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PLACAGE

Notre cullectiüii renferme, comme nous l’avons dit, six objets de cvdvre plaqués, dont voici la désignation et l’origine ;

méro.

Désignation de l’objet.

Provenance.

Tribu.

Nature du placage

Fragment de hache ?

Cuinbe

Canaris

Argent

(id-)

Jordan

(id.)

(id.)

Inga-pirca

(id.)

(id.)

(pl. XV ni, fig. 9).

San Bartolomé

(id.)

Or

(pl. XIX, fig. 8).

Cojilambo

Cfis- 70).

Azogues

(id.)

(id.)

(Tr. Il» 9725).

Déjà, Bamps avait figuré quatre objets en cuivre argenté : deux sont des anneaux, dont l’un n’a pas d’origine précise et dont le second provient d’Arcadia, près Gualaceo (27, pi. XXIV, fig. 8, lo) ; les deux autres sont des ornements de nez, analogues à ceux que nous avons figurés {pl. XXII, fig. 7, g, i3), dont le lieu d’origine n’est malheureusement pas connu {2i,pi.xxv,fig.w, 12). Six narigueras semblables en cuivre doré, provenant d’Itschimbia, près Quito, ont été décrites par Jijon y Caaniano (196 6is) . D’autre part, Saville mentionne quatre tincullpa, plaqués d’or sur le revers, récoltés en pays eara, plusieurs bagues, des anneaux plats, une pince à épiler en cuivre doré recueillis dans la provinee de Manabi, et signale des trouvailles de même ordre dans la province d’Esmeraldas (365, ii,p. 174-176, pLLXF/,/ig. 7,9, n), région d’où l’on connaissait déjà un masque d’or plai^ué d’argent figuré par Seler (371, pi. lxi, fig. 8) .

De ces faits, on peut conclure que le placage était en usage chez toutes les tribus é(|uatoriennes, tant du littoral que du haut plateau, sauf peut-être chez celles qui habitaient la partie la plus septentrionale de la vallée interandine, les Pastos.

M. Arsandaux a fait l’analyse du placage des échantillons n"® 1, 2, 66; sur les deux premiers, il a trouvé de l’argent sensiblement pur, tandis que l’or du troisième renfermait une petite quantité d’argent.

Sur l’échantillon iD 66, il a déterminé en outre l’épaisseur de la couche d’or (') qu’il a trouvée égale à oî^56, ce qui correspond à i de înétal par centimètre carré.

(^) Le procédé employé a été le suivant ; la surface de l’or recouvrant do part et d’autre un morceau de l’échantillon ayant été déterminée (méthode des surfaces pesées), le poids du métal précieux correspondant en fut étahli après solubilisation des métaux autres que l’or par l’acide nitrique à 25 pour loo; ce poids, divisé par le produit de la densité de l’or par la surface déterminée ainsi qu’il est <lit plus haut, conduit au résultat cherché.

OBJETS EXTRAITS DES TOMBES PRÉCOLOMBIEMXES DE l’ÉQUATEÜR. 337

Si r on admet que le placage était obtenu par martelage, l’habileté des ouvriers précolombiens égalait donc celle de nos batteurs d’or, qui, avec un outillage beaucoup plus perfectionné, ne peuvent pratiquement obtenir de feuilles d’épaisseur très notablement inférieure.

Sur toutes nos pièces, le placage s’est écaillé par place, et les produits d’oxydation du cuivre mis ainsi à découvert ont envahi les parties restées intactes, de sorte que notre échantillon n® 7, en particulier, avait absolument l’aspect d’une hache de cuivre fortement oxydée. Seule la présence de l’argent en quantité anormale dans l’échantillon de limaille prélevé fit penser à la possibilité d’un placage, qu’un décapage approprié mit en évidence.

La répartition du placage en Amérique est des plus intéressantes. A propos de ses trouvailles dans la province de Manabi, Saville a déjà abordé cette question; il s’est trompé toutefois en disant que le procédé était inconnu au Pérou. En effet, Wiener a signalé un grand nombre d’objets en cuivre plaqués d’or trouvés à Sipa (département d’Ancash) par M. G. Cisneros, et figuré un bandeau frontal de cette provenance (434, p. 584-585) ; de Cessac a rapporté au Musée du Trocadéro quatre tupu en cuivre argenté trouvés à Ancon {n“ 4547-4550) ; enfin, Baessler a représenté deux tupu de Marquez et de Piura en cuivre doré, un vase de Chuquitanta en argent doré, deux casse-tête, un bandeau frontal, un bol de Chuquitanta, un vase d’Ancon, trois objets de parure de Cbimbote et de Trujillo, en cuivre argente (23, fig. 209, an, 314, 3 15, 341, Sgo, 480, 485, 486, 525, 526) .

Les anciens Péruviens pratiquaient donc le placage de l’or sur argent, et de l’or et de l’argent sur cuivre. Toutefois, à en juger par les localités énumérées plus haut, le procédé paraît n’avoir été en usage que dans la région côtière ou dans la partie de la Cordillère immédiatement adjacente (département d’Ancash).

Au nord de l’Equateur, le placage d’or sur cuivre semble seul avoir été en usage. Les pièces connues sont un anneau de nez provenant de Garrapata (État de Tolima) [iOi.i, pi. XXIII, fig. i5), trois petites assiettes, une couronne, des tincullpa, de petites figurines zoomorphes provenant du pays quimbaya (340, p. 59-60). Des objets analogues ont été également rencontrés chez les Chibchas (34i, p. 143, fig. 20), et Restrepo rapporte c[ue la guerre sanglante que soutinrent les Espagnols, peu de temps après la conquête, contre le cacique Duitama, de l’État de Boyacâ, provint précisément de ce que celui-ci avait cherché à les tromper en payant son tribut avec des objets en tunibaga (') dorés (340, p. 59).

On trouve aussi des objets de cuivre plaqués d’or en Amérique centrale, dans la région du Chiriqui (173, p. OS-Sg ; 236 ter, p. 194-195); sur certains, Holmes et MacCurdy ont constaté des écailliires comme celles (jiie présentent nos échantillons.

(^) Alliage de cuivre et d’or.

.4/’c de méridien équatorial, t, VI, (i).

ETHNOGRAPHIE ANCIENNE DE l’ÉQUATEUR.

En résumé, le placage était connu à l’époque précolombienne dans une zone comprenant le sud de l’Amérique centrale, la Colombie, l’Equateur et la côte péruvienne. Mais, tandis que dans cette dernière région et sur le haut plateau équatorien, il se faisait avec l’argent aussi bien qu’avec l’or, dans le reste du territoire que nous venons de délimiter, seul l’or semble avoir été employé.

Il est vraiment remarquable que l’étude de trois procédés métallurgiques conduise à des résultats absolument semblables : la zone où le placage était en usage coïncide à peu près exactement avec celle où l’alliage du cuivre et de l’étain était, pour ainsi dire, inconnu, mais où on pratiquait couramment celui de l’or et du cuivre, tandis que les indigènes du haut Pérou, de la Bolivie et de la région andine de la République Argentine ignoraient le placage et l’alliage du cuivre et de l’or, mais associaient presque constamment l’étain au cuivre.

La question du placage en Amérique soulève encore un autre problème : nous voulons parler du procédé ou des procédés auxquels les Indiens avaient recours pour l’obtenir.

Une première méthode a été indiquée par Oviedo (302, i, p. 189) ; le chroniqueur rapporte que les indigènes colombiens doraient les objets métalliques en les enduisant du suc d’une certaine plante ('). Holmes (173, p. 39) suppose que l’acide végétal, agissant sur un alliage d’or et de cuivre, donnait un sel que l’action du feu, jointe vraisemblablement à un polissage ultérieur, permettait d’éliminer, en sorte qu’il ne restait à la surface de l’objet qu’une mince pellicule d’or; mais cette explication nous paraît difTicilement acceptable, étant donnée la résistance que présentent aux acides forts les alliages de composition comparable à celle des objets précolombiens. Toutefois, il semble que, dans certains cas, par un processus se rattachant en partie à l’interprétation de Holmes, l’oxydation naturelle soit susceptible de provoquer une argenture superficielle aux dépens de l’argent sous-jacent existant à l’état d’alliage. C’est ainsi que, sur certains objets provenant de Virû ou de localités voisines du littoral péruvien, Baessler a constaté une teinte argentée si nette qu’elle pouvait donner l’illusion d’un véritable placage; or, de petites parcelles de métal, prélevées les unes à la superficie, les autres à l’intérieur des objets, donnèrent à l’analyse des résultats identiques et révélèrent un alliage homogène de cuivre et d’argént. Ce résultat a conduit le savant allemand à attribuer l’apparence

(^) Los indtos sahen rnuy bien dorar las p:eç2S é cosas que ellos labran de cohre é de oro mwj baxo. Y iienen en esta tanto primor y exçe ençia, y dan tan subido lustre â lo que doran, que parcsçe que es tan buen oro, como si fuesse de i’eynte é très quilates ù mas, segun la color en que queda de sus manos. Esio haçén ellos con çierlas hiervas, y es tan grande secrelo que qualquiera de los plateros de Europa, 6 de otra parie, donde entre chripstianos se usasse é supiesse, se iernia por riquissinio hombre, y en breoe tiempo lo séria con esa mariera de dorar. Este notable no pertenesçe à esta isla [Espanolo'] ni otras de las comarcanas; porque no se liage sino en la Tierra-Firme, é alla se oé inuclia cantidad de oro baxo dorado de la manera que lie diclio — Yo he v’islo la hieroa, é indios me la han ensenido-, pcro nunca pude por Italagos, ni de otra forma sacar dellos el secreto, é negaban que ellos lo haçian, sino en otras tierras rnuy lexos, sen'ilando al Sur ô parte méridional.

OBJETS EXTRAITS DES TOMBES PRÉCOLOMBIENNES DE l’ÉQUATEUR. 33g

d’argenture à l’oxydation du cuivre dans la couche la plus superficielle (23, p. i6, 17). Quoi qu’il en soit d’ailleurs, cette explication ne peut évidemment convenir pour les placages qui présentent une épaisseur notable et s’écaillent par endroits, comme c’est le cas pour nos échantillons.

Dans certains cas, il est évident que la feuille d’or ou d’argent a été appliquée sur la pièce de cuivre soit par martelage, soit par cylindrage. C’est l’explication que Baessler admet pour un bon nombre de pièces péruviennes de sa collection (23, p. i5, 16). Elle convient également à un grand nombre de pièces équatoriennes de la province de Manabi (365, ii, p. 174) et à celles que nous avons recueillies sur le haut plateau. L’examen de nos échantillons 1 et 2 est particulièrement démonstratif à ce point de vue. En effet, une coupe de ces pièces montre nettement la ligne d’union du cuivre et de l’argent; en certains endroits même, on note un manque d’adhérence des deux métaux qui explique la formation des écaillures. En outre, on voit parfaitement que la surface de contact des deux métaux n’est pas plane et que l’épaisseur de la couche d’argent est très variable, tout en restant toujours relativement grande.

Néanmoins, pour certains objets du Chiriqui, il semble que cette explication ne saurait convenir. A ce propos, Holmes signale un troisième procédé, qui lui a été suggéré par Kunz (173, p. 39) ; les Indiens auraient fait un modèle en cire de l’objet à fabriquer, qu’ils auraient recouvert d’or, puis d’argile. En soumettant le tout au feu, la cire se serait écoulée par un orifice ménagé à cet effet; il restait, à l’intérieur du moule, une mince coque d’or qu’il suffisait de remplir d’un métal en fusion pour obtenir une pièce plaquée.

Outre qu’il n’existe aucune preuve que cet ingénieux moyen ait été employé par les Précolombiens, il ne saurait en aucune façon avoir servi à la fabrication de nos pièces équatoriennes. Comment admettre, en effet, que des feuilles d’or aussi minces que le sont les nôtres aient pu résister à l’action dissolvante d’un alliage cuprifère fondu ? Même dans le cas où il n’y aurait pas eu dissolution, il se serait au moins produit un mélange superficiel d’or avec l’alliage introduit dans le moule et, dans ce cas, on ne s’expliquerait plus pourquoi nos placages se sont écaillés.

Reste l’hypothèse très séduisante, émise par Baessler, suivant laquelle, au Pérou du moins, le placage aurait été parfois obtenu par amalgamation (23, p. 16). Les arguments" que le savant allemand donne à l’appui de sa supposition ont une réelle valeur. Suivant Garcilasso, les Incas avaient interdit expressément l’exploitation du mercure, parce que l’expérience leur avait appris son action néfaste sur la santé des ouvriers appelés à le manier; par suite de cette défense, les Indiens « en bannirent mesme le nom, et de leur mémoire, et de leur langue ». Toutefois, le chroniqueur ajoute que, par faveur spéciale, les femmes de sang royal continuèrent à employer le cinabre comme fard (129, ii,p. 1123-1125). De ce texte, Baessler conclut, non sans raison, que les Indiens avaient dû utiliser pendant un certain temps le mercure avant de

34o ETHNOGRAPHIE ANCIENNE DE l’ÉQUATEUR.

^l’apercevoir de ses effets nocifs et que, môme après l’édit de leurs rois, ils continuèrent à exploiter des mines de ce métal, puisque le cinaLre resta en usage. Il suppose donc que les objets plaqués découverts au Pérou, ou bien remontent à une période antérieure à la prohibition incasicjue, ou bien ont été fabricpés postérieurement en infraction de cette loi. Il est vrai c{ue Garcilasso déclare que les Péruviens ignoraient l’usage qu’on pouvait faire du mercure en orfèvrerie, mais il est incroyable c{ue des ouvriers, cpii travaillaient couramment l’or et l’argent et manièrent le mercure au point d’en arriver à des altérations de la santé, n’aient pas appris, ne fiit-ce c|ue par hasard, les propriétés de ce métal. Nous serions donc tout disposés à admettre aA^ec Baessler cpie, dans certains cas et pour certaines régions, la dorure et l’argenture ont été obtenues à l’aide de l’amalgamation; mais ce procédé ne semble pas convenir à nos pièces équatoriennes. En effet, la dorure au mercure conduit à la formation d’un alliage superficiel, comparable à celui qui se serait produit dans l’hypothèse de Kunz par contact avec un bain métallique fondu, et dans ce cas, l’écaillage de nos placages ne se serait pas produit.

En résumé, l’examen de nos échantillons, comme l’étude critique des divers procédés de dorure et d’argenture proposés, nous conduit à n’admettre comme possible que le placage par martelage.

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