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A. — ROUTES

Nous serons très brefs sur les routes que les Ineas firent eonstruire en territoire équatorien, ear il n’en reste plus, à l’heure actuelle, que des vestiges insignifiants.

Nous savons que, dans l’empire péruvien, il existait deux chemins principaux se dirigeant du Nord au Sud, l’un qui suivait la côte, l’autre Tintersierra, et un grand nombre de voies transversales orientées de l’Est à l’Ouest (79, iii, p. 260). Ce plan d’ensemble ne fut qu’en partie poursuivi en Equateur, où seule la route du haut plateau fut tracée de la frontière péruvienne à Tulcân (140, i, p. 198). La plupart des voyageurs et des chroniqueurs ont parlé de cette œuAU'e en termes très admiratifs, et Llumboldt n’hésite pas à la comparer aux plus belles voies romaines (185, p. 108). 11 semble pourtant qu’il y ait là quelque exagération. En effet, si l’on se reporte à la minutieuse description que Cobo nous a laissée de ces chemins, il apparaît que, si remarquable qu’ait été le travail accompli par les Indiens, il ne saurait être mis en parallèle avec celui des anciens Romains. D’ailleurs, comme les transports ne se faisaient, à l’époque précolombienne, qu’à dos d’hommes ou de lamas, les routes

VESTIGES PRÉCOLOMIJIENS EN TEURITOIKE ÉQUATOHIEN. 67

ne répondaient nullement à l’idée que nous nous faisons d’une voie carrossable. Dans les plaines stériles et désertes, le chemin n’avait pas de largeur fixe et était simplement jalonné, de distance en distance, par de grands poteaux; dans les vallées, il avait 12 à i5 pieds de large et, pour éviter que les soldats ne volassent les récoltes, il était bordé d’épaisses parois de terre de 3^^ à 4“^ tfe haut. Quand il se trouvait sur une pente abrupte, le chemin se réduisait à un sentier étroit taillé dans la roche, où ne pouvaient passer de front qu’une personne et un lama. Lorsque la pente était très forte, il était pavé de pierres de taille formant escalier; dans certaines parties à flanc de montagne, il était parfois soutenu par un mur en pierres sèches de i*^,5o à 4™j5o de haut et protégé contre les éboulements provenant de la hauteur par une paroi analogue. Pour traverser les vallées étroites, deux murailles semblables, mesurant parfois 5™ ou 6™^ de haut, étaient construites de façon à surélever la chaussée. Dans les régions marécageuses, celle-ci était également surélevée de 2 à 4 coudées, le remblai étant fait à l’aide de mottes de gazon prises sur les bas côtés. Pour l’écoulement des eaux, on ménageait sous le chemin des canaux ou de petits ponts. Ailleurs, la route était pavée de grandes dalles (79, iii, p. 260-265). Ainsi que nous l’avons dit, de toute cette œuvre, il ne reste que des tronçons insignifiants, en particulier dans la province de l’Azuay. Aussi est-il beaucoup plus facile d’en suivre l’ancien tracé d’après les vestiges des monuments de toute nature dont nous allons faire l’étude et que les Indiens avaient construits à proximité des voies de communication.

B. - MONUMENTS PRÉCOLOMBIENS.

Des monuments précolombiens de l’Equateur il ne reste plus à l’heure actuelle que des ruines, trop souvent méconnaissables. L’étude historique qui précède a démontré que ces monuments peuvent appartenir soit à la civilisation incasique, soit à la civilisation préincasique. Toutefois, ceux de la première catégorie sont certainement de beaucoup les plus nombreux, car s’il est prouvé que les Garas, les Puruhaes, les Canaris, les Paltas construisaient des édifices religieux ou autres, nous savons que les souverains de Cuzco substituèrent le plus souvent, ou adjoignirent aux bâtiments existants, des constructions plus solides et plus aptes à résister à l’épreuve du temps.

Ces constructions incasiques avaient des destinations très diverses : en premier lieu, nous devons mentionner les temples destinés au culte ofQciel du soleil, auxquels étaient annexés ces curieux monastères de vierges qui ont tant frappé les premiers chroniqueurs, en raison de leur analogie avec des institutions chrétiennes similaires. Près de ces temples, s’élevaient le plus souvent des palais des Incas.

Dans tous les chefs-lieux de province, où résidaient des gouverneurs ou leurs délégués, il y avait aussi des casernes et de^grands magasins destinés à loger et à

ETHNOGRAPHIE ANCIENNE DE l’ÉQUATEUR.

ravitailler l’armée. De plus, le long des routes, existaient des magasins de moindre importance (') et, à la fin de chaque journée d’étape, des tamhos (") ou auberges pour les voyageurs et pour les troupes de passage. Enfin, de nombreuses forteresses ou pucarà avaient pour but d’assurer la tranquillité des provinces.

Il n’est pas inutile de rappeler ces faits connus, car les voyageurs et les chronic{ueurs ont eu tendance à attribuer un objet religieux à presque toutes les ruines rencontrées. Pour éviter ces erreurs d’interprétation en ce c{ui concerne l’Equateur, il suffit de s’en rapporter au récit du consciencieux historien Cieza de Leôn, qui ne signale comme temples importants dans le royaume de Quito que ceux de Carânqui, de Quito, de Lataeunga et de Toniebamba et désigne tous les autres édifiées du nom général (.Vapose?itos, e’est-à-dire, chainhre, logement, qualifieatif qui eonvient parfaitement aux magasins et aux tamhos.

A l’heure aetuelle, et depuis longtemps déjà, tous les édifiées somptueux ont disparu; seuls ont persisté jusqu’à nous les humbles bâtiments d’ordre utilitaire, et, à la vérité, rien n’est plus aisé à expliquer. Les palais et les temples, qui renfermaient de grandes riehesses, furent saeeagés dès la première heure par les conquistadores. En outre, eomme ils se trouvaient toujours dans des eentres habités, où les Espagnols fondèrent leurs principales villes (Quito, Lataeunga, Cuenea), les matériaux eux-mêmes en furent dispersés pour servir à la eonstruetion des maisons et des églises. Au eontraire, les édifiées plus modestes furent en partie préservés, tant par leur pauvreté <{ue par leur éloignement des grandes agglomérations.

En nous aidant des éerits des ehronicpieurs et en nous guidant sur les ruines existantes, nous allons essayer d’établir une liste aussi eomplète que possible des divers édifiées préeolombiens de la vallée interandine écjuatorienne. Quant à eeux qui se trouvaient chez les peuplades de la eôte du Pacifique, nous les avons déjà décrits à propos de ehaeune de ees tribus.

(^) Ediftcaban de ordinario estas depôsitos ô almacenes juera de pohlado, en higares altos, frescos y airosos, cerca d.el camino real;... er an muchas casas cuadradas y pequeiias coma aposenios ordinarios, à manera de torrccillas, desaiadas unas de olras dos 6 très pasos y jmestas en hilera con mucho orden y proporciôn; en partes eran màs, y en parles menas, segûn la necesidad lo pedia; y donde habia màs destas lorrecillas ô buhios juntos, llamamos rnayorcs y màs largos depôsitos, y donde inenos, menores. .4 aeces eran las hileras de aeinte, treinta, cincuenla y màs casas... El asentar en lugares altos estas depôsitos, lo Iiacian los indios para que lo que en ellos se guardaba estiwiese dejendido de las aguas y humedad y seguro de toda corrupciôn; y en dividir los buhios por el orden dicho, tiraban à preaenir cl dano de los incendias (79, III, p. 254-255).

(^) Voici la description que Cobo donne de ces tambos : Eran unas grandes casas ô galpones de sola una pieza, larga de ciento hasta trescientos piés, y ancha treinta à lo menos y à lo màs cincuenta. toda descombrada y escueia, sin division de aposentos, ni apartamientos, y con dos ô très pucrias, todas en la una acera à iguales trechos (79, III, p. 267).

VESTIGES PRÉCOLOMBIENS EN TERRITOIRE ÉQUATORIEN.

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