques par lesquelles la Grèce et l'Italie furent peuplées, cette difiérence que celles-ci s'avancèrent d'abord à l'Occident par petits groupes détachés, s'arrétant sur un point ou sur un autre, puis se multipliant ou se joignant à d'autres familles et formant ainsi une'agglomération. Il leur manquait le lien qui, parmi les monothéistes, constitua promptement la nation : la foi religieuse.
Une sorte de filtration continue avait, dès avant le déluge, porté nombre de familles Méotes dans les montagnes de la Macédoine et de l'Hellade ; Makedo, dit Diodore, fut avec Anubis l'un des chefs de l'expédition d'Osiris. Mais la plus grande partie de ces peuples vint du Caucase par l'Asie mineure ; les. plus anciens d'entre eux, suivant Homère, Hérodote, Strau 2B
bon, furent les Cariens, les Léléges, les Lycaonides, les Caucons, les Solymes, les Mysiens, les Cyclopes, les Rourètes, compris sous le nom générique de Pélasges, pe-l-as-ghè, pé- Uarg ou simplement pé-l-ag, les seigneurs de Ag, nom couschite de la Lune. Ces populations paraissent en effet la plupart éthiopiennes; mais la grande émigration des cinquante tribus de Danaûs ou Kaldana, fut toute cbaldéenne et partit de l'Arménie.
Tous ces peuples confondus et grossissant sans cesse s'arrêtaient à Textrémité de F Asie-Mineure. Ils formèrent là une série de sept états, en souvenir des iles Méotides et de la division planétaire de l'ancienne Cbaldée olympienne, sous les noms patronymiques de Avy Oudy Uor, 01^ Jon, Motisa, et Phra-açy Mars, Mercure, le Soleil, Saturne, Jupiter, Vénus ou la Lune, et que nous connaissons sous les appellations plus harmonieuses de Carie, Lydie, Doride, Solide, lonie, Mysie et Phrygie. Une colonie chaldéenne, ainsi que l'indique le nom de son chef Dardanus, avait déjà fondé, comme le dit Homère, « la sainte Ilion dans la plaine. »
L'arrivée de la colonie de Cadmus est fixée en général vers le XV® siècle. Venue de Phénicie, elle apporta en Grèce les progrès qu'avaient accomplis en près de mille ans, les nations réunies dans l'Asie centrale, l'écriture, l'astronomie, les arts, le culte des dieux et tous les éléments d'une civilisation avancée.
Le mouvement qui s'opéra du nord de l'Euxin vers l'intérieur de l'Europe, par les populations scythiques et kimmériennes, parait avoir commencé aussitôt après la dissolution de la colonie Atlantique, et se prolongea durant des siècles. Les hordes du nord, longtemps après le christianisme,* venaient encore toucher aux bords de la mer Noire, curieuses sans doute de visiter cette région célèbre, puis, après un séjour
plus ou moins long, continuaient leur route vers l'occident.
A Torigine, Tattrait de la civilisation avait fixé de nombreuses peuplades germaniques dans le voisinage de la colonie égyptienne ; celle-ci détruite, elles retournèrent au désert. Quelques-unes possédaient le trésor d'une culture avancée, d'autres, encore rudes et sauvages, avaient néanmoins dans leur sein des chefs éclairés, de savants prêtres ou même des familles nourries dans les traditions de l'Egypte. Les tribus suivirent ou entraînèrent ces guides aventureux et s'enfoncèrent dans le far-west, comme font les pionniers américains, au milieu d'une région de brume, de forêts et de marécages cil erraient encore des animaux monstrueux, restes d'un autre âge du globe.
Ces migrations, dans leur pèlerinage séculaire vers l'inconnu , se multipliaient en route; parties tribus elles arrivaient nations. Elles durent cependant s'arrêter devant TOcéan. Se répandant alors sur le littoral depui§ la pointe sud de l'Espagne jusqu'aux Orcades, elles donnèrent leurs noms aux lieux où elles se fixèrent, et ces premiers noms vingt fois changés sur terre par la conquête, restèrent immuablement attachés à la mer adjacente : cette mer emprunta aux Og-Ham le nom d'Ofc^am, Océan ; aux fils des Allantes, celui d'Atlantique; aux peuples d'Ad, le nom de Gadès ; aux Hamari, Himéri ou Kimri, celui de niarisy mer.
Les premiers habitants de l'Europe, autres que les Lapons et les Samoyèdes, furent donc ces Ethiopiens au teint d'un bronze rougeâtre, aux crins noirs ettépais, et leur présence explique les crânes oblongs et fuyants comme ceux des nègres, qu'on découvre dans les tombeaux les plus anciens de la Grande-Bretagne * , et jusque dans les grottes de l'Aile-
1 Collect. crania hritannioa^ London.
màgne où ces débris sont mêlés à ceux d'animaux fossiles gigantesques, qui u*existent plus dans le pays depuis les temps historiques. On s'explique dès lors les vestiges de civilisation primitive, de roules savamment tracées, d'importants travaux de canalisation, de mines exploitées régulièrement, existant avant les Romains dans le centre et le midi de la France, et qu'on a attribuées à des colonies de Phéniciens. Ceux-ci , nous en sommes convaincus, ne pénétrèrent jamais plus loin que les côtes, et seulement à une époque beaucoup plus récente. Le luxe des Gaulois,* qui se paraient de bracelets et de colliers d'or, rappelle les Jotun de l'Edda, les Marouts du Rig-Véda et les Kheta des peintures de Thèbes. Le midi de la France contient de nombreuses cavernes qui évidemment ont été jadis habitées par une race semblable à celle du Caucase, de la Crimée et du Méotis, mais chez laquelle ce genre d'habitation n'impliquait nullement l'état de barbarie.
Celte première couche de peuples couschites qu'on a nommés Pelages, Ibères, Ligures, Kimris, Bretons, se modifia par sa conjonction avec les immigrations blondes qui survinrent ensuite. Cependant des colonies celtiques continuèrent de partir des bords de la mer Noire jusqu'à une époque assez rapprochée de l'ère chrétienne. Hérodote raconte que les Scythes nomades, habitaient la Kimmérie lorsqu'ils furent attaqués par les Massage tes. Une grande partie de ces Scythes, craignant d'être accablés par la multitude de leurs ennemis, préférèrent se retirer et abandonnèrent lô pays. L'historien ne dit pas quel chemin ils prirent, mais on doit supposer qu'ils se dirigèrent du côté opposé aux Massagètes, c'est-à-dire vers rOccident. Cet événement date d'environ 630 ; or, ces Scythes ou Scott furent très-vraisemblablement les Gadhels ou Gaëls d'Erin, émigrés du Gadès kimmérien. Les Grecs de Milet, les
premiers qui s'établirent au nord deTEuxin, avaient, dès le VIP siècle, fondé des villes dans le Palus-Méotîs *. Il est trèsprobable qu'ils formèrent des alliances avec les Kimmériens, car, parmi les familles d'Irlande, les plus fières de leur anti^ quité, bien qu'elles ne puissent expliquer leur filiation, ce sont les familles dites milésiennes; or, les Kimris n'ont pu se rencontrer avec les Milésiens que dans le Palus-Méotis^.
Telle serait donc l'origine de ce type celtique, tantôt blond avec des yeux noirs, ou brun avec des yeux bleus, si fréquent dans rirlande, le Cornouailles, la Belgique, l'Armorique et FEspagne du nord. Le type blanc y domine et cependant la persistance des signes du type éthiopien est telle que Prichard évalue à huit contre dix le nombre des bruns dans la Grande-Bretagne. Dans une fête nationale à Berlin, Gœthe fut frappé de l'extrême minorité des blonds parmi les Allemands qui s'y trouvaient réunis.
En France, indépendamment des mélanges ultérieurs avec les Latins,les Ibères, lesGrecs et les Maures, ilexiste des populatiocfs fort anciennes, telles que les Arvernes et les Bretons cil l'on entrevoit le type originel. On remarquera qu'elles occupent les montagnes et le littoral maritime, régions où se réfugient constamment lés aborigènes refoulés par les invasions. Il est resté aussi en France des vestiges évidents du culte que les Caucasiens apportèrent d'Asie : « Près du goulet par lequel la grande lagune du Morbihan communique avec l'Océan, dit M. Mérimée, il y a un tlot nommé Gabr-ynys, (île des Guèbres) où s'élève un tumulus surmonté d'une grotte de pierres. Les murs en sont couverts d'hyéroglyphes indéchiffrables et surtout de caractères serpentueux et de triangles
' ileroil., I. IV, I». H. — 2 James Andersen, Royal (jenealogies, f<Jl» 777. Chesney, U II, p. 5*4, ^
rappelant, dit-il, les signes cunéiformes K » Cette grotte est un mudrach chaldéen ; le col. Chesney a donné dans son voyage en Perse, un dessin de la grotte de Takhti-Rustam, près d'Ispahan, oii Ton retrouve les triangles et les signes onduleux dont parle M. Mérimée ^. Le triangle exprimait sans nul doute chez les peuples asiatiques, la personnalité tripler des tribus caractérisée par l'homme, le symbole astre et rattribut animal. Le serpent, attribut des peuples de Coush, est célébré souvent dans les poëmes celtiques.
Ces étranges monuments de nos campagnes que Ton appelle dolmens, menhirs, cromlechs, se retrouvent dans le nord, à l'ouest, au sud, à l'est de l'Europe et le Caucase semble le centre d'où ils ont rayonné. On en a découvert dans la grande Tartarie et en Sibérie, aux bords de l'Iriisch et de l'Iéniséi. A Delphes, un pilier de pierre nommé abadir, suivant Pausanias, était chaque jour arrosé par des libations. Près du temple de Déméter à Eleusis d'Arcadie, on voyait deux énormes pierres nommées petroma , l'une droiteet l'autre posée dessus en travers. Or, ledruidisme, comme on sait, n'a existé que dans les Gaules et en Angleterre. On pourrait induire de ces faits que les monuments étaient plus anciens que ce culte, et que les sacrifices que les druides faisaient sur ces pierres s'adressaient aux dieux des ancêtres, principalement à la Lune, adorée sous les noms de Gom et de Men.
Pallas a reconnu des pierres levées dans l'île Kimmé^ienne^ et ce qui est remarquable, c'est qu'on ne peut douter que les Hébreux aient, eux aussi, jadis érigé des dolmens : Hécatée, dans sa description de Jérusalem rapportée par Eusèbe, dit
* Môrimée. Voy, dans l'ouest de la France, 4836. — ' Surveyofih c Tiyris^ t. 11. — 3 Voy» dans les gouvernem, inérid. de la Russie, t. Il, p. 368.
qu'au milieu d'une enceinte d'environ cinq arpents, s'élevait un autel carré formé de pierres entières et non taillées '. Les côtés de cet autel avaient vingt coudées et sa hauteur était de douze ; la coudée est d'un pied et demi, ces pierres avaient donc dix-huit pieds d'élévation. Les dolmens de Kamak, en Bretagne, varient entre douze et vingt pieds de hauteur.
Maintenant que l'on se rappelle les paroles de rËcriture : « Si tu m'élèves un autel de pierres, tu ne le feras point avec des pierres taillées... Si tu y mets le fer, il sera souillé... Tu dresseras un autel au Seigneur ton Dieu avec dés roches informes et non polies ^. »
Les Arabes prétendent qu'un roi éthiopien nommé Dhulmoiar, ayant porté très-loin ses conquêtes, dressait de grosses pierres dans les pays qu'il parcourait, afin de retrouver sa route à son retour. Les menar ou minarets des Musulmans seraient donc une réminiscence élégante des pierres dressées par leurs ancêtres en l'honneur de la déesse Men,
Les couschites, ainsi que les peuples façonnés à leur tutelle demi-barbare, ne furent artistes ni lettrés ; chez les Chaldéens, au contraire, ces deux facultés se révèlent éminentes dès le début. Le goût de l'art en développant chez eux l'amour de la forme, leur inspira un sensualisme brillant et pur qui s'éleva â la hauteur de l'idéal. Ils multiplièrent les images des dieuxastres et des héros, ^n peuplèrent les temples, leur élevèrent des autels et instituèrent des sacrifices en leur honneur. Ainsi se forma le polythéisme du sabéisme matérialisé par l'art, tandis que la croyance austère des monothéistes repoussait les idoles et s'enfermait dans l'abstraction religieuse. Pourtant
une pente irrésistible ramena les Ariens orientaux au culte
> Euseb. pr»p, ev., I. IX, cap. jv, — 2 Exod., ch. xx.
des dieux ethniques et par suite au polythéisme antropomorphique, par lequel chaque patriarche, roi ou héros devint une divinité transformée à son tour en idole. Chez les Israélites plus religieux qu'artistes, le génie couschite saisit de son immobilité traditionnelle l'esprit chaldéen mobile et enthousiaste, et créa ainsi la plus haute expression delà pensée sémitique. Ce fut du mariage primitif d'Israël, tils de Coush, avec Juda chaldéen que se forma ce peuple singulier, réunissant en germe toutes les aptitudes de Tart et de la poésie en même temps qu'un attachement tenace à la tradition ; formant un type à elle seule, cette race s'isole comme nation dans son passé, bien que, comme individu, elle ait toujours fait preuve de supériorité, quand elle est entrée dans le courant des idées qui emportent les nations européennes vers de nouvelles destinées.
Le peuple d'Assur, né de la tribu couschite de Colchos, dont l'attribut, le Taureau, se reproduit partout sur ses monuments, s'assimila la civilisation religieuse et artistique qu'il trouva dans les villes chaldéennes conquises, et il étendit sur elle le réseau de sa vigoureuse organisation militaire et administrative. La Babylonie devint le grand dépôt du savoir accumulé durant les siècles qui précédèrent et qui suivirent le Déluge, et c'est sur ce point d'où partit la lumière, qu'il faut chercher de nouvelles preuves de l'ascendant de la nationmère se continuant dans toutes les voies de l'intelligence.
Un écrivain d'une solide érudition a récemment démontré que l'unité du système métrique existait dans l'Asie dès l'origine de la civilisation de ce continent. Il a fait voir que l'Assyrie et la Phénicie avaient le même système que l'Egypte, variant seulement dans les valeurs absolues, et que de ce système sont sortis tous ceux des peuples anciens, et consé-
quemment les divisions arabes pour les monnaies, ainsi que pourles poids et les mesures, qu'ont adoptés les peuples modernes. L'auteur a reconnu également que les Chinois et les Japonais n'ont pas de système à eux, et que celui dont ils se servent dérive de l'ancien système égyptien, qui se trouve aussi être le même que celui des Hindous et des Assyriens * .
Les figures trouvées en Egypte par M. Lepsius ont servi à M. C. Blanc à restituer le canon égyptien des proportions de l'homme, et à l'aide d'un texte de Galien, l'auteur a démontré que la clé des proportions égyptiennes était la même que le canon dit de Polyclète qui a servi de règle aux artistes de l'antiquité ^.
11 est peu d'études d'un intérêt aussi vif que la comparaison des sculptures égyptiennes, assyriennes et grecques. Bien que divers de style, leurs débris accusent une solidarité étroite dans le génie des trois nations. On suit un filon de l'esprit humain devenant de plus en plus riche en passant de l'Egypte à la Babylonie et de celle-ci à la Grèce. Ainsi l'art assyrien a rompu le lien hiératique qui immobilise les colosses des Pharaons, en -imprimant à leur visage une impassibilité sereine. Les dieux de Ninive menacent du regard et du geste. Le mouvement les détache à moitié du mur où ils sont scellés, et Ton .pressent que, quelques elTorts encore, le marbre va s'animer et se mouvoir sur les frontons d'Égine et dans les métopes* du Parthénon.
L'art babylonien semble se rapprocher beaucoup moins de la sculpture religieuse du temps des Bhamsès que des figures du premier empire égyptien. C'est, en effet, à cette source universelle qu'il faut tout rapporter, et cet art primordial
* Queipo. Essai sur les sysi. métrique et monétaire des anc» peuples, Paris, iseo. — 2 Gaz, des Beaux-Arts, Août 1860.
importé dans TÀsie a donné naissance aux sculptures de Ninive et aux premiers temples de l'Iran et de Tlnde, bien supérieurs par Tarchilecture et la finesse de leurs figures, aux pagodes monstrueuses enfantées par le brahmanisme durant les siècles postérieurs à Tère chrétienne.
Les Chaldéens rapportèrent en Egypte Tart auquel ils avaient déjà imprimé le cachet de leur élégance native, et nous croyons ne pas nous tromper en leur attribuant, outre l'importation des zodiaques, ces piliers qui ressemblent à s'y méprendre à des colonnes doriques, qu'on voit aux hypogées de Beni-Hassan où sont peints des combats de guerriers à la peau blanche, aux- yeux bleus et aux cheveux roux *. Le même style en passant dans l'Asie-Minçure y laissa ces tombeaux d'Harpagus et des Harpyes qui servent de transition entre l'Orient et la Grèce.
A Ninive, le souverain est, comme en Egypte, un colosse exprimant par la stature sa supériorité sur le reste des hommes. Mais dans, la Grèce démocratique, l'antropomorphisme égalitaire abaisse les dieux à la taille humaine, excepté pourtant les divinités-ancêtres, les générateurs de la race. Le Jupiter d'Olympie, la Minerve d'Athènes touchaient de la tête au faite des temples; la statue de Phidias, au Parthénon, avait 26 coudées de haut.
Dans les bas-reliefs de Ninive le monarque est monté sur un char tout semblable par la forme à ceux des Pharaons et aussi à ceux dessinés sur les vases étrusques de l'époque archaïque. Durant trois mille ans cette forme n'a pas varié; le char que Rhamsès fait passer sur le corps des nations vaincues, est identique au char où l'oit représente Achille traî-
* Lepsius. lieise inJUgypien, p. 98,
nant le corps d'Hector. Debout su.r un char pareil, le Bel assyrien des sculptures de Niniroud lance ses javelots à l'ennemi, tandis qu'un écuyer près de lui tient les rênes; audessus planent couchés les génies allés de la tribu. Ainsi Homère nous montre Mars ou Junon couvrant de leur protection les héros de leur race.
Les ornements de vases, d'épées, de massues, de meubles trouvés à Ninive, offrent une frappante ressemblance avec ceux de la Grèce, bien qu'antérieurs de plusieurs siècles. Ainsi, les baudriers des rois- sont brodés de ce dessin appelé grecque, parce qu'on a cru que les Grecs, les premiers, en avaient fait usage *. A côté de ces vestiges ensevelis sous les décombres du palais de Nimroud, longtemps avant que Cyrus eût connu les petits peuples des îles de la Grèce, sont des poteries exactement pareilles à celles de l'Étrurie, non-seulement par le dessin, mais encore par leurs sujets. On y voit les mêmes animaux fabuleux que ceux de la céramique étrusque, et ce qui démontre bien remarquablement l'antiquité de ces symboles, c'est qu'ils figurent aussi sur les vases trouvés dans les fouilles de Panticapée, aujourd'hui Kertcli en Crimée ^. M. Layard a reproduit, dans son livre, un vase étrusque extrait depuis longtemps du sol à Polleiara en Italie, et qui est aujourd'hui au Musée britannique. On voit sur ce vase un sphinx d'une forme bizarre et un lion absolument pareils à ceux gravés sur un bassin assyrien de bronze trouvé à Nimroud en 1849.
Les incontestables rapports qui relient l'Assyrie à l'Egypte ont été constatés depuis peu par une foule de découvertes. Des tombeaux entièrement égyptiens ont été découverts en
> Niniveh aiid Babyl. Layard, ch. vui, p. 190.— 2 d. de Monlpéreux, L. V. Coll. du musée de Kertch,
Phénicie. M. E. Renan, dans son premier rapport à TEmpereur, daté de Byblos, a remarqué combien l'influence égyptienne y avait été forte, et il signale parmi les découvertes résultant des fouilles qu'il a fait exécuter, un beau sphinx en granit d*Égypte, des statuettes égyptiennes avec des noms égyptiens dans les inscriptions ^ Un des taureaux de Khorsabad,que nous avons au Musée, est marqué d'un sceau entouré de symboles égyptiens^. Le roi Abibal,*contemporain de David, se montre sur une pierre gravée, en costume de Pharaon, peut-être d'après un usage pareil à celui des rois modernes dont les images sont revêtues de la toge romaine ^
Lorsqu'une civilisation est ainsi pénétrée par une autre dans son culte, ses arts, ses sciences et ses plus intimes usages, on peut être assuré que ce n'est point là une de ces empreintes superficielles provenant simplement du voisinage et des rapports d'industrie ou de commerce, mais bien d'une filiation entre les deux sociétés dont la seconde est le développement de la première. On peut donc affirmer que la civilisation de l'Asie centrale procède de l'Egypte comme, à son tour, la Grèce procède de l'Assyrie et de la Phénicie. Seulement l'art grec nous apparaît beaucoup plus individuel, parce que l'Asie mineure, jonchée de ruines et encore mal connue, ne nous a pas permis encore de saisir la transition.
Le lecteur a pu, dans ce résumé sommaire, suivre la marche progressive de la civilisation, de l'Egypte à l'Atlantide, de l'Atlantide à la Colchide, de la Colchide à la Babylonie. A partir de ce dernier lieu, elle se divise en plu-
* E. Renan. Rap. du 30 janv. I8ôi. Bunsen, Phœnizien, — ^ Longpérier, Journ. As, 1855. — 3 De Luynes, Numisni. des satrapies, \). 70. Layard, Niniveh and BabyL, t. I,
sieurs courants, s'afTaiblissant à la longue vers TOrient au milieu des races jaunes, croissant au contraire en intensité à Toccident, à mesure qu elle se propage au sein de la racé blanche. Ainsi, depuis la formation des sociétés, le flambeau civilisateur ne s'est jamais éteint et il a passé de main en main , sicut cursores lampada tradunt, des Égyptiens aux Ariens et aux Sémites d'Asie, de ceux-ci aux Grecs et aux Romains qui s'assimilèrent à leur tour les populations barbares du nord, comme avaient fait jadis leurs pères de l'Atlantide.
Nos recherches s'arrêtent ici à l'aurore de l'histoire ; mais nulle étude historique n'est complète si elle ne présente à l'esprit, en même temps que la succession des événements, ridée de leur date et de la durée des périodes qui les séparent. Nous essaierons donc, à l'aide' des rares renseignements qu'il est possible de s'approprier, de poser deux ou trois jalons chronologiques en déterminant approximativement : 1» l'époque de la fondation de la colonie Atlantique et la durée de son existence ; 2° la date de la catastrophe qui la détruisit et qu'on désigne généralement sous le nom de Déluge ; 3° L'époque où l'expansion de la puissance assyrienne détermina un nombre considérable de tribus à abandonner l'Asie centrale, événement qui nous paraît être le même que celui désigné par l'Ecriture sous le nom de dispersion de Babel.