‹ Ethnogénie CaucasienneChapitre 4 sur 18 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

liES RACRS.

Parmi les nombreuses voies que s*est ouvertes la science dans ses efforts pour dégager Tinconnu de la destinée hu-^ maine, l'étude des races est une des plus nouvelles. Les voyageurs multiplient les reproductions ethnographiques, les archéologues remplissent les musées de crânes fossiles exhumés des couches du sol, et cependant l'analyse de ces spécimens de l'anthropologie n'a servi jusqu'ici qu'à constater la profonde diversité des races entre elles et la haute antiquité de quelques-unes, sans jeter aucune lumière décisive sur leur origine. Depuis Cuvier et Geoffroy Saint-Hilaire, la question n'a pas fait de progrès. Les uns soutiennent l'unité primitive de l'espèce humaine, d'autres prétendent que sa création a été multiple. Parmi ceux-ci, Blumenbach compte

cinq races principales ; Desmoulins porte ce nombre à seize ; i. 1

Cuvier D*en a vu que trois bien distinctes : la blanche ou Caucasienne, la noire ou Éthiopienne, la jaune ou Mongolique. De ces trois types, toutes les nations seraient issues par le croisement.

Dans ce système, Cuvier éludait la question de primogéniture. On sent cependant que l'esprit généralisateur de ce grand homme tendait à Tunité, mais empêché par les caractères tellement distinct» des principales races, il lui parut impossible d'admettre qu'une d'elles eut pu engendrer les deux autres. En effet, la physiologie et l'histoire ne fournissent aucune preuve de la possibilité qu'un nègre soit procréé par deux blancs et vice versa. Il n'existe aucun exemple que des nègres soient devenus blancs dans les pays froids, ou que des blancs aient pris les traits des nègres dans les pays chauds.

D'ailleurs les populations olivâtres et cuivrées à cheveux noirs, qui habitent les régions polaires et les contrées de réquateur, attestent que la couleur de la peau ne reçoit aucun changement de la différence des climats.

Il est vrai qu'en supposant la pluralité des races primitives, on n'est pas plus éclairé sur le fait de leur apparition. Dans l'état borné de nos connaissances, il y aurait folie à prétendre expliquer scientifiquement le mystère de la création de l'homme. Si les forces cosmiques sont les agents par lesquels Dieu a créé, conserve et gouverne le monde, la Vie, comme l'attraction, la chaleur, l'électricité, peut être considérée comme un de ces agents, émanations de la souveraine puissance. Mais inhérente en quelque sorte à la planète, et ne se manifestant que dans des conditions très-limitées d'har-* monie avec ses éléments constitutifs, la Vie n'a pu apparaître qu'après le refroidissement du principe incandescent qui a

présidé à la formation du globe et au sein duquel les conditions biologiques, telles que nous les connaissons, ne pouvaient se produire. Plus tard, ffiéœe aux époques où la puissante végétation, aujourd'hui ensevelie à Tétat carbonifère sous les couches du sol, recouvrait sa surface de forêts colossales, la vie qui les nourrissait prenait sa source dans une atmosphère dont la chimie était contraire à l'existence de l'homme et de la plupart des êtres organisés. On doit donc en conclure que la Vie a eu son commencement sur la terre et que l'homme ou leshommesy ont été créés à un moment donné.

Il est reconnu que l'apparition de l'homme sur la terre est postérieure à celle des végétaux et des animaux fossiles des terrains primitifs. Elle semble néanmoins contemporaine de plusieurs anciens quadrupèdes actuellement disparus, et ce fait seul la rejetterait à une époque infiniment plus reculée qu'on ne s'est accoutumé à le croire. En présence des progrès accomplis par les sciences physiques et des découvertes de la paléontologie, il a bien fallu réformer les idées qu'on s'était faites de la durée du monde ; il n'en coûte pas davantage d'appliquer le même effort d'esprit au début de l'humanité elle-même, maintenant que nous voyons s'accumuler les preuves de l'existence de l'homme bien au-delà des premières traditions qui nous sont parvenues^ et peut-être même à une autre période géologique que celle où nous vivons.

M. Lund, en Amérique, a trouvé des os humains avec des os d'animaux dont les races sont éteintes dans ce continent, entre autres ceux du cheval; ce quadrupède avait disparu d'Amérique quand les Espagnols y débarquèrent, et les peintures mexicaines n'en ont conservé aucune image. En France, près d'Amiens, M. Boucher de Perthes a découvert dans les terrains diluviens, à plus de trois mètres de profondeur, des

haches et des instruments en silex mêlés à des ossements et des dents d'éléphants fossiles.

La période dite quaternaire comprend des cataclysmes formidables, tels que des soulèvements de continents, la retraite des océans dans les lits qu'ils occupent maintenant, la disjonction de grandes îles, la rupture des détroits, la formation des glaciers, c'est à cette période qu'appartient l'animal fossile d'espèce éteinte qu'on a trouvé frappé d'une flèche de pierre gisant auprès de l'os entamé. Des flèches semblables ou à pointes d'os ont été découvertes par M. Nillson dans les tourbières de la Suède. Les mêmes armes étaient enfermées dans des tombes en pierre brute contenant des crânes fort différents de ceux de la race gothique et révélant par leur dépression, et la saillie des pariétaux, les traits particuliers aux Lapons et aux Samoyèdes.

Les découvertes de ce genre se multiplient depuis quelques années, et nous pourrions en citer bien d'autres exemples*. Elles tendent à établir la présence de l'homme sur la terre à une époque où il était le contemporain des mammifères gigantesques aujourd'hui disparus, dont les ossements ont été trouvés dans les terrains d'alluvion ou de transport, et auxquels se joignent les restes fossilisés d'animaux dont les espèces vivent encore, tels que l'éléphant, le rhinocéros, le bœuf, le cheval et le cerf.

1 Voyez les faits recueillis dans la Revue archéologique, dans le Cosmos, dans les intéressantes études de MM. Littré et Maury : Revue des Deux-Mondes, 1'' mars 1858 et 5 août 1859. Un travail de M. Elisée Reclus, dans le même recueil, offre aussi le fait curieux des restes d'un Indien enseveli à une très-grande profondeur sous les couches des troncs d'arbres que le Mississipi entasse à son embouchure, depuis plus de 50,000 ans^ d'après les calculs des g/ologues américains.

Plusieurs de ces animaux n'habitenl l présent que des régions brûlantes où ils semblent s'être retirés devant le refroidissement du globe, cédant la place à l'homme plus approprié à la zone tempérée. On peut en induire, ce qui du reste est démontré aussi par la flore fossile, que le climat de l'Europe était beaucoup plus chaud au temps où ces espèces tropicales l'habitaient, et une telle modification qui ne peut avoir été subite, suppose une accumulation de siècles bien au-delà de la durée attribuée à l'existence de l'homme.

•Indépendamment des grandes époques entre lesquelles se partage l'existence du globe, les savants ont reconnu dans chacun de ces âges des divisions ou étages marqués par des dépôts fossiles contenant des séries d'êtres organisés où les typés anciens sont parfois continués, mais présentant en outre des types nouveaux inconnus aux étages précédents. Suivant H. Bronn, le monde animal et végétal s'est modifié au moins de vingt-huit à trente-deux fois. Le seul terrain où est bâti Paris offre les traces de quinze ou seize inondations successives, presque toutes d'eaux marines, et à la suite desquelles la création s'est empressée chaque fois de réparer activement par une production nouvelle la destruction des êtres antérieurs. L'on voit dans ces dépôts que, pendant une durée incalculable, la puissance créatrice n'a cessé d'être en travail, inventant sans trêve, multipliant . les formes innombrables» bizarres, monstrueuses, dont elle s'est plu à revêtir la vie, les adaptant aux milieux successifs résultant des transformations de l'enveloppe du globe, préférant tel type, supprimant td autre, modifiant, corrigeant, perfectionnant ses œuvres avec une persévérance, un caprice, une fécondité qui accablent l'intelligence ; suivant en apparence un plan uniforme,, et l'interrompant soudain parles anomalies les plus étranges

en déroutant Tobservateur au montent où il croit surprendre le concept divin dans son éclosion.

Mais ce n*est pas tout : dans les temps dont nous parlons et dont nous ne pouvons nous faire qu'une faible idée, puisque tout ce que nous connaissons du inonde vivant ne se reproduit plus que par voie de génération, non-seulement les créations étaient successives, mais elles étaient aussi localisées et multiples. Chaque région avait sa flore et sa faune particulières, dont une autre contrée offrait certains analogues, mais non point les similaires , car la création s'imite et ne se répète pas. L'Amérique, lorsqu'elle fut découverte, montra le tableau d'un monde à part et d'une création toute nouvelle. Malgré les échanges nombreux effectués par l'homme et les agens naturels , cette diversité subsiste toujours : « Il y a, dit Bnffon, trois populations animales existantes bien distinctes : le midi de l'ancien monde, le midi du nouveau et la Nouvelle- Hollande; quoique moins tranchés on peut considérer encore comme autant de centres différents, l'Afrique du nord, l'Asie centrale, l'Asie du nord et l'Europe. L'Inde n'a aucune des espèces de l'Afrique méridionale et réciproquement ; l'éléphant,, le rhinocéros, le singe, le tigre, l'antilope, y sont différents d'espèce, et plusieurs animaux sont spéciaux à chaque continent. L'Archipel indien a une population propre trèsremarquable qui ressemble beaucoup à celle de l'Inde, tandis que la faune des Holuques et de la Nouvelle-Guinée se rapproche de celle de la Nouvelle-Hollande, par les phalangers et les kangurous. i»

Marcel de Serres déclare qu'en examinant avec attention la manière dont les animaux sont répartis à la surface du globe, il est facile de s'apercevoir que leurs espèces n'ont pas tiré leur origine d'un même point, et qu'elles ne sont point éma-

nées d'un foyer de création unique pour se répandre dans les divers pays où elles sont aujourd'hui fixées. On ne tarde pas, dit-il , à reconnaître fu'il existe pour chaque animal , soit marin soit terrestre, comme pour chaque plante, un certain nombre de régions distinctes caractérisées par des populations et des végétations toutes particulières. La faune et la flore, de chacune de ces régions, se compose en partie d'espèces qui ne se rencontrent pas ailleurs, et en partie d'espèces qui leur sont communes avec d'autres. Ces régions, qui réunissent les mêmes espèces peuvent donc être considérées comme autant de foyers de création où, parmi les animaux qui y sont nés, les uns sont restés cantonnés et les autres se sont disséminés ' .

Nous voyons donc la puissance créatrice agissant simultanément sur plusieurs points du globe séparés par des mers , comme la paléontologie nous l'a montrée agissant successivement à des époques séparées par de vastes destructions. Cela n'a rien qui doive nous étonner, ce sont deux faces du même phénomène se produisant dans l'espace ainsi que dans la durée. Du moment que la Vie est considérée comme une force naturelle, elle a pu se manifester d'une manière générale à la surface terrestre, partout où le milieu se trouvait favorable , variant seulement les apparences selon les conditions du sol et du climat.

Lorsque chaque continent nous offre le spectacle d'une

1 Migrations des cmimaux, p. 28, Mareel de Serres. Nous n'avons pas besoin de rappeler les admirables ouvrages de MM. Brongniart, Élie de Beaumont, Léopold de Buch, qui ont fondé la science de la terre. Mais nous ne devons point passer sons silence les beaux travaux de M. Bronn d'Heidelberg, dont nn livre : Recherches sur les lois du développement du monde organique pendant la formation de la surface terrestre actuelle, résnme la science et y ajonte des vues originales. Ce livre a été couronné par rAc^émie des sciences de Paris.

eféation animale et végétale toute particulière, on se demande pourquoi l'homme serait absent de ce monde et excepté de cette création ? Il n'existe aucune raison de supposer qu'il ait été, à son origine, placé en dehors des lois générales par lesquelles sont régis les êtres organisés. Chaque foyer de création offrant sa série plus ou moins complète depuis le zoophyte jusqu'au mammifère; l'homme qui, en définitive possède la vie aux mêmes conditions que les autres animaux, a dû la recevoir de même : «< Plusieurs centres de formation, dit M. Littré, ont pu exister si plusieurs régions ont offert en même temps des conditions biologiques identiques pour cette espèce. » Ce qui est possible pour les animaux doit l'être également pour l'homme, et du moment que pour les uns il y a eu des créations multiples, soit successives, soit simultanées , on ne voit ' pas ce qui s'opposerait à ce qu'il y ait eu trois ou quatre espèces d'hommes, comme il y a eu trois ou quatre espèces et plus, de rhinocéros, d'éléphants, de singes, etc.

Il est très-remarquable que le singe qui apparaît aux dernières époques géologiques, immédiatement avant l'homme, duquel le rapprochent des conditions d'existence presque semblables, se trouve localisé dételle sorte que l'espèce dite de l'ancien continent, reconnaissable à des traits particuliers du nez et des mâchoires, ne se rencontre à l'état fossile que dans l'ancien monde, tandis que les singes du Nouveau-Monde n'ont été découverts qu'en Amérique. Il en a été de même de l'homme, et quand les Européens y pénétrèrent, ils n'y trouvèrent ni hommes noirs ni hommes blancs.

Les naturalistes objectent, il est vrai, que les races humaines sont des variétés et non des espèces, et ils appuient cette opinion sur l'aptitude de ces races à multiplier indéfiniment par le croisement, tandis que chez des espèces d'ani-

maux même très-voisines entre elles, la stérilité survient a|iflt une, deux ou trois générations de métis. Il faut cepesdaM convenir que les races primordiales humaines remportent en dissemblance sur mainte espèce animale ; quoi de plus différent que TEuropéen, le Papou et le Mongol? Quant au phénomène de la reproduction fort obscur encore et que des expériences partielles sont loin d'avoir approfojidi, peut-être y a-t-on attaché trop d'importance. La fécondité illimitée des unions entre les races humaines nous semble, comme le don de procréer en tout temps et en tout lieu, un de ces privilèges départis à l'homme par la Providence si prodigue envers lui de faveurs, et sans lequel les premières familles peu nombreuses, livrées faibles et nues aux étreintes d'une nature formidable, eussent été bientôt anéanties.

Pendant la période dite Neptunienne, des mers immenses couvrifent la face de notre planète; l'Europe, l'Inde, les steppes d'Asie, les déserts du Sahara et de l'Arabie, ne $wi que des fonds de mer. Dans la plaine immense dont se forme l'ancien hémisphère, un Océan sans bornes roulait ses flots d'un pôle à l'autre, battant de ses marées sans cesse soulevées par les trombes et l'ouragan , ici l'Àltai et le Caucase , là les cimes de l'Oural qui en gardent encore l'empreinte. Les hauts; massifs des monts de la Lune, du Thibet et du Kouen-Lun, de l'Himalaya, du Caucase et de la Cordilière s'élevaient comme de grandes îles au-dessus de la mer universelle.

Ce fut sur ces sommets isolés au mih'eu du désert des eaux, que les êtres organisés commencèrent à se montrer, et c'est sans doute de ce moment que date la formation des divers centres de végétalité et d'animalité dont la terre offre le tableau. Tandis que la croûte du globe, par ses fréquents soulèvements, repoussait vers les abimes les eaux qui l'op-

prmdient et que Tévaporation en saturait Tatmosphëre, les pfemtes et tes êtres descendaient lentement des hauteurs maintenant couronnées de neiges étemelles, et gagnaient les pktieaux que, sièdd à siècle, leur disputait la mer. Alors, du sol brûlant et mai^écageux, la création,, ivre d'une énergie exubérante, fit éçlore les forêts gigantesques qui gissent couchées dans les profondeurs du sol actuel transformées en boniDères, et les peupla de ces monstres énormes dont les débris enfMfs sont toute Fhistoire de cet âge incommensurable K

L*hûmme fut le compiément de cette ère de prodigieuse fécondité. Pourtant te mécanisme admirable dont il a été doué ne lui assignait que le premier rang parmi tes animaux , et il est à présumer que les facultés intellectuelles dont le développement Ta rendu le maître du globe, sommeillèrent bien longtemps en germe dans son cerveau aplati. Pendant des milliers d'années peut-éire, il demeura débile et chétif comnoie le boschiman du Cap. L'Australien famélique, premier habitant d'un continent nouveau-né, nous donne l'image de ce que dut être l'homme primitif. Il est même possible que des ébauches plus grossières encore se soient n^ontrées et aient disparu comme tant d'espèces étranges, qui n'ont laissé qu'une empreinte dans l'argile pétrifiée des premiers âges du globe.

. > Les preuves apportées par U science ne permettent pas de OMttre en doate qne la mer ait à plasiears reprises coavert notre globe. Cependant on se demande encore ce qu*a pu devenir la masse des eaox qui dut dépasser alors considérablement le niveau actuel des océans. One théorie qui tend à s^accréditer parmi les sovànts, a été développée à ce sujet par MM. Adhémar et H. Kehon, auteurs de travaux fort remarquables sur les Révolutions de la mer et la périodicité d^ Déluges, Nous y renvoyons nos lecteqrst

Suivant cette donnée, chacun des centres biologiques du globe aurait eu son groupe humain comme son groupe de plantes, de sauriens, d'insectes , d*oiseaux, de quadrupèdes. Au sud, le foyer africain formé du massif central des monts de FAbyssinie, produisit l'homme noir, le plus ancien peut-être, si , comme il est naturel de le supposer, les régions équatoriales furent les premières à sortir des ondes et à se peupler d*étres vivants.

Au nord, sur le plateau de TAltaf et des monts Célestes, la race Mongole et Laponne prit naissance. Formée imberbe et peu velue à une époque où Tinfluence des milieux décidait encore de la constitution physique, on peut en induire que la région septentrionale était alors beaucoup moins froide que de nos jours.

Du versant méridional de THimalaya descendit un peu plus tard, un type plus régulier et plus conforme à Tharmonie qui commençait à régner dans la nature, l'Indo -Polynésien. Probablement, à la même époque, une première race américaine peupla la Cordilière du Pérou.

A l'occident, aux sommets du Caucase et du Demavend, sur les flancs de l'Ârarat et du Taurus, se montre enfin, dans un âge plus récent, le blanc robuste et colossal dont la barbe épaisse et le corps velu annoncent un refroidissement sensible dans le climat. Les arbres à fruits, les roseaux à pulpe, produits d'une zone tempérée et pénétrés des sucs nourriciers d'un sol attiédi, appartiennent à cette dernière période où la force créatrice abandonnant son initiative, du moins jusqu'au jour d'une nouvelle destruction générale, ne semble plus occupée qu'à perpétuer et perfectionner ses œuvres. De ce moment la Vie incarnée dans les divers oi^anismes n*est plus qu'un phénomène de transmission.

Nul ne saurait dire le temps qu'ont mis les continents à émerger des océans dont la Caspienne , T Aral , TEuxin , le Baîkal, les lacs salins d'Asie et d'Afrique sont les restes. Ce* pendant les isthmes se montrent, les iles s'agglutinent, les vallées se dessèchent ; le canot inventé, les forêts et les marécages frayés mettent en rapport les membres épars de l'huma-

nité primitive, et de leur rapprochement naissent les premières races mixtes.

L'homme, plus libre que la plante ou l'animal, a fait depuis bien peu de temps le tour de sa demeure ; il multiplie avec audace les moyens de locomotion, et cependant, comme marquée d'un sceau originel , chaque espèce ne s'écarte guère de la zone sous laquelle elle est née. Le nègre est toujours sous l'équateur, le jaune dans le nord de l'Asie, la race rouge sous les tropiques et la blanche dans la région tempérée.

Le nom de race appliqué à l'espèce humaine a pris un sens si vague et tellement généralisé, (j[u'à vrai dire il exprime aujourd'hui plutôt des nuances que des caractères bien tranchés. On dit la race celtique, la race arabe, la race saxonne : c'est abuser du terme. Si le mot race s'applique aux divisions primordiales de l'humanité que nous venons d'indiquer , il ne saurait caractériser les dérivés de ces mêmes races simplement modifiés parle mélange. Les philologues, obéissant aux seules déductions de la différence des langages, ont créé une race arienne et une race sémitique. Cependant les caractères physiques et moraux de ces deux familles offrent de si frappantes analogies qu'il est réellement impossible de les consi-

dérer autrement que comme deux branches sorties d'une tige unique.

i Ce que nous appelons Ethnogénie, c'est précisément Tengendrement de ces nouvelles familles par l'union des pre-* mières. On pourrait classer leur apparition successive par séries comme les couches géologiques. Ainsi de la conjonction des races blanche, noire et rouge naquit une race mixte et de coloration rouge-brun que les anciens nommèrent race érythrée, édomite, himyaritCy dénominations qui ont toutes le sens de rouge. Les Grecs et les Romains la désignèrent sous le titre d'Ethiopienne, rÉcriture l'appelle le peuple de Cus et l'exégèse moderne lui donne le nom de couschite. Cette race forme la couche secondaire.

La couche tertiaire se composa d'un nouveau mélange des premières races avec les populations blanches et éthiopiennes du nord de l'Asie d'oii l'élément noir se trouva à peu près exclu. Ce sont les Ariens et les Sémites de l'histoire, desquels sont sortis la plupart des peuples d'Asie et d'Europe.

On comprend que ces formations successives n'ont point eu lieu avec la régularité que nous indiquons, et que, suivant les agroupements, les localités et l'empire des circonstances , telle race a dominé ici et là telle autre. Par leur entre-croise^ ment à l'infini pendant des siècles sur divers points du globe» se sont produits certains types particuliers que l'orgueil aristocratique de la lignée , les prescriptions des législateurs et de la religion ont conservés dans leur pureté primitive. Dans d'autres pays , au contraire , ou affluaient des individus de toute origine, le type ancien s'oblitéra promptement pour faire place à une collection d'humains sans signes spéciaux, et chez lesquels les caractères distinctifs , tant au mor.al qu'au phy* sique, sont confondus et comme émiettés. Aucune contrée

n'(^re autant que la France le tableau de cette concentration de peuples de toute sorte, et de ce fractionnement des types primitifs. Cependant, dès le premier coup d'oeil , on y voit encore les races cantonnées suivant l'époque de leur arrivée dans le pays. Les Celtes blonds et bruns, refoulés vers les rivages ou isolés dans les montagnes par les irruptions postérieures, occupent les bords de TAtlautique et les sommets volcaniques de l'Auvergne. La race gothique domine dans le Nord, et son mélange avec les Kimris belges et bretons a produit cette belle race normande où le type blond et châtain éclate dans toute sa richesse. Les familles Ibère, Latine et Hellénique ont projeté dans le Sud des courants bien reconnaissables. Certains poinls, comme Arles, forment des iles où un type ancien persiste dans sa beauté originelle, offrant un de ces exemples assez fréquents chez les animaux dont une espèce ne se perpétue que dans une localité très-circonscrite et dégénère partout ailleurs.

Les aptitudes morales et les instincts originels propres à chacune des grandes races ont dû subir nécessairement le môme mélange et la même dispersion. Leur réunion harmonique chez certains individus crée la supériorité intellectuelle comme la réunion des qualités physiques engendre la beauté.

Personne, en effet, n'ignore que ce ne sont pas seulement les traits extérieurs de l'individu qui se transmettent avec ce qu'on appelle le sang, mais que les tendances , les habitudes, les passions , certaines aptitudes se propagent par hérédité ^ non-seulement dans les familles, mais encore dans des classes entières. C'est ainsi que la puissance intellectuelle acquise par le père se transmet souvent au fils et que Téducation n'a le plus souvent qu'à développer des germes préexistants. C'est

là ce qui explique la précocité de eertaiaes facultés, et la facilité musicale de ces petits prodiges, dont le latent mûr en naissant est «d'ordinaire le fruit de trente ans de culture employés par le père ou la mèrei se perfectionner eux-mêmes. La transmission héréditaire d'une même professîoa crée à la longue chez les descendants une supériorité incontestable, nous ne doutons point que le système établi chez les Égyptiens de parquer les industries dans la caste ait créé cette adresse prodigieuse de la main, qui nous émerveiDent dans les peintures des monuments de Thèbes. Une sijirple tribu de potiers, se perpétuant dans l'Asie , émigrant en Europe ^ au bout de trois mille ans avait atteint en Italie l'incomparable perfection de la céramique étrusque. Ainsi des Chinois et de leur porcelaine. D'oii Tient par exemple que ks Hindous, en n'employant que les plus grossiers outils , dépassent encore par la beauté de leurs ti^us les produits des manufactures d'Europe , si ee n'est parce que Texercice constant de ce travail unique^ apa** nage d'une caste depuis nombre de siècles, a atteint dans leurs pauvres cerveaux les proportions du génie?

Sans doute, il faut faire la part des circonstances contraires ou favorables ; mais en thèse générale, on peut dire que certains organes cultivés avec assiduité se perfectionnent de génération en génération. Quelquefois l'éclosiou longtemps comprimée éclate avec rapidité, comme il est arrivé de la sculpture grecque héritière de l'art asiatique et égyptien. On se tromperait si on supposait que la Grèce a inventé l'art ; elle le continua en le perfectionnant et fut la fleur superbe de l'arbre germé dans l'Egypte et grandi dans la Babylonie. Les produits de l'esprit humain ne sont Tœuvre ni d'un jour ni d'un siècle ; nous n'apercevons que son épanouissement , et nous ne suivons pas le travail latent qui a amené à maturité

telle faculté grandissant avec le temps dans le cerveau dé vingt générations.

Une telle élaboration étendue aux diverses fonctions de rintelligence élève au bout d'un temps donné, le niveau gêné* rai des aptitudes d'un peuple et décuple leur puissance. Ainsi se fait la civilisation qui est le progrès de tous résultant du perfectionnenuent de chacun.

Des circonstances de peu d'importance perdues dans la nuit des temps ont décidé parfois des tendances de telle ou telle nation : un saint patriarche devient le père d'une famille pieuse, et voilà les tribus mages et brahmaniques fondant les religions et façonnant le génie des Perses et des Hindous. Une horde nomade, née dans le désert, se voit forcée de piller chez ses voisins ce qui lui est nécessaire pour vivre ; ses enfants conservent cette habitude qui devient une vocation traditionnelle chez les Bédouins et les Berbères. Il n'en faut pas davantage pour imprimer au caractère d'une nation une direction, un pli qu'elle gardera toujours, même lorsque les circonstances qui l'ont fait naître ont complètement changé.

La race n*est donc, à vrai dire, qu'un être unique se continuant à travers le temps et les individus. Né perfectible par lui-même, l'homme a le pouvoir d'améliorer son sort icibas et de satisfaire ses plus magnifiques ambitions; mais s'il a le don d'agrandir indéfiniment son esprit et sa puissance, il ne peut, au physique, engendrer qu'une structure éternellement semblable, et c'est de la lutte de ce corps périssable avec le génie qu'il contient que naît la gloire et la misère de rhumanité. L'âme consciente et libre qui réside au sein de cette fragile demeure, domine la nature par la réflexion et la volonté, et pourtant ces forces mêmes sont tellement impré-

pées des virtualités de la race que Thomme y obéit souvent lorsqu'il se croit le plus libre. L'histoire de Tesprit humain se résume en quelque sorte dans ce dualisme résultant de l'impulsion du libre arbitre individuel et de la domination de l'influence héréditaire. Il n'est pas de si grands hommes en qui l'on ne puisse faire la part de l'un et de l'autre; la personnalité prend un libre essor durant les années de la sève virile , plus tard elle s'amortit et retombe sous l'inexorable fatalité de la race.

On ne peut se refuser à reconnaître que le principe de liberté et d'initiative est plus énergique chez certaines races que chez d'autres, d'où résulte une plus grande aptitude au progrès. Il semble méme^ en regardant bien, que l'espèce humaine soit divisée en trois types bien caractérisés : une race immobile, une race conservatrice, une race progressive. La race noire reste enchatnée à sa zone natale ; sans souci du passé, imprévoyante de l'avenir, elle n'a ni sciences ni monuments, et ne s'occupe que de l'heure présente. Les peuples rouges et olivâtres forment une race de transition ; obstinés adorateurs du passé, ils en conservent religieusement les traditions, ils ont fondé les immuables religions, les monuments indestructibles, l'art et la poésie, tout ce qui perpétue et regrette. La race blanche, au contraire, les yeux tournés vers l'avenir, ne vit que par le désir et l'espérance ; ses demeures sont d'un jour, elle veut tout posséder, tout connaître, et dans son ardeur d'amélioration et de progrès, elle jonche sans cesse le présent des ruines du passé. César et Tacite ont constaté l'esprit d'indomptable indépendance et cette curio* site insatiable qui caractérisaient les Germains et les Gaulois ; ils aimaient la liberté comme l'Orient aime le despotisme.

Serait-ce à ces instincts divers, confondus par le croisement

des races dans les générations européennes, qu'il faut attribuer ces tendances opposées de retour au passé et d'aspiration vers Favenir, dont l'antagonisme enfante de nos jours tant d'oscillations et de luttes ? Le génie d'un peuple se façonne à ses institutions , mais les institutions sont marquées du sceau de la race. Aussi la conquête d'un pays n'est réelle qu'autant qu'elle a été consacrée par l'homogénéité d'origine. L'histoire moderne en offre de frappants exemples : la Chine, conquise par les Mantchous, accepte tranquillement l'usurpation d'une race identique à la sienne. L'Angleterre, trois fois conquise , a vu s'assimiler sans trop de difficulté les Danois, les Saxons et les Normands, trois branches de la même souche germanique, et cependant, aujourd'hui comme au temps d'Alfred, le Gaël, opprimé successivement par ces trois peuples, repousse avec haine la domination de l'homme du Nord. Ce peuple venu d'Orient, il y a plus de quarante siècles, a gardé l'orgueilleux culte de lui-même et cette horreur deTétranger que nourrissaient religieusement les tribus d'Asie.

Les peuples de l'antiquité, plus près des origines et moins confondus entre eux que nous ne le sommes, avaient été frappés de la ténacité du type originel à se conserver dans la série des générations, et de la domination secrète qu'exercent les tendances héréditaires sur le libre arbitre des individus. Ils y attachèrent l'idée d'une fatalité que rien ne pouvait vaincre. Le génie indépendant de la Grèce se courba devant cette puissance mystérieuse ; elle l'appclla le Destin et en fil le maitre des hommes et des dieux.

-lo-

in

Il est bien reconnu, qu6iqu*en ait ditTécoIe unitaire depuis Bu£fon jusqu'au docteur Prichard, que l'action du climat est sans effet appréciable sur la couleur et sur les traits des individus. Les peuples à teint bistré, tels que les Lapons et les Esquimaux, n'ont point changé de couleur au milieu des neiges éternelles , et parmi les noirs d'Afrique , sous l'équateur, habitent de grands peuples au teint clair. Le nègre n'existait pas dans l'Amérique lors de la découverte, et l'on peut se demander pourquoi la température, n'y aurait pas produit les mAmes effets que dans l'ancien monde , puisque l'action climatérique y est la même. Ces différences physiques, si elles sont dues au milieu dans lequel l'homme a été formé, n'ont donc pu se produire qu'à une époque infiniment reculée on les agents naturels exerçaient une pression très-énergique, en même temps que l'organisme de l'homme était plus malléable. Alors peut-être le derme du nègre fut-il muni du pigment noir qui l'endurcit contre les morsures du soleil, tandis que l'homme du Nord se recouvrait d'une longue chevelure qui abrita son crâne du froid.

Mais s'il est vrai que le climat n'ait pas, depuis les temps historiques, modifié d'une manière sensible la condition physique de l'humanité, l'inégalité intellectuelle qui existe entre les races primordiales semble pouvoir, dans une certaine mesure, être attribuée à cette influence. Il est remarquable que tous les peuples, à quelque race qu'ils appartiennent et quel que soit leur degré d'intelligence, dès qu'ils habitent sous la zone torride ou dans les régions brûlantes qui Tavoisinent, sont

condamnés à une atonie morale provenant de l'allanguissement des facultés réflectives et de l'excitation des sens. La

facilité de l'existence, les séductions d'une nature riche et toujours souriante jettent la foule dans une oisiveté sensuelle et les esprits d'élite dans l'oubli du temps et d'eux-mêmes ; ils tombent dans la vie contemplative, car le soleil enivre comme le haschich. La douce existence que menaient les sauvages du Grand-Océan parut si attrayante aux marins européens qu'il fallut les mesures les plus rigoureuses pour arrêter la désertion des navires. Un équipage, celui du Bounty^ déposa son capitaine avec ses officiers dans une chaloupe en pleine mer pour retourner vivre aux iles bienheureuses de l'Océan Pacifique, tant l'instinct du bien-être matériel l'emporte souvent, chez les races les mieux douées, sur les aspira* tiens de l'intelligence !

Un froid extrême, produit des effets analogues en paralysant l'activité physique. Près du pôle, l'homme végète, péniblement occupé du soin unique tie sa conservation. Le milieu où les facultés humaines s'exercent librement et dans leur entier développement, ne dépasse donc guère la zone tempérée. Là, les exigences du sol et de l'atmosphère suscitent l'intelligence de l'homme sans l'opprimer, et font nattre en lui le besoin du travail. Une fois mises en jeu , la réflexion et l'activité au service d'une puissance collective dont le désir toujours croissant se multiplie par la variété des besoins et des volontés, ont rapidement envahi et subjugué le monde. Cette énergie, se projetant dans les régions engourdissantes du froid et du chaud excessif, y a transporté des germes de civilisation, mais ils luttent avec peine et cèdent à la longue à la domination du climat. C'est ainsi que les Espagnols, établis dans le Nouveau-Monde, sont descendus en moins de trois

siècles au niveau des peuples indiens qu'ils avaient conquis. Lorsqu'on regarde la carte , on s'aperçoit en effet qu'il n'existe point de civilisation plus au sud que l'Egypte, ni plus au nord que la Suède, du tropique au 60^ ; dans cet étroit espace de 40 degrés, tout le génie humain se trouve renfermé. Dans les limites de cette zone seulement, il crott librement et mûrit ; au-delà, toute culture semble artificielle, et l'on n'obtient que des civilisations de serre chaude qui ne tardent pas à dégénérer.

.Telle nous voyons aujourd'hui la race noire, telle elle dut être à l'origine; la hutte et la grotte sont toujours ses demeures. Les ébauches de société qu'elle est parvenue à former sont des parodies delà société européenne ou des assemblages barbares, tels que les états du Dahomai, de Judha et des Ashantis. Si la supériorité d'une race se mesure à la dignité et à l'indépen* dance qu'elle a su se conserver , la race noire est évidemment la dernière. Partout où on la rencontre elle est esclave ; en Afrique, à Madagascar, dans l'Inde , en Océanie, la race jaune ou rouge l'a réduite en servitude et réalise à la lettre la malédiction de l'Écriture : « Et toi Cham, tu serviras dans les tentes de Sem. » '

La race noire est aussi l'esclave du climat. La moins cosmopolite de toutes, elle s'est tellement identifiée à la région brûlante oii elle est née, qu'on la voit végéter et dépérir sous une latitude plus tempérée. Cette servitude la rapproche de l'animalité dont les espèces sont restées pour la plupart cii^ conscrites dans le rayon oii elles ont été créées. L'influence

énervante d'une température torride où les facilités de Texis* tence dispensent de tout effort intellectuel, a retenu les facultés morales du nègre à l'état embryonnaire ' . Sa gaieté expansive, son extrême crédulité, son goût effréné pour le bruit et le mouvement, sa vanité naïve et ce sentiment de sa faiblesse qui lui fait accepter facilement un mattre, tout, jusqu'aux traits du visage, décèlent dans le nègre rhumauité-enfant Cependant il serait dur de voir dans cette immobilité au bas de Téchelle antropologique , le signe d'une déchéance éter* nelle. De plus hautes facultés existent sans doute chez le nègre, mais elles sont à l'état de germe latent et n'attendent qu'un croisement heureux qui les féconde. L'on a peut-être méconnu le rôle que joue cette race dans les destinées humaines. Partout oU elle a subi des mélanges, et cela est arrivé à l'origine bien plus profondément qu'on ne suppose, elle a apporté un élément puissant de progrès : la passion.

La race jaune, si l'on comprend sous ce titre les diverses nuances de cette famille humaine , depuis le rouge cuivré des Indiens jusqu'à la teinte feuille morte des Chinois et des Malais, s'étend à la fois dans les régions les plus chaudes et les plus froides de la terre. Elle a dû, à une certaine époque, occuper les trois quarts du globe habitable. Cependant les deux branches principales de cette race, la Mongole et l'Indo- Polynésienne , sont tellement distinctes par les traits , les

1 On suit que chez l'homme seal, entre tons les animaai, le cerveau crott et se développe durant la vio. Le travail s'opère par l'élastidté que donnent au crâne les membranes par lesquelles ses parois sont reliées. Ces membranes s'ossifient avec le temps, alors le crâne cesse de se développer sous Taction de Texpansion du cerveau. Chez quelques individus celle ossification n'a lieu que dans la vieillesse, mais chez le nëgre^ elle a lieu de très-bonne heure. Chez les singes et les idiots les membranes disparaissent en peu de temps.

habitudes, le caractère et même la couleur, que h distance qui les sépare nous parait presque aussi grande que celle du blanc au nègre. Ce qui nous décide d'ailleurs à les distinguer, malgré l'autorité respectée de Cuvier, c'est qu'il ne semble pas possible de faire naître les familles de seconde et de troisième formation, telles que les Hindous, les Syriens, les Perses, les Celtes dont la parenté est bien constatée, d'un mélange des races germanique et mongole. La formation de ces peuples s'explique au contraire parfaitement par le mariage du blanc et de rindo-PoIynésien. De même, la race Malaise n'a pu naître que de l'union du Mongol et du Polynésien. Nous en concluons que ce dernier type , que nous nommons Polynésien , parce que les îles du Grand-Océan nous Toffrent seules dans toute sa pureté, constitue un quatrième type primordial. Les races jaune et rouge forment les anneaux intermédiaires de la chaîne qui rattache le nègre au blanc, car le Mongol est voisin du premier par l'aplatissement du visage et la structure du crâne, tandis que l'Indo-Polynésien , par la rectitude de ses traits et le développement de son intelligence, se rapproche tout à fait de l'Européen.

Le type humain à la face triangulaire et plate, au front bas, aux yeux petits et obliques, au teint d'un jaune verdâtre, aux lèvres épaisses et décolorées , à la stature carrée et trapue , offre deux spécimens également sauvages : l'un , robuste et farouche, le Kalmouk Hunnique que représentait Attila, l'autre, le Lapon timide et misérable relégué dans les déserts arctiques. Cette famille, la plus ancienne peut-être de sa race, a dû habiter primitivement plus au sud, dans le rayon dQ l'Âltai, d'où elle semble être descendue. Des tombeaux w^ verts en Scanie contenaient , avec des flèches en os et des haches en pierre, des crânes dont la conformation accusait

en ce lieu la présence de cette famille. Presque tous ces tombeaux ont la face tournée vers le sud. On peut supposer, avec vraisemblance, que les Lapons et les ancêtres des tribus sibériennes, telles que les Ostiakes , Yakoutes , Wogoules , Samoyëdes, se rattachant toutes plus ou moins au type Mongol, vécurent jadis sous des latitudes moins rigoureuses ^ Chez les Lapons surtout, ou trouve beaucoup d'usages appartenant aux Asiatiques méridionaux , aux Hébreux par exemple. Le singulier peuple des Pygmées , dont parlent Eratosthëne et Pline , et si souvent retracé sur les poteries de Panticapée l'ancienne Kertch, est moins fabuleux qu*on ne suppose , et représente probablement des Lapons qui vivaient dans la Russie méridionale.

Les Grecs firent du nom de Sarmates un jeu de mots, sauros'Ommata, yeux de lézard qui caractérise parfaitement les petits yeux obliques et à demi-fermés de la famille hunnique. On peut en conclure que ses rapports avec les populations de l'Euxin dataient déjà de loin lorsque les Hellènes s'y montrèrent. Chassée par l'expansion puissante des nations scythiques, cette race recula graduellement jusqu'aux der^ nières limites du septentrion. Là, comprimées par le froid, ses facultés restèrent frappées d'inertie. Les seuls rameaux de cette branche qui aient atteint à la civilisation sont ceux qu'on trouve à la Chine, au Japon, dans la Malaisie, sous un climat qui permet le travail et le progrès de l'intelligence. Les

1 Aa bord de la Meuse, dans ane grotte à ossements pleine de débris d*élan8, d'aurochs, de cerfs, M. Spring, professeur à Liège, a trouvé les restes d'hommes d*une race très-petite, cinq pieds au plus, et do ut le front fuyant, Jes narines larges, les arcades alvéolaires très-prononcées, Tangle facial de près de soixante-dix centimètres accusaient une race seinbllible aux Lapons et Groenlandais. ^^

Mongols d*£urope, qu'un ciel rude et une terre ingrate ont conAamnés à la vie nomade , sont restés ce qu'ils étaient à l'origine, sauf ceui que le contact avec les Slaves et les* Ger* mains ont élevé par assimilation à un degré supérieur, dans l'espace de quelques générations.

Le mélange des races est évidemment dans les desseins de la Providence. C'est ainsi que les types humains incomplets se perfectionnent ; les peuples qui s'y refusent sont frappés de décadence et de stérilité, ainsi qu'il arrive aux castes aristo* cratiques exclusives et à certaines familles humaines qui mettentleur orgueil ou leur religion à ne point s'allier hors de la tribu . Ne voit-on pas chez le mulâtre et le métis Tintelligence s'agrandir dans la proportion du mélange ? Quand on suit avec attention la filiation d'une famille où se marient des races différentes, on est témoin de phénomènes moraux aussi évidents que le bariolage des plumes et du pelage chez les animaux dont on a opéré le croisement. Les plus beaux types humains appartiennent à des races croisées ; c'est par là que la race inférieure monte par degrés l'échelle de la beauté et de l'intelligence, car le don de beauté réside dans la femme et dans son sein la forme )a plus grossière s'épure et se rectifie. L'un des plus grands charmes des peuples de l'Orient, la beauté des yeux, est due à l'immixtion originelle de la race noire. Il en est de même de la ténuité des mains et des pieds dont on fait un signe d'aristocratie et qui caractérise plusieurs nations de race rouge. La race blanche, au contraire, a communiqué aux autres sa haute taille, la force des os et le développement de la musculature.

Au point de vue moral, le croisement des races a eu la plus haute influence sur les destinées humaines. Il est plus que douteux que la nature énergique mais rude, réfléchie mais

froide de la race du Nord désignée ordinairement par le nom de race Germanique, Scythique ou Scandinave, eût jamais atteint au rôle glorieux de dominatrice du monde, si les quelques gouttes de sang indien et africain qui circulent dans les veines des familles arienne et sémitique, n'eussent échauffé leur génie et fait bouillonner Fardeur des entreprises dans le cerveau de l'Hellène, du Romain, de l'Ibère et dtt Celte.

A une époque fort antérieure aux temps historiques, mais jusqu'à laquelle il n'est pas impossible de projeter quelque lumière, un grand mouvement de peuples noirs et rouges se fit du sud au septentrion. Depuis le Thibet jusqu'à la Thrace, dan^ cette vaste zone qui comprend les deux bassins de la Caspienne et de la mer Noire, la Bactriane et le Caucase, des colonies de ces deux races vinrent s'établir au milieu des hordes blanches errantes à l'état sauvage. Là s'opéra durant une période de sept à huit siècles, l'union première des blondes filles de la Scythie avec les Africains et cet embrassement du nord et du midi engendra une race nouvelle, race titanique, cyclopéenne, réunissant la force et la stature formidable du Germain à l'ardeur de la passion Ethiopienne. De la conjonction de cette famille avec les branches paternelle et maternelle naquirent le Couschite et l'Indo-Scythe, lesquels en s' éparpillant sur le globe et s'entre-croisant mutuellement^ composèrent les peuples de l'antiquité et fondèrent les sociétés et les empires.

C'est de la race secondaire née des trois primitives que nous avons entrepris de raconter la naissance. A travers les mythes et les fables, nous chercherons son berceau, nous retrouverons les événements qui ont présidé à sa formation, à son développement, à sa dispersion, et nous établirons les

liens iacontestables qui la rattachent aux nations par les* quelles commence Tbistoire; •

, Les anciens prétendaient que les Égyptiens et les Scythes étaient les deux peuples les plus anciens de la terre, et Justin tranche même la question en faveur des Scythes. La question était mal posée et il eût mieux valu la préciser en demandant chez lequel des deux se fonda la première société policée. Or, ce ne pouvaient être les Scythes, puisqu*au temps même de cet historien, ils vivaient presque tous à l'état nomade.

Le berceau de la race blanche que les anciens désignaient sous le nom de Scythes, axouToi, se montre au début des temps historiques, près des rivages de FEuxin et de la Caspienne. Il est difficile de supposer qu'elle n'ait pas habité plus au sud TAsie centrale, lorsque cette région était vide de cités ; suivant toute apparence, des sauvages nus à la taille colossale et aux cheveux roux, chassaient l'urus et le lion à travers les épaisses forêts qui ombrageaient alors les rives du Tigre et de TEuphrate. Ils dormaient comme les bêtes fauves dans les tanières qu'on voit encore creusées aux flancs des rochers du Taurus et de ridumée, et c'est d'eux que disait le prophète Esaîe : « Edom et les Horréens qui habitent dans le creux des rochers. »

Le Caucase, la Crimée, l'Arabie, la chaîne libyque, les monts d'Âbyssinie, ceux de l'Inde et du Demavend sont percés de grottes sans nombre, la plupart artificielles ou appropriées à la demeure de l'homme. On voit en Géorgie des villes de cryptes ainsi superposées dans les escarpements du Caucase. • Quand la rareté du gibier obligeait la famille scythe à cher-

-sécher des terrains de chasse plus propices, elle partait, laissant la ruche humaine abandonnée. Plus tard, d'autres nomades venaient s'y établir sans s'inquiéter de savoir quelles mains avaient creusé ces demeures indestructibles.

Les Scythes qui vivaient dans la steppe ou en pays plat, s'enfonçaient sous la terre pour éviter ces orages de neige qui engloutissent une armée, comme il advint des Russes lors de leur première expédition de Khiva. Dans de vastes trous creusés à une grande profondeur, le Scythe établissait deux compartiments, l'un pour la famille, l'autre pour les bestiaux et les chevaux. Un toit de terre et de chaume recouvrait le souterrain qui recevait la lumière et laissait échapper la fumée par une seule ouverture percée au sommet. Lorsque les soldats d'Alexandre le Grand eurent passé l'Oxus, ils tombèrent sans s'en apercevoir, au milieu d'une de ces villes souterraines dont la fumée seule perçant sous la neige, leur révéla l'existence. Les Kurdes du Taurus passent l'hiver dans des taupinières semblables, et les colons militaires de l'Autriche sur la frontière de Bulgarie, habitent aussi des demeures enfouies sous terre, qu'ils nomment kullen et d'oii ils surveillent inaperçus l'horizon. Ce nâode particulier d'habitation se trouve jusqu'en Laponie. •

La race rouge, à qui la chaleur est nécessaire, se bâtissait des huttes en roseaux au bord des fleuves. Les tribus adonnées à la pêche sont d'ordinaire les plus paisibles et les plus promptes à se fixer, Sidon et Venise furent fondées par des pécheurs. Mais le sang turbulent de l'homme blanc et le besoin continuel d'exercer sa force, lui faisaient dédaigner ces humbles travaux. La horde scythe, poussée par ce génie guerrier qui jette si souvent ses descendants hors de leurs frontières pour guerroyer avec leurs voisins, se précipitait, dès

les premiers âges, d'un bout de rhémisphère à Tautre , cher-* chant la lutte et la résistance.

Hérodote nous dit que devant la cabane du Scythe tâurien se dressent de longues perches au bout desquelles sont plantées les têtes de ceux qu'il a vaincus. Les Gëtes, suivant Ammien Harcellin, se ruent au combat avec ivresse en poussant des hurlements terribles, suivis de leurs femmes dont les robustes bras blancs lancent les pierres comme des catapultes. Les Scythes enlevaient à la guerre les chevelures de leurs ennemis comme font les peaux-rouges de FAmérique du Nord; ils tuaient leurs vieux parents devenus inutiles, sacrifiaient les prisonniers à Mars et à la Lune, et les mangeaient même à la manière des Mexicains. Quand la horde se mettait en marche, de grandes charrettes à roues pleines, les earpenta des Romains, traînées par des buffles et recou^ vertes de peaux tendues sur des piquets , telles que celles des Kheta peintes sur les monuments de Thèbes , transportaient les femmes et les enfants. Les cavaliers galopaient sur les flancs de la colonne, brandissant leurs javelines à pointe de caillou. En tête s'avançait le coffre en bois, arkha^ contenant la pierre noire ou Tidole que vénérait la tribu, porté sur les épaules de la famille sacerdotale et escorté du chœur des vierges prophétesses. Puis le père venait à cheval, revêtu des insignes du commandement, le visage peint, une paire de cornes de bélier ou de taureau dressées de chaque côté du front, et la têle surmontée de plumes de cygne ou d'autruche. Derrière suivait à pied la foule de la horde poussant les chariots, aiguillonnant les troupeaux, tandis que de grands chiens fauves, errant sur les flancs de la tribu en marche, ramenaient les traînards et par leurs aboiements vigilants signalaient de loin Tennemi.

Nulle autre loi que la volonté du patriarche ne réglait les habitudes de ces masses 'désordonnées. Il était Tarlûtre suprême, le Dieu. A la guerre, les Germains se choisissaient pour chef le plus grand et le plus fort; comme font les chevaux et les taureaux sauvages ; cette racô méprisait la mort et adorait la liberté. Au temps que nous décrivons, l'idée de propriété n'était même pas encore née, la terre était commune à tous, le butin, se partageait, et lorsqu'il plaisait à un guerrier de visiter un des chariots fermés qui portaient les femmes, il suspendait son arc au dehors et le reprenait en partant.

Les annales de la Chine donnent une idée de l'existence de nos aïeux dans la plainte touchante d'une jeune princesse chinoise du sang royal, livrée par terreur, vers le ii* siècle avant notre ère, à Tan-Shu, chef des Ou-Soun, nation aux yeux bleus et aux cheveux roux :

Mes parents in*ont abandonnée snr nne terre étrangère,

Us m*ont Uvrée an chef des Oa*Soan.

n habite une batte misérable couverte de peaax.

Il se nourrit decbair crue, il ne boit qae da lait;

Oh 1 quand je pense à mon ancienne demeure,

J*enyie les ailes de Toie sauvage

Pour revoler au pays de mon père.

Tels sont encore aujourd'hui les Tartares nomades des steppes de l'Altaï au Volga, qui se nourrissent de chair crue macérée sous leur selle. Tels étaient les Huns de Jornandès, les Alains d'Ammien Marcellin, les Germains de Tacite, les Pietés de César, les Scythes d'Hérodote, et ceux-ci vivaient aussi sans doute comme leurs ancêtres avaient vécu trois mille ans auparavant. Il semble que l'homme, pareil en cela au végétal, ait besoin de s'attacher à la terre pour grandir.

Tous les nomades sont sauvages et tous les sauvages se ressemblent : la civilisation seule met en relief les traits qui différencient les hommes. Elle dut commencer dans un pays chaud, et les premiers hameaux s'élevèrent sous un beau ciel entre la forêt fertile en gibier et le fleuve poissonneux. La stabilité des demeures conduisit à la culture, l'agglomération fixe au régime social. De l'alliance des races diverses naquit la fusion des forcée intellectuelles et physiques, et le double principe de vigueur et de passion, de réflexion et d'enthousiasme stimula en se mariant les aptitudes qui sommeillaient dans l'humanité primitive. Alors apparurent les Hercules et les Hermès ; le granit fut arraché aux montagnes et les monstres furent domptés par l'un tandis que l'autre inventait la religion et la loi. Les lacs furent desséchés, les fleuves contenus, les villes s'élevèrent en même temps que naissaient l'astronomie, la morale, un langage réglé, les arts, les signes graphiques. L'humanité, une fois lancée ne s'arrêta plus, car une civilisa-

tion en enfantait une autre et quand le flambeau s'éteignait sur un point, il renaissait ailleurs avec plus de splendeur.

Le plus ancien de ces centres, autant du moins qu'il est possible de le discerner dans la profondeur du passé, parait avoir été l'Egypte. On a tour à tour attribué ce droit d'aînesse à la Chine et à l'Inde, mais les traditions du premier de ces pays ne dépassent pas Fo-hi, qui, suivant les calculs mêmes des Chinois, ne remonte guère qu'au xxv" siècle. Les Hindous sont plus jeunes encore et les souvenirs des Âryas comme corps de nation, ne sont pas antérieurs au xxii*' siècle si l'on

— ââ —

s^en rapporte aux savants anglais ^ L'opinion uBanime de l'antiquité confirmée par les découvertes des modernes, et le témoignage des monuments assignent à TÉgypte une antiquité infiniment plus reculée, qu*on porte en général à six mille ans avant notre ère, et que plusieurs archéologues n'hésitent pas à placier au-delà de 7000 ans ^.

On a accusé les Égyptiens de vanterie, parce qu'ils prétendaient que le genre humain avait commencé en Egypte, et qu'ils dirent à Hérodote que la terre avait été peuplée par leurs colonies; rien cependant n'est plus exact ^. L'étude comparée des institutions politiques et religieuses, des notions scientifiques, des coutumes et des idiomes des peuples asiatiques ramène invinciblement à une source unique qui doit nécessairement remonter à la civilisation la plus ancienne, par conséquent à un peuple unique, les Égyptiens. L'Egypte nous apparaît donc comme la première des sociétés connues et la mère de toutes les autres. Ce fut au bord du Nil que le génie de l'humanité s'épanouit solitaire et pour la première fois, au milieu du monde inculte et sauvage.

D'où venait ce peuple aux traits fins, au profil légèrement busqué, aux cheveux longs et noirs, au teint variant du brun rouge au cuivre pâle ? il . n'avait rien de commun avec les Nubiens noirs et crépus, au nez écrasé, qui buvaient l'eau du fleuve sacré et nichaient dans les grottes de la chaîne libyque comme les hyènes et les chacals. Le Louvre possède des monuments précieux qui peuvent résoudre cette question. Ils sont d'une antiquité énorme et d'une imitation si naturelle

I Colooel Tod, Radjasthan, ElphinsloDe, Wilson, etc. '^ Amm. Marceltin, xxii, 3i» jEgyptiam getitem omnium vetustissimam» Glaudien, ii, 251.

3 Herod. )iv. il* Diod. liv* i, 8. ' , .

qu'elle ne laisse rien à désirer l\ l'ethnographie. Ce sont ces stalueltes des premières dynasties des Pharaons égyptiens dont les plus anciennes sont réunies dans une petite salle basse du palais. Les figures attribuées à la troisième et à la quatrième dynastie sont peintes d'un brun-rouge décidé, parfois en jaune foncé approchant du teiiit des Chinois. Les yeux sont droits sans être grands, le nez est saillant, la tête large et ovale ; l'épaisseur des lèvres rappelle quelquefois le type Mongol, maison général la bouche est bien dessinée. Ces statues donnent l'idée de proportions plutôt robustes qu'élégantes, les épaules sont larges, le col est court ; la musculature et la charpente osseuse sont bien rendues. Ces caractères sont d'autant plus remarquables que plus tard le galbe des figures égyptiennes devient plus svelte, les membres paraissent plus ronds, les attaches plus fines, et la race prend un type d'aristocratie qu'elle doit sans doute aux raffinements du luxe et à la douceur de l'existence. Mais en même temps le teint se montre plus foncé, et un observateur sagace, M. Lepsius, a remarqué que les Égyptiens peints sur les hypogées du premier empire sont jaune-claiV, tandis que sous la XVIIIMynastie ils sont rougeâtres.

L'admirable statuette du grammate du Musée appartient, d'après le tombeau où elle a été trouvée, à la V® ou à la VI* dynastie. Suivant les calculs de M. Lenormant, celle-ci commença de régner en 4075 avant Jésus-Christ, ce qui donnerait aujourd'hui à cette statue 8935 ans d'antiquité. C'est évidemment un portrait; les yeux ne sont point relevés des coins , les pommettes sont saillantes, le nez est proéminent, le front peu élevé, mais le crâne est ample et l'angle facial droit, les cheveux sont longs et lisses. Aucun indice dans cette figure

qui ofl're un type populaire, ne vient révéler le moindre mé- I. 3

lange avec la race noire ou avec la race Mongole. La teinte brique, parfaitement nette et égale , annonce au contraire un type franc et rappelle tout à fait celui des peaux rouges de r Amérique et de la Polynésie *.

Ainsi 9 aux premiers temps de TÉgypte, on ne remarqMC nulle imD(iixtion de la race noire. A une époque plus rappro^chéo^ elle apparaft au conlra;ire assez fréquemmeiit dans les pein;;^res et les ciselures des monuments. Les têtes de sphynx, par exemple , si on excepte celles de la période grecque , offrent pour la ^plupart, les traits aplatis et les Ièyr^3 iépajisçfes du nègre.

Les traits caractéristiqiies de la ra^e ^(fpgo^, tel^ que l'obliquité pronoi^cée des yeux , r,épaissevr dqs lèvre^ ,el h forme triai^gi^laire de la face, se montrent sous |es dyj9a3ties postérieures aux temps où TËgypte fut occupée par les pasteurs ^iksôs. Ce type e^t très-marqué sur les tjgurçs des cajiopes placées dans le^ tombes des bœufs AP)i,s, six à ^ept siècles avant r\(ftTQ ère, et on Taperçoit mém^ 4^9? U^ traits de qu^elques Pharaons 4^s XVIU® et lyXf dynasl^jes. ,Ce signe et la çoi^leur rpugeâtr|e plus foncée des Égyplie^^is ,de cette époque semblent indiquer une modification de la race rés.ultant de l'immixtion des populations étrangères venues de la Haute-Asie. C'est à ce second type qu'appartiennent les Coptes modernes.

En résumé, l'Égyptien pur a dû être primitivement identique à rindo-Polynésien, et il est à croire que tous les deifx ne firent qu'un type unique originaire de l'extrême Orient. Les hauts sommet^ de l'Himalaya furent peut-être le berceau

* Lepsias, Briefe aus jEgypten, — Maséelmp. do Louvre, saUe civile. ^ Barthél. Saini'h'MTe, Lettres sur V Egypte, 1858.

de cette race. A mesure qu'elles descendirent vers le midi en se multipliant, les familles gagnèrent les bords des fleuves, et en les suivant se divisèrent, les unes s' avançant vers l'Asie occidentale, les autres se répandant à l'Orient.

Ces dernières migrations peuplèrent Ceylan , Siam , Malacca^ les lies de TOcéan indien, Java, Timor, les lies de la Sonde jusqu'à la Polynésie, contrées oii une même race aux traits fins et réguliers, à la peau rouge et aux cheveux lisses, ^ parle le même langage riche et harmonieux. Lorsque le mélange nègre et malais n'est pas trop dominant , on voit aux Philippines, aux îles Mariannes, à la Nouvelle-Zélande, des populations intelligentes , bien qu'à des degrés de barbarie différents, se rattacher à cette môme race par des usages analogues et desdialectes très-rapprochés. N'est^il pas remarquable que les mêmes mots servent à Taïti et à Madagascar pour désigner le cocotier et le pandanus qui croissent dans les deux îles ? Nombre d'autres objets y ont des appellations sem** blables. Cependant la structure des phrases et la composition des verbes annoncent chez les Hovas une civilisation beaucoup plus avancée que chez les habitants des lies du Crand-Océan '.

Une des migrations détachées de la branche qui s'étendit vers le Caboul et Tlndus , poussa à l'Ouest jusqu'à la Méditerranée, et longeant le littoral méridional, s'arrêta près du Nil. Suivant les indices que fournissent les premières statues égyptiennes , cette migration devait être déjà le produit d'un mélange avec la race blanche habitante de l'Asie centrale. Ce mariage des aptitudes des deux races enrichit leur apport social et le progrès n'en devint que plus rapide.

Les Égyptiens, à leur début, n'étaient guère moins sauvages

t EUis, Voyagea Madagascar •honàres, 1860.

que les habitants actuels des lies Marquises qui leur ressemblent à tel point par les traits , la couleur et les formes du corps, que la première impression, en les voyant, a constamment rappelé aux voyageurs les images égyptiennes.

Les monuments nous apprennent que les Egyptiens commencèrent par se peindre et se tatouer le corps comme les Polynésiens. Çliez les deux peuples, le bleu foncé et le vert foncé sont les couleurs des prêtres, des chefs et des dieux, car chaque tribu du Grand-Océan a ses dieux supérieurs atouas qui gouvernent les éléments , et d'autres secondaires qui président aux monts, aux vallées, aux bois, aux ruisseaux. On révère aussi comme atouas les hommes que leur force et leur courage ont élevés au-dessus des autres.

Le paradis des Polynésiens est situé à TOccident, ce qui implique que leurs pères vinrent jadis de ce côté dans les tles qu'ils habitent, car cette tradition répandue chez tous les peuples n'est autre chose que le souvenir de la contrée heureuse oii la race a pris naissance.

Ces insulaires ont des danses guerrières, des tambours sacrés, des prêtres jongleurs pareils aux Corybantes ; comme les sybilles antiques, les tahuas ou prétresses inspirées rendent des oracles et guérissent les maladies de l'âme et du corps, interprètent la volonté des dieux et frappent d'interdit, tapUf les lieux et les personnes. Les prêtres Canaques sacrifient des victimes humaines aux dieux et les mangent. II n'est pas un de ces traits que l'on ne retrouve dans les mœurs primitives des peuples éthiopiens et asiatiques, car Lycaou et Tantale nous montrent l'antropophagie chez les ancêtres des Hellènes. Mais c'est surtout aux jours de fête que l'habitant des îles Marquises offre avec les images égyptiennes les plus curieux rapports. La tête oniée de plumes ou

surmontée d'un faisceau bizarre d'emblèmes avant chacun une si^ification, le Canaque parait costumé en hiéroglyphe égyptien, et nous offre le commencement de ce symbolisme qui se montre à la Chine comme en Egypte, en Europe comme en Asie, à l'origine de tous les peuples.

Les Hovas, dont l'identité originelle avec la race polynésienne s'appuie sur des témoignages positifs, présentent aussi de singuliers rapports avec l'ancienne Egypte. Sans insister sur l'incontestable analogie des traits, de la couleur et des cheveux qui n'ont rien d'Africain, nous remarquons que, comme le nome d'Ombos, les Hovas révèrent le crocodile. Une mâchoire de cet animal simulée en or est le principal ornement de la couronne royale. En outre, ce qui est bien caractéristique, le vautour est aussi chez eux l'emblème du pouvoir. Un grand vozomaheri en bois doré surmonte le palais de la reine Ranavalo, de même que dans les peintures égyptiennes, on voit planer le vautour sur la tête des Pharaons.

Ces indices, sur lesquels nous n'insisterons point pour ne pas nous éloigner de notre objet principal, viennent cependant corroborer le principe d'identité de race entre ce peuple égyptien qui a atteint le plus haut rang parmi les sociétés policées de l'antiquité, et les peuplades insulaires immobilisées dans l'état sauvage par suite de leur isolement, de leur petit nombre et de l'influence d'un climat énervant. En les comparant, nous avons en quelque sorte sous les yeux les degrés de l'échelle que monta, durant plus de deux mille ans, le peuple égyptien, à partir de l'état de sauvage polynésien jusqu'à Tapogée florissante du siècle des Rhamessès.

Les notions que nous possédons sur l'antique Egypte s'accroissent tous les jours et forment un trésor inappréciable ; cependant l'on ne peut encore se faire une idée bien précise

du gouvernement et de la religion de ce grand peuple. Nous savons qu'à Tépoque de sa puissance, ce fut un empire autocratique divisé en castes et en nomes ou préfectures ; mais nous ignorons par quel régime débuta l'aggrégation de familles dont se forma la nation. Quant à la religion, nous devons à l'admirable patience et à la sagacité des savants de connaître les noms et les attributs de presque tous les dieux des Egyptiens, mais nous attendons encore qu'on nous révèle le sens primitif de celte multitude de symboles dont sont couvertes les pages murales unique tradition de ce peuple disparu, et l'idée génératrice de ce polythéisme immense, laquelle, si elle était comprise, nous aiderait sans nul doute à deviner le sens général des mythologies indienne, syrienne et grecque composées sur le même plan et sans doute d'après le même principe.

Page 1