CONCLUSIONS
Nous venons de voir que les anciens Équatoriens utilisaient le cuivre, l’or, l’argent, le platine et, vraisemblablement, l’étain qu’ils alliaient au cuivre; mais il s’en faut que tous ces métaux aient joué un rôle égal dans leur métallurgie ; l’argent et surtout le platine et l’étain n’étaient qu’exceptionnellement employés. D’autre part, l’industrie de ces divers métaux ne s’est pas développée d’une façon parallèle, et lorsqu’on envisage la question, soit au point de vue géographique, soit au point de vue technique, on est amené à conclure que chaque industrie métallurgicjue a évolué d’une manière prescjue indépendante; le fait est surtout frappant pour le Cuivre et l’or.
Le cuivre était connu de toutes les tribus; néanmoins, toutes ne l’employaient pas avec la même fréquence et ne le travaillaient pas avec la même habileté. Quand on examine les obj< ts en cuivre de l’Équateur, on remarque bien vite qu’ils sont de plus en plus abondants et de plus en plus variés au fur et à mesure qu’on s’avance vers le Sud. Nous avons déjà fait la même constatation pour les objets en pierre. En pays pasto, l’industrie du cuivre n’existait pour ainsi dire pas, puisque nous ne connaissons comme provenant de cette région que quekjues fragments de fils de cuivre (p. 290), une bague (p. 290), un grelot (p. 3i3) et trois ornements de nez
OBJRTS EXTRAITS DES TO^IBES PRÉCOLOMBIENNES BE l’ÉQUATEUR. 34 1
(p. 296) ('). En pays cara et en pays puruhâ, le enivre commence à être plus fréquent puisque nous avons pu déciire trente objets fabriqués avec ce métal provenant de la première région (■) et treize de la seconde (^). Mais le centre métallurgique du cuivre le plus florissant du haut plateau est certainement le pays canari; nous avons, en effet, décrit dans les pages qui précèdent plus de deux cents objets de cette région. Le pays palta, le plus méridional, n’en a fourni, il est vrai, jusqu’ici que cinq (^), mais, comme nous l’avons déjà fait observer maintes fois, l’exploration systématique de cette province reste à faire, et tout nous porte à supposer ([ue des recherches régulières y mettraient en évidence une industrie du cuivre au moins aussi développée que chez les Canaris.
En ce qui concerne la région du littoral, il semble que la même règle ne puisse être posée que dans le haut plateau ; c’est exclusivement, en effet, dans les provinces méridionales (Guayas et Manabi) que des objets en cuivre ont été trouvés, tandis que les anciens Esmeraldas et Barbacoas ne paraissent pas en avoir fait usage.
De même que la comparaison de l’outillage équatorien et péruvien nous avait permis de suivre l’évolution progressive de l’industrie llthique au delà des frontières méridionales de l’Equateur, de même nous voyons l’industrie du cuivre continuer son développement au Pérou, en sorte que le caractère primitif de la culture équatorienne, sur lequel nous avons déjà insisté, apparaît là encore avec la plus grande netteté.
En présence de ces faits, on est naturellement amené à se demander si l’industrie du cuivre n’a pas été introduite en Équateur par les envahisseurs péruviens, comme le rapporte l’auteur d’une ancienne relation sur les Canaris que nous avons eu l’occasion de citer (p. 3o). Dans cette hypothèse, on comprendrait qu’en s’éloignant du centre originel, c’est-à-dire en s’avançant vers le Nord, on observe une rareté de plus en plus grande, en même temps qu’une moindre perfection des objets en cuivre. Nous croyons cependant que l’industrie métallurgique a précédé, en pays équatorien, l’invasion incasique, et voici nos raisons.
En Équateur et au Pérou, les industries métallurgiques ne sont pas identiques. Tandis que l’ouvrier péruvien du haut plateau alliait couramment l’étain au cuivre, son voisin du haut plateau équatorien ignorait l’alliage cupro-stannique, ou, tout au moins, n’y avait recours que très exceptionnellement. On pourrait supposer, il est vrai, que l’introduction de l’industrie du cuivre dans la région andine équa-
(^) Encore pour ces c|uatre derniers objets, un doute est-il permis sur leur provenance exacte, comme nous avons eu l’occasion de l’indiquer en les décrivant (p. 296, 3i3).
(^) A savoir : une hache simple (p. 265), une hache perforée (p. 266), une hache à tranchant semi-circulaire et à oreilles (p. 269), une hache cérémonielle (p. 272, fîg. 62), quatre casse-tête (p. 279), deux tupu ( p. 288), six navigueras (p. 296), sepHincullpa (p. 3oo), trois grelots (p. 3i3), cjuatre figurines humaines (p. 822).
(^) A savoir : deux haches à tranchant semi-circulaire et à oreilles (p. 269), six haches à tranchant sem.icirculaire et à talon perforé (p. 268), trois tupu (p. 288), deux anneaux de cou (p. 294).
(^) A savoir : une hache perforée (p. 266), une hache à oreilles (p. 266), une hache à tranchant semi-circulaire et à talon perforé (p. 268), une hache à douille (p. 270), un tumi (p. 276).
342 ETlINOCriAPHIE ANCIENNE DE l’ÉQUATEUR.
toi'ienne, au lieu tle s’être faite par le haut plateau, se serait faite de proche en proche par suite du contact avec les peuples du littoral péruvien; ceux-ci, en effet, bien que fabriquant des objets en cuivre sans alliage, paraissent avoir été des métallurgistes encore plus habiles que leurs voisins de la Cordillère, tant par le nombre que par la variété de formes des produits de leur industrie, comme nous l’avons montré à diverses reprises (p. 27^, 279-281, 286, note 2, 288-289, 3i4)- Mais, cette hypothèse, pas plus que la précédente, n’expliquerait qu’en Équateur, les instruments de cuivre reproduisent presque exclusivement les formes de la série lithique, y compris celles des types locaux que nous ne trouvons pas chez les anciens Péruviens, par exemple la hache simple perforée (p. 266) ou la hache à tranchant semi-circulaire et à talon perforé (p. 268). Il est, en effet, très important de constater l’étroite solidarité qui existe en Équateur entre l’industrie lithique et l’industrie métallique; de l’une à l’autre, il y a continuité absolue. L’apparition du métal ne coïncide nullement avec un renouvellement des formes; l’ouvrier continue à reproduire en cuivre, parfois en or ou en argent, les outils, les armes, les ornements qu’auparavant il taillait dans la roche. Ce seul fait prouve, à notre avis, que l’industrie du métal s’est substituée chez eux à l’industrie de la pierre, par suite de l’évolution progressive de leur propre civilisation. Cette substitution s’est faite assez tardivement, sans aucun doute, au moment où les outils de pierre s’étaient déjà fortement différenciés. Les instruments lithiques ayant acquis des formes nettement définies, l’ouvrier métallurgiste n’a eu qu’à les copier ('), sans avoir besoin d’aller chercher ailleurs des modèles; de plus, en raison même du degré de perfection qu’avait atteint le travail de la pierre, la roche continua à être employée avec une plus grande fréquence que le métal, tandis qu’au Pérou c’est le phénomène inverse qu’on observe.
En somme, les industries métallurgiques équatorienne et péruvienne, quoique dérivées l’une et l’autre d’industries lithiques essentiellement comparables, comme nous l’avons montré (p. 289-240), se présentent avec des caractères assez nettement différents, pour qu’on soit fondé à supposer qu’elles ont évolué de longues années à peu près indépendamment l’une de l’autre. Que l’invasion incasique ait imprimé un essor à l’industrie en quelque sorte autochtone de l’Équateur, qu’elle l’ait enrichie de formes et de procédés nouveaux, qu’elle en ait modifié et perfectionné la technique, le fait n’est pas douteux, et nous essaierons dans un instant de préciser cette influence. Mais, il nous semble non moins certain que les aborigènes équatoriens, avant d’être subjugués par les souverains de Cuzco,
(1) Il en résulte qu’ alors que la classification de la série lithique présentait de réelles difficultés et demeurait toujours un peu arbitraire en raison des multiples formes de passage existant entre chaque groupe d’objets, il n’en va plus de même pour les objets en métal. Dérivant directement d’objets en pierre déjà fortement spécialisés, ils présentent toujours une forme bien définie, qui permet de les classer dans telle ou telle catégorie bien déterminée.
OUIETS EXTRAITS DES TOMBES PRÉCOLOMBIENNES DË l’ÉQUATEUR. 343
employaient le cuivre, conjointement à la pierre, pour la fabrication de leurs armes, de leurs outils et de leurs ornements.
En même temps que l’industrie du cuivre, celle de l’or atteignait en Equateur un remarquable développement. Le centre le plus important du travail de ce métal paraît avoir été également le pays canari, puisque nous n’avons pas mentionné moins de cinquante-sept objets de cette région (') ; mais il existait un second centre presque aussi important dans le pays pasto, d’où nous connaissons vingt-cinq pièces ('). Le fait est d’autant plus remarquable que, dans ce territoire, l’industrie du cuivre était à peu près inexistante. Il semble donc que ces deux centres se soient formés et se soient développés indépendamment l’un de l’autre; et, de fait, les objets en or sont exceptionnels dans toute la partie de la vallée interandine qui les sépare, puisqu’on n’en a découvert jusqu’ici que quelques spécimens en pays cara (^) et qu’on n’en a signalé aucun du pays des Latacungas et du pays des Puruhaes. Au sud du pays canari, c’est-à-dire en pays palta, l’or semble également rare; nous ne connaissons, du moins, qu’un seul objet de cette région, une pince à épiler (p. 3i4), qui soit fabriqué avec ce métal. Il convient, toutefois, avant de conclure, d’attendre que l’exploration sérieuse de la province des Paltas ait été faite.
Dans les provinces méridionales du littoral, les objets en or rencontrés jusqu’à ce jour sont extrêmement rares (^), contrairement à ce qu’on pouvait supposer d’après les récits des premiers chroniqueurs espagnols; par contre, dans la province d’Esmeraldas, ils sont extrêmement fréquents, ainsi que le montrent les découvertes récentes de Saville (366, p. 335). D’après l’archéologue américain, ce centre côtier doit être rattaché à la culture centre-américaine. Au contraire, les objets de la province de Manabi, notamment ceux de l’île de La Plata, sont certainement d’origine péruvienne et même, plus exactement, incasique. Quant aux deux centres de la Cordillère, il est assez difficile de les rattacher avec certitude soit à la civilisation septentrionale, soit à la civilisation méridionale. Chez les Canaris, en particulier, à côté de certains objets d’or nettement inspirés de modèles colombiens ou même centre-américains, comme les anneaux ou bracelets creux (p. 293), les narigueras en forme de clous tordus sur eux-mêmes (p. 297), certaines figurines humaines (p. 323), d’autres, comme le tupu (p. 287), les llaufo (p. 3o6-3o7) ou certains vases
(') A savoir; six accessoires de propulseur (p. 2o3), six haches cérémonielles (p. 272), deux aiguilles (p. 284)1 uji poinçon (p. 286), un tupu (p. 287), une bague (p. 291), quatre anneaux (p. 293), deux nn/'tgueras (p. 297), un lahret (p. 209), sept lincullpa (p. 3oo, 3o2, 3o3), doux pendeloques (p. 3o5), deux llaulo (p. 3o6-3o7), deux tiares (p. 3o8-3o9), trois cachets (p. 3i5), douze vases (p. 3i6-3i8), une figurine zoomorphe (p. 206), trois ligurines humaines (p. 323), une plaque gravée (p. 325).
(^) A savoir : un tupu (p. 287), deux grains de collier (p. 290), une bague (p. 291), ncut ornements d’oreilles (p. 298-299), neuf lincullpa (p. 299), un coquillage (p. 3i8), deux figurines (p. 323).
(®) Encore ces objets proviennent-ils tous de la même sépulture d’Itschimhia près Quito, récemment décrite par Jijon y Caamafio (196 bis] ; ils comprennent deux lincullpa, deux narigueras et un collier.
(^) Ce sont : une coupe, deux tupu et deux figurines de l’île de La Plata (103, p. 256-258), un vase de l’îlc do Santa-Clara (p. 3i8), un anneau de la province de Manabi (p. 298).
(p. 3i6-3i8), sont nettement inspirés de modèles péruviens. Il est probable que l’industrie de cette région est la résultante d’une influence incasique récente et d’une influence septentrionale plus ancienne. Chez les Pastos, notre impression est que cette dernière influence est nettement prédominante.
L’argent n’était travaillé dans le haut plateau qu’en pays canari, car c’cst uniquement de cette région que proviennent les quinze objets d’argent (') et les trois pièces en cuivre plaqué d’argent (p. 336), recueillis jusqu’ici dans la vallée interandine. Dans la région du littoral, l’argent était au moins aussi rare que dans la Cordillère, puisqu’on n’y a découvert jusqu’ici que trois objets fabriqués avec ce métal (■), auquel nous devons ajouter le masque d’or plaqué d’argent du rio Esmeraldas, figuré par Seler (p. 336).
A notre sens, le travail de l’argent est certainement, en Équateur, d’importation incasique, c’est-à-dire tout à fait tardive. Au Pérou, ce métal était, en effet, fréquemment employé, tandis qu’il était presque totalement inconnu en Colombie et dans le Centre-Amérique, sauf au Mexique. Nous trouvons une confirmation de cette hypothèse, d’une part, dans la forme même des objets d’argent recueillis en Équateur, qui, tous, peuvent être rapprochés d’objets similaires péruviens, et, d’autre part, dans ce fait qu’on les rencontre exclusivement dans des régions de la vallée interandine ou de la région côtière où la domination des soiwerains du Cuzco a été la plus eU'ective et la plus longue.
Le platine est tout à fait exceptionnel dans le haut plateau, car le seul objet fabriqué avec ce métal que nous y ayons trouvé est la lamelle qui forme l’œil droit d’une figurine d’El Angel. Nous avons montré qu’il s’agit là d’un objet d’importation qui ne peut provenir que de la province d’Esmeraldas ou du sud-ouest de la Colombie (p. 324).
Dérivée directement de la série lithique, la série métallique équatorienne ne peut évidemment que confirmer les conclusions que l’étude de la première nous a conduit à formuler au sujet îles diverses influences ({ui, à des époques diverses, se sont fait sentir en Equateur. L’influence orientale toutefois n’y apparaît que d’une façon médiate, dans la persistance de formes d’origine amazonienne ou brésilienne : la hache à oreilles (p. 266), la hache à tranchant semi-circulaire (p. 268), le labret (p. 209) nous en fournissent d’excellents exemples. Seule, parmi les outils de pierre
(') A savoir ; un lupii (p. 287), un anneau (p. 290), deux narigucran (p. 296), trois tincullpa (p. 3oo), deux fragments de couronnes (p. 807), un liracelet ou un bandeau frontal (p. 3io), un grelot (p. 3i3), deux vases (p. 317), deux crochets antérieur et postérieur de propulseur (p). 20i-2o3). Rappielons également qu’une ligurine mi-p)artic or, mi-partie argent, décrite par Gonzalez Suarez, provient également du pays canari (p. 323) . La seule exccplion à la règle que nous venons d’indiquer est la jjetite lamelle d’argent qui forme l’œil gauche de la ligurine d’El Angel (pays pasto), que nous avons décrite péages 323-32/1.
(^) A savoir ; deux lupus et une ligurine rencontrés p)ar Dorsey dans l’îlc de La Plata (103, p/. AL. fiÿ. h, p. 256, 258;,
OBJETS EXTRAITS DES TOMBES PRÉCOLOMBIENNES DE l’ÉQUATEUR. 345
que nous rattachons à une influence orientale, la hache à encoches n’a pas sa réplique dans notre série métallique. Il est probable que les indigènes l’avaient déjà abandonnée pour des formes plus pratiques, avant la découverte des métaux.
L’influence incasique est évidente ; le tumi (p. 274), le tupu (p. 287), les pointes de lance (p. 281), les grelots (p.3i3),les aiguilles (p. 283), les llauto (p. 3o6), certaines figurines humaines (p. 322), pour ne citer que les objets les plus typiques de notre série, sont certainement des copies de modèles péruviens; on les rencontre d’ailleurs dans tous les pays que les Incas soumirent à leur domination, en sorte que leur répartition seule permet de déterminer avec exactitude les limites de leur empire et de leur sphère d’action. Nous avons déjà exposé les raisons qui nous portent à croire que l’introduction en Équateur du travail de l’argent et du placage de ce métal doit également remonter à l’invasion incasique; de même, nous pensons que l’alliage de l’étain et du cuivre, si exceptionnel en pays équatorien et, par contre, si fréquent dans le haut plateau péruvien et bolivien, doit être de même origine.
L’influence septentrionale, dont nous avons montré l’importance en étudiant notre série lithicjue, se retrouve également dans la série métallique. Les hachesmonnaie de la région côtière (p. 278), les diverses navigueras (p. 298), les imitations de coquillages (p. 3i8), certaines formes de plaques pectorales (p. 299), quelcjuesunes de nos figurines humaines (p. 828) ont leurs répliques exactes en Colombie, et même en Amérique centrale. Mais, plus encore que les similitudes de forme, l’identité des procédés métallurgiques met en évidence cette influence septentrionale. Elle nous permet, en outre, de déterminer avec précision les limites du territoire où elle a étendu son action et d’entrevoir plus exactement les rapports complexes qui existent entre la civilisation écjuatorienne et la civilisation péruvienne. L’étude des alliages du cuivre avec l’argent et l’or d’une part, avec l’étain d’autre part, de même que l’étude du placage nous ont conduit, en effet, à distinguer en Amérique du Sud deux régions, l’une septentrionale cjui s’étend du Centre- Amérique à la eôte péruvienne par l’Équateur et la Colombie, l’autre cjui englobe le haut Pérou et les pays andins adjacents (p. 33o, 333, 338). A notre sens, la première de ces zones correspond à celle où se manifeste plus ou moins effectivement l’influence centre-américaine; dans la seconde, au contraire, où a pris naissance et s’est développée la civilisation incasique proprement dite, cette influence n’a été que médiate et semble s’être exercée beaucoup plus par contiguïté que par voie d’invasion. Ainsi s’explique cjue, d’une part, il y ait une différence si marquée entre l’industrie péruvienne du littoral et celle du haut plateau et que, d’autre part, par certains côtés, l’industrie du métal, en Équateur, se rapproche davantage de l’industrie côtière du Pérou, tandis que, par certains autres, elle paraît plus étroitement unie à l’industrie andine de ce pays. Dans le premier cas, la répartition géographique des objets montre une extension manifeste vers le nord-ouest de l’Amérique méridionale; de plus, les ressemblances relevées, bien que très manifestes.
Arc de méridien équatorial, t. VI, (i).
34C ETHNOGRAPHIE ANCIENNE DE l’ÉQUATEUR.
vont rarement jusqu’à l’identité parce que les populations chez qui on les constate, quoique originellement apparentées, se sont trouvées isolées les unes des autres, dans des milieux différents, pendant de longues années au cours desquelles leur technique et leur industrie ont évolué d’une façon indépendante et ont atteint des degrés divers de perfectionnement; dans le second cas, la répartition géographique des objets ne dépasse pas les limites de l’ancien empire péruvien et les similitudes sont, au contraire, très grandes, parce qu’elles sont dues à une influence relativement récente, qui s’est exercée brutalement, pourrait-on dire, à la faveur de l’inA^asion incasique.
En résumé ;
1° Les anciens Equatoriens employaient le cuivre, l’or, l’argent et exceptionnellement l’étain, qu’ils alliaient au cuivre, et le platine; l’industrie de ces divers métaux semble s’être développée d’une façon indépendante;
2® Les objets en métal de l’Equateur dérivent directement des objets en pierre, dont ils reproduisent toutes les formes essentielles;
3° L’industrie des métaux a dû faire son apparition en Equateur à une époque relativement tardive, mais toutefois antérieure à l’invasion incasique;
4° L’industrie du cuivre, de beaucoup la plus importante, suit une évolution progressive très nette dans le sens Nord-Sud, comme l’industrie de la pierre, et comme celle-ci également, présente, par rapport à l’industrie péruvienne, un caractère d’archaïcité manifeste;
5° L’or était travaillé dans deux régions distinctes, qui paraissent indépendantes l’une de l’autre, au Nord, par les Pastos et les Esmeraldas, au Sud, par les Canaris;
6° Le travail de l’argent paraît avoir été localisé dans la région des Canaris et être d’importation incasique;
70 Le centre de l’industrie du platine était la province d’Esmeraldas, d’où exceptionnellement des objets fabriqués avec ce métal ont pu pénétrer dans le haut plateau (pays pasto) ;
8° L’alliage cupro-stannique, très rarement employé en Equateur, paraît y avoir été introduit par les Incas ;
90 L’étude des objets en métal fabriqués par les anciens Équatoriens et de leurs procédés métallurgiques (alliages et placage) met en évidence la triple influence que l’examen de la série lithique avait permis de discerner :
a. L’influence orientale ou amazonienne;
b. L’influence septentrionale, qui semble avoir exercé son action jusque sur le littoral péruvien;
c. L’influence incasique.
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Mission de i.'Équateur, T. 6.
Eiliiiographie ancienne. — PI. /.