‹ Ethnogénie CaucasienneChapitre 5 sur 18 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

liES TRIRUS.

De ridentité d'origine de plusieurs peuples, il semble qu'on doive conclure ridetitilé primitive de leur langage ; cette déduction n*est cependant pas exacte pour les preïniëres sociétés. L'unité originelle n'existe pas plus dans les langages que dans le^ races et ce qu'ily a de plus ancien dans Texpression vocale de la peiisée humaine , c'est au contraire la diversité. Ce fait résulte, en effet, nécessairement de la pluralité des espèces humaines. On doit admettre qu-avant de se rencontrer et de se confondre, chacune d'elles avait de son côté fait un chdix de sons auxquels elle avait attaché utl'séns convenu; la parole étant une manifestation instinctive dut se produire également chez tous les hommes. On n'a trouvé nulle part et à aucune époque un groupe d'individus qui n'eusfsefnt point un langage. Il arriva donc, qiiand les peuplades de race et même simplement dé tribut diverses vinrent

à se réunir, qu'elles désignaient un objet unique par des sons différents. De là cette variété incroyable dans les idiomes des peuples primitifs. Bu se mêlant, les plus libres conservèrent leurs dénominations particulières, les autres acceptèrent celles qu*on leur imposa. Moins ces peuples étaient civilisés, plus la diversité fut grande. A Dioscurias, ville commerçante de Colchide, on parlait, au temps de Strabon , plus de soixante^dix langages distincts. Rien n'approche davantage de la confusion de Babel que les innombrables idiomes des peuples nègres d'Afrique, et sans aller si loin, il suffit de visiter certains de nos départements les moins fréquentés, le Morvan par exemple, pour trouver dans chaque village un patois distinct, souvent inintelligible à quelques lieues de distance.

Mais voici comme Tunité se forme : les langages des peuples sauvages se composent de vocabulaires très-bornés comme les besoins qu'ils éprouvent, et quand survient une nation plus avancée dans les arts sociaux, possédant un idiome riche et réglé par des lois grammaticales qui facilitent les rapports réciproques et le développement des idéesj l'assimilation entre cette nation et les populations plus ou moins incultes s'opère rapidement. Avec les coutumes, les institutions et les arts de la civilisation, l'idiome se xépand et ne tarde pas à devenir d'un emploi universel. Seulement les termes des vocabulaires primitivement inventés restent au fond du parler de chaque peuplade, et constituent ce qu'on a nommé les dialectes.

L'unité du langage est donc un faitile formation secondaire, et résulte d'un progrès généralisé par l'influence d'une race supérieure parmi des populations ignorantes. Telle fut, croyons-nous , la situation de TÉgypte par rapport aux tribus noires d'Afrique et aux. Scythes blancs de l'Asie. L'idiome que les Égyptiens avaient eux-mêmes composé en partie

d'éléments empruntés aux Libyens et aux Asiatiques, se pro* pagea partout ou ils s'établirent, et servit d'intermédiaire entre tous les habitants du monde alors connu, sur lequel la civilisation égyptienne étendit son empire. Il ressort de ce point de départ que Tancienne langue de TEgypte .doit former le fond de tous les idiomes qui ont pris naissance dans TÂfrique et dans TÂsie, de même que ses institutions et ses coutumes ont fait la base des sociétés antiques.

Au temps où les hommes étaient encore classés par tribus, chaque famille n'avait qu'une appellation unique. Le nom propre ne date que de l'époque où la fusion des peuplades rassembléjss sur un point quelconque soùs une même domination ayant créé la nation, il devint nécessaire de distinguer les individus. Cependant bien des familles, fières de leur antiquité, persistèrent à garder leur appellation collective, comme on le voit en Ecosse, où vingt mille personnes s'appellent Donald ou Lennox, comme on le voyait en Grèce où les Âtrides, les Héraclides, les Épigones, les Géphyréens, tes Boréades rappelaient les familles fondatrices de la race Hellénique. Il en fut de même à Rome, parmi les Hébreux, les Hindous, les Syriens. Les Arabes , chez qui on retrouve le plus fidèlement conservés les usages primitifs à cause de la vie nomade de la plupart d'entre eux, ont l'habitude de joindre au nom patronymique ceux des familles alliées; ces appellations, placées bout à bout et s'embranchant de génération en génération , forment de véritables généalogies semblables à celles de la Bible, et composées souvent de vingt-deux à

vingt-six noms remontant invariablement à Cham et à Sem.

L'absence du nom individuel est un fait qui devient de plus

en plus général à mesure qu'on recule dans le passé de l'Orient.

On est donc conduit à penser que les peuples d'Asie et d'Eu-

rope se raltachant à la même souche, lous, sans en excepter les. Grecs, ne se servirent d* abord que de noms collectifs. Les théologiens et les' archéologues s'accordent aujourd'hui pour considérer le^ trois fils de Noé comme les types des trois gran^ des races asiatiques^ et Pon ne doute guère non plusqu*A^sur et Nemrod ne soient, dans la Genèse, des dénôtiiinatioils de peuples. II n*est pas plus difficile, si Ton veut , unie fois poUr toutes, de rompre le joug de$ habitudes scolaires, de considérer Thotb, OsîriSjOuraîros; Atlas, Saturne, Persée,Heiiciile; Pan, Neptune] le Djemsehidet rAbrimatf'déà F^e^rses-, Brahmaet Vischnou, Oannès, JaT)us,>comme autant d*éponymes servant à- désigner à la fois de grandes tribus et lès princes qui leis gouvernaient : cr Dans Tlnde, dit Ëdrisi , les rbis s'appellent Bdbara, Tabetj Dàumi^ Cameroun par titré héréditaire ; mâts, ' dans le pays de Ghana et dans celui dé Kabu^a, le roi se nomme Gitona et Knougha, comme le pays où il règne'.»

Ce sont \h évidemment des dénominations de tribus. Les Chinois, qui nous ofl'rent le tableau de Tagglomération humaine la plus ancienne qui existe, ont conservé des restés considérables des institutions du premier âge. Pour le Chinois, le père est Dieu et la famille est sainte. L'empereUr est le père dés pères et le roi des dieux, comme le Jupiter des Grecs ^.

Il faut bien reconnaître que le sens que les modernes et mêmes certaines nations de Tantiquité ont attaché au mot IKeu , diffère beaucoup dé cequ'il dut être au commencement des sociétés. Ce sens s'e^ élevé à mesure que l'esprit de l'homme a grandi, carie concept dé l'idéal et de l'abstrait demande une rare vigueur d'intelligence à laquelle l'homulfe n'a pu attei'n-

< Edrisi; climat 11, 7.

? Meadow*s Cbioe^e. Lond. iSeo.

dre que par degrés. Les fréquentes rechutes vers ridolâtrie des nations monothéistes en sont la preuve.

Il est remarquable que l'analyse des dénominations des sept à huit dieux primitifs de l'antiquité, de ceux nommés Genethliij qui sont les mêmes chez tous les peuples, depuis rinde jusqu'à la Gaule, fournit un certain nombre de monosyllabes qui servent ensuite de radicaux à une foule de noms de peuples le plus souvent formés de la conjonction de ces monosyllabes.

Les hommes , en se rassemblant en société , éprouvèrent d'abord le besoin de se reconnaître, de se désigner mutuellement, de constater en quelque sorte leur individualité. Le premier usage qu'ils tirent des sons qui s'échappaient de leur gosier fut donc de se distinguer entre eux. Le premier mot de la langue humaine fut le mot père, puis chaque père, outre son titre générique, voulut avoir son nom à part qui s'appliqua à toute sa lignée, puis à ses serviteurs et à tous ceux syr lesquels s'étendait son autorité. Ainsi, la première manifestation parlée exprime la famille ; l'homme veut connaître les siens et ne pas les confondre avec autrui. L'esprit d^excliision est né en même temps que l'esprit d'association. De cet instinct naturel s'en forma un autre, celui de la possession : Tout ce que l'homme primitif s'appropria, l'animal, la terre, le fleuve, la demeure, jusqu'à l'étoile qu'il préféra, il les nomma de son nom et de celui de sa liguée ; ce fut la première manière d'exprimer la propriété.

Pendant bien longtemps, l'effort intellectuel n'alla pas plus loin que l'articulation d'un son unique pour exprimer un être ou un objet. Le Cophte, le Tcherkesse, l'Armoricain, le Chinois sont monosyllabiques , et ce fait accuse leur haute antiquité. Les premières aggrégations de syllabes furent les

mots père , mère qu'on ajouta aux différentes dénominations des chefs de familles. Ap, am on pa et ma, ces premiers balbutiements de l'enfant ont aussi été ceux des peuples. En les joignant sans cesse aux noms propres, on supprima, par une abréviation qui devint usuelle, la voyelle initiale et le b ou p, Ym placés en tête du mot sufiSrent pour le qualifier.

Ainsi, en supposant que la langue primitive parlée parles Àryas, lorsqu'ils habitaient l'Asie centrale, fut un dialecte de l'ancien égyptien, les noms Brahmâ et Bouddha sous-6ntendent ab-rahmâ et ab-oud. Les dénominations que les Grecs apportèrent d'Asie se décomposeraient de même: Boréasy Béotie, Basileos, Bucchus, se diraient ab-or, aba-ot, ab-as-il^ ab-àk^cous. Chez les Syriens, Bel et Babylone font ab-el et ab-ab-el. Le terme Amoun fut réduit de même â moun et liam-arik mari. La lettre initiale marque la filiation et la syllabe qui suit désigne la tribu.

Une autre qualification exprimant le pouvoir , Tautorilé , c'est la syllabe ât, atta qui, chez les nations noires d'Afrique, signifie encore le roi, le seigneur *. Cette expression s'étendit par l'usage à la circonscription constituant le domaine ou le commandement d'un chef, et at, en ancien égyptien, eut le sens de demeure, contrée, capitale. Athor^ demeure du soleil*. Par suite de l'élision indiquée plus haut, l'a fut supprimée, et l'on dit Tâba pour at-aba, Thèbes, la ville-mère, Thabor pour at-ab-hor demeure du père Soleil, Thor pour Athor, etc.

L'épithète i{, el, al, ol, saint, haut, puissant, variant suivant les dialectes, s'ajoutait aussi habituellement aux noms des dieux et des princes. Bel, ab-el le père sacré; Helicon,

1 Ibn-Khaldoun, t. II. Trad. du baron de Slane, p. 218. ' M. de Rougé, Notice des Mon. égypt. du Louvre^ p. 105.

Alilat, Allah, Alorus le premier homme des Chaldéens, YAlfader des Scaldes. Ce terme se réunit souvent à ab : aUab, LahabiMyles Libyens ou les pères sacrés; al-ab-ana^ Albanie ou la lune mère sacrée. Le même sens s^appliqua à ir, tri, d'où le sri des Hindous, ièros en grec, kiriath chez les Hébreux, ville sainte, de iri-at.

Les noms des dieux de l'antiquité se composent, pour la plus grande partie , de cette façon , et il suffit de détacher la lettre initiale pour obtenir le monosyllabe constituant le radical primitif. Cette donnée préliminaire, appliquée indistinctement à toutes les mythologies et aux traditions cosmogoniques , donnera la clé de la plupart des étymologies anciennes.

L'Egypte, offrant une société plus vieille de deux mille ans au moins que les premiers empires d'Asie , leur a nécessairement communiqué ses institutions politiques et religieuses, qui se sont ensuite répandues dans le monde entier. C'est donc chez elle que nous devons chercher le premier germe de l'association humaine. Elle existait déjà sans doute à l'état nomade ou sédentaire à la surface du globe depuis nombre de siècles» mais c'est sur le point de la vallée du Nil oii Thèbes-Amoun devait s'élever un jour, que s'opéra l'effort décisif qui dégagea l'homme de la vie sauvage et éveilla dans son cerveau l'instinct du progrès.

A l'âge où nous cherchons ces indices, la société humaine n'est encore qu'une agglomération de familles unies pour la défense, et dirigées par la seule volonté du père. La religion n'existe pas, la cité n'est pas née. Il n'y a que des pêcheurs dormant sous les huttes de terre, et des chasseurs blottis dans les antres dé la chaîne libyque.

La nécessité créa la division du travail; tandis que les uns, devenus plus habiles par une longue pratique, chassaient

l'oiseau et le poisson avec la lance et la flèche, d'autres s'appliquèrent à construire des demeures plus vastes et plus commodes, à creuser des canots avec les troncs d*arbres, à façonner des vases avec la terre sécliée au soleil , à chercher la source au fond des sables, à puiser Teau du fleuve à Taide d*un tronc d'arbre horizontalement posé en équilibre sur un cippe en pierre, machine primitive dont on retrouve l'usage en Afrique et dans toute l'Asie, depuis l'Abyssinie jusqu'à la Chine. D'autres gardaient les troupeaux sur les pentes des montagnes ; ceux-ci, durant les longues nuits sereines, sentant leur âme invinciblement attirée vers le magnifique spectacle des cieux étoiles, contemplaient dans un étonnement ravi cette énigme sublime. Parmi la foule des points lumineux dont étincelait la nuit, ils s'habituèrent à discerner des assemblages séparés^ et par cet instinct naturel à l'homme de tout rapporter à lui-même, ils assimilèrent les groupes d'étoiles pressées autour d'uAe planète ou d'un astre de première grandeur, au pâtre suivi de son troupeau et au patriarebe entouré de sa famille. Cette idée se retrouve dans lob ; e'est évidemment à la constellation de l'Ourse que le poêle hébreu fait allusion , lorsqu'il dit ,: « Est-ce vous qui ferez paître Osh avec ses petits. )> Virgile qui cO'Unut sans doute eette formule orientale, l'a employée dans le même sens : Polus dkm sidéra pascet * .

Le ciel exerce sur l'esprit de l'homme une attraction semblable à celle de la lumière sur les plantes. C'est de la contemplation de l'infini qu'est né ce spiritualisme de la pensée qui s'est converti d'abord en aspiration religieuse, puis s'est répandu en poésie sur les choses.

' Job, ch. xxxvm, V. 32. Mneid, lib. l, v. 612.

Les pasteurs adorèrent ces divins lumiinaires dont Timinen^ité était semée, et cI)acl^l des .chQf3 Ae tribu choisissant.vm astre préféré, le dé^p^^ pQur bien maiiquer qu'il itait ^en, par Je (nêppe son qui servait aie poo^R^er lui et sa {aioUle.

N'^st-;Ce pas ce qu'qp fait encore de nos jours lorsqu'on dp^ne à Tenfant npuyeiau-né le nom d'un pge ou à'w saint?

Par leur éclat et Idur^marche particulière les pjianètes (furenit pDooc^ptienieiit distinguées des autres <^rps célestes. Le soleil fii 1^ lune adoptés par les tribus les plus importantes désignèrent ]les diefs principaux, puis Jiupiter, Vénus« IMars, Mercure, .Sat^r^e, Sirius^ eMreiit à leur tour leurs {aiSQilles privilégiées qui devinrent par la suite mères de peuples iur AQUibrables.

Cette assi^^ilation que nous croyons de tout^e antiquité» apparaît pour la première fois chez les Hindous, dans les deux dynasties rivales du soleil et de la lune dont le Mabbàrata a célébré la guerre. Mais, ainsi que nous le ferons ressortir, ce classement existait depuis le commencement des sociétés. Si ce fait discernable cependant par une foule d'indices est resté ignoré, c'est que les Grecs de qui nous tenons notre science et nos erreurs, ne nous ont rien appris à ce sujet. Quelques archéologues mioderoes ont rejçonnu, il e^t vrai, que les diçux primitifs sont parfois la représentation des plajpètQs et des constellations, mais ils n'ont pas vu la liaison étroite de ces dieux-astres avec les peuples qui les adoraient. Frère( a trèsbien aperçu que les douze grands dieux de l'Egypte correspondaient aux signes du zodiaque : un pas de plus et il constatait que chacun de ces signes appartenait à une grande tribu dont^il était le symbole céleste, et que par conséquent ces douze dieux personnifiaient douze tribus ancêtres de la nation.

Au temps où les Hellènes émigrèrent de la Phénicîe en Grèce, le symbolisme sabéen était déjà tombé en désuétude. Le culte des astres se transforma en polythéisme, et chaque planète se confondant avec le souvenir des rofe et des héros asiatiques qui avaient porté son nom, devint par degrés un Dieu personnel. Ainsi s'explique cet antropomorphisme perpétuel, qu'on retrouve au fond de toutes les religions anciennes, dans rinde, dans la Syrie, en Grèce, jusque chez les Scandinaves. Ces religions furent toutes greffées sur le sabéisme primitif. Au temps d'Homère et d'Hésiode le symbolisme sidéral avait à peu près disparu, absorbé dans la personnalité des dieux en qui revivaient les haines et les passions des races antiques. Ces deux poètes fondateurs d'une religion d'art et de poésie, en mêlant le ciel et la terre, le surnaturel à l'humain, effacèrent les dernières traces du symbolisme oriental et rendirent insaisissable le sens originel du polythéisme.

Mais Fassimilation de l'astre avec la tribu n'était qu'une des faces du symbolisme primitif. Chaque famille avait en outre un attribut particulier choisi habituellement parmi les animaux et qui servait à la distinguer au moyen d'une imitation plus ou moins exacte, peinte ou tatouée sur le corps, et sculptée grossièrement au bout d'une longue perche servant d'étendard. « Les Égyptiens, dit Hérodote, ont des animaux sacrés ; si je voulais dire pourquoi ils les ont consacrés, je m'engagerais dans un discours sur les choses de la religion et j'évite surtout d'en parler. Le peu que j'en ai dit jusqu'ici je

ne l'ai fait que parce que je m'y suis vu forcé. » Moins timoré que lé vieil liistorien, Plutarque nous apprend que chaque bataillon de l'armée égyptienne qu*Osiris emmena dams son expédition d'Asie, et même chaque famille avait son étendard particulier portant un signe sacré, le chiffre d'un roi, une barque, un animal quelconque. » Plutarque ajoute que ce fut par là que se répandit en Egypte le culte des animaux et que la vénération que les différentes villes d'Egypte entretenaient pour l'ibis, le chien, le chat, le crocodile, etc., prit naissance dans les signes choisis par Osiris pour les étendards de son armée*.

Cette explication est si claire que nous ne comprenons pas qu'on ait négligé jusqu'ici d'y recourir pour expliquer ce culte bizarre des Égyptiens pour les animaux. Nous savons, en effet, par les anciens, que chaque ville d'Egypte honorait particulièrement un animal quelconque : Thèbes avait le bélier, Mendès et Thmoui le bouc, Atmou le héron, Bubaste le chat ; quatre villes Coptos, Arsinoé, Crocodilopolis, Ombos nourrissaient des crocodiles; Athribis avait le lion et la musaraigne qu'on embaumait à Buto. Le loup ou plutôt le chacal était vénéré dans deux villes; deux autres entretenaient des singes ; Epiphanes parle d'un temple où l'on nourrissait des corbeaux. Hiéracopolis honorait l'épervier. Sais la chouette, Antœopolis le héron ; partout le vautour, la huppe, l'ibis, la cigogne recevaient un culte. Certains poissons étaient révérés en particulier : ^'étaient la perche à Latopolis, la carpe à Lepidoptum en Thébaïde, le phare ou spare à Assoan, le raéotès, une espèce de silure du Nil, à Éléphantine;

Chacun sait que les dieux du Panthéon égyptien sont dési-

« Hérod, n, 65 Plut, de Islde.^ c. v, 72,

gnés sur les monuments par un animal ou un objet particulier : la tête de chacal fait reconnaître Ànubis, Seb est symbolisé par une oie ; Thot a tantôt une tête de singe tantôt un bec d*ibis, Horus est figuré par Tépervier, Typhon par l'hippopotame; Athor a le pêcher, Khem Taspic, la déesse SellL le scorpion, Ptah le scarabée et la grenouille, la déesse Netpë le sycomore, Benno porte une tête de grue, etc.

Beaucoup des villes les plus anciennes de la vallée du Nil avaient le même nom que leur divinité : Thëbes ou Amoun fut la ville de Jupiter Ammon. Mondes que les Grecs appellaient Pan avait une ville de Mendës qui lui était consacrée. Les Grecs firent une ville Latopolis et une déesse Latone, de la divinité Lât, mère du soleil. La ville Tmoui et la déesse Tméi furent probablement identiques. La déesse Atriphis avec sa coiffure de vautour figurait sans doute, le nome Atribis; à Kaîs se rattache le dieu Kaî; Élèthya était la dénomination commune d'une cité de la Haute-Egypte et d'une déesse dont les fonctions étaient les mêmes que Lucine. Tafné, Atmou et plusieurs autres noms déchiffrés sur les hiéroglyphes désignent à la fois des cités et des divinités du Panthéon égyptien.

Puisque les villes et les tribus des bords (|u Nil avaient chacune un attribut particulier dont elles portaient d'ordinaire le nom, et qui se rapportait à un animal ou à^ un objet consacré, ne peut- on pas en conclure que ces nombreuses divinités à têtes d'animaux, qui figurent dans les peintures égyptiennes, furent, à l'origine du moins, des personnifications de tribus désignées par leurs emblèmes et élevées graduellement au rang de divinités par le respect des générations T Lorsque les primitives classifications eurent disparu et que la fusion des diverses familles en un corps de nation se fut

accomplie, le sacerdoce conservateur du dépôt des traditions, peignit leur histoire à l'aide de ces symboles et l'écrivit en hiéroglyphes sur les murs des temples ; mais il s'en réserva Fintelligence et ne la livra qu'au petit nombre de3 initiés, car la science étant alors une puissance, on en fit un mystère à l'usage des élus et une religion pour la masse. Ainsi ces figures si fréquentes sur les monuments, MutK Seb^ Ptah, Tant y Amoun^ Athor, seraient autant de tribus aïeules de la nation égyptienne, qui devinrent des divinités consacrées par des rites et auxquelles on institua des fêtes.

Pour rendre sensible l'application du double symbolisme qui caractérisa, suivant nous, les tribus du Nil, nous citerons Thèbes la ville d'Àmmon, primitivement Oph, et qui parait avoir été le germe dont s'est formée la nation. Nous y voyons un groupe de familles de race diverse sans doute, divisé en deux nomes Amoun et Phatrous, ayant chacun un attribut différent, le serpent et le bélier; de leur union se compose XtKnephoM Cnouphis, grand symbole de l'Egypte formé d'une tête de bélier cerclée d'un serpent. Amoun avec ces attributs représente, selon Wilkinson, le Jupiter éthiopien dont parle Hérodote '.

Le choix de ces attributs provint, suivant toute apparence, des habitudes de chaque famille et de la région qu'elle occupait. Le Nubien du désert personnifié dans Anubis, fut assimilé au chacal avec lequel il partageait l'empire des sables. L'Éthiopien et le Scythe, chasseurs robustes, se coiffèrent de la tête du lion tombé sous leurs coups, et adoptèrent comme signe héraldique cet animal qui figure dans les armes des principaux peuples de l'Europe. Le patriarche marchant en tête de la tribu ressemblait au bélier et au taureau suivis du troupeau ; par imitation,

i GhampoUioD, Panthéon Egypt, Wilkinson, Manners ofold Egypt. ch. 13, t. II. Hérodote, 1. ii.

le bélier devint Tattribut des bergers de Ham, et le taureau celui des pasteurs de Coush. Les Égyptiens complétèrent ce syn^bolisme en mettant aux mains des images de leurs Pharaons, comme insignes de leur rang, le fouet des bouviers et le bâton recourbé ou la houlette, qui devint chez les Romains le bâton augurai, et plus tard la crosse pontificale des pasteurs spirituels successeurs de saint Pierre.

Les cornes du bélier et du taureau forment l'accessoire in^ dispensable de la mitre des rois d'Egypte et d'Assyrie. De là l'identité d'étymologie des mots couronne, corona, avec hom^ kern, caïrrij corne qui dérivent de hôr-on^ roi-soleil.

Parfois le hasard ou des circonstances locales, peut-être des sobriquets dont le sens s'est perdu servirent de prétexte à ces emblèmes. Ne voyons-nous pas sur cette même terre d'Afrique, nos chasseurs et nos zouaves s'appeler réciproquement corbeaux et chacals, et se saluer gaiement, lorsqu'ils se rencontrent, par deâ jappements et des croassements? Ils font entre eux ce que firent sans doute il y a GÔOO ans, leiirs ancêtres, lorsqu'ils vinrent habiter la vallée du Nil. Transportons-nous à cette époque où l'art graphique tente ses premiers essais, et supposons les artistes égyptiens chargés de retracer sur quelque pylône les travaux de la route de Kabylie qu'exécutent nos soldats. Dans un temps où pour tout uniforme les montagnards de l'Atlas ne portaient que des peaux de bêtes, l'artiste, afin de distinguer les zouaves des chasseurs, n'hésitera pas à peindre les uns avec un bec de corbeau, les autres par un homme à tête de chacal.

Ces signes distinctifs servirent aussi de tables généalogiques avant l'invention de l'écriture cursive. Par ce moyen, les faits mémorables devenaient faciles à retracer sur ces vastes pages murales où sont peintes les annales de plusieurs mil-

liers d'années. Il est probable que les couleurs mêmes des figures, restes du tatouage et des peintures à la façon des sauvages par lesquelles les chefs nomades se reconnaissaient à distance» furent encore une désignation caractéristique que les teintes du blason moderne ont continuée jusqu'à ujous.

Le sentiment de Tindividualité est aussi impérieux chez l'homme que l'instinct social. Il est le mobile de l'amour des distinctions et de la gloire, et le principe des aristocraties par le désir de la perpétuation du nom. On a vu au moyen âge et même de nos jours, le blason d'une simple famille devenir les armes d'un empire : la rose blanche et la rose rouge en Angleterre, le chardon en Ecosse, les lys en France. L'ours de Berne, le lion, le léopard, le cheval, )a licorne, le dragon, le coq, l'aigle blanche, noire et rouge sont les signes héraldiques de puissantes dynasties et de grandes nations, et si l'on pouvait remonter le fil des temps, on arriverait probablement à retrouver dans la Perse, la Chaldée ou l'Egypte, l'origine de ces symboles choisis parmi les animaux de ces contrées.

Cette filiation peut être saisie sur certains points : ainsi ^ la chouette, qu'on révérait à Sais d'Egypte, appartient aussi à la Minerve athénienne. Rome eut l'aigle, et la Gaule le coq dont le culte existait en Perse et en Syrie. On démêle quelque chose de semblable dans le discours de Jacob à ses enfants^ et dont la forme poétique contraste avec la simplicité des pages qui précèdent. Le patriarche caractérise successivement les douze tribus : le lion appartient dit-il, à Juda, l'âne à Issachar, le serpent à Dan, la biche à Nephtali, Joseph a pour symbole un rameau d'arbre et Benjamin a le loup \

* Genèse, ch. xlix, v« 0, 14, etc.

Suivant le même ordre d'idées, il est présumable que les travaux d*Hercule, où Dupuis et Court de Gébelin séduits par le chiffre douze, ont cru voir le voyage du soleil à travers les signes du zodiaque, expriment la soumission successive des peuplades établies dans la Grèce et désignées par leurs attributs particuliers. Le lion de Nemée, le serpent de Lerne, le sanglier d*Érymanthe, la biche du Ménale, les corbeaux de Stymphale, le taureau de la Crète, les chevaux dé Diomède sont autant d'attributs qui servaient à distinguer entre elles les peuplades pélagiques de la Grèce. Les auteurs assez récents de la légende d'Hercule compilée dans de vieilles traditions, iporaient le sens de ce symbolisme et ils y suppléèrent par ce merveilleux populaire qui s'est perpétué dans nos contes de fées.

Les poètes grecs, même les plus anciens, ne paraissent pas avoir eu une intelligence bien nette du symbolisme asiatique. Ils ont accepté à la lettre l'identification de tel peuple ou de tel homme avec un animal quelconque, et cette méprise a été la source d'un système de métamorphoses qui a fini par embrasser l'antiquité toute entière. Qu'un taureau enlève la jeune Europe, on ne peut douter qu'ici l'emblème désigne un chef puissant de la race de Coush. Chez toutes les nations d'Asie et d'Europe cet animal caractérisa jadis la force et devint par suite un titre de souveraineté. Orphée invoque Dionysos sous le nom de glorieux Taureau ; le Rig-Yèda adore le feu Âgni en l'appelant impétueux Taureau ; Âneurin, le barde des triades gaéliques qualifie Hu, le puissant empereur des terres et des mers, de Taureau radieux du combat.

Lorsque Pline et Solin nous apprennent qu'un peuple d'Ethiopie était gouverné par un chien, n'est-il pas tout simple de reconnaître là un prince de la tribu d'Anubis ? Rama,

selon les poëmes sanscrits, fit la conquête de l'île de Ceylan à l'aide d'un peuple de singes ; ne vok-on pas qu'il s'agit d'une peuplade qui portait le même attribut qu'Hermès? Lorsque les Pouranas nous parlent si souvent de la terrible guerre qui eut lieu dans les îles blanches de l'Occident, entre les éléphants et les crocodiles, on n'a pas de peine à comprendre que ces emblèmes désignaient quelques peuples descendus l'un de la tribu AePilak (Philœ ou Éléphantine) \ etle second du nome d'Ombôs, la Crocodilopolis des Grecs. En lisant dans les livres sanscrits que les Hindous primitifs furent gouvernés par les Nagas ou serpents, et que ce furent les premiers dieux qu'ils adorèrent, on aurait tort de s'imaginer que ces Nagas étaient des fétiches. Nous y voyons les patriarches du peuple d'Âg, les JEgupta civilisateurs du monde, dont ce reptile fut l'attribut. De même quand une formule orientale bien connue vante la prudence du serpent, il est évident que jadis ces termes s'appliquaient au plus sage des peuples plutôt qu'à un animal malfaisant et stupide.

Le tout est de s'entendre, et lorsqu'on traduit le langage des temps archaïques, il ne s'agit pas seulement d'interpréter les termes, mais encore les idées, fort différentes des nôtres, qui s'y attachaient. Il faut se transporter à une époque où il n*y avait point encore d'écriture usuelle pour conserver les souvenirs, oii les généalogies se transmettaient de vive voix par les seuls enseignements des aïeux aux enfants et au moyen d'un très-petit nombre d'expressions convenues, dont la signification se modifia insensiblement dans le cours des siècles, par suite du changement des lieux et des coutumes.

Le dogme de la transmigration des âmes a un caractère

1 PU, fil, ivoire, éléphant, de Ap-il, père sacré, hauUPère, Phul a la ni^me ori|a;ine.

tellement particulier qu'on ne peut supposer que les hommes raient inventé deux (ois daps des pays différents. Il doit donc avoir, pris sa source dans un symbolisme commun à Tlode et à rÉgypte. L'Hindou croit que Tàme, après avoir quitté le corps d'un homme, continue de séjourner sur la terre sous une forme quelconque. Si la vie a élé coupable, Tâme demeure emprisonnée dans une plante, sous l'enveloppe d'un minéral ou d'un animal immonde durant un temps déterminé. Si au contraire, par la piété dont elle a fait preuve elle mérite une récompense, l'âme entre dans le corps d'un Rajah ou d'un Richi, et continue à s'élever en sainteté jusqu*à ce qu'elle finisse par s'absorber dans le Nirvana ou l'anéantissement éternel.

Cette croyance est semblable à celle qu*Hérodote trouva établie en Egypte depuis un temps immémorial, et qui fut introduite et accréditée en Grèce par Pythagore et son maître Phérécydes. Suivant ce dogme, l'âme de l'homme passe après la mort dans le corps de quelque animal, traverse tous les éléments et rentre après un circuit de 3000 ans dans le corps d*un autre homme \

La croyance à la transmigration de l'ânie pilrit sans doute naissance à l'époque oit les dogmes commencèrent à s'élever sur les ruines du sabéisme, et ce dut être une des premières interprétations qui en dénaturèrent la pensée primitive. Le symbolisme perce cependant à travers le mythe, et ce passage de l'individualité humaine à travers plusieurs espèces d'animaux a certainement son origine dajis l'attribut. Chacun des emblèmes exprimait une des générations que traversait successivement Tâme de la race.

< Hérod., 1. II, ch. 123.

Le sacerdoce appliqua à ce mythe le principe du châtiment et de la purification progressive. Dans Tlnde, cette même interprétation s'éleva aux proportions d'un système religieux' en créant les Avatars ou incarnations des dieux en qui^ comme dans rÉgypte, dans FAsie et dans la Grèce, il faut reconnaître les pères des tribus ariennes. Yischnou, transformé d*abord en poisson,, puis en tortue, en géant, en lion, en nain, en singe, en dieux Rama et Krishpa, nous parait caractériser la Tribumère se perpétuant, unité divine , dans les familles figurées par ces attributs.

On voit quel rôle important joue FEthnogénie à Torigine des peuples. Ce principe est le fondement du symbolisme à l'aide duquel il devient possible de se rendre compte de la formation des religions et de pénétrer au-delà des limites de rhistoire.

Chacune des familles dont se formèrent les premières agglomérations eut donc son astre protecteur en qui elle se personnifiait, et un animal qui lui servait d'attribut et de moyen habituel de reconnaissance. Cette singulière combinaison de l'homme, de la béte et de l'étoile avait avec la Trinité chrétienne, cette ressemblance qu'elle offrait trois parties réunies en une seule personnalité. Si jusqu'à ee jour cette association a échappé aux interprétations, c'est qu'elle était d'autant plus difficile à découvrir que les trois faces du symbole, l'homme, l'astre et l'animal, étaient désignées par une seule et même dénomination.

L'on ne peut attribuer qu'à l'Egypte l'invention de ce sys-

tème formé sans doute de lui-même à Torigine du langage par Textréme stérilité du vocabulaire. II contient toute la religion sabéenne sur laquelle Tantiquité classique ne nous a transoiis que des notions très-superficielles. Les peuples de TAsle, les Chaldéens, les Sindes, les Syriens, les Perses, les Bactriens et même les Chinois Fadoptèrent et le pratiquèrent sur une grande échelle pendant plus de deux mille ans ; il est probable que rÉgypte en usait auparavant depuis un temps à peu près pareil, ce qui donne au sabéisme une durée que peu de religions ont égalées.

Nous avons dû rechercher les moyens de fournir la démonstration de ce symbolisme où germent à la fois dans une même idée la religion , la science et Tordre social. Les dieux , en d'autres termes les tribus de TÉgypte transportées dans r Asie par colonies , donnèrent naissance aux peuples asiatiques et européens et leur transmirent leurs lois^ leurs institutions, leur langage; en étudiant la théogonie égyptienne, nous prenons donc le mythe à sa source et nous sommes à même de suivre ses ramifications en nous aidant des copies pour reconstruire l'original.

Avant d'adorer les astres, les Égyptiens paraissent avoir pris pour premier objet de leur culte le feu, dont les bienfaits et les ravages excitèrent leur reconnaissance et leur terreur. Tout ce qui est puissance et force , soit dans la nature , soit parmi les hommes, obtenait alors le respect des multitudes et. elles déifièrent d'abord tout ce qui excitait leur étonnement et. leur admiration ; de là ce culte du mystère de la vie et de la propagation des êtres qui remonte, comme celui du feu, à la naissance des sociétés.

La divinité dont l'antiquité parait dépasser celle de tous les feutres diçux d'Egypte, est Ptah, que les Grecs assimilaient à

Hephaistos ou Vulcain. C'est évidemment le dieu du feu. Ptah est intitulé le fabricateur des hommes et Partisan du monde , ce qui signifie simplement que la tribu de ce nom fut la mère des autres et qu'elle organisa la société au bord du Nil. Ptah était le dieu de Memphis, seigneur de la Vérité ; on le représentait tantôt comme un nain difforme, tantôt avec des traits fins, et on le surnommait alors le dieu au beau visage. Cette dernière forme est la plus ancienne. Il se peut que ce double aspect exprime deux races très-différentes réunies par un même culte. Dans ce cas, celle aux traits régulielrs et au teint cuivré offrirait le type de la race rouge, tandis que le nain aux yeux obliques, au nez aplati et aux cheveux longs figurerait une race Tartare ou Laponne.

Outre le caractère démiurgique dont il est revêtu, l'extrême antiquité de Ptah est révélée par ce fait que, dans les inscriptions, on ne le voit pas identifié avec le soleil et qu'il paraît même comme le père de cet astre '. Diodore rapporte en effet que, suivant les prêtres d'Egypte, Hephaistos fut le premier qui régna dans ce pays ^. Son nom , dépouillé des qualifications ap et at^ se réduit à la voyelle aspirée Ah, Dans l'ancien égyptien, le nom du taureau est ah^ en sanscrit vache dhi^y ce qui nous donne l'attribut delà famille de Ptah, et nous explique l'assimilation fréquente dans les poëmes sanscrits d'Âgnî le feu, avec le taureau. Dès lors, si nous ne nous abusons pas quant au principe d'unité de nom de la triade, le feu dut aussi être désigné en égyptien par la syllabe ah. Or, nous trouvons en effet que dans le vocabulaire religieux de l'Avesta , emprunté sans nul doute à la Chaldée qui n'était autre qu'une

^ M. de Rongé, Mon. da Loayre, Armoire 6.

^Diod., liv. 1, c. I.

3 BaaseD, J?^p^ p. 557,

Egypte asiatique, les lieux consacrés au feu se nommaient Atesch-gahy littéralement la demeure du seigneur Feu, At-ès h' ah. En sanscrit, sam-id-ha exprime le feu et dah brûler '.

Dans une langue plus moderne , le persan éUâ est le nom de la flamme et celui du feu, wastâ évidemment identique à Vesia. Il est à présumer qu'en s* élevant à la croyance monothéiste les Arabes appliquèrent au Dieu suprême la dénomination Allah, que donnaient au feu leurs ancêtres ignicoles.

Le nom d*Osiris se compose de deux noms d* astres les plus brillants du ciel : Jupiter et Sirius^ 0 et Sir. Le premier d, où fut le patron des tribus cuivrées du groupe Thébain, le second protégeait les peuples noirs de la Haute-Egypte, appelée pays de Sir ou SéAr, le seigneur sacré, l'une des appellations du Nil. L'étoile Sirius figure dans les calculs astronomiques, soit comme point de départ du grand cycle de 1460 ans, soit comme présage bienfaisant du débordement annuel du Nil. Mais alors on la désignait sous le nom de Sothis, chien en çophte; de là lui vient le titre d'étoile du chien ou de la canicule, qu'elle emprunta évidemment à l'attribut de la famille dont elle était l'astre protecteur ^.

Le nom du chien, si nous ne nous trompons, dut être en ancien égyptien is. Cette syllabe se retrouve dominante dans les langues les moins altérées par la transmission du vocabulaire primitif. En zend le chien gardien des troupeaux se dit urupk^ en persan, ispah (is-apa), en ancien slave, pi«u, cvanis^ canis en sanscrit et en latin. La syllabe can (Van)

y A. Pictet, Orig, Indo-Européennes, 1. 1, p. 343.

^ Les Égyptiens avaient en oalre une année sothique de 365 jonrs i/4 ; son commencement était fixé par le lever de Sirius, le i*' du mois de Thot. Censorin de die natali» 13. Jablonski Panth, Egyp,^ 1. iv, ?. Porphyre, etc.

3 Plut, de Isid., 55, 21, 61. finmouf^ Joum* oçia^, 1840. ,

indique la descendance lunaire delà famille du chien, dodt la personnification originaire dut être le dieu hoir des Nubiens, Anubis, qu'on figurait avec une tête de chien. Il fut un temps, disent les égyptologues, où il n*y avait dans la vallée du Nil que deux cités : Oph et This. Celle-ci serait donc la ville du chien : At-His. Is et sa variante es devinrent plus tard, à cause de leur antiquité, un titre honorifique commun à tous les rois d*£gypte, Im signifie deux fois reine. Dans les langues ariennes, ce terme exprimait aussi le commandement.

Op ou OpA, suivant la prononciation arabe , nous paraît être Tabréviation de 0-pè , la capitale de Jupiter. De Op-is s*est formé Ops par contraction. La déesse de ce nom qui, chez les Grecs et les Latins , symbolisait la terre, c'est-à-dire la patrie primitive , et qu* on confondait habituellement avec Vesta, le feu, passait pour la mère de Jupiter, Jovis magna mater latia Ops '. Elle portait une couronne de tours qui caractérisait la cité, et était traînée par des lions ; cet attribut est aussi celui du dieu égyptien Hobs, dont la prononciation se rapproche tout h fait du nominatif latin.

Les différents attributs de la famille de Jupiter ont fait du nom de Oph le radical des appellations de plusieurs animaux. Mnsi, on le retrouve dans aphis, serpent, et dans 6(ç pour 0<pi(;, ovis, brebis. Le bélier ou le mouton, en arabe, s'appelle hamal, lorsqu'il désigne le signe du zodiaque ^. Or ce terme hamal^ signifie aussi en ancien allemand le mouton, et rappelle rÉgypte, Hanit al Ham.

La plus féconde des divinités patronymiques d'Egypte fut la déesse Hâk, plus connue sous la forme pafc ou pacht abréviations de ap-àk et de hakrat. Les Grecs la connurent sous cette

« Orphée Scalig. //t/m. xni.

« À. Prctet, Orig, IndO'EuropéenneSt t. I, p. 364.

dernière appellation comme représentant la lune. C'est THécate qui, suivant Diodore, fut mère de Médée et de Circé les magiciennes de Colchide, et que les sorcières de Macbeth évoquent sur la bruyère. L'Hâk égyptienne est figurée avec une tête de lionne , mais son nom s'est appliqué à plusieurs animaux, par une confusion d'attributs avec la tribu d'Oph formant comme elle une branche de la famille d'Âmoun. Ainsi, en sanscrit , naga signifiait serpent et aga chèvre, en grée aîgos ; le bélier takka en persan, dékar en chaldéen, zakar en hébreu, le bouc chdga en sanscrit, shâk en persan, l'agneau agnus nous montrent avec une constance remarquable, la syllabe àk présidant à la formation de leurs noms. En résumé, l'appellation d'Egypte, jEguptos, nous parait composée de l'association des trois familles primitives, de Ag^ de Op et de P^aA : Âgoptah.

On peut admettre également que ce fut sous la dénomination de Ptah, la tribu du feu , que se forma le premier groupe de sept familles qu'on appela l'Heptanomide , car Vhepta grec, ap'tah, est évidemment un dérivé de Ptah. Dans la région centrale où Thèbes fut fondée, il exista un assemblage de sept villes qu*entourait à l'origine un vaste mur de circoiivallation de vingt-quatre pieds d'épaisseur, dont les fouilles ont fait découvrir des fragments étendus.

Ce fut là le noyau d'où sortit la nation égyptienne; là se groupèrent les tribus des races rouge et blanche qui soumirent les peuplades noires répandues sur les bords du Nil, et se les assimilèrent graduellement ; probablement un certain nombre de ces familles adoraient les astres et ce culte s'établit conjointement avec celui du feu.

Le culte des planètes suppose déjà une certaine somme de connaissances astronomiques : « Les observateurs des astres,

dit Eusèbe, disent que la terre est divisée en sept climats et qu'une planète préside h chacun d'eux '. »

La terre représente ici l'empire égyptien qui, à une certaine époque^ embrassa le monde connu et auquel fut appliquée la division primitive des sept familles de la Thébaîde.

Les généalogies divines des Égyptiens débutent par huit grands dieux représentant autant de tribus caractérisées par Sirius et les planètes. La seconde série de douze dieux correspond aux douze constellations du zodiaque.

Le Soleil. Cet astre, considéré comme le père de la nation égyptienne, portait trois noms très-distincts, On^ Râ^Hor. Ces différences provenaient peut-être des désipations que chacune des trois races rouge, blanche et noire donnait particulièrement à l'astre du jour avant qu'elles se fussent rencontrées et confondues sur les rives du Nil. De là proviendrait alors la coutume de grouper les familles par trois {tri-ab-ou, tribu) ainsi que leurs divinités protectrices par triades dans chacun des temples d'Egypte.

On semble le plus ancien de ces termes ; à Thèbes comme à Memphis il exprimait le soleil. Héliopolis s'appela on au temps des Pharaons. Ce radical se trouve sans doute aussi dans Babylone, ab-ab-elron le Père des pères du Soleil. Sonne en allemand, son^dag dimanche en suédois, «un en anglais dérivent du on égyptien. Am-oun, Ammon signifie la mère-^soleil. Cet astre était du féminin chez les Égyptiens et la lune au contraire du genre masculin. Les Phrygiens avaient leur dieu Lunus etles Germains leur dieu Monat ou Mond. Cette distinction nous semble provenir de ce que l'attribut des peuples de la lunefutle phallus, tandisquel'organesexuelféminin exprimé

* PrcBp, év, 1. V, c. 10.

par am mère, caractérisait ceux de la race solaire. De FuDion de ces deux emblèmes se forma le lingam indien, image de l'alliance des deux races du soleil et de la lurie.

Râ et Rè se rencontrent particulièrement dans les idiomes germaniques, Rè, Rig, Rix, Reiks ; Raô est commun dans les dynasties de l'Inde ; Raoun est le roi arabe, comme Phrâ-oun •fut le roi égyptien. Le soleil féminin fut connu des Grecs sôus le nom de Rhèa qni exprima d'abord d'une façon générale rÉgypte mère des peuples; Çybèle, Ops et Vesta eurent d'abord la même signification, et il est à remarquer que ces déesses eurent toutes le feu pour symbole.

Hor qui semble la moins ancienne des dénominations du soleil, appartint, suivant toute apparence, aux empires d'Asie d'où elle fut importée en Egypte. Horus, fils d'Osiris et d'Isis offre le sens de soleil, lumière chez les Sémites comme chez les Ariens : our dans les langues syriennes, kour chez les Perses, soùrya dans les Védas.

On nommait aussi le soleil simplement le Père, aft, aba. Le lion lâbia, libyâ en arabe, synonyme certainement de Libye, en hébreu Lahâbinii parait avoir été l'emblème adopté par beaucoup de dynasties égyptiennes du soleil. Cet animal figure dans les ornements du trône du roi Chephrem qui construisit les premières pyramides et dontM. Mariette vient de retrouver plusieurs statues. Un lion était aussi placé au sommet du grand temple de Babylone près de l'image de la déesse Rhèa. La syllabe on, soleil, est sans nul doute le radical dont s'est formé le mot lion : Elron, puis Elion le titre suprême des monarques chaldéens, et par abréviation lion.

Hâm ou Châm devint la désignation habituelle de l'Egypte que tous les peuples appelaient leur mère. Ce mot prit même souvent par analogie Tacception de soleil chez les Perses et les

Hébreux, et de la divinité parmi quelques peuples Chananéens. Les feux sacrés ou Pyrées s'appelaient en hébreu châmanim. Dans les écrits des orientaux ce nom de Cham, suivant Hyde, a conservé le sens de puissance, de sagesse et de savoir '.

La Lune. Du radical an, ana se sont formés man (am-an), moon^ mondytnèné, mana, mâh des idiomes gothique, celtique, éolien, persan ; c'est aussi manah des anciens Arabes, meni et minni des prophéties hébraïques. Menés qui ouvre la série des dynasties royales d*Ëgypte fut un monarque de la famille de la Lune ; il en fut de même du Minos de Crète, du manis des Phrygiens, du manou des Indiens, du menou des Chinois, du mannus des Germains. Les principaux fondateurs des sociétés appartiennent, on le voit, à la race lunaire.

Pan^ apran, le père Lune, était rangé par les Égyptiens au nombre de leurs huit premiers dieux. À l'exception du soma sanscrit et du camar des Arabes, les appellations de la lune reproduisent toutes le terme an, ana qui s'ajoute aux noms d'une multitude de nations et de pays. Hallebana chez les Hébreux d'oii Liban et Albanie , montagnes de la Lune ; ariana, caMan, kaldaan, l'anaAid syrienne mère de la diatia antique, disana chez les Scandinaves et beaucoup d'autres termes rappellent ce radical an que nous proposons cooime devant être la dénomination primitive de la Lune.

L'emblème primitif de la famille de la Lune était le Phallus* que les Pelages adoraient sous le nom de Pan, et auquel ils donnèrent le nom de Roi-Soleil, Phré-apa, Priape, Les frontières des pays étaient jadis marquées par des Priapes, d'où vient le nom de bornes, terminalia, qu'on donna aux pierres

^ Hyde, de relig* vet. Persarum, c. x, p. i74.

taillées qui rappelaient, il n'y a pas longteitaps encore, cet emblème en Europe oii la famille de la Lune répandit de Lonne heure ses innombrables tribus. Il est vraisemblable qu'à l'origine, chaque tribu plantait ses enseignes à la limite -de la circonscription qu'elle occupait ' ; l'image grossièrement sculptée de l'emblème qui surmontait la hampe dressée sur la colline, annonçait au loin que là commençait le camp de la tribu du cheval, du lion ou du taureau. Lorsque les populations se fixèrent et bâtirent des villes, ces attributs taillés dans le bois ou la pierre devinrent les symboles protecteurs des campagnes. Peu à peu le sens de l'art s'éveillant, les hom* mes essayèrent de reproduire la figure humaine et ciselèreût des bas-reliefs, puis des statues qui remplirent l'office des emblèmes anciens ; de là les Pans et les Hermès des froii->> tières et des chemins. Arrien parle d'une statue de Wiéa phasiana^ qu'il vit en Colcbide à l'embouchure du fleuve Phase, aujourd'hui Fasz ou Rion. Il existait aussi en Arcadie, du temps de Pausanias, une statue qui représentait la déesse Cérès avec une tête et une crinière de cheval, couronnée de serpents, tenant un poisson dans la main droite et une colombe dans la main gauche. Il ne nous semble pas douteux que ee bizarre assemblage n'ait eu pour but de caractériser par leurs attributs les familles pélagiques delà race de Her, qui vinrent d'Asie s'établir en Arcadie et y apportèrent les signes distinc*' -tifs que TÉgypte avait imposés à leurs ancêtres lorsqu'ils vivaient sous sa loi ^.

Jupiter. Le monosyllabe lou chez les Grecs et les LatÎBS zéus (sé-ou), Jovis, désignait Jupiter que les Égyptiens

> 11 y aura sur la frontière uue enseigue dressée à TÉterael. Ésaïe, ch. XIX, 19.

• Pausan. Arcad, c. 48. Arrien, périple de VEuxin,

considéraient comme Tastre d*Osiris. Diospolis s'appelait anciennement Ho. Delà une infinité de lieux, de personnages et de peuples dont la racine est hô, hou, ion, eou. Le Jupiter Ammon est le plus ancien des dieux de ce nom ; on le représentait avec une tête de mouton : « Tous ceux, dit Hérodote, qui sont du nome de Thëbes n'immolent point de moutons mais sacrifient des chèvres; c'est le contraire au nome de Mendès (le Pan égjrptien) qui épargne les chèvres. » Cette remarque nous confirme dans Topinion que Hàk était la lune, menthes, caria chèvre, aga, aïgos, était habituellement consacrée au dieu Pan, tandis que le mouton ovis, comme le bœuf bovis, sont parfaitement identiques à Jovis ^

Le bœuf fut aussi Ttin des attributs des peuples de Jupiter. En sanscrit go bœuf correspond à hô, comme le gu védique se rapporte à hou; le zend gaô, géus (zeûs), le persan ghaâ, le Scandinave kou, l'anglais cow, le grec bous offrent les mêmes dérivés du nom égyptien de Jupiter qu'adorèrent les premiers pères de ces peuples ^.

U y eut aussi un Jupiter Bel adoré en Assyrie, un Jupiter Paposui des Scythes, XAssabinus des Éthiopiens , le Taran des Gaulois, probablement le même que le Marnas qu'on honorait à Gaza suivant Et. de Byzance ^ Jupiter Serapis, Jupiter Apis d'Argos petit-fils d'Inachus, Jupiter Asterius qui enleva Europe et fut père deMinos, Jupiter père de Dardanus, chef d'une des premières migrations qui peuplèrent l'Asie mineure et fondateur de Troie, Jupiter Tantale qui enleva Ganymède, Jupiter père d'Hercule et des Dioscures qui vivait, dit-on, moins d'un siècle avant la guerre de Troie. Tous ces personnages dont l'existence remplit un espace de plus de

» Hérod. II, M.- ^ A. Piclet, t. I, p. 331.— 3 Bochart, l. cli. 458.

deux mille ans, et que le polythéisme a confondus en un seul, le plus célèbre, le vainqueur des Titans fondateur de Tempire chaldéen qui fleurit à Fépoque du déluge, représentent, en résumé, une série de générations se rattachant par la lignée à la tige sacerdotale et souveraine qui prit naissance dans la ville d'Oph aux commencements de la société égyptienne, et à laquelle appartint un temple fameux dans Toasis de Libye, qui portait le nom d'Âmmon.

Mercure. L'Hermès égyptien s'appelait Thot que Sanchoniathon écrit faut. En retranchant le t initial, at-ot^ il reste o^

ont qui nous parait avoir élé le nom originel de la planète Mercure. La famille de ce nom est une des plus anciennes de rËgypte, car un roi Âthothès, fondateur de Memphis, figure après Menés, comme second roi de la première dynastie. Le dieu Thot est habituellement représenté avec une étoile et le signe de la lune qui indique la branche maîtresse dW sortait cette famille.

Mercure était honoré parmi les nations asiatiques descendues de la première tribu égyptienne sous les variantes suivantes : ot, out, ody oud selon les diverses prononciations. Chacun de ces radicaux se retrouve, en effet, dans les noms des dieux auxquels le mercredi était consacré : c'est Teut-at-is chez les Germains, Odin chez les Scandinaves, Boudha dans l'Inde; Odios fut le nom que les Grecs donnaient au plus ancien des Mercures, celui des carrefours. Astar-ot que les Syriens invoquaient le mercredi, n'est autre que l'étoile Mercure dont les Juifs firent un faux dieu et les rabbins un démon.

L'Hermès scythique, selon Rudbeck, s'appelait Gaut-^male, Out-malek le seigneur Mercure. Les Lombards lui donnaient le nom de Vuoda, César nous apprend que les Gaulois ado-

raient le soleil,' la lune, le feu, mais que Mercure était le plus grand de leurs dieux.

L'attribut primitif de Tant n'est pas difficile à trouver, c'est le poisson, en cophte Tant. 11 est vrai que ce dieu est représenté tantôt avec une tête d'ibis, tantôt avec une tête de singe, attributs de deux familles que nous reconnaîtrons plus tard ; mais le nom égyptien àHbh-is n'est qu'une qualification : chef de la tribu, et quant au singe dont nous ne connaissons que lejiom sanscrit kapi, que reproduit l'anglais ape ; ce terme n'exprime également qu'un titre, le Père, comme ApiSy nom du bœuf sacré.

Le Mercure asiatique que connurent les Grecs, nous a été dépeint par eux sous des traits assez différents de ceux du Thot égyptien. Parmi les nombreux attributs qu'ils lui confèrent tels que le coq, le cygne, la tortue, le bélier, etc., beaucoup appartiennent à d'autres tribus unies probablement au peuple de Thot par des alliances multipliées. Le poisson ne figure pas parmi ces emblèmes relativement modernes. Toutefois Pausanias rapporte qu'à Phères, bourg d'Achaïe, on voyait la statue d'un Mercure barbu posée à terre sans socle, ce qui indiquait, dit-il, une grande antiquité, et nuprès duquel on voyait un bassin contenant des poissons sacrés auxquels on donnait le nom de Hama '. Pausanias déclare ne rien comprendre h ce symbole ; son aveu témoigne de la profonde ignorance où étaient les Grecs des usages de leurs, premiers pères, au temps où ceux-ci, instruits par l'Egypte, adoraient la planète Thot et le poisson l'un des attributs de la tribu de ce nom.

Thot, à en juger par cet emblème, dût être au commence-

ipaqsaD. 1. Vil, c. xxii.

ment une tribu de pécheurs qui, fidèle à ses goûts primitifs, devint ensuite un peuple maritime. Plusieurs des mots des langages modernes qui se rapportent aux eaux, dérivent de ot et oud : le flot, flot, fluth, flood dans les langues du nord, onde de ud en sanscrit, udan, udra ; behemoth le grand poisson, fomalhaut le poisson austral, et not, naut racines de la série des termes relatifs à la navigation.

Vénus. Nous n'avons trouvé nulle part le nom égyptien de cette planète. Suivant Strabon, Vénus était adorée à Dendérah, et la ville d'Aphroditopolis dans le nome Sné, s'appela jadis Asfoun. Oun indiquant la famille du soleil, As désignerait donc Vénus ? Cette syllabe est si souvent mêlée aux noms de peuples é^ptiens et asiatiques qu'on ne peut douter qu'une puissante tribu ait été connue sous ce titre.

Un des attributs de Vénus, le moins en rapport certainement avec son caractère hellénique de déesse de la beauté, est la tortue qu'on voit près de la Vénus de Médicis et de quelques autres des simulacres de cette divinité. La tortue, qui joue un rôle important au début de plusieurs cosmogonies semble donc offrir le symbolisme ethnique que nous cherchons. Les Grecs l'appelaient, il est vrai, khèloné, mais le zend nomme la tortue kacyapdy et les Védas lui donnent aussi cetle dénomination que porte aussi un grand patriarche des Aryas, père de nombreuses générations. On peut en conclure que Às-apa fut le père de la tribu de Vénus, dont jEnè-as fils d'Ânchise et de Vénus fut un des descendants.

La seconde dynastie de Manéthon contient un roi du nom de Tlas, at-el-as , le chef des As ; une reine d'Ethiopie, appelée Aso, selon Plutarque, conspira avec Typhon la perte d'Osiris ; Atlas est placé à l'origine des mythes de la Grèce.

Le mot asj qui eut le rare honneur de nommer un continent, prit en Asie, avec le temps, un sens plus étendu. Nous voyons en Syrie et dans l'Asie mineure, Vénus confondue avec la Lune sous les noms HAstarté et A'Anahid ; celle-ci est bien réellement id-ana, seigneur Lune , mais As-hirth^ la ville des As, pourrait bien se rapporter à Tétoile Vénus. Cependant il semble que, de très-bonne heure, la tribu des As se soit confondue avec celle des Ari ou de Mars, car c'est cette dernière divinité que nous retrouvons dans le vocable er d'Hesper et des Hespérides filles d'Atlas, dans Lucifer, dans Veneris et dans derguener le vendredi des Celtes.

Enfin, après la forme as-at-ara^ Vénus et Mars, le mot n'eut plus que le sens vague à'astra^ asteroïs , aster , et exprima l'astre en général.

Mars. Artès ou er-tâsty en égyptien , radical ar. La mythologie grecque raconte en grand détail les amours de Mars et de Vénus. Cette fable, qui n'a aucun sens allégorique, exprime, croyons-nous, la fusion des deux tribus de Vénus et de Mars en une seule, sous le nom de er ou ar, par lequel furent désipées à l'origine les tribus du Maris égyptien. Mares Niphaïat était, suivant ChampoUion, une ville libyenne. Les protégés de la planète Mars, simple contraction de am-ar-is^ peuvent donc être rangés, au commencement, parmi les peuples noirs.

La contrée dite du Maris comprenait la Thébaîde, autrefois Mares y jusqu'à Meroë anciennement Seba et qui fut longtemps la capitale de l'Egypte du sud, d'où vint au vent du midi les noms de Merès et de Mm^ij'adical de meridies. On cite, dès la VF dynastie , un Pharaon, Pepi-Mera-Ray qui pourrait avoir été le patriarche de la tribu de Mars. On peut y ranger aussi le roi Mœris de la XI* dynastie, célèMre par

le lac artificiel qu'il fit creuser, et au centre duquel s'élevaient son colosse et celui de sa femme.

Les animaux qui , dans l'antiquité furent principalement consacrés à Mars, sont le bélier, le sanglier, le loup. Le bélier, ariesy en arabe baraq, bara au Caboul; Tagneau, amos en grec, barah en persan^ vareh en pelhvi , varJiara mouton en sanscrit, offrent une série d'appellations qui se rattachent avec évidence à ar^ ab-ar,

La dénominaton du sanglier, ber en ancien allemand, comme celle du mouton en albanais berr^ et de l'ours bera, beavy indiquent trois autres attributs de la famille de Er (ab-er) ou Âr. Vaper latin, comme le varâha sanscrit, sanglier, se rattachent aussi au groupe humain qui se plaçait sous l'invocation de la planète Ares. Ces attributs sont, pour la plupart, asiatiques et caractérisèrent successivement les générations issues du Maris africain. Les premiers An, ayant choisi la planète Mars qu'ils appelèrent Ar de leur nom, étendirent ensuite cette dénomination à une quantité d'animaux fort dissemblables, qui servirent d'attributs à leurs familles.

Le loup, en sanscrit vâgara, en anglo-saxon wearg (bè-arg), se rattache à la même racine, ainsi que le zend vehrka. L'arabe varqâ loup eft colombe, est presque identique à baraq, bélier; cette identité vient uniquement de ce que ces animaux servaient à distinguer autant de tribus de la race d'Ar, par alliance, Ar-ag. Le grec lukos remonte probablement à une origine scylhique que nous ferons connaître, mais, le premier nom du loup, chez les Pelages, dût être arg (ar-ag). Le loup fut, en effet, l'emblème d'Argos, la ville pélagique protégée de Mars, ainsi que le témoignaient les médailles de cette cité.

Hétodote nous apprend que les Égyptiens célébraient la

fête d'Ârès à Paprémis^ u Ils promènent, dit-il, la statue du Dieu dans une petite arche de bois doré, arkam, »

Wilkinson considère Ranpo comme le Mars égyptien. Son image armée de la lance porte aussi sur les monuments le signe de la lune d'où cette famille était sans doute issue : Ar-an ^, Pour désigner Ares et Aphrodite, dit Horapollon, les Égyptiens dessinaient deux éperviers. Cet oiseau dans les hiéroglyphes, exprime le commandement '.

Saturne. Ce Dieu passait, dit Hérodote, pour la plus ancienne divinité des Grecs et la plus jeune des Égyptiens. Dans les dynasties divines, Seb vient après Hephaïstos, le Soleil, la Lune, Mercure, et précède Osiris. On comprend, en effet, que cette obscure planète dut être choisie la dernière. Elle appartient aux peuples de Cus, nom biblique des Éthiopiens, desquels descendaient les Syriens qui adoraient Saturne sous le . nom de Moloch ou Melek, le Seigneur. Les Israélites nommaient Saba l'armée des étoiles, et c'est de ce mot, comme on sait, que dérive celui de Sabéen ou adorateur des astres.

Meroé, dont l'ancien nom fut Séba, nous marque le lieu d'Egypte où résida jadis la tribu de Saturne. Ce fut très-probablement une tribu libyenne. Sdb^ prononciation adoucie de Adb, comme ^am, dans l'Avesta, modifie l'aspirée Adm, signifie simplement père. Or, Libye se disait Lahâby Lâb (al-ab). L'hébreu Lâbia^ l'arabe Labid, qui désignent le Lion, se rattachent, comme le dit avec raison Gesenius, à un radical Labâ; cependant ce mot n'exprime pas, ainsi que le suppose cet auteur, le rugissement du lion, mais le mot père qui caractérisait à la fois l'astre Saturne, les Libyens et le Lion.

Résumons maintenant les dénominations que nous avons

1 Hérod. I. Il, 63.— a Wilkins. ch. xi.— 3 Horapoll. Hiérog., I, 8,

obtenues : indépendamment du feu Ptah et de Sirius, les sept planètes entre lesquelles THeptanomide d'abord, puis TÉgypte entière et plus tard l'Asie furent divisées, étaient désignées par les monosyllabes on, an, hô^ ont, as, ar et seb^ qui marquèrent ensuite les jours de la semaine.

Au temps de Jacob, les peuples de la Judée conservaient encore l'antique division sidérale, et parmi les générations nées d'Ësaû, il est aisé de reconnaître les noms des astres par ceux des familles des Horiens : « De Éliphas, Alhâm et Kora procèdent les ducs Lotan , Sobal , Ana , Eser, Aran fils de Sèhou; Ésaû habita dans la montagne de Séir. » En dégageant les radicaux ot, seb, an, as, ar, hou, on obtient Mercure, Saturne, la Lune, Vénus, Mars, Jupiter, descendants de As, de Ham et de Hôr *.

Le classement fondamental par sept persista malgré Tac* croissement rapide des populations *; mais l'avénemenl successif de familles nouvelles qui s'ajoutaient à la confédération par annexion ou par filiation, porta leur nombre à dix tribus, puis à douze, à chacune desquelles on attribua une constellation quand la révolution annuelle du soleil eut été substituée, comme division du temps, à la période mensuelle nommée an qu'on mesurait sur les phases de la lune.

« Genèse, chap. xxxvi.

^ Il passa ensuite dans Tordre hiérarchiqae : Hérodote dit que les Égyptiens élaient de son tenops divisés en sept castes on corporations : les prêtres, les soldats , les bergers, les gardiens de pourceaux, les artisans, les interprètes et les bateliers. Diodore compte quatre castes principales : prêtres, soldats, laboureurs et artisans. Suivant Platon, il y en avait six : prêtres, artificiers, bergers, chasseurs, laboureurs, soldats; il observe que chaque art ou métier particulier se rattachait è une subdivision de caste et ne se mêlait jamais avec un autre. Le Timée; Diod. 1, 74. Hérod. II, 164.

Lorsque Sésostris soumit à son empire les populations du Nil, il accrut le nombre des douze tribus zodiacales en multipliant chacune d'elles par trois, et il porta ainsi le nombre des nomes égyptiens à trente-six. Ce prince avait commencé par subjuguer la Haute-Egypte remplie de populations noires, et ce fut sans doute par une mesure habilement calculée qu'il adjoignit, en les disséminant, ces nouveaux sujets jusqu'alors indépendants et sauvages, aux premiers nomes égyptiens civilisés.

Le Panthéon égyptien comprend un nombre considérable de divinités qui sont loin d'avoir l'importance de celles que nous avons mentionnées. Certaines d'entre elles nous semblent d'ailleurs récentes et d'origine asiatique, telles que Horus et Athor, sans cesser cependant d'être caractéristiques de races et de peuples.

/ Parmi cette foule de dieux énigmatiques que nous montrent les monuments du Nil, il en est d'autres encore qui méritent d'être distingués. Ce sont évidemment deséponymes de familles dont les descendants, soit par croisement, soit par filiation directe, paraissent caractériser des peuplades scythiques. De ce nombre est le dieu Gêm, queWilkinson croit être une des appellations de la Lune ; il y a lieu, en effet, de penser que ce nom sert de radical à sôma, la Lune des poèmes védiques où Ys remplace habituellement l'A et le g aspirés. Kom-ombos fut lin des premiers nomes du Maris. Suivant Joseph , Gomer fils de Japbet, était le père des Celtes et des Gaulois ; gomeri s'est contracté par l'usage en gomri, ce qui nous donne l'étymologie de la grande famille celtique nommée Kumri, les Kimmeri d'Hérodote, et à laquelle TOmbrie, province italienne, doit son nom.

De Gôm dérive rftomo latin que les Francs Mérovingiens,

selon la remarque de Burnouf, prononçaient Gomo ; les auteurs gothiques, Ottfrid entre autres, écrivent ordinairement Gômo pour homme. On remarquera que 6m ou gôm diffère essentiellement de an, man ou men, meni^ dont on se servit aussi en Asie pour désigner le dieu Lunus ou la déesse Lune. Cela prouverait peut-être que les peuples du nord et ceux du midi, avant de se rejoindre [et de se confondre dans l'Asie centrale, appelaient la Lune, chacun de leur côté, de noms différents. Il est curieux que ces dénominations aient pris toutes deux, par la suite, le sens d'homme individuel et collectif homOy man, men, mensch, chez les Latins, les Celtes et les Germains. Cette transformation de la signification primordiale du mot vient, sans nul doute, de ce que l'Europe et une partie de l'Asie ayant été peuplées par les innombrables tribus de la famille de la Lune, il arriva lorsque l'usage de l'ancien classement égyptien par planètes fut tombé en désuétude, que les mots gôm et man qui s'appliquaient également à l'organe viril attribut dés familles de la Lune, ne servirent plus parmi elles, qu'à désigner l'homme et les hommes.

Typhon, Tucpa\(ov, passait pour le génie du mal chez les Égyptiens ; mais il n'en avait pas toujours été ainsi, et, aux temps anciens. Typhon occupa une place importante dans les triades sacrées. Rien ne prouve mieux que les divinités du Nil représentèrent à l'origine des assemblages d'hommes, car Typhon, image des pasteurs Hiksos, devint en Egypte un objet de haine après la domination de ceux-ci. Les Pasteurs, afnsi que nous le montrerons plus loin , étaient des Éthiopiens mélangés de Scythes descendants des anciennes colonies égyptiennes en Asie. Après une absence de huit à neuf siècles, ils revinrent dans la patrie de leurs aïeux et s'y établirent de force. C'est ce qui explique comment Typhon fut d'abord révéré, puis

détesté au bord du Nil, à tel point que toutes les images de ce dieu ont été effacées sur les monuments.

Typhon était un peuple Éryihréen, car on le représentait avec des cheveux et le teint roux. On brûlait un bœuf rouge en rhonneur d'Osiris comme l'offrande la plus agréable à ce dieu dont Typhon fut l'ennemi et le meurtrier.

TipOy qu'on lit pour Typhon sur les monuments, est le synonyme de Top, Tupa, Tippo, des langues celtique, finnoise et tartare : haut, dominant. Ce terme figure comme titre de souveraineté dans Tob-al-Caïn le roi forgeron de la Genèse, et se retrouve dans ces fameux Tobbas himyarites qui, selon les Arabes, furent longtemps la terreur des nations asiatiques. On les assimila au tourbillon du désert, tiphoon, et au déluge tuphân en arabe. Typhon est représenté avec le corps . d'un hippopotame ou d'un ours, les mains et le sein d'une femme et la tête d'un crocodile, ensemble monstrueux composé des attributs distinctifs des principales tribus de cette nombreuse famille.

Kaïs, dix-neuvième nome du Maris situé sur la rive droite du Nil, se rapportait (du moins par l'analogie des noms seul indice qui nous reste,) à une divinité nommée Haï ou Men-Haï, que les égyptologues ont reconnue sur les plus vieux monuments de Thèbes. Son image est accompagnée de cette légende hiéroglyphique : « Mère de toutes les régions. » Nous retrouverons en eSeiHaï ou Kaï dans un nombre considérable de dénominations des peuples d'Europe et d'Asie. Kaïs et Bery disent les généalogistes arabes, furent les pères des races Arabe et Berbère.

Haï porte sur les monuments lé même attribut que Hak, une tête de lion surmontée du disque solaire, ce qui, par erreur, l'a fait prendre pour Hercule. I^e rapprochement avec

Vateain, Boïkaï ou Hep-Hai^stos, reproduit en effet le nom de cette tribu ancienne augmenté des qualificatifs ordinaires. Kaî est le Ptah asiatique dont le ah primitif a été adouci par la diphtongue aé ou aï.

Typhon a pour allié ordinaire, dans le Panthéon égyptien, Anteou. Ce nom domine dans la première dynastie Thébafne, la XI* de Hanéthon, et le Louvre possède deux magnifiques cercueils des rois de ce nom *. Il y eut une ville d'Antœopolis dans la Thébaïde qui fut sans doute le berceau de cette dynastie. Ce nome s'appela jadis Tkoou, suivant Champollion, et comprenait alors deux villes, Mouthi qui se rapporte sûrement à la déesse Muth ou Maut^ la compagne de Jupiter Amoun, et Kos^-Kam Tune des quatre ou cinq localités où se retrouve le nom de Kos ou Cus *.

Anirou^ abréviation de An-at-hoû, nous parait représen- . ter une* tribu formée de la conjonction des familles de la Lune et de Jupiter. Nous reviendrons sur l'histoire de la tribu Antéou qui joue un rôle important dans les annales du premier âge de l'Asie.

Nous arrêterons ici cette analyse qu'il serait inutile d'étendre aux générations secondaires qui sortirent de ces premières familles. Nous nommerons celles-ci au fur et à mesure qu'elles paraîtront sur la scène. Ces tribus personnifiées, il y a cinq à six mille ans dans les images symboliques des monuments du Nil et dont nous retrouvons la postérité figurée sur les murs de Ninive et sur ceux des temples de l'Inde et de la Grèce, sont comme les héros d'une épopée humaine qui se prolonge durant trente siècles et plus. Cet être collectif, race à l'origine, et grandissant de tribu en peuple, passe,

1 MoD. égypt. Salle historique,

3 D'ÂnvUle, ChampoUion , Wilkinson, ch. xnr.

semblable à l'komme tour à tour enfant, adoleseent et vitil, à travers les vicissiludes des alliances , des enfantements, des guerres, des migrations, de la puissance. Au début, brute faible ou féroce, l'idée germe et se développe lentement dans son cerveau puis soudain éclate en génie. Tantôt fugitif et poursuivi comme Israël, il semble prêt à s'éteindre et persiste à forcé de cohésion autour d'une idée ; tantôt comme Âssur, il s'accroil par la force et se maintient par l'habileté politique, couvrant l'Asie du réseau de sa domination ; tantôt comme les Mages et les Âryas, il invente l'hymne et la prière, la grammaire et la poésie, ou, comme les Hellènes, épris de la beauté humaine, il divinise la forme dans l'idole et pénètre l'art d'un sublime idéal.

Mais quelles que soient les transformations de ces existent ces millénaires, l'observateur attentif peut, à travers les péripéties des événements et les croisements des races, suivre et reconnaître partout la tribu primitive, à l'astre qui la protège et à l'attribut qui la distingue ; grâce à la fidélité de ces deut indices et à l'unité d'appellation qui les relie à l'homme, on peut suppléer, en partie du moins, au défaut absolu de tout renseignement historique sur la période reculée où nous essayons de porter la lumière.

A l'époque oii l'attraction sociale forma les premiers groupes, l'extrême imperfection du langage, la pauvreté du vocabulaire rendaient continuellement nécessaire, dans le discours, l'emploi de l'image et de l'ellipse. Il n'y avait rien de fixe ni dans la forme ni dans le sens des mots, dont un seul

impliquait souvent plusieurs significations. Cette expression flottante, si éloignée de la précision à laquelle ont atteint les langues modernes, est sensible dans les œuvres les plus anciennes des littératures sacrées, telles que les Hymnes hébraïques et le Rig-Véda, oîi l'image et le sujet se confondent sans cesse et oii le vague des termes entraîne le vague des idées et rend le sens insaisissable. Les initiés étaient habitués à cette forme allégorique oii les éléments et toute la nature jouent un rôle au milieu duquel l'homme semble disparaître, tandis qu'en réalité, c'est lui qui' anime seul ce vaste symbolisme. Dans le principe, au lieu de dire la tribu de telle étoile ou de tel animal, on disait simplement Mercure, Mars, Jupiter, ou bien l'Éléphant, le Lion, le Taureau, la Cigogne, le Singe. Au surplus, cet usage de se servir de l'emblème pour désigner la famille, s'est conservé fort tard ; il fait le fond de l'Apocalypse, et les prédictions en style d'oracle qui ont été publiées de nos jours, ne s'expriment pas autrement qu'on ne le faisait au début des sociétés ^

Pourtant le goût du merveilleux effaça promptfement dans l'espritdespeuplesl'interprélation naïve des traditions archaïques. L'Inde el la Grèce séparées, avant le développement de leur civilisation , de la Chaldée à qui elles pn durent les premières notions, prirent à la lettre dans leurs poëmes l'assimilation continuelle de l'individu à l'animal, et en tirèrent cet interminable tissu d'incarnations et de métamorphoses que les auteurs de la période mythique brodèrent sur la trame unie des souvenirs du premier âge. Ce n'est point ici le

1 Témoin celle-ci où la campagne de Crimée était prédite : « L'ours attaquera le croissant, mais Taigle et le taureau s'y opposeront. » Dans une antre prédiction datant du xvii* siècle, la Belgique est appelée la Lyre.

~ milieu d'essayer de ramener à un sens naturel les fables innombrables fondées sur le double symbolisme sidéral et animal. Nous n'aurions pas de peine à démontrer que la moitié la plus récente de l'antiquité n'a pas compris la plus ancienne. On s'apercevrait qu'en se laissant entraîner par les interprétations subtiles des historiens et des philosophes de la Grèce et d'Alexandrie , l'exégèse moderne a souvent fait fausse route. Elle a été conduite ainsi à ne voir qu'un vaste système d'allégories astronomiques dans les cosmogonies des Perses, des Hindous et des Grecs, et bien des savants efforts ont été dépensés en pure perte pour concilier avec les mouvements réels des astres et les phénomènes des saisons, ces poèmes dont la forme semblait affecter un lyrisme désordonné et qui ne sont au fond que des chroniques du premier âge des sociétés.

Que de systèmes n'a-t-on pas construits sur les zodiaques égyptiens? On crut, à la fin du dernier siècle, que la découverte de ces prétendus tableaux du ciel pourrait servir de point de départ aux calculs astronomiques et permettrait de constater l'âge des monuments de l'Egypte. Tous ces travaux n'ont conduit qu'à des résultats contradictoires ou tellement exagérés, que les savants modernes pris d'une juste défiance, ont abandonné ce moyen d'investigation, sans cependant qu'on se soit encore expliqué le véritable caractère des zodiaques égyptiens auxquels on continue d'attribuer un sens astronomique, faute d'avoir à leur en assigner un plus conveîiable.

Dès le commencement, on avait cependant reconnu que ces zodiaques se compliquaient de détails évidemment étrangers à l'étude des astres et aux divisions du temps. L'un des monuments de ce genre qui a le plus soulevé de discussions est la fameuse Table Isiaque. On y voit douze figures se rappor-

tant aux mois de l'année ; mais, sous chacune de ces figures, il y en a trois autres rangées de dix en dix degrés, tjue Ton nomme Decani, Ce sont, à ce qu'on suppose, les subdivisions du mois en décades. Mais ce n'est pas tout : sous chaque Décan il y a trois autres figures appelées assesseurs ou ministres, dont la fonction dans la révolution solaire ne saurait être expliquée.

Nous avons fait remarquer que les douze grands Dieux, que Fréret identifie avec les signes du zodiaque, caractérisaient la division de l'Egypte en douze nomes qui servit de modèle aux douze tribus des Hébreux, des Grecs et des Étrusques, aux douze Âdityas des Hindous, aux douze Ases des Scandinaves, aux douze Tcheou de la Chine ; cette assimilation nous parait incontestable. Mais nous croyons en outre que les divisions antérieures par trois, par sept et par dix familles restèrent * comprises, comme classement secondaire dans le cadre agrandi de la nation, et que telle est, dans la Table Isiaque, la signification de ce deuxième rang de trois figures placées de dix en dix degrés. Chaque Régent avait ainsi son nome divisé en trois tribus dont chaque chef ou Décan commandait à dix familles. Le titre de Décan avait en Chaldée le sens d'inspecteur ou surveillant, d'où decanus, deacon, diacre et la décurie romaine, subdivision des trois tribus qui furent aussi le premier classement institué par Romulus pour son peuple.

Chaque nome de la vallée du Nil avait un temple consacré à trois divinités et oii étaient nourris les animaux sacrés. Ces triades caractérisaient sans nul doute les familles ancêtres et les patriarches pères des tribus.

Ce nombre primitif se trouve reproduit dans les trois assesr seurs subordonnés aux Décans et qui rappellent les trois juges

— Sade l'enfer des Grecs empruntés à la hiérarchie égyptienne ; c'étaient les magistrats chargés de rendre la justice dans chaque province de l'Empire.

' Suivant celte explication, la Table Isiaque retracerait simplement le système politique et administratif d'après lequel l'Egypte était gouvernée. Il faudrait donc ne voir dans ce monument, au lieu d'un tableau du ciel, qu'un tableau de l'Empire égyptien où les nomes sont désignés par les signes qui leur servaient d'attributs. Les zodiaques égyptiens étant tous composés d'après le même plan, on devrait conclure de ceci que, nulle part, il n'y est question d'astronomie ^

Chaque tribu portait son signe sur son étendard, et les hiéroglyphes qui représentent sur nos almanachsles caractères des mois et de la semaine, sont probablement la reproduction des enseignes égyptiennes. Chez les Grecs et en Italie, on trouve les traces de cette coutume : fréquemment les Vases étrusques offrent un guerrier portant le Sagittaire ou le Cancer peint sur son bouclier. Le latin désigne par un même terme, signa, les enseignes militaires et les signes du zodiaque, et ce terme même vient du grec UStov, petit animal. Il suffit en effet de jeter les yeux sur une sphère céleste pour se convaincre que les objets et les animaux qu'on y voit n'ont pas été choisis à cause

I La Table Isiaque est bien connue des égyptologues, mais on sait moins son histoire. Ce monument fut ainsi nommé , parce qu'on crût, d'abord qu'il retraçait les mystères d'Isis. C'était une plaque de cuivre on de bronze gravée au burin assez grossièrement et sur un fond d'émail noir entremêlé de petites bandes d'argent. Lors de la prise de Rome en 1525 par le connétable de Bourbon, un serrurier Tacheta d'un soldat et la vendit au cardinal Bembo. Après la mort de celui-ci, la Table passa au duc de Mantoue, puis fut perdue en 1630 lorsque les Impériaux prirent celte ville. Heureusement, elle avait été gravée de grandeur natarelle par Enea Vico de Parme, a?ec une parfaite exactitude.

de la vague ressemblance qu'ils offrent avec le plan géométrique de chaque constellation. Rien ne rappelle moins un taureau, un lion, une ourse, que les assemblages d'étoiles qui portent ces dénominations : ces images sont donc de pure convention. Mais comment, demandera-t-on , les attributs terrestres des tribus égyptiennes et asiatiques ont-ils passé d'une représentation politique de l'empire à la véritable sphère céleste?

Cela tient sans doute à ce que les clans guerriers de TArgolide, de l'Attique et de la Béotie, lors de leur arrivée en Grèce» avaient depuis longtemps perdu le souvenir du symbolisme que l'Egypte enseigna jadis à leurs ancêtres d'Asie. Cependant le peu de notions astronomiques qu'ils possédaient, ils les tenaient de tradition chaldéenne ; aussi lorsque Aratus, Hipparque et Ptolémée entreprirent de dresser de véritables cartes du ciel, ces pères de la science employèrent, sans y rien changer, mais sans doute aussi sans s'en rendre compte, les figures, les caractères et les dénominations dont s'étaient servis avant eux les Asiatiques, et qui s'étaient popularisés dans la Grèce.

Après avoir mis le ciel sur la terre, les Égyptiens Chaldéens avaient mis la terre dans le ciel, et s'étaient plu à tracer sur la sphère l'attribut de chaque famille en l'adaptant tant bien que mal au plan de sa constellation. Le nombre des tribus ayant considérablement augmenté depuis les sept et les dix tribus primitives, puis les douze et les trente-six nomes d'Egypte, une foule de constellations reçurent les noms de nouveaux chefs de dynasties ou fondateurs de nations, tels qu'Hercule, Orion, Persée, Cassiopée, le Centaure, etc. C*était parmi les héros asiatiques à qui figurerait parmi les astres et aurait sa constellation ; c'est ce qu'exprime cette allégorie de la mythologie grecque où le monarque chaldéen, divinisé sous le nom

de Jupiter, est représenté conférant l'immortalité et plaçant dans les deux ceux des dieux vassaux que leurs services avaient rendu dignes de cet honneur. L'intelligence de ce mythe est depuis longtemps perdue dans l'Occident, mais une nation chez laquelle on retrouve à l'état fossile les traditions tombées ailleurs en poussière, la Chine, a conservé la hiérarchie céleste du vieux système chaldéen. L'empereur y figure dans le firmament au nombre des étoiles, non-seulement avec sa famille et ses ministres, mais encore avec ses chambellans et ses gardes.

En étudiant un zodiaque décrit par Scaliger, Bailly remarque que, outre son nom, chaque Décan est encore distingué par le signe d'une planète; mais ce savant est fort dérouté et ne peut se rendre compte pourquoi le premier Décan du Bélier porte le caractère de Mars et du Taureau : « Ce zodiaque, ajoute-t-il, a cela de remarquable que chaque degré y est désigné par une figure particulière d'animaux ou de différentes choses, mais surtout d'hommes et de femmes dont le nombre est de plus des deux tiers du nombre des degrés. » Bailly conclut en attribuant cette œuvre à l'astrologie.

1^ même auteur parle d'un autre planisphère trouvé par Pococke à Acmin ou Panopolis : « Il contient quatre cercles ; au centre est une figure qui, selon Pococke, représente le soleil. Les autres cercles sont divisés en douze parties. Dans le premier espace sont douze oiseaux, dans le second douze figures effacées qu'on croit être les signes du zodiaque ; dans le troisième il y a un même nombre de figures d'hommes et aux quatre angles sont quatre figures ' . »

L'explication de ces zodiaques ne difiere pas de celle de la

» Bailly, Astron't p. 806, 509. Pococke, Vay. d'Orient, 1. 1, p. 77.

Table Isiaque : ce sont des tableaux politiques de l'Empire, indiquant, par les attributs et par les signes planétaires, les nomes avec leurs régents. Les quatre figures des angles représentent le*s quatre grandes divisions de l'Egypte : Ethiopie, Égyple centrale, Thébaîde et Basse-Egypte. Au milieu du plan , l'image du Roi-Soleil exprime la centralisation du pouvoir rayonnant également sur le triple cercle de peuples dont il est entouré, et sur le cortège des fonctionnaires qui reflètent son autorité comme les «planètes réfléchissent la lumière du soleil.

Une telle manière de comprendre et d'exprimer la souveraineté a certainement sa grandeur. Elle résume l'immutabilité dont les Pharaons voulaient imprimer l'idée à leurs sujets. En modelapt leur gouvernement sur le système du monde, ils engrenaient à ses lois éternelles les rouages de leur société. En montrant à tous Tordre et la hiérarchie dans la nature, ils commandaient pour eux-mêmes l'obéissance et le respect. De la région céleste oîi ils se plaçaient, ces rois inspiraient un sentiment profond de l'immensité et de la durée de leur autorité. On ne peut donc s'étonner qu'on les ait adorés comme des dieux, et ce fut là sans doute une des causes de la prodigieuse stabilité de leur puissance.

Ces emblèmes, que la science astronomique a soigneusement transmis d'âge en âge et de peuple à peuple depuis la date la plus reculée, furent probablement empruntés d'abord aux habitudes et aux travaux de chaque tribu. Ainsi, le Bélier, le Taureau, les Gémeaux qui furent d'abord deux agneaux ou deux veaux, indiquèrent les familles pastorales; l'Arc ou le Sagittaire symbolisa les chasseurs; l'Écrevisse et les Poissons représentèrent les tribus de pêcheurs. Le Verseau, figuré anciennement par un de ces vases de terre si

communs dans les tombeaux d'Egypte, fut vraisemblablement l'emblème des potiers. Certaines professions devinrent ainsi des assignations originelles et créèrent des castes dans la caste ; cette organisation sociale engendrée par le goût ou un hasard de localité, passa en habitude, s'immobilisa par la religion et constitua l'hérédité des métiers et des arts.

Le signe de la Vierge, qu'exprimait à l'origine une gerbe de trois épis serrée par un lien, ne peut se rapporter qu'à un peuple agriculteur. Le Scorpion, si commun en Afrique, appartint à un peuple noir ; le Lion, roi du désert, fut l'attribut des Libyens. Le Capricorne, formé d'une chèvre et d'un poisson, figure probablement l'association de deux tribus; enfin, la Balance, emblème d'une nation commerçante, avait été précédée par une règle divisée en degrés égaux comme un nilomètre, ce qui indique le commencement de la science chez quelque famille sacrée.

L'ensemble des douze signes du zodiaque donne donc l'esquisse d'une société primitive, telle qu'elle dut exister aux bords du Nil, lorsque les éléments dont se composa la nation égyptienne étaient encore sans cohésion, et qu'au lieu de ces monuments imposants dont les débris nous étonnent, on né voyait encore près du fleuve que les huttes de roseaux des pécheurs de Thot, les (entes de peaux des pasteurs d'Amoun, et les cavernes où se retiraient les chasseurs de Coush.

Le système stellaire des Chaldéens est assez connu dans son ensemble pour que l'idée qui a présidé à sa composition . soit aisément saisissable ^ Ils comptaient trente-six constellations, dont vingt-quatre au nord et douze au zodiaque. II y avait cinq planètes principales, outre le' soleil et la lune.

1 Col. Chesney, survey ofTigris, t. H. Bérosc, Ëusèbe, etc.

Trente étoiles étaient subordonnées à ces planètes et portaient le titre de conseillers, équivalant aux trois assesseurs pour chacun des Décans. La moitié de ces étoiles avait pour mission de surveiller tout ce qui se passait chez les hommes, et l'autre moitié ce qui se passait dans le ciel '. Les rapports "entre ces astres étaient entretenus au moyen d'étoiles messagères, qui se rendaient une fois tous les dix jours du monde

terrestre au monde céleste. Chacun des principaux régents ou préfets était figuré par un des douze signes du zodiaque ^.

Après une telle description, il semble difficile de douter que nous ayons là, sous des noms d'astres et d'astérismes, une vaste organisation politique et administrative. Ce système fonctionna longtemps en Asie, et il est probable que l'empire assyrien fut d'abord établi sur ces bases empruntées à l'Egypte, puisque nous voyons chez les Chaldéens les constellations ou régences égales en nombre aux trente-six nomes d'Egypte institués par Sésostris.

Sur une table trouvée dans les fouilles de Nimroud, les douze grandes divinités des Assyriens sont représentées. Le dieu Ashour y est intitulé le Roi du Cercle ^. Ce cercle où les peuples sont figurés par leurs emblèmes, c'est précisément ce que nous avons pris pour le zodiaque.

Cette disposition circulaire existait en efiet dans la réalité. Les anciens peuples donnèrent à leurs premiers établissements fixes l'arrangement défensif que les Scythes nomades adoptaient dans les campements ; les chefs, les femmes et les objets de prix y étaient placés au milieu, et on rangeait alentour les chariots, comme un rempart circulaire. De même

i Diod. I. H, ch. XXI. — ^ Ideler, ueber dm ursprung des thierkreises, ^ Letroone, Journ. des Sav, 1830, p. 493, 528. * La yard Niniveh, t. I, ch. xvi.

]a peuplade hiérarchiquement organisée, quand elle voulait s'établir, choisissait une hauteur, y plaçait au sommet le chef, les prêtres et Tarche sainte, puis étendait ses familles .sur les pentes et dans la plaine, disposées en cercles formés d'autant de murs épais renfermant des bourgs, des jardins et des champs cultivés.

La limite circulaire s'est conservée dans la division territoriale moderne. Les Arabes du Tell ont des chefs de cercles ; l'Allemagne, au moyen âge, fut distribuée en cercles, et à Cuba, les propriétés affectent encore cette forme. Enfin, l'arrondissement français, imité du circondario italien, rappelle par son nom cette coutume primitive.

A mesure que de nouvelles familles se produisaient ou s'annexaient, elles entraient dans le système général et prenaient place dans le ciel par quelque constellation avec laquelle se confondit bientôt l'emblème qui distinguait la tribu. La fantaisie s'en môla et aux titres caractéristiques de la lyre, du cheval, du coq, se joignirent ceux du tigre, du lièvre, de la souris, du chariot et beaucoup d'autres semblables. Court de Gebelin et les commentateurs de son école ne pouvant s'expliquer ces nouveaux signes, ont été réduits à imaginer un cycle de douze années que rien ne motive ou n'indique.

Cinq de ces nouveaux emblèmes, le mouton, le singe, le chien, le porc, le coq sont retracés dans un fragment de planisphère soumis à l'Académie des sciences en 1708, et que Fontenelle chargé du rapport affirma n'être qu'un monument d'astrologie indigne d'occuper les moments de l'Académie. On y voit les trente-six Régents dessinés comme dans les peintures de Thèbes, avec des têtes d'animaux et leurs attributs particuliers; au-dessous le zodiaque est répété trois fois, deux fois avec les signes ordinaires, la troisième par ceux de l'as-

tronomie chaldéenne ; les sept astres de la semaine figurent dans le dernier cercle plusieurs fois répétés.

Il n'y a aucune explication astronomique possible de ce planisphère. Pourquoi la répétition de Tancien zodiaque? Que signifient ces signes nouveaux correspondant aux premiers? Que représententces trente-six génies que Fontenelle appelledes chimères égyptiennes? Enfin quel rapport existe-t-il entre les jours de la semaine et les différents astérismes? C'est de Fastrologie, dira-t-on, pour se dispenser de comprendre ; il dous semble au contraire qu'un sens historique sérieux se cache dans ce fragment dédaigné. Ainsi il est à remarquer qu'au lieu du soleil qui, dans les planisphères égyptiens, tient le centre de la composition, ici cette place est occupée par le dragon et deux ourses. En suivant la donnée que nous proposons, ces attributs ainsi placés exprimeraient la domination de nations étrangères originaires probablement du septentrion. L'ourse, arg-tour, fut le symbole des tribus de Mars, ark, ar-ak, et elle semble indiquer ici deux peuples de la famille éthiopienne de Koush, osh, ours. Le dragon, suivant Âmmien Harcellin, servait d'enseignes aux Scythes : Dracones signa sunt scythica. On aurait donc ici le tableau d'un empire Couschiteet Scythîque, Cus et Gogf,que l'Écriture nous montre unis pour guerroyer contre la Perse, et qui résidaient dans le nord de l'Asie.

La bande circulaire contenant des lettres grecques équivalant à nos lettres dominicales , offre la personnification des Gémeaux qui, si l'on s'en rapporte à Virgile et Ovide, figurèrent parmi les signes postérieurement au temps d'Auguste; le mélange de divinités grecques, telles que Vénus avec son miroir, avec d'autres qui rappellent les Mages et les Druides, ne permet guère d'assigner à ce monument une date plus ancienne que l'époque des Sassanides. Ce fut peut-être dans

quelque guerre contre les peuples de Syrie qu'un général romain s* étant emparé de ce trophée, le porta à Rome, où il fut découvert, en 1705, par Bianchini.

Il ne semble pas qu'on puisse donner une autre signification au fameux zodiaque de Dendérah qui a soulevé tant de controverses au commencement de ce siècle. Ce monument, considéré d'abord comme appartenant à une très-haute antî* quité, est aujourd'hui rejeté jusqu'à Tépoque de la domination romaine, aux plus bas temps de l'art égyptien, parce qu'on y a reconnu, mêlés aux figures des anciennes constellations ^yptiennes, les douze signes du zodiaque des Grecs. Il se pourrait que d'un extrême on fût tombé dans un autre, et que ce célèbre planisphère n'eût mérité. ... « ni cet excès d'honneur ni cette indignité. »

La sphère d'Eudoxe^ dont les Grecs se servaient, présentait l'état du ciel tel qu'on l'observait 1300 ans au moins avant lui, et l'on estime que les recueils d'observations qui ont servi de base aux travaux stellaires d'Hipparque et de Ptolémée remontent à environ 1518 ans avant Jésus-Christ, ce qui nous ramène à l'époque où les migrations phéniciennes vinrent s'établir dans la Grèce. Mais les principales constellations et les douze divisions de l'écliptique devaient être connues des Chaldéens bien avant cette date, puisque Callisthène transmit d'Asie à Aristote une série d'observations faites à Babylone, durant 1903 années avant l'arrivée d'Alexandre, ce qui placerait la première en l'an 2234. La Grèce fut de tout temps pauvre en observateurs, et l'on peut considérer comme avéré qu'en fait d'astronomie, elle dut tout à la Chaldée d'où partirent les colonies de Danaûs et de Cadmus : « Cadmus, suivant Nonnos, mesura la carrière des astres et fit connaître aux Grecs la marche du soleil, la dimension de la terre, les phases

changeantes de la lune^ » On peut donc admettre en toute sûreté que ce furent ces migrations qui importèrent en Europe la connaissance des astres et les figures qui les représentent.

Il résulterait de ceci que le zodiaque hellénique n'étant autre que le zodiaque chaldéen , les constellations boréales et les figures nouvelles ajoutées aux anciens signes égyptiens sur le planisphère de Dendérah, peuvent très-bien être d'origine chaldéenne. D'ailleurs certaines différences dans la forme des signes et beaucoup de figures et d'objets qui n'appartiennent à aucune constellation connue, le distinguent nettement du zodiaque grec; c*est ce qu'ont très-bien fait ressortir les travaux de Visconti, Larcher, Dupuis, Denon, Lalande, Burckardt, dans la célèbre discussion à laquelle ce monument a donné lieu.

Le zodiaque circulaire de Dendérah porte un signe certain, à notre avis, que l'ensemble des constellations qu'il représente ne se rapporte point à la domination des Pharaons, et qu'il n'est point non plus d'origine grecque. Le milieu du tableau, au lieu d'être occupé par le soleil, image du Pharaon, présente un animal monstrueux, semblable à un ours, avec une tête d^hippopotame. Cet animal est debout et armé d'un glaive ; il commande à l'armée des étoiles et des constellations qui l'entoure.

L'ours et Thippopotame sont les attributs bien connus de Typhon. Or, Typhon, à qui on immolait le bœuf rouge et même des hommes de cette couleur, caractérise, à n'en pas douter, les peuples pasteurs. Après leur expulsion, les images de Typhon, qui précédemment avait un culte près du Njl,

I JHonysiaeaf ch, iv, v. 160, ^78^

furent martelées, en grande partie, avec les autres monu-* ments de cette époque. Cependant il se peut que quelques-uns aient été conservés, à titre de souvenir historique, sur les murs du temple où étaient inscrites les archives de la nation. Le prétendu zodiaque de Dendérah serait donc un monument d'autant plus précieux qu*il serait plus rare, s'il retraçait, comme nous le croyons, le plan de la domination des peuples pasteurs dans la Basse-Egypte.

Mais le zodiaque rectangulaire de Dendérah est plus intéressant encore. Les signes y sont rangés à la file les uns des autres sur deux bandes parallèles, et le fleuve borde la composition d'un ruban onduleux. Cet ordre, que reproduit également le zodiaque d'Esné et qui imite de plus près la disposition naturelle des lieux, semble indiquer un progrès sur Tancienne forme, et nous inclinons d'autant plus à y voir une œuvre étrangère à l'art égyptien si fermement attaché aux types et aux rites traditionnels.

U ne nous parait pas possible de reconnaître ici autre chose que la carte symbolique des nomes riverains du Nil. Les trente-six Régents sont placés dans des barques, chacun avec son signe particulier ; des groupes d'hommes et de femmes, surchargés d'emblèmes et d'hiéroglyphes, sont placés auprès d'eux, accompagnés d'assemblages d'étoiles différents en nombre. On chercherait vainement dans l'astronomie le sens de cette multitude d'astres et de figures confondus ensemble.

On sait que des étrangers, désignés sous le nom collectif d'Hiksos ou Pasteurs, soumirent à leur domination une grande étendue de la vallée du Nil, et que cet empire, dont les limites n'ont pu être bien définies, dura, selon Manéthon, 511 ou 518 ans. Ces envahisseurs , composés pour la plupart

de tribus pastorales semblables aux Hébreux, paraissent cependant avoir été dirigés par une élite beaucoup plus civilisée qu'on ne serait tenté de le supposer d'après la tradition égyptienne. Ëusëbe compte parmi eux six rois, qu'il appelle Phéniciens, qui régnèrent à Memphis, et la XYP dynastie tout entière se composa, dit-il, de trente-deux rois Helléniques.

Ces Hellènes ne venaient certainement pas de la Grèce, car elle n'existait pas encore à l'époque où les Hiksos envahirent l'Egypte, époque qu'on ne saurait placer plus bas que le XX® siècle. Ils durent venir du même point d'oii partirent quelques siècles plus tard Danaus et Cadmus, c'està-dire de la Chaldée et de la Babylonie, et formaient une branche d'un même peuple désigné par le nom générique de El-ana ou H'aldana, peuple de la lune. Expulsé probablement par les Assyriens, qui, en 2183, commencèrent à étendre leurs conquêtes dans l'Asie mineure, le Caucase et la Syrie, ce peuple descendit vers le sud, à la tête d'une vaste confédération de tribus de races et de civilisations différentes, et s'empara de la Basse-Egypte.

L'assimilation que nous venons de faire est confirmée par l'identité des attributs. Le Lion porté par le Serpent s'avance en tête du cortège des signes sur le zodiaque rectangulaire de Dendérah, et il figure également dans le planisphère. Or Diodore nous apprend qu'au haut du temple de Bel on voyait les statues d'or de Junon et de Rhéa *, Tune appuyée sur un

1 Diod. I. II, 9. Héré la Junoa latine, élait, suivant Platon, vulgaî* rement appelée Vénus ou Lucifer; le vocable £r est caractéristique de la famille à'Eri ou Ari; c'est donc bien la race arienne qui était alors maîtresse de Babylone et qui marchant h la suite des Coaschites pasteurs de Syrie et de Palestine, acheva la conquête de l'Egypte.

lion, Vautre auprès d'un serpent. L'association des symboles indique Talliance de deux peuples personnifiés dans Hère et dans Rhéa, et que nous retrouvons également réunis sur les tableaux de Dendérah.

Il s*agit donc bien ici d*un même peuple figuré par un ensemble d'attributs identiques. Maintenant dans quel pays ces tableaux nous transportent-ils ? Le fleuve, dont le circuit embrasse le zodiaque rectangulaire, peut aussi bien être TEuphrate que le Nil. Nous persistons cependant dans notre opinion première]: Manéthon rapporte que Salatis, le premier roi des Hiksos, après avoir conquis la Basse-Egypte, se fortifia du côté du nord, parce qu*il craignait que les Assyriens vinssent l'attaquer \ Ceci s'accorde parfaitement avec l'idée que les peuples du lion et du serpent avaient été expulsés de Babylone par le peuple d'Assur, la race Arienne par la race Couschite. Nous voyons, en eflet, fréquemment répétée sur les monuments assyriens rassemblés aux musées de Londres et de Paris, la figure d'un géant étouffant un petit lion sous son bras gauche, et de la main droite étranglant un serpent.

Les deux plans de Dendérah représenteraient donc, dans notre pensée, les deux phases de la conquête des Hiksos : la première, que nous voyons sur le plan circulaire, caractériserait les commencements de l'invasion , Typhon le Scythe éthiopien dominant par le nombre et la force. Le tableau longitudinal serait, au contraire, l'image de l'empire réglé que fondèrent les dynasties Hellénique et Phénicienne signalées par Ëusèbe.

Il serait bien désirable que quelque heureux indice, fourni par la lecture des hiéroglyphes et dû aux persévérants efforts

1 Joseph, adv, Appion, 1. 1, ch. v.

de nos ingénieux égyptologues , vint ôter ce qu*il y a de conjectural dans la proposition que nous venons d'émettre.

D'ailleurs, il est impossible, nous le répétons, d'accepter les déductions astronomiques que l'on a voulu tirer de la position relative du soleil et des signes dans le "zodiaque des Égyptiens. On a conclu que ce peuple connaissait la précession des équinoxes, en partant de cette hypothèse très-hasardée que le centre du planisphère signifiait le solstice d'été, et que la présence d'un des signes du zodiaque sur ce point indiquait l'entrée du soleil au solstice dans telle ou telle constellation. Or, au temple d'Esné, c'est la Vierge qui occupe cette place, tandis qu'à Dendérah, c'est le Lion. Le nœud équinoxial parcourt en rétrogradant un degré en 72 ans environ ; par suite, on a calculé que ce dernier temple était beaucoup plus moderne que le premier, ce que n'atteste nullement le style architectural. Les énormes ^contradictions résultant de la comparaison d'un zodiaque avec un autre, témoignent assez de la fragilité de ce système : tandis qu'un auteur donne au zodiaque de Dendérah 1468 ans d'antiquité avant notre ère, un second le place 800 ans avant cette époque, tandis que d'autres le font descendre aux Ptolémées. En présence de telles divergences, on ne nous accusera pas de témérité pour avoir essayé d'ouvrir une voie nouvelle aux interprétations.

De Chaldée le symbolisme sidéral fut porté en Bactriane, en Perse, dans l'Hindostan, sur le grand plateau de la Tartarie, et parvint jusqu'à la Chine, oîi l'esprit conservateur de la race l'a maintenu à titre de tradition officielle : « Il y a, dit le Tcheou-li, douze royaumes feudataires, auxquels président les douze divisions écliptiques. » Un astre protège l'empereur, un autre sa famille ; l'étoile du Lion, que nous

appelons Régulus, est Tastre qui préside au peuple. Un as^troQonie et un astrologue impérial, dont les charges* sont héréditaires comme chez lesChaldéens, sont chargés de suivre assidûment la marche du soleil, de la lune, des planètes et spécialement de Jupiter. Il détermine leur place dans les 38 divisions stellaires déjà fixées au XIP siècle avant notre ère par le livre des Rites ou Tcheou-li, mais qui évidemment existaient auparavant depuis un temps immémorial '.

Anquetil cite un passage du Modjmel el Tavarikh (fol. 16), de Hamza, relatif à la cosmogonie des Perses, où il est dit, que le Dieu souverain créa l'homme et le taureau dans un lieu élevé, où ils restèrent sans mal durant 3000 ans. Cette période, dit-il, comprend \ Agneau, le Taureau, ti les Gé^ meaux. 3000 après apparurent le Cancer, le Lim et VÉpi ; puis, au septième mille, la Balance vint, le mal parut et la guerre commença. Lorsque le Cancer parut, la planète Jupiter présidait à ce signe, le soleil présidait à TÂgneau, la lune au Taureau ; Saturne commandait à la Balance, Mars au Capricorne, Vénus et Mercure régnaient sur les Poissons ^.

Ce fragment ressemble beaucoup à la description d'un zodiaque égyptien, et, au point de vue astronomique, il n'y a rien à eu tirer; mais toute obscurité disparait, si l'on rapproche chacun de ces astres des attributs qui distinguaient chaque famille. Ainsi . l'Agneau ou le Bélier, fut effectivement le sipe d'Ammon la tribu du Soleil, et le Taureau était l'emblème d'un peuple de la Lune. La Balance fut un des signes de la race de Saturne. La planète Jupiter présidait au peuple du Cancer {shartan, sardan en chaldéen) qui se répandit dans la Grèce et l'Italie. Mercure régnait sur les Poissons, dont le

1 Tcheoa-li^ irad. par Ed. Biol^ 4851.— ^ Zend-Avesla, t. 111. Boun» debesch, p. 353 et h la fin, trad. d^Anquetil.

nom égyptien faut, est, en effet, le même que celui du Dieu. ■Quant à Vénus, le poisson lui était consacré et les Grecs plaçaient souvent auprès de ses inoages un dauphin.

On ne peut douter que les Âryas, fondateurs de la civilisation indienne, aient fait longtemps partie d'un empire ordonné sur le plan du symbolisme chaldéen. Le livre des lois deManoa iDOus apprend que le territoire habité par les Aryas est divisé en huit LocapMas ou gardiens du monde*. Au centre sont ÇhanUra, la lune, et Sowifa, le soleil, qu*on nomme aussi Arcâm, titre que les Amalécites donnaient à leur roi *.

Indra ou Sacra, roi du ciel, préside à l'est ; le dieu Couvera, le Plutus indien, règne au nord ; Varouna, le dieu des Mieux maritimes^ se tient à l'ouest, et Pavana, le dieu du vent, est le régent du nord-ouest.

Yama, le juge suprême, commande an midi et Agm^ la ^divinité du feu, préside au sud-ést.

Cette topographie ne peut s'appliquer à l'Inde. Comment y aurait-il une mer à l'ouest de l'Hiudoustan ? Transportée dans la Chaldée, elle s'adapte au contraire parfaitement aux lo<3alités. Ainsi, le centre oii habitent le Soleil et la Lune seraient Babylone et l'Irak chaldéen ou pays de la lune : Indra, le roi des Indo-Scythes , règne à l'est; c'est l'Ariana, le Caboul. Couvera , diew des richesses, gouverne au nord le Caucase oii le fleuve Phase roule de l'or. Varouna, J'équivalenl de Neptune dieu des lieux maritimes , occupe à l'ouesi Tyr et Sidon, et Pavana, le dieu des vents, réside au nord-ouest, près delà mer Noire, au Palus-Méotis oii les Grecs plaçaient les îles d'Éole et de Borée.

Yama, Ham, situé au sud, représente l'Egypte, le juge su-

1 Manavadharma Saslra, I. V, sloka 9() —^Nombres, 31. Josué^ 43.

préme, et au sud-est ^$rm, le dieu du feu, désigne l'Iran.

Les sept Mabarchis, pères de la race humaine, brillent dans le ciel sous Taspect des Pléiades. Une foule de Ricbis ou de saints sont identifiés avec l'Ourse , le Bouvier et les autres constellations. Le Roi-Soleil , monté sur son cbar, s'avance accompagné des douze Âdityas, dont chacun est un signe du zodiaque. Ces rapports intimes de personnalité et de nom entre les astres et les hommes apparaissent fréquemment dans les poèmes sanscritsMls sont tout à fait évidents dans la cosmogonie des Parses où les peuples et les tribus sont Continuelle* ment désignés par des noms d'étoiles et de planètes. Le Boundebescb donne une distribution des régents du monde toute semblable à celle de Manou : « Le grand astre Taschter garde Test, dit Zoroastre, Satevis garde l'ouest, F^nand préside au midi, et Haftorang au nord. Ils veillent sur les astres nombreux dont sont composées les constellations. »

«Combien, dit le livre sacré, ces astres n'ont-ils pas de soldats prêts à combattre ! 6000 et 480,000 petites étoiles sont rassemblées pour seconder chaque grande étoile. Lorsque Tennemi vient.en grand nombre, l'étoile Rapitan protège le côté du midi. »

Ormuzd, le dieu souverain des Parses, est le roi des astres €t des constellations, ainsi que l'indique son nom, abréviation de Hor-mazdeô, dont se rapproche beaucoup plus la forme Oromaze employée par les écrivains du XVIIP siècle d'après l'arménien Oromazi. On reconnaît le même radical dans le chalàéenMazal'tôby le seigneur des étoiles.

Lorsqu'on étudie s^s parli pris la cosmogonie des Parses, il est impossible de ne pas rester convaincu que ces récits

1 Voyez le Rig-Vèda et le début de rHarivaasa, trad. de M. Langlois. ^ AnquetiU Boundehesch^i. III.

étranges oii Ton voit enrégimenter les étoiles et les planètes combattre et faire des prisonniers, n*ont rien du lyrisme extravagant qu'on leur suppose. Le Boundehesch n*est qu'un symbole d'un bout à Tautre, et lorsqu'on en a la clef, ce livre curieux se réduit à l'état de simple chronique et n'a rien de surnaturel ni d'inintelligible , car il ne s'agit en réalité dans cette tradition que de la lutte d'un peuple civilisé contre un peuple barbare. Dans les récits fort anciens qui ont servi à la composition du Boundehesch pelbvi, les tribus dont on racontait l'histoire étaient désignées par des noms qui étaient ceux-mémes des astres. Mais les peuples ayant disparu et leurs dénominations étant restées aux constellations et aux étoiles, le traducteur pieusement scrupuleux appliqua à celles-ci les actes et les aventures des familles auxquelles elles avaient été jadis liées. Tel a été le procédé uniforme et fort simple qui a transformé en fables et en mythes l'histoire des temps primitifs.

L'attribut animal joue aussi un rôle considérable dans la mythologie Parse : Les animaux y sont classés en tribus et ont des chefs : le prince des poissons s'appelle Karmahi, celui des oiseaux Karshipta; le chef des quadrupèdes Hermelin. Ce système qui parait de la plus haute antiquité parmi les Iraniens est très-clairement exposé dans le Yendidad et le Vispered, les plus anciens des livres sacrés des Parses *.

On trouve dans les Yezds ou prières Parses ces formules souvent répétées : Délivrez-nous de celui qui nous attaque sous la forme du serpent et de celui qui a la forme du loup '^.

L'Avesta présente même quelquefois la réunion des deux symboles sidéral et animal, comme dans ce passage :« L'astre

1 Boundehescht cli. xvnr. Minokhired, Spiegel Avesta, t. Il, p. 3. ^Ànqaetil, Zend^Avesta, II, 111.

Taschter (Jupiter) courut sur le Zarë (le lac) sous la figure d'un cheval puissant qui avait des oreilles d*or et une queue d'or relevée * . »

Il s'agit sans doute d'une nef portant à la proue, comme aujourd'hui encore les navires de la ville guèbre de Surate» un cheval sculpté emblème de la grande tribu de Jupiter dont descendaient les Iraniens.

Le double symbolisme céleste et animal subsistait chez^ les Arabes, encore au temps de Mahomet. Ils avaient sept temples fameux dans l'Yémen, dont le principal fut en l'honneur de rétoile Vénus, al Zohar. Le Soleil était l'objet particulier de Fadoration de la tribu d'Himyar, et Aldébaran, l'œil du taureau, recevait les hommages de la tribu de Misan. Moshtari, Jupiter, était adoré par Lakhm et Jodam; la tribu de Tay révérait l'étoile Canope, Sohail; Sirius présidait au peuple d'Âd, et Mercure à celui d'Âsad. Manah, la Lune, la plus ancienne de ces idoles, était représentée par une grande pierre noire sur laquelle on sacrifiait des hommes ^. La Mecque, située dans la vallée de Mina, fut sans doute d'abord un temple à la Lune '.

Les tribus arabes avaient aussi conservé fort tard l'usage de l'emblème animal. Madhaï adorait la divinité Yagouth sous la forme d'un lion. C'était probablement la même que Hak ou Hag, la grande divinité égyptienne représentée avec une tête de lion. Le dieu Yaouk avait la forme d'un cheval ; Nasr, celle d'un aigle; beaucoup d'autres divinités avaient des figures humaines. Mahomet fit briser et brûler toutes ces idoles qui rappelaient les signes distinctifs des familles primitives ; ce-

> Anquetil, Zend-Avesta, t. III, p. 193. — ^ Pocouke, Specim, 91. D*Herbelot Bibl. or, Hyde, de rel. Pers.j p. 133. 3 Le Coran, Surat. 7i, Shahrestani, Âbulfeda.

pendant le réformateur fut contraint de subir le culte de la pierre noire, le plus ancien symbole qui existe dans le monde et que Ton trouve répandu depuis Tes îles Orcades. jusqu'à Bénarès. Mais afin de faire profiter le dogme qu'il avait fondé de la popularité et de la vénération dont jouissait cette pierre, Mahomet la fit sceller dans son temple de la Mecque où les croyants de toute secte viennent visiter l'objet du culte de leurs premiers pères.

Burckhardt a donné la description de cette pierre. Elle est noire et brisée en plusieurs morceaux que réunissent des plaques d'argent * . C'est probablement un aérolithe ou quelque éjection volcanique, comme l'indique son nom Câh-abu^ le père Feu; et elle remonte peut-être au temps où les ancêtres de la race arabe adoraient le feu terrestre dans une contrée tourmentée par le volcanisme.

Un autre attribut caractéristique était jadis suspendu à la porte du temple de la Câaba. C'était une paire de cornes de bélier, barak en arabe [ah-ar-ak) àp-^jv, arieSy l'attribut, m un mot, de la branche couschité Ariba ou Mars.

Ce symbolisme a laissé des traces nombreuses diez les Grées dont presque tous les dieux ou héros éponymes figurent dans le ciel, en personne ou par leur attribut. Le grand monarque qu'ils adorèrent sous le nom de Jupiter fit de ce système un instrument de haute politique, en accordant à ses feudataires l'immortalité, c'est-à-dire la dignité d'astre, et en leur donnant place à sa table dans son château de l'Olympe.

Les moyens de dominer les hommes ne sont pas très-variés et la hiérarchie établie par Jupiter, qui n'était déjà plus nouvelle de son temps, s'est perpétuée dans les monarchies de

» Burckhardt*s /rai'e/s tn Arabia, t. Il, p. 249.

rOccident comme dans celles de TOrient. Les douze pairs de la table ronde ne sont pas autre chose qu'une réminiscence des douze dieux ou grands vassaux , figurés sur le tableau circulaire de l'empire cbaldéen par les signes du zodiaque; Cbarlemagne les présidait comme jadis Rhamsès, Ormuzd, Jupiter et Assur, les seigneurs du cercle.

L'interprétation que nous proposons du symbolisme antique trouve, on le voit, sa confirmation répétée dans les mythes traditiqnnels des diflférents peuples d'Asie et d'Europe. 11 n'y aura donc rien de hasardeux à se servir du fil que cette étude nous met à la main pour pénétrer avec son aide plus avant dans la redierche du passé.

Si Ton réfléchit que les souvenirs retracés sur les monupeiUs de l'Egypte embrassent plusieurs milliers d'années, on coaiprfiiâra que le système symbolique figuratif dut se contiiiier bien des siècles après que le culte des astres avait cessé dans ce pays. Le sacerdoce, pieux conservateur des tradi* tions» maintint avec soin le style hiératique encore usité sou^ les Ptolémées, mais dont le sens s'était perdu depuis long-r temps. De grandes noodifications y avaient été d'ailleurs apportées par le progrès des idées et les perfectionnement^ des arts, Lç signe fignratif conduisit au hiéroglyphe, et celui-ci fit inventer l'écriture phonétique. D'autre part, le symbolisme se généralisa, et plusieurs eipblèmes, tels que l'épervier, le vautour^ le taureau, le héron, servirent à e\r primer le rang et les hautes fonctions.

P^r degrés, le peuple égyptien, doué d* un esprit ^mineniT

ment spéculatif, délaissa la reproduction fidèle de la nature à laquelle il s'était attaché à ses débuts, et transforma par degré Fart en un vaste symbolisme. Il persista dans cette voie abstraite même après avoir découvert l'écriture eursive. Le perfectionnement extrême auquel avait atteint l'emploi des signes conventionnels, à en juger par la facilité avec laquelle on multipliait lesinscriptions murales et les espaces immenses qu'elles couvrent encore, fait supposer que le langage hiéroglyphiqueétait intelligible aux classes supérieures, comme le sont pour nous le grec et le latin. Aux yeux des modernes, qui, à Texception d*un très-petit nombre de laborieux adeptes, en ignorent tout à fait le sens, ces séries incommensurables de signes et d'emblèmes figurés, que la main de l'homme a gravés ou peints durant 4000 ans sur deux cents lieues de longueur, aussi serrés que l'herbe des champs, offrent un spectacle d'une grandeur fantastique qui confond l'imagination. *>.

Les monuments de la XYIIP et XIX^ dyna^iés dé{iloiéil| en ce genre un luxe de monstruosités vraiment incn^lde. Cé^ sont des troupes de guerriers à tète d'épervier, des bateiSÉ portés par des serpents, des rois à tête de bélier siégeant entre un ibis et un hippopotame à corps humain, recevant les offrandes d'un cynocéphale ou d'un crocodile à genoux. Le front des Pharaons est surmonté d'un édifice de globes ailés figurant le soleil, flanqués du serpent et du vautour, anses de cornes de taureau et supportant' des vases de fleurs. Cet appareil étrange impose cependant par le sérieux de la composition et la majesté qui y est empreinte. On sent que sous ces dehors bizarres se cache une grande énigme. €e serait, en effet, se faire une idée bien étroite du génie du peuple égyptien que de supposer, comme l'ont fait les Grées, qu'ils

adoraient les animaux. Ce prétendu culte de Tibis, du singe, du scarabée, du crocodile, du chacal, etc., offrait à la vénération populaire les attributs sanctifiés des premiers pères de la nation et des fondateurs de la civilisation égyptienne. Les esclaves, par un esprit borné d'imitation, oM pu en faire des fétiches, mais il est bien présumable que les castes élevées ne les adoraient pas plus que les chrétiens n'adorent le lion de saint Marc, le bœuf de saint Mathieu, ou le pourceau de saint Antoine.

Les débris du premier classement planétaire, ainsi que les signes du zodiaque, restèrent en usage jusqu'à des temps assez rapprochés, et devinrent les armes de grandes cités. Ântioche sur l'Oronte avait le Bélier égyptien gravé sur ses médailles. Celles des rois de Comagène portaient le Scorpion, et celles de Zeugma et d'Anazarba le Capricorne. L'étoile Vesper servait de sceau public aux Locriens Opuntiens ; la Dijmt d'Éphèse avait le signe du Cancer sur la poitrine. ■f: Byzance conservait deux idoles élevées en l'honneur de la ifOQstellatiiHi d'Orion et de celle du Bouvier. A Rome, les ^x da cirque, institués, disait-on, par Romulus, personnifiaient les planètes par des acteurs qui joutaient ensemble. La Lune et le Soleil avaient leurs chars, et l'on pariait, qui pour Saturne, qui pour Vénus. Les douze portes du cirque correspondaient aux douze signes. Quoi qu'en ait dit Dupuis, cette mise en scène n'avait nullement pour but de retracer la marche des saisons et les mouvements des astres, dont le peuple romain se souciait médiocrement. 11 s'intéressait davantage à un jeu symbolique qui rappelait les luttes des familles du Soleil, de la Lune, de Jupiter, de Vénus et de Mars de qui descendaient les peuples latins.

La division sidérale fut probablement le premier essai d'or-

ganisation sociale ; ce fut le commencement de la cité et du culte. Cependant lorsque les tribus émigrées de la Chaldée et de la Babylonie allèrent fonder au loin de nouveaux empires» de plus hautes aspirations enfantèrent d'autres croyances ; le cadre vieilli du sabéisme brisé par l'expansion des populations fut délaissé pour un ordre politique mieux adapté aux éléments divers de la population , et la tradition qui n'avait conservé du passé aucun monument écrit, cessa d*étre comprise par les générations nouvelles. Alors l'imagination des Grecs, des Syriens, des Hindous s'empara de cette mine féconde en équivoques, et de l'identification de l'homme avec l'animal composa ces systèmes compliqués de métamorphoses sur lesquels se fonda le mythisme polythéiste, et qui a senî de thème aux contes populaires des Slaves, des Bretons et des Germaios, peuplés de fées, de gnomes et de loups-garous.

L'union de l'étoile et de l'homme engendra les croyances astrologiques de l'Orient. Bien des siècles après que la noneaclature sidérale des tribus eut été oubliée, l'idée obscure de rapports étroits qui rattachaient l'humanité aux planètes et iux constellations restait profondément gravée dans Fesprildes peuples. Â la naissance d'un enfant, on tirait son horoscope et suivant qu'il était né sous la conjonction de tel astre avec tel autre, sa destinée devenait heureuse ou funeste; ses penchants et les dons intellectuels dont il était doué, il les devait à la vertu des corps célestes. Or celte singulière opinion avait aussi son origine dans le sabéisme primitif.

Les nombreuses familles issues du croisement des races primitives tenaient de leurs parents certaines vertus et certains vices héréditaires auxquels des aptitudes plus variées et un plus grand développement de l'intelligence imprimèrent une énergie extrême. Les institutions propres à chacuqe d'elles,

le genre de vie, les habitudes de liberté ou d'obéissance passive y ajoutèrent des caractères tranchés que les progrès de la civilisation achevèrent de fixer. Plusieurs familles, celles du mélange i£gypto-Germanlque, se distinguèreutpar leur humanité, leur piété et un généreux courage. Les Couschites triomphaient au contraire par la ruse et la violence. Tous montraient de grandes aptitudes pour les arts, l'industrie et les travaux de force et d'adresse. Les descendants des pêcheurs fondèrent des villes maritimes et s*adonnèrent au commerce ; d'autres tribus furent pieuses, savantes, poètes; d'autres firent sans cesse la guerre et vécurent de pillage. Les difiérents caractères que les mythologues delà Grèce ont prêtés à leurs dieux-astres sont empruntés au génie des tribus placées jadis sous leur invocation, et par une transposition bien simple due à l'iden* tité des noms, on attribua à ces dieux les passions, les vices ou les qualités de leur peuple. Jupiter domina par la politique et le génie administratif ; les Scythes qui adoraient Ârès sous la forme d'une épée de fer, firent de lui le dieu de la guerre; la beauté et le libertinage des femmes de la tribu de Véftus déddèrent du caractère de cette divinité. Mercure patron de plusieurs familles chananéennes d'où sortirent les Syriens, les Juifs et les Arabes, représentait fidèlement l^ goût pour le négoce et Tesprit rusé de ces peuples.

Les anciens Asiatiques disaient donc que les fils de Mercure étaient industrieux et subtils, que ceux de Saturne étaient cruels, ceux de Jupiter magnanimes, ceux de l'étoile Vénus enclins à ramour. Ces vertus et ces défauts provenaient, assurait-on, des influences de ces planètes, et ainsi se forma ridée que le monde était -gouverné par les astres. Cette croyance ne tarda pas à s'enraciner profondément ; fortifiée par des hasards singuliers, entretenue par l'habileté sacerdo-

taie, elle créa une théurgie savante et mystérieuse, mêlée de rites divinatoires, qui commença dans les collèges d'Egypte et de la Chaldée, et de là se répandit par toute la terre. De cette prétendue science sont nées la kabbale, l'astrologie, la philosophie hermétique. Par elle les Chaldéens vaincus reprirent leur ascendant dans la Babylone assyrienne ; les sibylles juives, grecques et arabes, les augures et les aruspices, nombreuse postérité des Kourëtes et des Druides qui faisaient descendre la lune et évoquaient la tempête, furent les interprètes de cette science. Parmi les peuples sauvages de la steppe et des déserts d'Afrique, comme chez les nations les plus éclairées de l'antiquité , le goût des choses surnaturelles, les superstitions de l'espérance et de la peur entretinrent cette idée de l'influence heureuse ou fatale des astres et la prolongèrent, on peut dire , jusqu'à nos jours. Il n'y a pas si longtemps que la science à peine sortie du creuset de l'alchimiste se compliquait encore de la recherche des affinités des métaux avec les planètes ; l'or représentait Jupiter, le fer Mars, le plomb Saturne , le cuivre et l'aimant Vénus. Les plus grands esprits croyaient à leur étoile et les plus pieux mêlaient à leur dévotion ce paganisme chaldéen dont D^nte nous a laissé un «irieux témoignage dans ces beaux vers adressés à la constellation des Gémeaux ^ :

0 gloriose steUe, 0 lame pregno Di gran virtù del quale io riconosco Totto, qaal che si sia, il mio ingegDO !

Enfin l'intelligence humaine est si lente à se délier de l'erreur que seize siècles après le Christ, l'astrologie, à la cour de Catherine de Médicis et de Charles IX, décidait encore des volontés des rois et de la destinée des nations,

1 Paradiso^ ch. xxi|.

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