RÉGION DES LATACUNGAS
L’édifice de Pachuzala ou de Callo est beaucoup mieux connu que tous ceux dont nous avons parlé jusqu’ici. En effet, si Cieza de Leon, qui le désigne sous le nom de aposentos de Mulahalo,ne fait que le mentionner (76, p. 393), Juan et Ldloa (201, II, p. C26-628, pi. XVII), Humboldt (185, p. 195-200, pf. xxiv), Osculati (299, pi. ///, /ig. 2), Jiniénez de la Espada (198) et enfin Reiss (333) font visité, figuré ou décrit. De toutes ces descriptions, il n’y a guère à retenir que celles de Humboldt et de Jiménez de la Espada. En effet, les géodésicns espagnols semblent, dans leurs études arcliéologi({ues, avoir fait œuvre d’imagination plus que de science. Le plan (|u’ils ont
('^) Le texte de Ilerrera, auquel l’iiistorieii de Quito renvoie le lecteur, ne parle pas, en clîet, d’un temple, mais d’une trouvaille de quelques objets précieux faite par Benalcâzar à Quinche (Ilerrera écrit Quioclié); celte trouvaille comprenait : (liez cantaros de fina phita, dos de oro de subida ley, cinco de barro esmaltados, ij eniremelido en ellos algun métal con gran perjecion (163, 111, 5» Déc., Liv. 6, p. 170).
(^) Une tradition analogue existait au sujet des matériaux employés pour la construction des édifices de Tomebamba (c/. la note 3 de la page loi, où nous citons en entier le texte de Cieza de Leôn) .
VESTIGES PRÉCOLOMBIENS EN TERRITOIRE ÉQUATORIEN. ']3
donné du inonunient de Callo est, de l’avis unanime de HuniLoldt et de Jiménez de la Espada, absolument fantaisiste, et nous aurons à faire la même remarque à propos de l’Inga-pirca. La description de Reiss est trop courte pour ajouter beaucoup à ce que nous savions. Quant à la vue de l’édifice donnée par Osculati et reproduite servilement par Villavicencio (422, p. 48), elle renferme des erreurs qui lui retirent toute valeur ; c’est ainsi ([ue les linteaux des portes y sont représentés sous une forme angulaire, qu’on ne retrouve pas plus à Callo que dans aucun autre monument incasique.
Voici, d’après Humboldt et Jiménez de la Espada, ce qu’était cet édifice de Pachuzala, aujourd’hui à peu près complètement détruit. 11 était situé un peu au sud-ouest d’une petite colline de forme arrondie très régulière, appelée le Panecillo de Callo, à trois lieues environ du cratère du Cotopaxi, à 3 160”^ d’altitude. Dans son intégrité, il devait être composé de quatre chambres se faisant face deux à deux, ainsi que le montre le plan ci-dessous emprunté à Humboldt [fig. 2), mais.
l'ig. 2. — Plan de l’édifice de Callo, d’après Humboldt (185, pl. XXIV).
déjà à l’époque où le célèbre voyageur allemand visitait l’Équateur, celle du Nord- Ouest n’existait plus. Ces chambres mesuraient environ de longueur sur
5™, 5o de largeur; leurs murs avaient une épaisseur de i™ et une hauteur de 5^^. Deux parois parallèles, orientées nord-sud, délimitaient, avec ces quatre bâtiments une vaste cour carrée de 3o”^ de côté environ, où l’on accédait par quatre portes placées au milieu de chaque face.
Arc de méridien équatorial, t. VI, (i). lo
74 ETHNOGRAPHIE ANCIENNE DE l’ÉQUATEUR.
La pierre qui a servi à construire l’édifice est, suivant Humboldt, un porphyre à base basaltique brûlé et spongieux, d’après Jiménez de la Espada, une variété de trachyte appelée dolérite, noirâtre, présentant parfois des taches rougeâtres, âpre au toucher et très légère. Ces pierres, qui se rencontrent en très grand nombre dans la plaine de Mulalo et de Callo, sont des produits volcaniques provenant des éruptions du Cotopaxi et servent encore à l’heure actuelle à la construction, en raison de la facilité de leur taille et de leur légèreté.
Les pierres ilu monument ont en général la forme de parallélipipèdes à base carrée, de de côté, ou rectangulaire, de 25^™ sur 5ocm. Elles sont placées en fdes d’égale hauteur, mais si les lignes de séparation des assises sont parfaitement parallèles entre elles, il n’en est pas de même des lignes de séparation verticales, qui sont tantôt normales, tantôt obliques, parfois courbes. Comme dans le monument de l’Inga-pirca que nous décrivons plus loin, la face extérieure des pierres est convexe et polie avec soin; toutefois, Jiménez de la Espada a remarqué cju’à l’intérieur des chambres, cette face était simplement dégrossie comme pour permettre l’adhérence d’un enduit qui y aurait été appliqué, mais dont il n’a cependant retrouvé aucune trace. Nous avons dit qu’on a pu en découvrir quelques restes à Carânqui et nous verrons qu’il en est de même à Inga-pirca. Les murs comprennent deux rangées de moellons, l’une en dehors, l’autre en dedans ; la face des pierres qui correspond au centre de la muraille est brute. Humboldt rapporte, d’après Juan Larrea, que l’intervalle eompris entre les deux rangées était comblé par de l’argile mélangée de petits cailloux; c’est encore là une particularité que nous avons notée à Inga-pirca.
Les portes sont hautes et étroites, en forme de trapèze, le seuil étant plus large que le linteau, qui est fait d’une seule pierre plate et allongée, non dégrossie.
A l’intérieur des chambres, il existe, au niveaii de la huitième assise, des niehes en forme de trapèze comme les portes, dont la hauteur correspond exactement à celle de deux files et dont la profondeur est égale à la moitié de l’épaisseur du mur. Humboldt en a compté i8 dans chaque chambre, et Jiménez de la Espada a noté qu’elles manquent dans les deux bâtiments orientaux, le long des parois qui se font face.
Alternant avec ces niches et le long de la rangée de pierres qui leur est immédiatement supérieure, il existe des saillies de pierre cylindriques ou légèrement coniques, perpendiculaires à la paroi et formant bloc avec le moellon plaeé entre les linteaux des deux niches adjacentes {fig. 3). Des niches et des saillies semblables existent dans le bâtiment d’ Inga-pirca.
Tel est ce monument de Callo, en somme d’une grande simplicité et de dimensions assez restreintes, auquel conAÛent parfaitement la destination que lui assigne Cieza de Leon : « les aposentos de Mulahcdo servaient, dit cet auteur, de logement à l’Inca et à ses capitaines, au cours de leurs voyages, et de magasins de provisions
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de toute nature pour la troupe » (76, p. SgS). Toutefois, cette interprétation n’a pas été admise par Jiménez de la Espada et par Gonzalez Suarez. Le fait, qui semble avoir induit ces auteurs à supposer à ce monument une distinction religieuse, est le voisinage de la petite colline de Callo et du volcan Cotopaxi. On a, en effet, longtemps pensé, — et Gonzalez Suarez admet cette opinion (140, i, p. gS), — que le cerro de Callo était artificiel, et l’on sait, d’autre part, que les Incas vouaient un culte aux montagnes neigeuses et aux volcans. Mais, les recherches de Reiss (333) et de Wolf (447, p. 8o) ont montré que le cerro de Callo n’était nullement un tumulus et, en outre, les ruines qui se trouvent à ses pieds ne correspondent ni en grandeur ni en splendeur à un temple que les Incas auraient fait construire
Fig. .S. — Disposilion des niches et des saillies des parois dans l’édilice de Callo. d’après Jiménez de la Espada (198).
au plus imposant et au plus redoutable des volcans équatoriens. D’ailleurs, le seul auteur ancien qui nous parle d’un temple construit en cet endroit, est Velasco (4i8, ii, p. lo) ; il aurait été l’œuvre des Caras, puis aurait été ultérieurement réédifié par les Péruviens. Le témoignage de l’historien de Quito ne nous semble pas suffisant pour infirmer celui de Cieza de Leon, toujours très précis dans ses informations. A notre avis, l’explication donnée par cet auteur, si naturelle et si conforme à la simplicité de la construction, est la seule acceptable, et l’hypothèse ingénieuse de Jiménez de la Espada, qui voudrait voir dans les ruines de Callo un édifice en rapport avec la tradition de l’Homme blanc, nous paraît tout à fait invraisemblable. Toute interprétation religieuse nous semble d’autant plus inadmissible que, non loin de là, les Incas avaient un temple célèbre, au point même où est construite aujourd’hui la ville de Latacunga.
Ces aposentos de Latacunga étaient, d’après Cieza de Leon (76, p. 3g3), aussi considérables que ceux de Quito et, vers le Sud, on n’en rencontrait pas de semblables avant Tomebamba. Ils comprenaient, en dehors des magasins, des palais pour les Ineas,un temple du soleil et un monastère de vierges; « quoique ruinés, dit le chroniqueur, ces édifices laissent deviner leur ancienne splendeur, car, dans certains murs, on voit clairement les endroits où étaient encastrés les lamas d’or et autres
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objets magnifiques que les Indiens seulptaient dans les parois. Le palais de rinea et le temple du soleil étaient particulièrement riches. » De ces monuments il ne reste plus rien aujourd’hui. Ils ont subi le sort de ceux de Carànqui, de Quito et de Tomebamba; leurs pierres ont été dispersées pour la construction des maisons et des églises modernes.
Cieza de Leon signale encore des aposentos ordinaires, actuellement disparus, à Muliambato et au point où la route de Quito à Cuzco traverse le rio Ambato (76, p. 394, 395).
Siir remplacement du village moderne de Mocha, il existait des bâtiments somptueux, très grands et nombreux, mais déjà tout à lait détruits au moment du passage de Cieza de Leon, qui ne put Amir que quelques ruines, «dont certaines parties construites en bonne pierre bien travaillée, dit-il, résisteront encore longtemps » (76, p. 396). L’œuvre du temps a été hâtée par l’homme et les pierres taillées des édifices incasiques se retrouvent maintenant encastrées dans les murs des maisons du village espagnol (140, i, p. 201). Il est fort probable qu’il y avait à Mocha de grands magasins et une forteresse.