OBJETS DE PARURE
a. Tupu.
Nous désignons sous ce nom à la fois les grandes épingles à l’aide desquelles les femmes fixaient leurs manias et les épingles de plus petites dimensions qui pouvaient servir à des usages divers. En effet, la différence entre les unes et les autres ne pourrait être établie que d’après leur grandeur relative et, par conséquent, serait essentiellement arbitraire, puisque la forme même est indépendante de cette longueur. Le tupu métallique est très fréquent dans un grand nombre de régions équatoriennes. On peut en distinguer différents types, d’après la forme de leur extrémité supérieure, suivant que celle-ci se termine par une bande métallique formant anneau (') {pl.XXI, fig.6, 7), par une plaque circulaire pleine [pi. XXI, fig.3, 19) ou percée d’un petit orifice [pi. XXI, fîg. i), par une plac{ue en forme de croissant également perforée {pl. XXI, fîg. 24), par une croix dont chaque branche porte une plaquette circulaire {pl. XXI, fîg. 4), par un bouton plus ou moins ouvragé {pl. XXI, fîg. 12, 21), par un décor ornemental plus ou moins compliqué {pl. XXI, fîg. Il, i5, 23), ou, enfin, par une tête de lama ou un oiseau {pl. XXI, fîg. 22, pl. XXIV, fîg. 12). Ces trois dernières dispositions se rencontrent surtout, mais sans que ce soit une règle absolue, sur les tupu les plus petits; dans ce cas, il existe presque toujours, un peu au-dessous de la tête de l’épingle, un petit anneau latéral.
La dimension de ces objets est des plus variables. Nous en possédons un de Cumbe, qui n’a que 46'”‘ii de longueur {pl. XXI, fîg. 12) et deux autres de la loma de Nario et de La Capilla,près Canar, du type représenté planche XXI, figure 7, qui atteignent 45^'» et 52^^“'.
Ils sont presque toujours en cuivre; pourtant, nous possédons un tupu en argent provenant de Gualaceo {pl. XXIV, fîg. 12), et Gonzalez Suarez en a signalé deux en or, trouvés dans la province du Carchi et à Chordeleg [UO, .nias, i>. i52-U2,pL xxxi, fis. i). En définitive, sur une série de 45 tupu équatoriens que nous avons pu former en ajoutant à ceux de notre collection, de la collection Cousin et du Musée d’Ethnographie du Trocadéro, les exemplaires figurés par Bamps [2i, pi. xxvi, fis. i, 2,4), Uhle (407, 1, /)/. xx/K, /(g. 3-10, 20) et Gonzalez Suarez (140, x/te, p. i52, p/. xxx/f, /?». 2; 142, pl. XXXI, fis- 1], trois seulement sont fabriqués dans un métal autre que le cuivre, soit la faible proportion de 6,7 pour 100.
La répartition géographique des 42 pièces de provenance certaine est la suivante :
(7 Cette boucle métalli<jue est obtenue exactement par le même aviilicc que le chas des aiguilles équatoriennes (voir p. 284).
ETIINOGRAPMIK ANCIENNE DE l’ÉQüATEUU.
Région des Pastos.
Province du Carclii (or) (142, i<L XXXI, fig. i). . . . . .
Région des Car as.
Cbillo [
Province du Picliinclia (140, Atlas, pl. XXXIV, fig. 2] i
Total 2
Région des Puruhaes.
Riobainba (407, pl. XXIV, pg. 10; Tr. n"® 9722-9728) 3
Région des Canaris.
CllOrdeleg (Coll, liivet; 140, Atlas, p. i52 [i en or]) 3
Inga-[)irca fColI. Rivet; 27, pl. XXVI, pg. 1) 12
Sigsig 3
Ciindte I
Monay 3
Glialaceo (argent) I
Canar (407, 1, pl. XXIV, pg. 8-9, 20' 8
Clieca 2
Loma de Nario, près Canar i
La Capilla, près Canar i
Région de Cnenca i
Total 36
Ainsi donc, si nous faisons abstraction de la région des Paltas, sur laquelle nous ne possédons, pour ainsi dire, aucun document, le tupu métallique est beaucoup plus commun dans les provinces méridionales que dans les provinces septentrionales. Dans celles-ci, où l’influence péruvienne fut insignifiante, le cuivre était, ainsi que nous l’avons vu (p. 25 1), remplacé communément par l’os. Le seul tupu métallique qui y ait été rencontré est en or et diffère notablement du type courant, car il est le seul qui ait pour ornement une figure humaine, alors que la pièce en or du pays des Canaris n’est qu’une copie un peu ouvragée d’une forme commune tant en Equateur qu’au Pérou.
Dans la région côtière, le tupu métallique n’a encore été signalé jusqu’ici que dans l’île de La Plata (103, p. 258).
Au Pérou, le tupu est, comme l’on sait, extrêmement répandu [pl. XXI, fig. 10) et, comme sur le haut plateau interandin équatorien, son usage a persisté jusqu’à nos jours. On y rencontre toutes les formes que nous avons décrites plus haut; mais là, comme pour tous les autres objets en métal, l’ouvrier péruvien fait preuve d’une habileté plus grande, tant par le choix que par la variété des sujets dont il a su orner ces objets. Cette maîtrise dans le travail des métaux se manifeste d’une façon beaucoup plus nette dans les œuvres de la région côtière que dans celles du liant plateau, ainsi que nous avons déjà eu l’occasion de le faire remarquer
OBJETS EXTRAITS DES TOMBES PRÉCOLOMBIENNES DE l’ÉQUÂTEUR. 289
maintes fois; en outre, le nombre des objets en or ou en argent y est notablement plus élevé. Lorsqu’on réunit aux collections des Musées du Trocadéro et de Saint-Germain les séries de tupu. publiées par Bollaert (45,/)/. vii), Wiener (434, p. 157, 584,580, 587, 72 1, 727), LUlle (408, p. XIX, fg. lo), Riccai'di (342, pl. Il, fg.28), BaCSslcr [23, pi. XIIT, XIV, XV) et Nordenskiôkl (287) ('), on constate que, sur loi tupu péruviens, 63 proviennent du bas Pérou et 38 du haut plateau; et, tandis que sur ces derniers, 3 seulement sont en or et 7 en argent, soit 26,3 pour 100, sur les 63 échantillons de la côte, 21 sont en argent, 3 en or, 2 en alliage de cuivre et d’argent, 2 en cuivre doré et 4 en cuivre argenté; même en ne tenant compte que des deux premières catégorie, (argent et or), on trouve une proportion sensiblement plus élevée que celle observée dans la sierra, soit 38, i pour 100.
L’étude des tupuâe la haute Bolivie (■) ne fait que corroborer ces résultats. L’examen de la belle série rapportée de Tiahuanaco, de Tocarji, d’Asnapujio par la mission de Créqui-Montfort et Sénéchal de la Grange, des exemplaires de Tiahuanaco que possède le Musée du Trocadéro (n»» 4622-4623) ou qu’ont figurés Uhle (407, i, p/. xxv, fg. 2-5) et Posnansky (3i8 61s, p. 97, //g. 29), ainsi que des nombreux spécimens recueillis à Pelechuco et à Queara par Nordenskiold (287) et dans l’île Titicaca par Bandelier (30, pl. LVii, fg. 1-5, pl. Lxxviii, fg. 3-4), révèle une industrie beaucoup moins évoluée que celle de la côte péruvienne et absolument comparable par son degré de djiveloppement à celle du haut Pérou et de l’Équateur méridional [pl. XXI, fig. g, i3, i4)- De plus, sur le lot de g3 pièces ainsi formé, 8 seulement sont en argent et 2 en or, soit une proportion de 10,8 pour 100, à peine supérieure à celle qui nous a été fournie par les collections équatoriennes, et très inférieure à celle que nous avons trouvée dans les collections péruviennes.
Dans la région diaguite, le tupu est également très fréquent. Ameghino (I8, i, pi.x, fg. 35o-35i), Aguiar (5, p. 295, fg. 2, n- 10), Ambrosetti (8, xix, p. 65, fg. io2-io3; 13, p. 217, fg. 3i, p. 219, fg. 32; 15 bis, p. 424, 425, fg. 223) et Boman (47, i, fg. i3, f, i) en ont publié de nombreux spécimens en cuivre et en argent, où prédominent les formes andines. Cependant, un exemplaire, trouvé à Quilmes (8, xix, p. 6b, fg. 102), rappelle beaucoup le type araucan.
Par contre, le tupu métallique est rare dans la puna de Jujuy (^), d’où nous ne connaissons que l’échantillon de Casabindo, figuré par Ambrosetti (13, p. 219, fg. 34), et semble inconnu dans le désert d’Atacama, où, comme nous l’avons vu (p. 202), les Indiens employaient surtout l’os pour sa fabrication.
(’^) Evvbanka figuré également 4 tupu en bronze du Pérou, mais sans indication d’origine précise (112, p. i38, fg. B. C, E, G).
(^) Comme en Equateur et au Pérou, l’usage du tupu a persisté jusqu’à l’époque actuelle en Eolivie; les Indiens le fabriquent généralement en laiton et donnent à la tête de l’objet la forme d’une cuiller (47, I, p. 221). Cet instrument a pénétré même en basse Bolivie, caries Chiriguanos emploient des tupu d’argent (292, p. 267 fig. i3o).
(®) Cependant Boman l’a trouvé en usage chez les Indiens actuels du village de Susques, où il a la forme du tupu bolivien moderne (47, II, p. 447)-
Arc de niéridien équatorial, t, VI, (1).
2^0 r.TlINOGn.VrillK AAGIFNNR de e’ÉQUATEÜI!.
Le Chili enfin est représenté par six exemplaires trouvés à Caldera, à Paposo, à Copiapô, à Freirina et à Osorno, dont deux sont en or et un en argent (247, p. 335-366, Ps. I2I, i3i, i32; 221, p. 17, pg. 8, 9, p. 24, pg. i3) (').
, En dehors des pays que nous venons de passer en revue, on ne rencontre le tupu métallique à l’époque précolombienne qu’en Colombie, où il était employé couramment par les femmes chibchas (341, p. i35). Les rares spécimens d’Antioquia, d’Ubaté, de Popayan et de Manizâles, figurés par Uribe Angel (414, xx,p«. 44), Uhle (407, I, AA'//7, //g. 9, 10) et Seler (37i, /-/. la/, //g. 10), sont tous des épingles en or d’assez petites dimensions; ils diffèrent notablement des types équatoriano-péruviens. Seul, l’échantillon du pays pasto, dont nous avons parlé au début de ce chapitre, peut leur être comparé par sa facture et sa matière.
En résumé, de cette étude, il apparaît clairement que le tupu équatorien ne peut être séparé du tupu péruvien, et que c’est dans l’ancien empire des Incas qu’il faut en rechercher l’origine.
tj. Grains de collier.
Les grains de collier métalliques sont exceptionnels en Equateur: Bamps a figuré seulement un petit anneau en tumhaga (alliage de cuivre et d’or, à un titre très bas) et quelques perles en argent sans indication d’origine précise {27,pi.xxii, /?g.4, pi.xxiv, pg.3). De notre côté, nous n’avons rencontré, au cours de nos fouilles, que deux petits grains cylindriques en or dans une sépulture d’El Angel [pi. XXIV, fig./^-5). Récemment enfin, Jijon y Caamafio a décrit et figuré un collier provenant d’Itsehimbia (pays cara) formé en partie de grains d’or ovoïdes et sphériques (^) (196 b is, p. I 2, pl. XI).
c. Anneaux.
On rencontre assez souvent dans les tombes précolombiennes des fragments plus ou moins longs de fil de cuivre. Nous en avons trouvé dans des sépultures des pays pasto (El Angel) et canari (Inga-pirca) ; Uhle en a figuré également qui proviennent de cette dernière région (Canar) (407, i, pi. xxiv, /;g. 21). Il est probable que ces fils métalliques devaient servir à la fabrication de bagues, de pendants d’oreilles ou de nez, ou de bracelets très simples, dont les fouilles ont fourni de nombreux échantillons.
a. Bagues. — Le plus souvent, ces bagues sont en cuivre et faites d’un fil fermé en cercle, par simple affrontement des extrémités {pl. XXII, fig. 3). Sur un échantillon du pays pasto (Lluaca), le fil s’enroule en spirale {pl. XXII, fig. i5). Quatre des échantillons recueillis par Saville dans la province de Manabi sont plaqués d’or (365, ii, p. 176). Les deux seuls exemplaires en or trouvés jusqu’ici sont
('■) (Les Araucaas modernes utilisent encore le iupu qu'ûs fabriquent surlout en argent.
(^) Cette magnifique pièce, composée de nom'breux grains d’or et de ejuelques grains en turquoise, est ornée de huit pendeloques formées de lames trapézoïdales allongées en or également.
OBJETS EXTRAITS DES TOMBES PRÉCOLOMBIENNES DE l’ÉQUATEUR. 29 1
d’une forme différente. L’un, qui provient d’El Angel, est fait d’une bande enroulée en anneau (U2, pi. xxiv] ; le second, trouvé à Chordeleg, est « une bague double formée de deux parties ; chacune d’elles n’a un bord que d’un côté, ce qui permet l’enchâssement » (27, p. iSa, pL xx/r, /;». 5).
Si 1’ on ne tient pas compte de ces différences de forme ou de matériel, on obtient la répartition suivante des bagues en Equateur :
Région des l’astos.
El Angel (or) (142, pi. XXIV) i
Ilnaca i
Total 2
Région des Canaris.
Jordan
Cafiar (407, I, pl. XXIV, fig. 3o]
Chordeleg (or) (27, pl. XXIV, /?g. 5)
Monay
Cuenca
Inga-pirca
Total d
Région do Manabi (365, II, p. 175-176, pl. LXVI, fi g. 9] 7
Suivant la règle, nous voyons donc que la bague métallique est beaucoup plus fréquente dans les régions méridionales que dans les régions septentrionales de l’Equateur.
Au Pérou, ces ornements se rencontrent avec une extrême fréquence, mais on les fabriquait surtout en argent, rarement en cuivre ou en or. En outre, ils diffèrent notablement des spécimens équatoriens, en ce sens que la grande majorité sont faits d’une mince bande et non d’un fil métallique, et qu’ils sont souvent finement décorés.
Leur répartition montre qu’ils étaient surtout en usage parmi les populations côtières. En effet, les très nombreux spécimens figurés proviennent tous de localités du littoral : Chuquitanta, environs de Lima, Pachacamac, Lambayeque (23, fig. 436-451), Ancon (434,p. 584; 335, iii, //. lxxxi, /?g. 22-23 ; Tr. n»’‘4643, 4568), Chancay, Paramonga, Tambuinga, Chimbote (434, p. 82,584, 648, 669; Timi»» 4561); nous n’en avons trouvé aucun qui soit indiqué comme provenant du haut Pérou ('). Ce fait peut tenir à ce que cette région a été beaucoup moins explorée que celle du littoral, car nous retrouvons la bague dans tous les pays limitrophes, en Bolivie, à Asnapujio (Coll, de Créqui-lMoiitfort etSénéchel de la Grange) ('), danS l’ilc Titicaca (30, pl. LXVI, fig. 12), Cn payS calchaqui (13, p. 220-222,
(^) Une momie étiquetée Santa-Rosa, dont les mains sont ornées de bagues, a été rapportée par de Cessac au Musée du Trocadéro (ii« io4o3), mais nous ignorons s’il s’agit du village de ce nom, appartenant au département de Puno, ou de quelque autre localité de la côte péruvienne, non portée sur les atlas.
(®) Ces deux échantillons d’Asnapujio sont très semblables aux anneaux équatoriens. Comme ceux-ci, ils sont
agi ËTHNOGRAI’HIË ANCIËNrsE DE l’équateüR.
/ig. 3C; 15, p. 232; 15 6w,p. 423, 425, /;g. 223) et même clans la vallée du rio San Francis eo (284, p. 21, fig. 17) et en Patagonie (Sauten Chubut) (Xr. u»» 47782, 47783). Tous ces spécimens sont en bronze ou en cuivre; les pièces diaguites sont, en général, comme les bagues péruviennes, formées d’une simple bande métallic|ue de 5“^“^ à de large, plus rarement d’un fil de cuivre, parfois enroulé en spirale comme l’exemplaire équatorien de Huaca.
Jusqu’ici, la bague n’a pas été signalée au Chili; toutefois, Latcham a figuré, sous le nom de pendants d’oreilles, deux anneaux de cuivre trouvés à Caldera et à Paposo, C{ui auraient fort bien pu servir comme anneaux de doigt (221, p. 17, /ig. lo-n).
Du côté du Nord, nous retrouvons la bague au Mexic^ue, où elle semble très fréquente, à en juger par les nombreux spécimens, pour la plupart en cuivre, beaucoup plus rarement en or, c|ui ont été figurés par Strebel (394, i, xi//, //g. 12-23, 26-80 ii,p/.-YA’m,/;g.32, 34,35,39,40), Batres {33, pi. xxvi, fig. >6) et Penafiel (308, Lâininas, I, pl. CX, fig. 6, 8, 9, pi.cxi,fig.[^,Q]. En général, ces bijoux sont très artistic{uement décorés et munis de chatons allongés. A tous points de vue, ils diffèrent des anneaux frustes de l’Equateur.
Dans rAméric[ue du Nord, au contraire, on rencontre des formes beaucoup plus simples. Ces trouvailles sont d’ailleurs très rares, et toutes les bagues découvertes jusqu’à ce jour sont exclusivement en cuivre. Elles ont été recueillies dans l’Ohio (Madisonville) (-) (320, p. 96, fig. 8), dans certains mounds de la côte de Géorgie (257, p. i3, fig. 8), sur les bords du lac Michigan et dans l’État du Wisconsin (274, ii, p. 226).
[f. Anneaux d’oreilles ou de nez, bracelets et colliers. — En dehors des bagues que nous venons de décrire, on rencontre en Équateur des anneaux métalliques de plus grande taille, qui ont pu, suivant leurs dimensions, servir comme ornements de nez, pendants d’oreilles, bracelets ou colliers. Leur forme ne variant pas suivant ces diverses destinations, nous n’avons pas cru devoir étudier séparément chacune de ces catégories de bijoux.
Les anneaux les plus petits sont faits en général, comme les bagues, d’un fil métallique dont les extrémités, simplement affrontées, ne permettent qu’un jeu très limité [pl. XXII, fig. I, 2, 4)- Quelquefois, ils étaient réunis les uns aux autres, de façon à former une petite chaîne (407, i, pi. xxiv, fig. 25-26) à laquelle on suspendait dans certains cas des ornements, en particulier les plaques pectorales (45, p. 92, p/. fi). Pour permettre un écartement plus grand des extrémités de l’anneau, surtout pour ceux qui devaient servir de colliers ou de bracelets, les précolombiens avaient recours à un procédé intéressant : ils fabriquaient des anneaux creux qui présentent une fente sur toute la longueur de leur circonférence interne [pl. XXII, fig. 5, 6).
formés d’un simple fil de cuivre, mais les extrémités, au lieu de s’affronter, clievauclient l’une tur 1 autre sur une. petite étendue.
(^) Dans cette même localité, on a rencontré des fragments de fil de cuivre, dont certains, enroulés en spirale comme notre bague de Iluaca, servaient de grains de colliers (320, p. 89-91, fig. 3-4)-
OBJETS EXTRAITS DES TOMBES PRÉCOLOMBIENNES DE l’ÉQUATEDR. 293
Une coupe transversale de ces objets donne un cercle avec solution de continuité dans le point correspondant au plus petit diamètre de l’anneau. Par suite de la vacuité du collier ou du bracelet et de l’absence de soudure des deux bords de la lame métallique, la rigidité de ces objets de parure est bien moindre cjue celle des anneaux pleins. On ne saurait supposer que les ouvriers aient d’abord enroulé une bande de métal de façon à obtenir un cylindre qu’ils auraient ensuite recourbé en cercle, car, dans cette hypothèse, on observerait tout au moins des plis du côté interne de l’anneau, et l’on ne note rien de semblable. Il est infiniment plus probable que le métal a été coulé sur un moule en argile. Les trois spécimens en cuivre de cette catégorie, qui font partie de notre collection personnelle, proviennent de Huintul et du Sigsig;Uhle en avait figuré déjà deux de Canar (407, i, />/. av/e, /(g.27,3i) et Bamps dix d’Inga-pirca [27, pi.xxvii). Toutes ces localités appartiennent au pays’ canari. Dans la même région, on a trouvé aussi des anneaux semblables en or, à Cuenca [i5,pi.vi] et au Sigsig [pi. XXIV, fig. i4, pl- XXV, fig.']). Une des pièces du Sigsig est un superbe bracelet, cj[ui faisait partie du mobilier funéraire de la riche sépulture dont nous avons déjà donné la description (p. 124); il est orné sur tout son pourtour de petits disques d’or suspendus à des fils de même métal (').
Les anneaux dont nous venons de parler sont, avec trois spécimens faits d’un fil'plein découverts par Jijon y Caamano à Itschimbia (pays cara) üqq bis, pi. ix) par nous à La Capilla, près Canar, et par Saville dans la province de Manabi (365, ii, p. 176), les seuls c[ui, à notre connaissance, aient été fabriqués en or. En général, les Indiens employaient le cuivre, parfois plaqué d’argent (■) {27, pi. xxiv, f g. 8, w) . Une pièce figurée par Uhle (407, ï, pi. xxiv, iig.33) paraît être en pyrite sulfureuse.
Le seul anneau en argent de notre eollection provient de Huintul (pays canari) ; il se distingue des précédents, non seulement par sa matière, mais aussi par son mode de fabrication [pl. XXIV, fig. i5). Il est composé de deux parties en forme de gouttières circulaires, qui, en s’emboîtant, forment un anneau creux. L’emboîtement n’existe que sur le côté interne; les bords externes sont simplement affrontés. Néanmoins, malgré l’absence de toute soudure à ce niveau, les deux pièces restent assez étroitement unies l’une à l’autre pour qu’il soit impossible de les séparer. Les deux extrémités libres de l’anneau sont fermées par un clapet appartenant à la gouttière emboîtante. Ainsi fabriqué, cet anneau est loin de présenter l’élasticité des anneaux creux que nous avons décrits plus haut, et le jeu des extrémités est aussi limité cjue sur les pièces pleines.
Certains anneaux pleins portent des ornements surajoutés : sur un de nos spécimens d’Inga-pirca, c’est une petite lamelle de cuivre qui a été enroulée sur l’an-
(') Ce bracelet a déjà été liguré par Goiiiiâlez Suarez (14!,, pl.III],
(^) Saville a recueilli dans la province de Manabi des anneaux plats d’une i'orme très spéciale qui sont en cuivre doré (365, II, pl. LXVI, fig. n). Nous ne les mentionnons que pour cette particularité, car ils dilïèrcnt complètement des pièces que nous étudions dans cc chapitre.
294 ETlINüGUÀPlllE ANCIENNE DE l’éQUATEUR.
neau ; sur des échantillons de la province de Manabi, ce sont des perles de diorite et de lapis-lazuli (365, ii, pi. lxvi, fig. 8, lo).
Si r on ne tient pas compte de toutes les différences de forme, de grandeur ou de matière première que nous venons de signaler, on peut établir la liste de répartition
suivante des anneaux métalliques en Équateur :
Jlégion (les Caras.
Itschimbia, près Quito (196 bis, pl. IX] i
Région (les Puvuhaes.
Guano (Tr. n" 9709) -2
Région des Canaris.
Guenca (45, pl. VI)
Canar (407, I, pl. XXIV, fig. 25-32) ■.
La Capilla, près Gaùar.
lluintul
Inga-pirca (Coll. Rivet; 27, pl. XXVII)
Gualaceo (loma de Gapcliu)
Gualaceo (Arcadia) (27, pi.xxiv, fig. s)
Azôgues
Sigsig
Pucarâ del Piîïan (407, I, pl. XXIV, fig. 33) .
Région côtière.
Province de Manabi (365, II, p. 17G, pl. LXVI, fig. 8, 10)
De même que les bagues, les divers anneaux que nous venons d’étudier se rencontrent donc exclusivement dans les provinces méridionales de l’Equateur.
Bien que des objets similaires (bracelets, colliers) aient été trouvés fréquemment au Pérou, ils diffèrent notablement des ornements équatoriens : en général, ils sont faits, comme les bagues, d’une large bande, le plus souvent en argent, parfois en or, rarement en cuivre; en outre, ils sont plus ou moins finement décorés de dessins à jour, au repoussé, ou de pendeloques disposées sur tout le pourtour. Ce sont les bracelets de bras ou de jambe qui sont de beaucoup les plus communs, les colliers étant relativement rares. Ces divers ornements proviennent de localités qui appartiennent presque toutes à la région eôtière : Infantas, Pachacamac, Facalà, Cajamarca, Paramonga, Silustani, Santiago de Cao, Supe (434, p. 5 1, ce, 109, 129, 584, 669^ G76), Ancon (434, p. 46, 49; 335, ni, pi. lxxxi, fig. 3o), environs de Lima, Chuquitanta, Trujillo (23, //g. 426,427, 429-433), Chimbote (23, fig.l\28; 434,p. 6G9). De tous les objets que nous avons pu examiner, le seul qui soit nettement comparable à nos pièces équatoriennes provient du haut plateau; c’est un anneau de bras de liuamacbuco (23, //g. 425), formé d’un simple fil de cuivre sur lequel est enfilé un petit disque de même métal.
Dans les pays limitrophes du Pérou, des formes plus frustes apparaissent, mais elles se rapprochent bien plutôt des types péruviens que des types équatoriens. Ce sont,
niiJETS EXTRAITS DES TOÎIRES l’RÉGOLOMRIENISES DE e’ÉQUATEUR. 2Ç)5
le plus souvent, de simples bracelets formés d’une bande plus ou moins large de cuivre ou de bronze. Nous citerons ceux qu’on a découverts dans l’île Titicaca [30, pL xxxn, fin. i-i) et à Tarija en Bolivie (Coii. deCi ■équi-Monlfoii ctSénéchal delà Grange: 11“® 1860, 1861) j dans la région diaguite (9, p . 127, /?g. 7; 13, p. 223-226, fg. 37, 39, 4-2; 15 Hs, p. 423, 427, fig. 224), dans la quebrada del Toro (') (47, i, p. 329, //g. 54) et, enfin, à Caldera, sur la côte chilienne (22i,p. 24, /;». 12). Le seul anneau en argent qui ait été trouvé dans ce xnste territoire, où l’influence péruvienne s’est certainement exercée d’une façon plus ou moins directe, est un anneau d’oreille provenant de Freirina (247, p. 366, fg. 119). ‘
En résumé, dans toute la partie de l’Amérique située au sud de l’Equateur, on ne trouve qu’exceptionnellement l’équivalent des ornements équatoriens. Au contraire, en Colombie, dans les États d’Antioquia et du Cauca, nous rencontrons des pièces qui reproduisent exactement nos deux types d’anneaux, l’anneau plein en cuivre (407, I, pl. XXII, fg. 27) ou en or (414, pi. XIII, fg. 6, pl. XVII, fg. 3o, jl. XXI, fg. 52, pt. XXII, fg. 56; 441, pl.Lxv] et l’anneau creux si particulier du pays canari (414, pi. xiv, fg, 9; 340, p. 57). Au Darien, les femmes portaient ces bijoux suspendus à la sous-cloison du nez; ils étaient soit en cuivre, soit en or, et de dimensions très variables {A2i bis, p. 53) (^).
Au nord de la Colombie, les anneaux métalliques deviennent exceptionnels. Cependant, comme pour les bagues, quelques trouvailles sont à signaler en Amérique du Nord, dans le bas Arkansas (267, Pan i, p. 526, fg. 41), dans le Kentucky (320, p. 97, fg. 9), en Virginie, dans l’Indiana (367 6/5, /</. e/, /?g. 49-50; I8I fc/s, p. 723, /?g. i, 2), dans l’Ohio (384 6/5, p. 204, //g. 88; 126, p. 257, /(g. 54, /) et dans la vallée Yakima (380, p. 100, //g. 95). Tous ces objets sont exclusivement en cuivre.
d. Ornements de nez.
Les anciens Indiens de l’Equateur usaient d’ornements de nez variés.
Un premier type est représenté par les anneaux rigides ou ereux, que nous avons décrits dans le paragraphe précédent, et dont l’usage semble avoir été limité aux provinces méridionales.
Une seconde variété est constituée par une lame métallique de forme presque circulaire, ornée le plus souvent de dessins repoussés ou découpés à jour, dont nos figures rendent mieux compte que toute description {pl. XXII, fîg, 7, 9, i3). Ces objets sont tous d’une très grande minceur; par suite, les deux petites pointes affrontées, qui existent à l’opposé de la partie décorée, pouvaient facilement s’écarter pour être introduites dans une ouverture de la sous-cloison.
Les Comechingons, des environs de la ville de Côrdoba, usaient également de bracelets de cuivre (47, 1, p. 37).
(^) Oviedo rapporte le même fait, mais sans spécifier si le bijou était réservé aux femmes (302, III. p. i3S). Ilamy (152, pl. XXX, fg. 97; Tr. n° 81906), Uhle (407, l, pl. I, fig. 8, 10, pl. II, fg. i, pl. IV, fg. j) et Seler (371, pl. LVI, fig. i5, pl. LIX, fig. i) ont reproduit sept vases d’Antioquia (Manizâles, San Francisco près Manizâles) et du Cauca (Gartago viejo), représentant des personnages dont le nez est orné d’un anneau mélalliquc de ce genre en or ou en cuivre.
2 ETriNOGRAPIllE ANCIENNE DE l/ÉQUATEUn.
TjC plus grand nombre sont en cuivre, mais nous en possédons un exemplaire en argent {pl. XXV, fig. 4), Bamps en a figuré un de même métal et deux autres en cuivre doublé d’argent (27, p.xxv, fig.s,io. 12), et Jijon y Caamano en a reproduit deux en or et six en cuivre doré (196 in.t, pi. i-viii).
Nous en connaissons en tout vingt-huit échantillons, en ajoutant à ceux de notre collection personnelle et de la collection Cousin ceux qui ont été publiés par Bamps {2i,pi.xxv], Gonzalez Suarez [Uo, Atias, pi. xl, fg. 2,Z), Festa (ii3) et Jijon y Caamano (196 bis). Parmi les dix-neuf dont la proA^enance exacte est connue, huit ont été recueillis dans le pays des Canaris, huit en pays cara; les trois spécimens rapportés par Festa sont indiqués comme ayant été achetés à El Troje (pays pasto). Il est possible, étant donnée leur origine, cpi’ils y aient été apportés par c|uelque marchand de la province de l’Azuay ou de celle du Pichincha et n’aient nullement été trouvés sur place. Toutefois, des ornements analogues, sinon identiques, étaient en usage chez les voisins orientaux des Pastos, les Quillacingas. Nous savons, en effet, cjue le nom de ces Indiens, cpii signifie en quichua : nez en forme de lune {kiV a, lune; singa, nez), provient précisément de l’habitude c|u’ils avaient de porter suspendus à la sous-cloison des bijoux de forme circulaire. Les Indiens Quijos portaient également des narigueras au moment de la conquête (140, vi, p. 59).
Des bijoux similaires étaient aussi en usage chez les tribus de la côte du Pacifique; ils sont, en effet, représentés sur un certain nombre de figurines trouvées dans les environs de Guayaquil [pl. XLVI, fig. 2), dans l’île de La Plata (103) et dans la province de Manabî [Zii, pi. xlviii, fg. ■î-zgb) ('). Nous avons vu d’ailleurs que les Barbacôas, les Esmeraldas, les Mantas, les Huancavilcas portaient encore au moment de la découverte des ornements de nez.
On rencontre des ornements semblables aussi bien au sud c{u’au nord de l’Equateur. Baessler en a figuré deux en or et en argent de Pachacamac et de Chuquitanta (côte péruvienne) (23, fig. 404, 4o5) ("), et des vases représentant des personnages porteurs de bijoux de ce genre ont été rencontrés à Chimbote (22, i, /?g. 97, 99, nS) et à Santa (434, p. 619).
En Colombie, ces objets sont très fréc[uents et l’on y a découvert un grand nombre de poteries figurant des personnages c[ui en sont ornés ( ’)• Ces narigueras sont le plus souvent en or, quelquefois en cuivre. On en connaît du pays des Quimbayas (département d’Antioquia) (44i, pi. lxv-, 407, t, ;>/. xxiii, fig. i-3; 4i4, pi. x, fig. 3, pi. xiii, fig. 3, pi. xiv
('^) Il est toutefois assez difficile de se rendre compte sur ces figurines si l’ornement est constitué par un simple anneau comme ceux que nous avons décrits dans Je paragraphe précédent, ou d’une nariguera analogue à nos spécimens du haut plateau.
(^) Ces ornements présentent de grandes analogies avec les pendants d’oreilles encore en usage chez les Araucans (75/. XKV. fig. 3).
(’) Sur deux poteries de Guatavita et de Zaragoza, reproduites par Seler (371, pl. XLIX, fig. 6, pl. LVI, fig. il\), le personnage porte suspendue au nez une nariguera d’or.
OMETS EXTRAITS DES TOMRES PRÉCOEOMRIENNES DE l’ÉQUATEUR. 297
fig. Il, pi. XXI, pt-xxii, fig. 5S), de celui des Chibchas [Ui, pi.LXvii- pi. ix, fig. 21] et
du Cauca (') (213, p. 267, fig. 2); outre qu’elles sont pour la plupart fabriquées avec des métaux précieux, elles sont, en général, beaucoup plus ouvragées que les exemplaires équatoriano-péruviens (•).
Les Indiens du Darien usaient également de bijoux semblables, le plus souvent en argent, ceux en or étant réservés aux chefs (427 bis, p. 53).
On retrouve, quoique assez rarement, des objets absolument identiques au Mexique. Strebel en a recueilli un en or à Cerro montoso (Vera-Cruz). Non loin de cette localité, à Quimistlan, il a découvert une petite figurine humaine en trachyte, dont la sous-cloison est ornée d’un de ces bijoux (394, ii, pi. xxv, pg. i3, p. 116), et Seler a figuré des pièces semblables de la vallée de México (373, ii, p. 3io, /??. 34, &,ci). Ce n’est là qu’une des multiples formes, parfois très compliquées, — comme celle, par exemple, de l’exemplaire recueilli dans les fouilles pratiquées sur l’emplacement du grand temple de México (372, p. 867, /Fg. 66), ^ — que les orfèvres mexicains donnaient aux navigueras. L’iconographie précolombienne en fournit maints exemples. Nous citerons entre autres la fameuse tête colossale en diorite [3Q3,Làminas,\,pi.cvii), représentant, d’après Seler, Coyolxauhqui (372, p. 814, /îg. i5,a), une figurine en argile de Teotitlan del Camino (373, ii, p. 321, fig. 46) et la statue en calcaire d’un Totec, reproduite par Hamy, qui porte un ornement de nez en forme de moustache. Le savant américaniste mentionne aussi une plaquette en pierre dure, figurant un personnage avec la même parure; et, à ce propos, il signale que, dans le Codex Borgia et le Codex oaticanus, un grand nombre de personnages divins sont représentés porteurs de bijoux similaires; d’après leur couleur, il croit pouvoir déduire « qu’ils étaient fondus en or ou en cuivre, ou taillés soit dans la belle pierre verte appelée chalquihuitl, soit dans quelque bois précieux)) (152, p. 18, pt /v). Suivant Seler, cet ornement ou yâcametztli est un des attributs du dieu du pulque (373, iii, p. 543).
La dernière forme de naviguera qu’il nous reste à examiner est représentée par deux pièces provenant de Chordeleg, que nous avons photographiées à Quito. Toutes deux sont formées d’une tige cylindrique d’or tordue sur elle-même et terminée à chacune de ses extrémités par un bouton [pl. XXV, fig. 18); elles pèsent respectivement 43“ 75 et 4o^. L’origine de cet ornement est certainement colombienne. En effet, parlant des Indiens des environs de Cali, Herrera et Cieza de Leon rapportent qu’ils avaient l’habitude de se perforer les narines pour y introduire des clous d’or, tordus sur eux-mêmes, de la grosseur du doigt, qu’ils appelaient caricuris {unos claoos retorcidos de oro, tan gruessos coino un dedo) (163, 111,6'^ Déc., Liv. 3, p. 96; 76, p. 38o) ; des trouvailles d’objets de cette nature, faites dans les dépar-
(1) Saler en a figuré également plusieurs, dans une planche consacrée aux objets d’or des Chibchas, ainsi que des tribus de Tolima et du Cauca (37i, pl. LXIV).
(^) Les Makusi de la Guyane britannique portent des ornements de nez en argent ou en cuivre, qui ne sont pas sans analogie avec ceux de la région andine que nous venons de décrire (192, p. 198, fig. 4).
Arc de méridien équatorial, t. VI, (i).
298 ETHNOGRAPHIE ANCIENNE DE l’ÉQUATEUR.
tements d’Antioquia (441, pE exf; 235, p. Su, /?g. 28), de Cundinamarca, de Tolima et du Cauea (407, i,pi.xxiii, fig. i3-i5), sont venues confirmer l’exactitude du fait signalé par les chroniqueurs, La présence d’un objet identique chez les Canaris est donc susceptible de fournir une utile indication au sujet de l’origine de cette tribu.
e. Pendants d’oreilles.
Sous leur forme la plus simple, ces bijoux sont constitués par une lame d’or en forme de croissant, percée en son milieu d’un orifice pour la suspension (142, pi. xxf); mais, le plus souvent, à cette lame sont adjoints des ornements variés. Presque toujours, ces ornements se détachent de la partie concave du croissant ; ce sont des disques d’or, unis les uns aux autres et dont le centre est repoussé en calotte sphérique {pl. XXIV, fig. 8), des représentations d’animaux {pl. XXIV, ftg. 6)
Fig. 67. — Pendant d’oreilles en or, El Angel ( Gr. nat.).
qui ne sont pas sans analogie avec les gravures ou sculptures zoomorphes dont nous avons donné des reproductions {fig. Si), ou bien encore de larges disques à pourtour dentelé, capricieusement décorés par le procédé du repoussé {U2,pi.xxv). Parfois enfin, placés symétriquement sur le bord convexe à chaque extrémité de l’ornement, se trouvent figurés des animaux qui semblent être des singes {pl. XXIV, fig. 7).
Nous avons pu examiner et photographier trois de ces bijoux à Quito; l’un d’entre eux {pl. XXIV, fig. 6) a été déjà reproduit par Gonzalez Suarez, en même temps que quatre autres de formes variées [U2, pi. xxiv.xxv). Un huitième exemplaire appartient à la collection Frandin. Toutes ces pièces sont en or et proviennent d’El Angel. Elles paraissent donc spéciales au pays pasto, et c’est une poterie, trouvée également à El Angel, qui nous a permis de les classer avec certitude comme des pendants d’oreilles et non comme des narigueras. Ce vase représente
OBJETS EXTRAITS DES TOMBES PRÉCOLOMBIENNES DE l’ÉQUATEUR. 299
en effet un Indien, dont les oreilles sont ornées d’un bijou identique à ceux que nous venons de décrire {pl. XLV, flg. 5).
A côté de ces pièces, dont la destination est certaine, nous décrirons un dernier objet, bien que nous ne sachions pas avec certitude s’il doit rentrer dans la même catégorie. Cette pièce, qui est en or, provient, elle aussi, d’El Angel et était, lors de notre passage, en possession de M. Valdospinosi de San Gabriel, qui a bien voulu nous permettre d’en faire le dessin. Elle est constituée par cinq disques épais, unis les uns aux autres comme le montre la figure 67, le plus élevé étant percé d’un trou de suspension. Une face est concave, l’autre convexe. La forme de ce bijou rappelle beaucoup celle de l’appendice que porte un des pendants d’oreilles que nous avons représentés [pl. XXIV, fig. 8).
Nous n’avons trouvé d’ornements comparables à ces divers objets dans aucune autre région américaine.
/. Plaques circulaires ou Tincullpa.
Les anciens Péruviens portaient, soit sur le front, soit sur la poitrine, dans certaines circonstances solennelles (combat ou fête religieuse), des plaques circulaires métalliques qu’ils appelaient tincullpa et que les chroniqueurs espagnols désignent souvent sous le nom de patenas ('). Ces ornements étaient également en usage en Equateur, à l’époque de la conquête. En effet, Oviedo, décrivant le costume de guerre d’un chef des environs de Riobamba auquel les Espagnols durent livrer un sanglant combat, signale la divisa d’or qui ornait sa tête et sa poitrine (302, iv, p. 287), et, d’autre part, les sépultures précolombiennes ont livré un assez grand nombre de ces tincullpa à peu près dans toute l’étendue du territoire équatorien.
Gonzalez Suarez en a décrit cinq d’El Angel (-) (142, pi. aal), ce qui, avec les quatre exemplaires delà même localité que nous avons examinés à Quito [pl. XXIV,
(‘^) Au sujet des fêtes religieuses des Indiens, Arriaga écrit : En estas actos se poneii las inejores vestidos di curnbi (a) que iieneii, y en la cabeça unas com3 médias limas de plala que llarnan Chacrahinca, y otras que llaman Huama, y unas patenas redondas que llarnan Tincurpa, y camissetas con chaperias de plata, y unas huaracas con botones de plata, y plumas de diaersas colores de lluacamayas, y uiios alçacuellos de plumas que llaman Huacras, y en otras partes tamta, y todos estas ornamentos los guardan para este ejeto (21,p. 3o). Le témeiguage d’autres auteurs montre que les tincullpa n’étaient pas uniquement réservés aux cérémonies cultuelles; Montesinos les classe, en elïet, parmi les armes défensives, dont il attribue l’invention à lluascar Titu Tupac : Inventâ armas defensioas, que cran... encima de los pechos y cspaldas grandes patenas', los Senores las usaban de oro, y los de su sangre y capitanes de plata, y los demas de cabre (252, p. 6i).
(^) En réalité, Gonzalez Suârez en figure six de cette localité; mais, l’une de ces pièces, que nous reproduisons d’après une' photographie exécutée par M. Gonnessiat, directeur de l’Observatoire astronomique de Quito [pl. XXIF, fîg. i), et que nous avons pu examiner dans cette ville, est certainement portée à tort par l’historien équatorien comme provenant du pays pasto. En réalité, elle a été trouvée dans une sépulture de la région des Canaris, à Chordeleg.
(a) Laine de vigogne tissée (233).
3oo
ETHN0GRA.1'HIE ANCIENINE DE l’ÉQUATEUR.
fig. 1 1), porte à neuf le nombre des tincuUpa connus du pays pasto. Le pays cara est représenté par neuf pièces également, dont deux ont été recueillies dans une tola à Cochasqui (142, pi. xxxvii), deux à Itschimbia, près Quito ( ' ) (196 bis, pi. ix-x), une à Puéllaro [pi. XXIII, fig. 7) et dont les autres sont mentionnées par Saville (365, ii, p. 174). Du pays puruhâ, nous n’en possédons qu’un seul échantillon [pl. XXIV, fig. 16). Par contre, le pays canari en a fourni beaucoup. Outre les nombreuses plaques que renfermait le trésor de Cuenca (164), dont nous reproduisons trois spécimens (') [pl. XXllI, fig. I, II, pl. XXIV, fig. 3), on en connaît cinq autres, provenant de Cuenca même (■*) (45, pi. vi), de Chordeleg [pl. XXIV, fig. 1 ; 27, pi.xxv,fig.e), d’Azôgues [21, pl. XL, fig. 6) et de localités indéterminées de la province de l’Azuay {129, pi. iii,fig. t, uo, Allas, pi.v, fig.'], pl. VI, fig.2) L’usage de ces ornements existait également dans la région orientale, chez les Quijos (140, vi, p. 59), et, comme l’ont montré les découvertes de Saville, parmi les tribus du littoral. Outre les trois exemplaires qu’il a trouvés à Manantial, dans la province de Manabi (365, i, p. 71-73, pi. xli), l’archéologue américain en signale trois autres recueillis dans la même région, entre Jipijapa et Portoviejo et dans le voisinage de Carâques, qui appartiennent au British Muséum, au Musée ethnographique de Berlin et à la collection Santos (365, ii, p. 177) (Q.
Toutes les pièces du pays pasto sont en or; trois seulement du pays canari sont en argent et une en cuivre, tandis que les exemplaires des pays puruhà, cara et de la région de Manabi (®) connus jusqu’à ce jour sont en cuivre ou en cuivre doré, à l’exception des deux pièces d’ Itschimbia décrites par Jijon y Caamano (196 6is, pl. ix-x), qui sont en or. Ainsi se trouvent délimités en Équateur deux centres prin-
('^) Jijon y Gaanaaiio décrit ces deux pièces comme des pendants d’oreilles. Nous pensons qu’il s’agit plutôt de plaques pectorales.
(^) Heuzey (164) a publié le dessin d’une de ces pièces. C’est un des rares objets du trésor de Cuenca qui ait échappé au creuset (Tr, n° 21188).
(^) Cette pièce a été décrite par Bollaert comme un masque, mais il est évident qu’elle rentre dans le groupe des tincullpa.
Cette dernière pièce est également figurée dans le mémoire de Gonzalez Suarez sur les Canaris (139, pl. III, fig. 2).
{“) Sans nier que les plus petites de ces plaques aient été des ornements pectoraux, Saville pense que les plus grandes (un de ses exemplaires ne mesure pas moins de 5i'"' de diamètre et celui du British Muséum le surpasse encore en grandeur) étaient des gongs (365, I,p. 72-78, II, p. 177). Cette explication est purement hypothétique, tandis que, en dehors même du témoignage des chroniqueurs, un grand nombre de documents archéologiques démontrent que cos disques étaient portés sur la poitrine. Sans citer les preuves qui en ont été découvertes dans d’autres régions américaines, telle, par exemple, la momie de Casabindo, figurée par Ambrosetti (13, p. 28b, fig. 85), la céramique précolombienne de la province de Manabi même en a fourni une qui nous semble décisive. Saville a, en effet, trouvé dans cette région un vase d’argile orné d’un personnage, sur le vêtement duquel est fixé un large disque à centre en relief, qui est évidemment un (incullpa (365, II, p. 214, pl.LXXXIX, fig. 2) et il signale qu’il a recueilli un grand nombre de pièces semblables dans la province d’Esmeraldas (365, II, p. 177), Les habitants de la région côtière considèrent les plaques de grande taille comme des boucliers; Saville, qui rapporte cette opinion, ajoute, fort justement, que rien ne justifie une telle interprétation (365, II, p. 177).
(•') Un habitant do Carâques a cependant rapporté à Saville la découverte, faite à Calcela, d’un disque d or orné en son centre d’une tête d’animal (365, II, p. 176).
OBJETS EXTRAITS DES TOMBES PRÉCOLOMBIENNES DE l’ÉQUATEUR. 3oi
cipaux du travail de l’or : l’un au Nord, correspondant au pays pasto, l’autre au Sud, correspondant au pays canari.
Les tincullpa équatoriens ne présentent pas tous les mêmes caractères. Parmi les diverses variétés qu’on peut distinguer, il est un type particulièrement intéressant, dont nos pièces de Riobamba et de Puéllaro {pl. XXIII, fig. 7, pl. XXIV, fig. 16) fournissent de bons spécimens. Ce sont des plaques circulaires, dont le centre a été repoussé en une calotte sphérique, où se trouve dessinée, par le même procédé du repoussé, une ligure humaine. Entre celle-ci et les bords du disque, il n’existe aucune ornementation. Deux orifices ont été pratiqués juste au-dessus de la face et deux autres, plus rapprochés, au niveau de la bouche (').
A l’exception des deux pièces en or d’Itschimbia, toutes les plaques du pays cara et de la région de Manabi sont identiques, à quelques variantes insignifiantes près, aux objets que nous venons de décrire, non seulement par leur forme générale, mais aussi par tous leurs détails. On y voit toujours la partie centrale repoussée; sur presque toutes, les orifices sont disposés dans le même ordre et placés aux mêmes endroits ; la similitude est surtout frappante dans l’uniformité avec laquelle sont rendus les traits de la figure humaine (*). Si l’on tient compte de l’étendue du territoire dans lequel ces divers disques ont été trouvés, une telle unité de facture ne peut guère s’expliquer qu’en supposant que le personnage dessiné avait un caractère symbolique, vraisemblablement religieux, et que la représentation en était fixée par des règles traditionnelles. Un autre fait digne de remarque, c’est que ces tincullpa ne sont jamais en of; tous sont en cuivre ou en cuivre plaqué d’or.
L’homogénéité remarquable de cette série à tous points de vue, le fait que tous les objets qui la composent ont été rencontrés exclusivement, d’une part, dans la province de Manabi et, d’autre part, dans la partie de la région interandine habitée autrefois par les Garas ou soumise à leur influence immédiate (pays puruha), apportent un argument nouveau à l’appui de la thèse que nous avons adoptée d’après Velasco, à savoir que les Garas habitaient le littoral du Pacifique avant de venir s’installer sur le haut plateau. Get argument nous paraît d’autant plus
(^) Sur des exemplaires de la collection du D’’ Luis Felipe Borja hijo, de Quito, le Reinburg a vu des pendeloques métalliques suspendues à ces orifices.
(^) Saville croit que la figure gravée sur ses échantillons de Manabi représente un félin, probablement un puma. Il trouve, en effet, qu’elle est traitée de la même façon que les têtes de puma qui ornent un grand nombre des sièges de pierre de la même région (365, I, p. 72, II, p. 177). Nous notons cependant une différence essentielle entre les deux représentations; sur les plaques, jamais les oreilles ne sont indiquées, tandis qu’elles existent presque toujours sur les sièges sculptés. Elles ne sont absentes que sur un de ceux-ci (365, 1, pt. XXVII, fig. i), dont la gravure, très semblable à celle des lincullpa, a une apparence franchement humaine. De plus, sur un des disques de Manabi, le front du personnage présente un ornement (365, 1, pl. XLI, fig. 3), et l’on no devine pas bien à quoi il pourrait correspondre, si le graveur avait voulu représenter un félin. D’ailleurs, qu’il s’agisse d’une représentation humaine, comme nous le pensons, ou animale, comme le croit Saville, peu importe, car quelle que soit l’interprétation adoptée, elle est valable pour toute la série de disques que nous venons d’étudier, dont l’homogénéité reste, par suite, entière.
ETHNOGRAPHIE ANCIENNE DE l’ÉQUATEUR.
décisif que, pour deux au moins des pièces trouvées dans, la région de Quito, nous avons la certitude qu’elles furent découvertes dans une tola, c’est-à-dire dans un monument funéraire propre aux Garas ('). Cette nouvelle preuve ne fait d’ailleurs que corroborer celles empruntées à la toponymie, à la linguistique, à l’archéologie, à l’ethnographie, que nous avons déjà exposées.
Les deux pièces découvertes à Itschimbia diffèrent compiètement de celles que nous venons de décrire. Outre qu’elles sont en or, elles sont constituées par une très mince lame circulaire de ii3™™ de diamètre, ornée sur son pourtour d’une fine ponctuation au repoussé, disposée suivant deux cercles concentriques; en leur centre, un rectangle dessiné de la même façon encadre une figuration humaine obtenue par découpage à jour, cjui rappelle beaucoup les figurations équatoriennes et colombiennes cjue nous avons groupées dans notre figure Si. Entre le rectangle central et les cercles périphériques, des découpures triangulaires dessinent une véritable étoile autour du personnage ; enfin, au-dessus de la tête de celui-ci, près du bord de la plaque, existe un orifice de suspension, dans lequel, sur l’une des deux pièces, est passé un anneau d’or (196 Us, p. 11-12, pi. ix-x).
Les tincullpa du pays pasto sont tous en or, ainsi que nous l’avons déjà mentionné ; aucun ne porte de figure d’animal. Le plus souvent, ce sont de simples disques, parfois complètement unis comme une patène, parfois ornés de dessins au repoussé. Cette ornementation est constituée, tantôt par une calotte sphérique centrale, qui fait ressembler la placjue à un chapeau rond à très grands bords, tantôt par une série de cercles concentriques formés d’une cannelure assez large {pl. XXIV, fig. ii) ou de petites cupules juxtaposées. Quelquefois, cependant, le décor cesse d’être géométrique : c’est ainsi cju’une des pièces figurées par Gonzalez Suarez (142, pi. xxv est décorée de deux faces rondes accouplées, entourées d’une auréole de fines cupules.
Toutes ces plaques sont de dimensions assez réduites. Le plus petit exemplaire que nous ayons vu mesurait seulement 42““^de diamètre, et le plus grand de ceux cj[ui ont été représentés par Gonzalez Suarez, 87^^“. Les quatre disques que nous avons étudiés à Quito pesaient respectivement /\o^i5, 36^50, g*’' et 6^i5. Tous sont munis d’un orifice de suspension placé près de leur bord.
Les plaques du pays canari sont, pour la plupart, lisses ou simplement bordées de cercles concentriques de points saillants [164, p. 125). L’une de celles du trésor de Cuenca [pl. XXIII, fig. ii) est décorée de cercles au repoussé et porte en son centre des signes obtenus par le même procédé, dont l’interprétation nous échappe. Cer-
('^) L’origine évidemment cara de ces pièces conduit à une hypothèse plausible pour l’interprétation de la figure humaine qui les orne, et à laquelle nous attribuons, pour les raisons exposées ci-dessus, un caractère symbolique. Comme nous savons que les Garas adoraient la lune, il n’est pas illogique de supposer que c est cette divinité qu’ils ont voulu représenter sous la forme d’une face arrondie, comme le font souvent les primitifs, et même les civilisés. Dans l’hypothèse de Saville, le même caractère religieux pourrait être attribué à l’image du puma et expliquer également l’invariabilité de sa représentation, puisque cet animal était lui aussi l’objet d’un culte, aussi bien chez les tribus de Manabî que chez les peuplades caras.
OBJETS EXTRAITS DES TOMBES PRÉCOLOMBIENNES DE l’ÉQUATEUR. 3o3
taines cependant sont ornées de figures zoomorphes ou anthropomorphes. Sur quatre échantillons de Patecte [pl. XXIII, fig. i, pl. XXIV, fig. 3) et un de l’Azuay {m, Atlas, pi. VI, fl g. 2), le disque est divisé en quatre champs égaux par des rayons qui partent d’un cercle central et rejoignent un cercle périphérique; ces divisions et ces cercles sont formés de points saillants juxtaposés ou de lignes en relief. Dans chacun des cadrans ainsi délimités, une même figure de félin, exécutée au repoussé, se trouve répétée. Sur la seconde pièce de l’Azuay publiée par Gonzalez Suarez, le centre du disque est oecupé par une face humaine en relief, autour de laquelle sont disposées en cercle trois faces plus petites, alternant avec trois oiseaux aquatiques qui paraissent nager (139, pi. iii, fg. 2; 140, Atias, pi. v, fg. 7). Le même décor se retrouve sur le tincullpa de Chordeleg figuré par Bamps ('). Le savant belge considère que l’image centrale représente le soleil, et les trois masques du pourtour la lune (27, pL XA'v, /ig. 6, p. i33). La seconde plaque, décrite par le même auteur, est malheureusement en très mauvais état; elle paraît cependant se rapproeher beaucoup du type cara, car on voit en son centre « les traits de la face humaine, représentant, pour autant qu’il est possible d’en juger, le disque de la lune » (27, pi. xl, fg. 6, p. 143). Cette ressemblance avec les disques caras s’affirme encore par le fait que cet objet est en cuivre comme ceux-ci, et qu’il est le seul de tous les tincullpa connus du pays canari qui soit dans ce cas.
Le tincullpa décrit par Bollaert (45, p. 92, pi. vi) et celui que représente la figure i de notre planche XXIV, très semblables l’un à l’autre, sont d’une exécution beaucoup plus soignée qu’aucun de ceux que nous avons décrits jusqu’ici. Tous deux sont ornés d’une figure humaine grimaçante, dont tous les traits sont rendus avec un réel sentiment artistique. Sur notre pièce, en particulier, les yeux et le nez sont dessinés avec un souci du détail peu commun dans les gravures précolombiennes de la région; la bouche entr’ ouverte laisse voir une forte denture armée de canines volumineuses ('); un ornement circulaire couvre le milieu du front; de chaque côté de la face, descendent deux crêtes flexueuses qui paraissent représenter les cheveux; enfin, dans la région du menton, on voit trois champs en saillie entourés d’une ligne ponctuée. Une figure d’un earactère analogue s’observe sur un casque d’or qui faisait partie du trésor de Cuenca [pl. XXIII, fig. 2). Il semble bien qu’il s’agisse là d’une représentation de quelque divinité; nous croyons également que les figures
{^) Autant qu’on peut en juger d’après les figures de Gonzalez Suarez et de Bamps, il s’agit du même objet. Il semble qu’un certain nombre des pièces de la collection de Ville, décrite par Bamps, aient été étudiées par l’historien équatorien, avant d’être envoyées en Belgique.
[‘‘) On retrouve ces volumineuses canines sur un masque d’or du rio Esmeraldas (371, pl. LXI, fg. 8), sur un vase anthropomorphe des environs du cap de Santa Elena (365, II, pl. CXII] et sur un très grand nombre de figurations humaines qui ornent des poteries trouvées sur le littoral péruvien, à Puno, à Santa, à Pachacamac, à Pacasmayo, à Trujillo, et surtout à Chimbote [22, III, fg. 283-357; ^34, p. 618-619; 408, pl. IV, fg. 3). Des représentations analogues se rencontrent au Mexique, dans les Etats de Vera-Cruz et de Tamaulipas (128 Jts, pl. IX, fg. 66, pl. XXI, fg. 180-181, pl. XXIX, fg. 286).
3o4 ETilNOGRAPIlIE ANCIENNE DE l’ÉQUATEUR.
zoomorphes des autres plaques correspondent à ces cultes totémiques, dont nous aA'ons signalé l’existence précisément chez les Canaris (p. 33).
Des objets analogues à eeux cjue nous venons de déerire se trouvent répandus en Amérique, depuis la Floride au Nord, jusqu’à la région diaguite au Sud. Au Pérou, on en a reneontré d’assez nombreux spécimens dans toute la zone du littoral, à Chuquitanta, à Chimhote, à Chaneay, à Paehacamae, dans les environs de Lima (23, pi. -WF, pi. XXXVI, fig. 540), a Aneon (335, iii, pi. lxxxi, fig. i8-ig; s'-c. n“* 17081, 28144; Tr- 1>°'‘ 4645^ 44o8), à Cajamarea (434, p. 129), au Chimu (387, p. 172), à Chaeota (43, p. 282, fig. 6). Ces plaques étaient portées, soit sur le front, soit sur la poitrine; 7 sont en cuiAU’e, i3 en argent, 7 en or. On y retrouve à peu près toutes les formes équatoriennes, sauf eependant le type cara et le type canari à face humaine grimaçante.
Des deux exemplaires que nous eonnaissons du haut Pérou, l’un est en enivre et provient de Tinta (71, pi. vi] ; l’autre, qui a été figuré parBollaert, est en or et provient de Cuzco. Il représente, pour l’ethnographe anglais, un zodiaque inea (45, pi. vu). Bandelier en a trouvé un spécimen, également en or, orné d’une faee humaine, dans l’île Titieaea (30, pi. lxxviii, fig. i).
Il est impossible, à notre avis, de séparer des tincuUpa équatoriano-péruviens les plaques frontales ou peetorales eirculaires et les disques en enivre fondu ('), dont la mission de Créqui-Montfort et Sénéehal de la Grange a reeueilli quelques spéeimens en Bolivie, à Tiahuanaco (n'>374o) et à Toearji, qui se reneontrent aussi parfois dans la puna de Jujuy (228, p. 86, pz. //, fig. 36 (7; 10, lu, p. 257-259) et, avec une très grande fréquenee, dans toute la région diaguite (276, p. 221; 8, xix, p. 193-203; 13, p. 265-3o4; 15 bis, p. 427, fig. 224, p. 431, fig. 225, p. 433-434). Il est vrai que le déeor diaguite est assez spéeial, mais, avee Boman, nous eroyons que l’ornementation particulière de ees pièees ne suffit pas à les séparer de leurs similaires péruviens.
Au sud et à l’est du pays diaguite, le tincuUpa ne se reneontre plus que d’une façon sporadique. Nous signalerons les quelques spéeimens chiliens en enivre et en argent (de Caldera, Osorno, Navidad) figurés par Médina (247, /Zg. nS, 122) et Lateham (221, p. 25), et les eurieux disques de laiton ('*) déeouverts réeemment dans des sépultures de Baradero (provinee de Buenos Aires) par Debenedetti (94, p. 410, fig. 5, 8).
En Colombie, l’usage des plaques pectorales était répandu chez un grand nombre de tribus (339, p. i56-i59). Les Chibehas leur donnaient les formes les plus variées, rectangulaires, semilunaires, eordiformes (34i, p. 144); mais, chez les Indiens de Popayan, elles étaient eirculaires (417, p. 490), ainsi que chez les Quimbayas (340, p. 20,52-54)
(‘) Dans sa belle monographie sur le bronze en pays calchaqui, Ambrosetti étudie séparément les plaques frontales ou pectorales et les disques (13, p. 265-3o4). Nous avons en vain cherché le critérium qui lui permet de distinguer la plaque pectorale circulaire du disque, qui, lui aussi, était, comme le démontre la momie de Casabindo représentée par l’archéologue argentin (13, p. 285, fig. 85), un ornement de poitrine.
(^) Cette plaque présente la particularité d’être enfermée dans un étui de cuir.
(■’) Ces disques sont d’ailleurs certainement postérieurs à la conquête, car les Indiens ne connaissaient pas le laiton.
OBJETS EXTRAITS DES TOMBES PRÉCOLOMBIENNES DE l’ÉQUATEüR.
et les tribus du Cauca, à en juger par les pièces d’Antioquia figurées par Uhle (407, 1, pi. XXIII, fig. Il), par Wilson (44i, pi. lxv) et par Uribe Angel (') (414, pi. xi, xiii-xviii, XXI, XXVI], et par celle trouvée sur les bords du Mingindo, affluent de l’Atrato (Cauca) (213, fig. i) (-). Il en était de même chez les Indiens du Darien (302, iii, p. i38; 163, 1, 2“ Déo., Liv. 2, p. 3o). Tous ces tincullpa colombiens sont en or, à l’exception d’un seul qui est en tumbaga (414, pi. xi, fig. 12).
Les caciques de Porto-Rico portaient également des plaques pectorales en or
L’Amérique centrale n’a fourni jusqu’ici que deux disques en cuivre, qui proviennent du Guatémala (105, Aiias, 3° Expédition, pi. VII, fig. 12) et des environs de Zapotlân, au Mexique (75 bis, p. 75). Tous les autres, qui ont été trouvés dans le Chiriqui (Xr. n» io585; 236 lcr, p. 225-226, fig. 379-380), au Costa-Rica (44i, pi. Lxvi ; 309, p. 1-3) et au Mexique (■’) (365, i, p. 71 ; 236, II, p. 292-298; 372^ p. 867, fig. 65), sont en or. Le spécimen mexicain rencontré à Tepic, sur la poitrine d’une momie, par Lurnholtz, est particulièrement intéressant pour nous, car il présente de grandes analogies avec certains disques de la région des Pastos. Suivant Grant MacCurdy, ces plaques étaient, au Mexique, le symbole de Tezcatlipoca, dont les prêtres sont représentés dans les codex avec cet ornement sur la poitrine (236 1er, p. 226) .
En Amérique du Nord, les disques métalliques sont d’une extrême rareté; cependant, Kunz en a figuré un en or de la Floride (212, fig. 2), très semblable aux disques de Colombie et du nord de l’Equateur, et on en a trouvé plusieurs en cuivre dans les mounds de la même région (3"7 u s, pi. vi, fig. 43; 254, p. 3i, fig. 16; 263, p. 37, fig. 0 et de la côte de Géorgie (257, p. 10, 25). Des gravures de de Bry (56, pi. xii, xiv, xviii, xxxv), dont deux ont été reproduites par Moore (263, pi. ix, x], montrent des Indiens de Floride porteurs de ces ornements. Un pendant circulaire en cuivre récolté par Smith dans la vallée Yakima (380, p. 95, fig. 83), ainsi que des objets similaires rencontrés dans le Wisconsin (274, ii, p. 228, 1G4, fig. 570), le Kentucky et l’Ohio (367 bis, pi. vi, fig. 44-45) semblent pouvoir être également rangés dans le groupe que nous étudions ici.
A côté des plaques circulaires que nous venons de décrire, nous rangeons deux pendeloques en or, découvertes dans la sépulture du Sigsig, dont nous avons donné plus haut la description (p. 124), et qui paraissaient fixées sur le vêtement dont était recouvert le squelette masculin. Ces pendeloques ont la forme générale d’un * (*)
(^) Une des pièces d’Antioquia figurées par cet auteur (414, pl. XIV, fig. 7) est la reproduction exacte d’une de nos formes du pays pasto, que nous avons comparée à un chapeau rond à très larges bords.
(^) Ces plaques sont très fréquentes dans la région, car, suivant M. Barlow, à qui appartenait la pièce décrite par Kunz, un banquier sud-américain en aurait recueilli une centaine dans un but commercial (213, p. 270). Seler en a figuré plusieurs dans deux planches consacrées aux objets d’or des Chibehas et des tribus du Cauca et de Tolima (37i, pl. XLIII-XLIV).
(*) Deux urnes de Ttaltelolco figurées par Peiiafiel (308, Làminas, I, pl. CXXVII, CXXVIII] sont ornées de personnages portant sur la poitrine un de ces disques; la même parure se retrouva sur une petite statuette en argile du Gerro de los Idoles (Tabasco) et un siiflet du Yucatan représentés par Hamy (152, pl. XXIV, fig. 72, pl. XXVI, fig. 78).
Arc de méridien équatorial , t. VI, (i).
triangle, dont la base est ornée d’une frange continue de petites lamelles d’or, suspendues par des fds de même métal. Sur la plus petite [pl. XXV, fig. 6), dont le poids n’est que de i6 gr., le sommet du triangle se termine par une partie arrondie où est figurée, au repoussé, une face humaine entourée d’ornements en raquette, disposés en rayons divergents. De chaque côté du visage, deux ornements semblables paraissent représenter des pendants d’oreilles.
La seconde pendeloque [pl. XXV , fig. 5), qui a déjà été figurée par Gonzalez Suarez (Ui, pl. III], pèse4i*^ et offre une forme plus compliquée. Comme la précédente, elle se termine à son sommet par une partie arrondie, mais qui ne porte aucun décor. En outre, latéralement, se détachent deux appendices en forme de chapeau de gendarme, sur chacun desquels est dessinée au repoussé une figure humaine, dont le cou paraît entouré d’un collier. Ces deux objets sont munis d’un trou de suspension, placé à la partie supérieure. Essentiellement, ils ne nous semblent pas différer des tincullpa; nous avons vu, d’ailleurs, qu’en Colombie, ces ornements n’étaient pas toujours circulaires et qu’on en a trouvé, chez les Chibchas, des spécimens de formes très variées (341, p. 144, fig. 3o, 3i, 32), dont certains ne sont pas sans analogie avec nos deux pendeloques canaris.
g. Ornements de tète.
a. Couronnes ou « llautos ». — ^La magnifique couronne que nous figurons dans cet ouvrage {pl. XXV , fig. i5) provient de la sépulture du Sigsig dont nous avons donné la description en nous occupant des tombes précolombiennes de l’Equateur (') (p. 123-124)- Elle se compose d’un large bandeau du poids de 206 gr., orné à sa partie antérieure d’une figure humaine au repoussé et de trois appendices ou aigrettes qui se terminent par une partie effilée en pointe. La représentation humaine n’offre rien de particulier, si ce n’est deux pendeloques qui l’encadrent symétriquement et doivent être des pendants d’oreilles. Derrière elle, était placée l’aigrette antérieure, dont la pointe était introduite à frottement dur entre deux lames d’or formées par un dédoublement du bandeau frontal en ce point. Les deux autres étaient fixées en arrière par le même procédé à l’endroit où l’ouvrier a dû imbriquer, sur une certaine étendue, les deux extrémités du bandeau pour les unir à l’aide de six rivets, disposés parallèlement en deux rangées de trois. Ces trois aigrettes ont la même forme rectangulaire allongée, mais elles diffèrent par leurs détails. La première, du poids de 126 gr., est percée d'un grand nombre d’orifices où passe un fil d’or qui porte à chacune de ses extrémités un petit disque semblable à celui que nous avons représenté en grandeur naturelle XIV, fig. 17). Ces petites
['■) Cette belle pièce, de même que la plupart des objets en or extraits de la sépulture du Sigsig, avait été acquise par Nicolas A. Ribadeneyra, de Guayaquil, en la possession de qui elle se trouvait encore en igoS. Grâce à l’entremise de notre excellent compatriote, M. Marius Maulme, nous avons pu en faire faire la photographie et un fac-similé en fer-blanc. Ce llauto a déjà été figuré et sommairement décrit par Gonzalez Suârez (141, p. 82, pl. III] .
OBJETS EXTRAITS DES TOMBES PRÉCOLOMBIENNES DE l’ÉQÜATEUR. 807
plaquettes ont parfois une double perforation, mais, le plus souvent, l’orifice est unique. Les deux aigrettes postérieures sont beaucoup plus simples ; l’une est pleine et sans aucun ornement : elle pèse 53 gr ; la seconde, dont le poids est de 5o gr., est divisée en deux, presque sur toute sa longueur. Les trois ornements présentent à leur base un très petit orifice où devait probablement passer un lien destiné à les assujettir plus fortement au bandeau.
Fig. 68. — Aigrette de Chimbote, Pérou, d’après Baessler (23, fig. 349).
Des trouvailles analogues ont été faites maintes fois en Équateur, mais toujours dans la région des Canaris. C’est ainsi que Gonzalez Suarez a figuré un très beau llauto à aigrettes ('), en or également, à peu près identique au nôtre (139, pL II, fig. 2; 140, Atlas, pi. VII, fig. 2), et Uhlc, des fragments d’ornements semblables en argent provenant de Canar (407, i, pi. xxiv, fig. 1-2). Le cuivre était aussi employé, comme le démontre la petite plaquette circulaire percée de deux orifices que nous avons recueillie à Monay et qui devait certainement faire partie de l’ornementation d’un llauto [pl. XXI, fig. 8). Deux autres pièces de notre collection.
(^) Voici la description qu’en donne cet auteur : « Cette couronne est formée d’une lame mince, où sont suspendus par de Uns fils d or de petites plaques circulaires de même métal, disposées en quatre rangées superposéess chacune de ces rangées comprend i6 plaques. La couronne se terminait par une feuille ou plume d’or, à moitié fermée sur elle-même » (140, Atlas, p. 86). D’après l’historien équatorien, cette pièce faisait partie du mobilier funéraire de la fameuse sépulture de Patecte, dont nous avons déjà parlé (p. 244)*
ETHNOGRAPHIE ANCIENNE DE l’ÉQUATEUR.
en cuivre également [pl. XX, fi g. 2, 4)j ne sont que des fragments d’aigrettes de forme un peu spéciale, dont on retrouve des spécimens au Pérou (’) et en pays diaguite (La Paya) (15 p. 430-433, fig. 225) ; elles proviennent l’une et l’autre d’Ingapirca. Les anciens Indiens du pays canari employaient donc, pour la fabrication de leurs couronnes, l’or, l’argent, ou le cuivre. Il est probable que le choix du métal était déterminé par le rang social de l’individu qui portait ces ornements.
Nous avons vu que les Indiens Esmeraldas usaient, au moment de la conquête, de couronnes d’or analogues (p. 44)-
Des llautos, en tous points semblables à ceux que nous venons de décrire, ont été découverts souvent au Pérou. Ils sont parfois en or, beaucoup plus souvent en argent, plus rarement en cuivre; certains sont superposables à notre pièce du Sigsig (23, fig. 344-345; 434, p. 661) ; d’autres ne sont représentés que par les aigrettes dont ils étaient ornés ; enfin, un certain nombre de bandeaux frontaux sont dépourvus de ces appendices. Plusieurs de ces objets portent, comme notre couronne, des disques mobiles ou une figure humaine au repoussé. Presque toutes ces trouvailles ont été faites dans des localités de la côte péruvienne : à Chimbote, à Pacasmayo, à Pachacamac, à Marquez, à Chuquitanta, dans les environs de Lima (23, pi. xxiii,xxiv,xxvi; 22, IV, fig. 412), au Chimu (387, p. 172), à Moche, à Virû, à Ancon (32, pi. v, fig. 7; 335, iii, pi. lxxxi, fig. 10; 434, p. 661; Tr. n- 2112, 21 13, 2896, 4373, 44o4, 4642, 4868), dans les îles Chincha (387, p. 1(^9). Toutefois, Baessler a figuré un bandeau frontal en argent de Copacabana (23, 389) et le
Musée du Trocadéro en possède un semblable étiqueté Haut Pérou (Tr. n» 4(o3).
On a découvert également des pièces analogues, parfois identiques, dans la région diaguite : tels sont l’aigrette de cuivre de Santa Maria (Catamarca), figurée par Ambrosetti (13, p. 229, fig. 45), l’aigrette et les bandeaux en or trouvés à La Paya par Boman (47, i, p. 218, ;^g. i3, e, /, g) et la belle couronne d’or de la collection de Rafael Martinez, provenant de la même localité (9, p. 1 20-1 22, fig. 1-3). Des ornements semblables étaient en usage chez les Comechingons de Cordoba (47, i, p. 219). Des plaques circulaires en or et en cuivre, absolument comparables à celles que nous avons figurées {pl. XXI, fig. 8, pl. XXIV, fig. 17), recueillies par la mission de Créqui-Montfort et Sénéchal de la Grange à Tocarji, par Reiss et Stübel à Malcuamayo (407, i, pi. xxv, fig. 16) et par Bandelier, dans l’île Titicaca (30, pi. lxvi, fig. i-3) montrent cjue l’usage de ces couronnes ouvragées s’étendait également, comme on pouvait le prévoir, à la région de la haute Bolivie.
Des couronnes d’or, plus ou moins comparables à celles que nous venons de décrire, étaient aussi en usage chez les Chibchas (34i, p. 106), les Quimbayas (340, p. 19), les Cunas (339, p. 149) et les Indiens du Darien (427 6is, p. 54).
(3. Tiares. — Parmi les objets du trésor de Cuenca, il s’en trouvait deux, de forme
(’■) Nou3 reproduisons ici une aigrette de Chimbote figurée par Baessler (23, fig. 349), justifie pleinement ce rapprochement. Elle se compose, comme les aigrettes équatoriennes, d’une lame rectangulaire, mais se termine par un ornement en fer à cheval. Qu’une brisure se soit produite suivant la ligne pointillée ab du dessin (tig. 68) nous aurions un objet absolument superposable à nos deux pièces d’Inga-pirca.
OBJETS EXTRAITS DES TOMBES PRÉCOLOMBIENNES DE l’ÉQÜATEUR. SoQ
tout à fait particulière, que nous désignerons, faute d’autre expression, sous le nom de tiares, à l’exemple de Heuzey.
L’un était un cône tronqué de 32^»' de haut, orné d’une bande saillante vers la base, le tout battu assez grossièrement. Cette tiare très pesante, dit Heuzey, n’a pu servir qu’à coiffer une idole, si ce n’est pas plutôt un grand vase (164, p. 12.3). La seconde pièce, dont nous reproduisons la photographie (') [pi. XXIII, fig. 2), est plus intéressante et a été décrite avec plus de détails : « C’est une sorte de casque d’or restreint et repoussé. Le timbre hémisphérique, muni d’une visière carrée ou peutêtre d’un couvre-nuque, et percé de deux trous pour ajouter des cordons, est surmonté d’un cône creux de 20cm de haut, qui termine le tout en chapeau de magicien... Le principal motif de la décoration, répété symétriquement sur les quatre côtés du casque, est un disque saillant, sur lequel se dessinent en relief les linéaments d’une face humaine. Dans les intervalles, quatre ornements assez confus, mais empruntés certainement au règne végétal, alternent avec les masques humains. L’écolier qui s’essaie à tracer sur les marges de son cahier d’écriture deux yeux, un nez et une bouche, le tout encadré dans un rond aussi régulier qu’il peut le faire, ne produit pas un dessin plus naïf que l’image laborieusement écrite dans le métal par l’ouvrier péruvien. Toutefois la répartition de certains détails caractéristiques montre que ce n’est pas une fantaisie enfantine, mais la volonté de reproduire un type consacré qui a conduit cette main inhabile. On notera, comme des singularités, la double ligne, accusant les rides au-dessus des sourcils et le travail de pointillé qui marque la place des moustaches. L’espèce de panache qui surmonte le front pourrait être un simple ornement ; mais, si défiant que l’on soit au sujet des symboles, on ne peut expliquer cette bouche aux canines aiguës et démesurément longues, autrement que par l’intention de rendre la figure plus redoutable en lui prêtant les terribles mâchoires des animaux carnassiers... Je ne crois pas que l’on s’aventure beaucoup en attribuant un caractère sidéral aux masques circulaires du casque de Cuenca, et en y reconnaissant soit la lune des Cagnarès, soit le soleil des Incas » (164, p. 123-125).
Nous ajouterons simplement qu’il y a une ressemblance très grande entre les figures humaines représentées sur ce casque et celles qui ornent, soit le disque de Chordeleg reproduit planche XXIV, figure i, soit la pièce similaire de Cuenca, figurée par Bollaert (45, pi. vi).
Cette forme de coiffure devait être exceptionnelle, car elle n’est représentée que sur de rares objets précolombiens. Heuzey ne l’avait retrouvée que sur une terre cuite figurée dans une petite édition des Antiquités péruviennes de Rivero, publiée à Lima (164, p. 123). Un décor peint sur une poterie de Huari, reproduite par de Castelnau, en offre un autre exemple. Suivant le voyageur français, le personnage à bonnet pointu serait Mango-Capac (7i, p. 2, p.i. a///). On a découvert également
(^) Voir page 244) note 2. Heuzey en a publié un dessin qui a été reproduit par Gonzalez Suârez (Î39, pl. II, fig. 1; 140, Allas, pl. VI, fig. i). L’objet a été fondu.
3lO ETHNOGRAPHIE ANCIENNE DE l’ÉQUATEUR.
en pays canari un certain nombre de pièces reproduisant des personnages porteurs de ces curieux ornements : ce sont un gobelet en or de Chordeleg, dont nous donnons le dessin d’après Gonzalez Suarez {fig. 78) et plusieurs des figurines en cuivre de Canar, d’Azôgues et d’Inga-pirca [fig. 7/i, 76, pl. XXII, fig. 16, 19), que nous décrivons plus loin (p. 879) ('). Enfin, un tunjo chibcha, figuré par Restrepo, montre un guerrier guecha, dont la tête est surmontée d’un casque conique du même genre (34i, pi. iii, fig. 5).
Il est probable que ces tiares étaient réservées à certaines personnalités et n’étaient portées que dans des cérémonies religieuses; mais nous en sommes réduits à des hypothèses, car le texte d’Arriaga, que nous avons cité plus haut (P* 299, note i), où le célèbre jésuite décrit le costume que revêtaient les Indiens dans leurs fêtes, ne fait pas mention de ces ornements spéciaux (•).
h. Ornements divers.
Dans une tombe du Sigsig (pays canari), nous avons trouvé une mince bande d’argent 69) de 9^") de large, dont les extrémités sont brisées et oxydées, en sorte
Fig. 69. — Bande d’argent du Sigsig ( J ).
que la longueur du fragment recueilli, qui est de 23^"' à 24*^'”, ne représente pas celle de l’objet entier. Le long des deux bords, se trouve une ligne de petits orifices régulièrement espacés, qui devaient servir à coudre cet ornement sur le vêtement. L’état de détérioration de la pièce ne permet pas d’en déterminer l’usage exact ; ce peut être aussi bien un large bracelet, analogue à ceux qu’on a fréquemment rencontrés au Pérou, qu’une partie de bandeau frontal.
(^) Une figurine d’argile, trouvée par Saville au Cerro Jaboncillo (365, II, pl. LXXXVI), porte une coiffure à visière postérieure, mais qui n’a pas la forme conique de la tiare canari.
(^) A l’heure actuelle, en Equateur, le jour du Vendredi-Saint, des Indiens figurent à la procession, coiffés d’une armature conique en bambou ou en jonc, recouverte de toile, atteignant parfois des dimensions considérables. Il est possible que cette curieuse coutume soit la survivance d’une manifestation religieuse précolombienne, où des individus étaient porteurs de « tiares » analogues à celles que nous venons de décrire (343, p. 96, 98, 100, loi, fig. 3, 4, pl. J\.
OBJETS EXTRAITS DES TOMBES PRÉCOLOMBIENNES DE l’éQUATEUR. 3ll
Dans une sépulture de Cojitambo, également en pays canari, le squelette était recouvert d’une parure complète de plaques de cuivre doré; malheureusement, elles sont tellement oxydées qu’il est difficile de se rendre compte de la forme primitive d’un grand nombre des fragments recueillis. Certains paraissent avoir été circulaires et étaient peut-être des tincuUpa. D’autres, qui mesurent 4'^'" 5 sur 4^^'^? sont rectangulaires et présentent des perforations à 2 ou 3 de leurs angles. Plus intéressantes sont les deux grandes pièces, à peu près intactes, que nous avons pu recueillir : la première est une bande allongée de lo'’^ de large et de environ de long, dont les extrémités sont découpées en forme de crosse {fig. 70). Deux orifices près du bord supérieur, trois le long du bord inférieur devaient servir à la fixer
Fig. 70. — Plaque en cuivre doré de Cojitambo (j).
sur le vêtement. L’ornementation consiste en une simple ponctuation au repoussé, qui suit tout le contour.
La seconde pièce {fig. 71) est un large plastron rectangulaire, aux angles arrondis, de 22^111 de largeur sur 25‘''i^ de hauteur, percé d’un orifice en son centre. Autour de cet orifice, est dessiné au repoussé un losange, de chaque angle duquel part un ornement en crosse double fait de petits points juxtaposés. A une faible distance des bords, on note, en outre, une double ligne au repoussé à peine visible (').
De petits fragments très oxydés de cuivre doré, recueillis en grand nombre à Azôgues (pays canari) par de Günzbourg (Xr.n» 9725), sont, sans doute, des débris d’ornements analogues à ceux que nous venons de décrire. M. Arsandaux, à qui nous en avons confié plusieurs pour en faire l’analyse, a constaté, en effet, qu’ils renferment des fibres végétales et, par une attaque à l’acide chlorhydrique, il a pu dégager de l’un d’eux un morceau de tissu de coton de i'’"’’ environ. Les produits
(^) L’échanorura que présente cette plaque est probablement récente. Nous supposons qu’un des ouvriers employés à la fouille, trompant notre surveillance, aura prélevé une parcelle de l’objet, pensant qu’il était en or.
ETHNOGRAPHIE ANCIENNE DE l’ÉQUATEUR.
d’oxydation des plaques métalliques ont si complètement englobé le tissu sousjacent qu’un examen, même très attentif, ne permet pas d’en soupçonner la présence (').
Fig. 71. — Plaque en cuivre doré de Cojitambo (}).
Des pièces de parure en cuivre, analogues aux nôtres, quoique de forme un peu différente, ont été également rencontrées dans la même région, à Canar (407, i, pi. XXIV, fs- ‘4, 18).
Il est diflicile d’indiquer avec précision l’usage de ces objets. En effet, s’il est certain qu’ils étaient attachés au vêtement, il nous a été impossible de déterminer exactement à quelle partie de celui-ci ils correspondaient. Peut-être faisaient-ils partie d’armures comparables à celles qu’Alvarado rencontra chez les Mantas (p. 46-47) et qui étaient aussi en usage chez les Esmeraldas (p. 44) et un grand nombre de peuplades colombiennes : les Armas (339, p. 137), les Quimbayas (340, p. 40), les Chibchas (341, p. icG), les Indiens du Darien (302, iii, p. i38).
(^) Des observations de ce genre ont déjà été laites. Restrepo a noté des morceaux de vêtements restés adhérents sur des plaque pectoraless en cuivre du pays quimbaya (340, p. 62) ; Uhle (407, 1, pl. XXIV, fig. 3, 5) et Baessler (23, p. 28) ont fait des remarques analogues sur des objets de cuivre péruviens. De son côté, Holmes a cité plusieurs faits de conservation de tissus, grâce à la décomposition d’objets de cuivre, observés aux États-Unis (173 1er, p. 36-37, pl. VIIl),
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