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ferait volontiers incliner vers cette opinion : c'est que chaque dynastie se compose assez régulièrement, jusqu'à la septième dont les rois sont inconnus, de huit rois pour la F®, de neuf pour la IP, d'autant pour la IIP, de huit rois à laIV% de neuf rois à la V% de six rois à la VP. Ces faibles diflFérences, qu'on peut ramener à une moyenne de huit rois par dynastie, se rapportent assez bien aux sept planètes augmentées de Sirius, et pourraient en effet représenter l'Heptanomide avec ses sept villes, plus quelque grande cité couschite de la Haute-Egypte.
La série des rois de la première dynastie présente les noms de plusieurs planètes dont on peut reconnaître les radicaux à travers les altérations que leur a fait subir le passage dans trois à quatre langues différentes :
Menés, Men la Lune {menaï des inscriptions).
Atothis, Tfto^ Mercure.
Ouènéphès (Ouonofrè), Oû-on Jupiter-Soleil.
Asaphœdus, As-ap-Hôd Vénus et Mercure.,
Meridus, Mer-id le seigneur Mars.
La plupart des noms de rois conservés par Manéthon, sont tellement défigurés dans les versions grecques et latines, qu'il serait hasardeux de poursuivre cette voie d'interprétation. Tout ce qu'il est donc permis de présumer, c'est que la série des ipis, par ordre de succession, commença au temps où un sou* verain de génie, étendant sa domination sur toute la vallée du. Nil, rassembla les diverses tribus sous sa main et fit de leurs chefs indépendants autant de vassaux, lesquels devinrent ensuite des régents ou de simples préfets.
Ce fait est certain quant à Sésostris, qui établit une nou* velle division de FÉgypte par nomes ou grandes préfectures,
dont plusieurs comprenaient deux ou trois villes. Ce mode d'interprétation de la chronologie de Manéthon
abrégerait notablement l'énorme durée des premières dynas^ ^ies divines et royales, tout en laissant cependant à la période dite du premier Empire, une antiquité fort respectable. Les savants allemands, MM. Lepsius et Bunsen, s'accordent pour placer la cinquième dynastie 4000 ans avant notre ère. Selon les calculs de M. Lenormant, cette dynastie aurait commencé â' régner en 4075, et la chronologie établie par ce savant fixe l'année 4720 pour le début du règne du premier des Pharaons Hénès. Un travail chronologique de M. Lesueur, couronné par l'académie des Inscriptions, va plus loin encore et donne pour date à l'avéuement de ce roi Tan 5773 avant Jésus- Xîhrist.
Cette immense durée de la domination des rois d'Egypte' paraîtra cependant moins surprenante si l'on songe que, pendant la moitié au moins de ce temps, l'Egypte fut le seul pays policé de la terre ; rien du moins ne révèle dans les monuments des hommes une civilisation rivale, 3000 ans avant notre ère. En attirant et absorbant en lui les forces vives de l'humanité, l'empire égyptien se fortifia et prolongea son existence. Ne voyons-nous pas l'empire chinois vivre depuis au moins 4000 ans bien constatés, malgré les conquêtes et les révolutions, s'assimiler les races nomades qui l'entourent et se perpétuer par le seul fait qu'il est la civilisation de 1'^^ tréme Orient? Ce ne sont pas non plus les révoltes, les invasions, les pestes, les famines qui ont manqué à l'ÉgypIte. Comme les autres fractions de l'humanité elle a eu sa part de crises et de misères, et plus on pénètre dans son histoire plus on s'aperçoit que cette immutabilité dont on fait honneur au peuple égyptien appartient beaucoup plus à ses monuments qu'à son caractère.
L'invasion des Hiksos et la domination prolongée de rois
étrangers, très-probablement d*une race peu différente des Égyptiens, ressemble beaucoup à l'établissement dans la Chine des Mantchous qui, après deux siècles d'occupation paisible, seront peut-être chassés comme le furent les Pasteurs.
Mais ce qui est beaucoup plus extraordinaire, c'est le pro-
digieux perfectionnement de ce peuple égyptien au temps de cette Y* dynastie dont nous parlons : « Lorsqu'il s'agit de monuments et d'inscriptions, disent les illustres archéologues que nous venons de citer, on se trouve transporté dans un temps de civilisation florissante qui confond toutes les idées. » On ne saurait, ajoutent MM. Lepsius et Bunsen, avoir trop présente à la pensée cette date de 4000 ans, jus- ' qu'ici réputée incroyable, et plus la critique se portera sur cette question, plus on sera sûr de la mettre au-dessus de toute contestation. » Les objets trouvés dans les pyramides, les peintures des hypogées de Beni-Hassan et de Chenoboscion (Kasret Sayd), indiquent pour des époques, dont les plus récentes sont contemporaines d'Abraham, un état social extrêmement avancé, et un degré d'habileté dans l'art que les modernes n'ont pas toujours égalé \ Quand on compare les peintures des lombes voisines des pyramides et suivant toute probabilité contemporaines de ces monuments, avec celles des Rbamessès qui leur sont postérieures de plusieurs siècles, on aperçoit dans la représentation de scènes agricoles presque pareilles par les usages et les procédés, des différences d'exécution qui accusent une certaine infériorité dans les œuvres de la seconde époque.
1 Par exemple pour les moyens de scier le granit et de traosporter \en pierres monumentales. Voyez les notices publiées par M. Lebas sor la translation de Tobélisque de la Concorde. Suivant M.Barth. Saiot-Hilaire, Lettres sur V Egypte , un sarcophage qu*on voit k Leyde et troavé daos
Les peintures des monuments nous apprennent que quinze à dix-huit siècles avant notre ère, cinq à sept cents ans avant la guerre de Troie, il y avait dans les villes d'Egypte des tisseurs de toile et de coton, des tanneurs^ des ciseleurs en métaux, des fabricants de papiers, des écrivains, des comptables, des peintres, des sculpteurs, des doreurs, des manufactures de bouteilles et de vitres, de poteries, de porcelaine coloriée égale à celle de la Chine, de meubles élégants, etc. La fonte de l'or, l'incrustation en métaux, la composition des couleurs dont on a trouvé de nombreux vestiges, attestent dès les temps les plus éloignés, des connaissances chimiques
très-avancées.
Mais si l'on se reporte aux rares monuments qui existent encore de la XII* dynastie, on se trouve en présence de débris qui déploient une telle grandeur de conception jointe à une exécution si parfaite que l'esprit en demeure confondu. Tel est l'obélisque du Fayoum qui parait être un reste du fameux labyrinthe dont les auteurs anciens ont parlé avec admiration et qui fut, dit-on, l'œuvre de Lacharès, quatrième roi de cette dynastie.
Au surplus il est aisé de se convaincre en parcourant les salles du musée égyptien de Paris, en s'aidant de l'excellente notice rédigée par M. le vicomte de Rougé, qu'il n'y a rien d'exagéré dans l'enthousiasme professé par les archéologues
la pyramide de Gizeh (IV dynastie] est un chef-d'œuvre d'art. D*ailiears les récentes découvertes de M. Mariette autour du sphinx de Gizeh et dans la nécropole de Sakarah amènent des résultais de tous points conformes à Topinioa exprimée par les savants allemands et français : « Maintenant, dit M. Mariette, nous savons que Ton écrivait du temps de Cbéops et les statues de Gizeh témoignent d'un art très-avancé à une époque voisine du déluge ; à Sakarah des statues de la V dynastie égalent l'admirable scribe do Louvre, » etc., Corretp, littéraire, 25 juillet 1860. l. 8
pour la première des civilisations. Nous citerons les figurines des 11% IIP et V*' dynasties, si remarquables par la finesse du modelé, l'expression des têtes et la liberté des altitudes. Des stèles, qui portent la date de la neuvième année de Sésourtasen, premier roi de la XIP dynastie, offrent des gravures en creux dont la souplesse et la précision n'ont -été égalées par aucun peuple, enfin c*est à cetti^ même époque que furent dressées ces belles colonnes couronnées d'un simple dé, qui ressemblent d*une manière si frappante aux premières colonnes doriques.
Caillaud a trouvé sous le IT^' de latitude sud à 175 lieues au sud de Syène, non loin du Nil, les ruines d'une ville égyptienne avec un grand temple et plus de quarante pyramides. Bruce a reconnu également des constructions égyptiennes à Axoum, ancienne capitale de l'Âbyssinie. Ainsi les Égyptiens semèrent leurs monuments sur une ligne de 17 degrés ou 425 lieues à partir d'Alexandrie, sans compter les vastes constructions de la Nubie et du Sinaî.
Lorsqu'on songe à ce qu'il a fallu de temps à l'Europe pour atteindre au point où elle est aujourd'hui avec l'aide des civilisations antérieures de la Grèce et de Rome, tandis que l'Egypte, venue la première, eut tout k inventer, on comprendra qu'il ait fallu en effet au moins 2000 ans, à partir de la vie sauvage, pour arriver k tant d'habileté dans l'exécution alliée à tant de grandeur dans la pensée.
L'on appelle second Empire égyptien celui qui commence à l'expulsion des Hiksos et dont Tépoque culminante, fut la XVIIP et la XIX® dynasties. C'est à cette ère d'épanouissement et de fécondité que se rapportent le plus grand nombre des monuments de l'Egypte dont la science a entrepris l'exploration, maison les comparant à ceux beaucoup plus anciens.
que les fouilles récentes ont exhumés de leur lit de pierre ou de sable, on s'aperçoit que le développement excessif du style hiératique et Tintroduction du poncif dans Fart ont altéré là liberté et la vérité de l'exécution primitive. Le génie plastique est en général la première expression de la pensée humaine; àl'éclosion de la civilisation, le premier culte de l'homme est pour sa demeure, il la soigne et la décore avec amour. Plus tard lorsque la multiplication de ses désirs et l'extension de sa domination sur la nature lui créent un besoin infini d'aisance et de plaisirs, la maison n'est plus qu'une retraite passagère qu'il se borne à rendre commode et agréable pour un temps. L'utile prend alors la place du beau et l'industrie succède à l'art.
La lecture des signes hiéroglyphiques a fait de grands progrès depuis quelques années, et l'illustre ChampoUion a trouvé des successeurs dignes de lui. M. de Rougé assure que Ton peut aujourd'hui expliquer les trois quarts des plus longues inscriptions et quelquefois davantage. Cette admirable science est d'un grand secours pour le contrôle des notions qui nous ont été transmises par les historiens de l'antiquité et de curieux détails ont été mis en lumière ; cependant les grandes masses restent encore dans l'ombre. Une foule d'inscriptions sont presque journellement déchiffrées, et malgré cela l'histoire du peuple qui les a écrites demeure toujours une énigme. Les papyrus en écriture cursive ue sont pas plus féconds en renseignements. Les tombeaux, les murs des temples chargés de cartouches royaux,- les canopes sacrés, les volumes trouvés dans les caisses des mo-
mies, tout un monde de caractères par lesquels cette nation morte semblait prête à parler, ont retrouvé la parole et n'ont presque rien révélé. Tracés par la main des
prêtres daos raccomplissement roachinal des rites traditMNi- Dek, ces caractères ne reproduisent le plos sourent que des invocations anx dieox^ des textes funéraires, des fonnnles de respect envers le souverain et ses ancêtres, parfois nne légende mystique, comme celle du dieu Chons et de la fille du roi de Bachtan, bien rarement un fait historique, vmlà ce que répond la vieille Egypte à ceux qui interrogent ses débris. Nul doute cependant que Favenir ne garde de surprenantes découvertes, et il faut espérer que cette part de hasard qui entre dans toutes les entreprises de ce monde ne nous fera pas attendre trop longtemps.
L*antiquilé grecque n'a laissé sur TÉgypte qu'un bien petit nombre de renseignements, si on les compare avec la durée de son histoire. Parmi les principales sources figurent pour la chronologie, la vieille Chronique, Hanéthon et le Canon des rois de Thëbes dressé par Ptolémée. Pour les détails historiques et mythologiques, nous avons Hérodote, Diodore et Plutarque. Mais ces auteurs s'accordent souvent assez mal et pèchent surtout par l'ordre chronologique. On ne peut, en résumé, considérer leurs écrits que comme des recueils de légendes éparses, qui peuvent éclairer vivement un point ou servir de repère, mais qui ne sauraient constituer un corps d'histoire.
il faut ajouter à ces causes d'obscurité les systèmes de quelques auteurs modernes qui n'ont pas hésité à intervertir arbitrairement l'ordre de la liste des dynasties rédigée par Manéthon, seule base un peu solide sur laquelle on ait pu jusqu ici s'appuyer en l'absence des indications fournies par les monuments. Deux érudits anglais, MM. Félix etMarsham, ont eu ridée de transporter la XIl" et la XUP dynasties à la place de la XVIP, réunissant ainsi les rois qui précédèrent
avec ceux qui suivirent Tinvasion des Pasteurs. Il en résulte que Sésostris, le plus fanoeux des rois d*Égypte, que ManéthoD range dans la XIl* dynastie, se trouve déplacé et rajeuni de plusieurs siècles. D'autres savants, impatients de Tobscurité qui couvre la date de cet illustre personnage, ont pris le parti de Tassimiler avec Rhamessès Mei-Âmoun le Diospolite, qui régna vers le XV* siècle avant notre ère. Cette opinion a fait fortune ; elle est même aujourd'hui assez généralement adoptée. Cependant, il est aisé de voir que ce n'est qu'en désespoir de cause et, en quelque sorte, provisoirement. La différence de date est grave, car l'antiquité de la XII'' dynastie où Manétbon place Sésostris, remonte au moins à 3300 ans avant J.-C., suivant Tévaluation des égyptologues. Il y a donc un écart d'environ dix-huit siècles entre les deux époques.
Sans doute s'il ne s'agissait ici que d'une question de chronologie, il n'y aurait pas beaucoup d'intérêt à décider si ce Pharaon vécut mille ans plus tôt ou plus tard, et si son nom a été bien ou mal écrit par les auteurs anciens. Mais, ainsi qu'on le verra par la suite de ce travail, les origines de l'histoire se trouvent profondément intéressées à la solution de ce problème. C'est le point extrême auquel viennent se rattacher les traditions primitives qui furent plus tard transformées en mythes et en fables par les peuples d'Asie et leurs descendants européens. Il importe donc d'examiner ce que Tantiquité nous apprend sur ce Sésostris dont tout le monde a parlé et que personne ne connaît, et de lâcher de montrer sous son vrai jour sa légende ensevelie sous un amas de fictions comme Ninive sous sa montagne.