‹ Ethnographie ancienne de l'EquateurChapitre 3 sur 149 · E.-T. H AM Y · texte numérisé non relu

E.-T. H AM Y

MEMliliE 1)E l’institut ET DE l’aCADÉMIE DE MÉDECINE, DDOEESSEUU AU MUSÉUM NATIONAL d’iIISTOIKE NATURELLE, FONDATEUR DU MUSÉE d’eTIINOGRAIMIIE DU TROCADÉRO.

IMIEFACK.

Les premiers conquistadores qui, en i53i, pénétrèrent dans les contrées situées au nord du Pérou, les trouvèrent occupées par des populations sur lesquelles les chroniqueurs du temps ne nous ont laissé que des renseignements assez vagues. Il est facile, toutefois, en parcourant les vieux écrits, de se convaincre que les tribus indiennes de l’Equateur étaient loin de présenter une homogénéité parfaite; elles différaient les unes des autres par certains traits de mœurs, par le costume, le tatouage et surtout par la langue. Un bon nombre de ces tribus avaient atteint un degré assez avancé de civilisation, notamment celles des hauts plateaux de la région interandine, qui avaient élevé de remarc{uables édifices dont les ruines subsistent encore, et celles qui vivaient le long de la côte.

Depuis la conquête, des milliers d’objets anciens ont été recueillis dans la République équatorienne, surtout dans les vallées situées à une grande altitude, entre les deux cordillères qui courent du Nord au Sud. Décrits par maints auteurs, dont les travaux sont cités dans le présent ouvrage, ces objets permettent de se faire une idée assez exacte de l’industrie, des mœurs, du genre de vie des populations qui habitaient le pays avant l’arrivée de Pizarre. Le sujet n’est cependant pas épuisé et chaque jour amène des découvertes nouvelles. Durant les cinq années qu’il a passées dans la région interandine, comme membre de la Mission géodésique française, l’un de nous a pu réunir une collection ethnographique considérable, qui renferme un bon nombre de pièces inédites. Malgré l’importance de cette collection, nous aurions hésité à consacrer un volume entier à l’ethnographie ancienne de l’Équateur, si nous n’avions pensé qu’en raison de la somme de matériaux dont nous disposions, nous pouvions espérer aboutir à des conclusions nouvelles. Mais, pour cela, il nous fallait traiter la question dans son ensemble et tenir compte de tous les documents connus.

Les auteurs qui se sont occupés de l’ethnographie précolombienne de l’Equateur se sont bornés, pour la plupart, à décrire les objets sortis des mains des vieux habitants du pays. Les uns en ont donné des descriptions méticuleuses, les autres, au contraire, ont été très sobres de détails et parfois même ont remplacé les descriptions par des figures, souvent défectueuses, accompagnées de quelques lignes explicatives. Très rares sont ceux qui ont établi systématiquement des rap-

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l'RKrACE.

prochements entre certains types d’instruments équatoriens et des objets recueillis dans les régions circonvoisines. Ces comparaisons avaient cependant un intérêt indéniable puisqu’elles ont fourni la preuve que des relations ont existé entre le Pérou et l’Équateur longtemps avant l’invasion de ce dernier pays par les Incas.

A l’heure actuelle, cette conclusion ne saurait nous sufFire. Dans le vobime que nous consacrerons à l’étude des caractères physiques des Indiens précolombiens, nous montrerons que les hauts plateaux renfermaient une population très mêlée, au milieu de laquelle il est possible de distinguer des éléments ethniques multiples. Or, ces éléments vivaient côte à côte, dans des conditions à peu près identiques. Il est donc impossible d’attribuer à l’action du milieu les différences qu’ils présentent. Si l’on admet que l’une des races se soit constituée sur place, il faut également admettre que les autres ont acquis ailleurs leurs caractères distinctifs et qu’elles ont accompli des migrations pour gagner la région où les ont rencontrées les conquérants. D’où sont venus les immigrants ? H y a là, certes, un problème dillicile à résoudre, mais qui n’est peut-être pas insoluble si l’on fait appel aux renseignements que fournissent les diverses branches de l’anthropologie, en les contrôlant les uns par les autres. L’ethnographie va nous permettre d’établir une première base, que nous consoliderons plus tard au moyen des données empruntées à l’anatomie et à la linguistique.

Avant d’entrer en matière, nous ne pouvions nous dispenser d’esquisser à grands traits la géographie physique de l’Equateur. Souvent, en effet, la topographie d’une région expli([ue la distribution des races qu’on y trouve, la localisation de certains types, de certaines industries. Si les montagnes, les ravins, les déserts et les cours d’eau ne constituent pas, pour ri'Iomme, des obstacles insurmontables, il n’en est pas moins vrai que, dans ses migrations, il cherche toujours les voies les plus praticables. L’Équateur, pays extraordinairement tourmenté, ne fait pas exception à la règle. Au premier abord, on serait tenté de croire qu’il n’en est pas ainsi, car beaucoup s’imaginent que les hauts plateaux de l’intcrcordillère, sur lesquels se sont donné rendez-vous tant de races diverses, ne peuvent être une route favorable aux déplacements des tribus. Il importait donc de montrer que, loin de former une barrière isolant le pays équatorien du reste du Nouveau Monde, la région comprise entre les deux chaînes des Andes constitue, au contraire, une voie naturelle et relativement facile pour des envahisseurs marchant dans le sens du méridien. Des haiits plateaux, il leur était aisé de gagner peu à peu les régions basses et, dans la direction de l’Ouest, d’arriver jusqu’à la mer.

L’étude des Indiens actuels et de leur répartition géographique est ass\irémcnt susceptible de fournir (juelques indices sur les relations ([ui ont existé autrefois entre les tribus de la région côtière et celles de la vallée interandine; mais nous ne pouvions nous en tenir là. Certaines peuplades ont disparu depuis la conqiiête, et l’on est en droit de se demander si l’occupation européenne n’a pas modilié, d’une

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