RÉGION DES GARAS
A Caranqui, petit village situé à 4*^“^ au sud-ouest d’ Ibarra, se trouvaient des bâtiments dont Cieza de Leon donne la description suivante (76, p. 389): « Ces grands et somptueux bâtiments de Caranqui sont bâtis sur une petite place; à l’intérieur, se trouve un grand bassin en pierre très bien travaillée (') ; les palais des Incas sont laits également de grandes et belles pierres très adroitement disposées sans ciment. Il y avait autrefois un temple du soleil et pour son service plus de deux cents vierges... Ce temple était très vénéré... Il renfermait de grands vases d’or et d’argent et d’autres richesses; les parois en étaient recouvertes de plaques d’or et d’argent. Les hicas avaient à Caranqui leurs garnisons ordinaires et leurs capitaines. » Oviedo (302, iv, p. 289) parle également du recouvrement d’or et d’argent des murs du temple, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur, mais il déclare c{ue l’édifice était de petites dimensions.
Il y avait donc à Carâncpii un temple du soleil, un monastère de vierges, des palais pour les rois de Cuzco, des casernes et des magasins. Tous ces bâtiments sont l’œuAU’e de Iluayna-Câpac, qui employa un an à les construire (252, p. 167).
Benalcâzar, au cours de son expédition dans le nord de l’Equateur, en i534, les saccagea complètement : d honor de Sanct Bartolomé fué desollada presto, nous dit Oviedo sous une forme cj[u’on pourrait croire ironicjue (302, iv, p. 289). En i542, Cieza de Leon ne décrivait déjà plus que des ruines. Coréal, en 1692 (86, ii, p. 55), parle encore de fort belles citernes et de vestiges d’un palais et d’un temple du soleil. A l’heure actuelle, il ne reste qu’un pan de mur du temple, qui sert de séparation entre deux champs, et sur lequel on retrouve quelques traces de l’enduit d’argile jaune mélangée de paille hachée, dont les Incas avaient l’habitude de recouvrir leurs murs (■). Quant à la grande citerne, elle a été volontairement comblée, mais une tradition locale conserve encore le souvenir de son emplacement (142, p. 79-80).
(1) Dans un grand nombre d’édifices incasiques de l’Équateur, des bassins ou baignoires de pierre sont mentionnés. Ce fait est à rapprocher des détails de même nature que Jerez nous donne au sujet du palais d’Ata- Iniallpa à Cajamarca (196, p. 334) • En él [polio] un esianque, al cual viene agua par uti cano., ian caliente, que no se puede so/rir la raano en ella. Esta agua nasce hiroiendo en una sierra que esta cerca de alli. Olra tailla agua fria oiene por otro caùo, y en el ramiuo se juulan y oienen mezcladas por un solo cano al estanque; y cuando quieren que oenga la una sola, lienen el caiio de la olra. El esianque es grande, liecho de piedra; juera de la casa, à una parle del corral, esta olro esianque, no tan bien hecho como este; tiene sus escaleras de piedra, por do hajan à laoarse.
(^) Jerez, dans sa description du palais d’Atabuallpa à Cajamarca, dit en effet (196, p. 334) ■ Eas paredes estân enjalbegadas de un betùmen bermejo, mejor que almagre, que luce mucho, y la niadera que cae sobre la cobija de la casa estâ lenida de la rnesina color. Betânzos, énumérant les ordres que Inca-Yupanqui donna pour la réédification de la ville de Cuzco, est encore plus explicite (35, p. iio) : Para [oue] la mezcla que ansi hahian de lleoar en el lucirniento de las casas, ansi por de dentro como por de juera, pegase y no se resquebrajase, mandô que trujesen para aquel tiempo mucha cantidad de unos cardones que ellos Maman agua-
VESTIGES PRÉCOLOMBIENS EN TERRITOIRE ÉQUATORIEN.
Gonzalez Suarez pense qu’il existait à Carânqui, avant la venue des Incas, un temple plus modeste bâti par les Garas. Ce temple avait une forme hexagonale parfaite, avec une porte vers l’Occident; il fait actuellement partie intégrante de l’église du village; ses dimensions étaient fort réduites, car la chapelle du maîtreautel y tient à peine. Les murs, jusqu’à la hauteur de deux mètres environ, sont faits de très grandes pierres non taillées, unies, semble-t-il, par un mortier d’argile et de sable. Plusieurs côtés de l’hexagone ont été détruits soit par les Incas, soit par les Espagnols, pour l’adapter à sa nouvelle destination (142, p. 79).
Près du village de Cayambe, il y avait un édifice fort différent des constructions incasiques habituelles. Nous en donnons la description d’après Juan et Ulloa, qui en ont publié également le dessin (20i, ii, p. 625, /</. xvi). La construction se trouvait sur le sommet d’une colline; de forme parfaitement circulaire, elle mesurait 1 5^^^, 60 environ de diamètre et 5o™,5o de circonférence. Les parois en briques crues, cimentées avec de l’argile, étaient conservées sur une hauteur de 3™^, 90 à 4^^590; leur épaisseur était de 3o à i™,6o. Une seule porte, de petites dimensions, permettait de pénétrer dans l’édifice, qui ne présentait aucune division intérieure.
Ces ruines ont complètement disparu à l’heure actuelle et leur destruction était déjà un fait accompli en i834- Leur emplacement s’appelle aujourd’hui Puntachil (140, i, p. 98). Ce point ayant été occupé par un détachement de la Mission géodésique de l’Equateur, le capitaine Maurain a bien voulu nous fournir les indications suivantes ; « L’endroit, où se trouve la station astronomique de Puntachil, situé près et à l’est de Cayambe, marque, pour les gens du pays, l’emplacement de l’ancien temple du soleil. C’est un rectangle parfaitement régulier de sur i5o“ environ, avec profil très net de retranchement sur le pourtour; au centre, il existe un léger renflement; du côté du village, une levée de terre donnait accès à la redoute en un rentrant flanqué. » Dans cet ancien édifice, Juan et Ulloa voyaient les restes d’un temple, dont, rapportent-ils, la tradition locale conservait le souvenir. Velasco (418, 11, p. 38) croit lui aussi à une destination cultuelle ; il ajoute même que le bâtiment renfermait une image du soleil en or et que les parois étaient recouvertes de plaques d’argent. Malgré ce double témoignage, et en nous guidant sur les détails que nous a donnés le capitaine Maurain sur la disposition des lieux, nous croyons plutôt qu’il s’agit d’une de ces forteresses caras dont nous avons donné plus haut la description (p. 16). Nous retrouvons, en effet, le terre-plein et le bâtiment central, qui en faisaient les caractéristiques. De toute façon, temple ou forteresse, cet édifice ne peut être attribué aux Incas, car rien
colla quizca (a), con el zumo de los cuales fueseii uniadas las taies parcdes' é sieiido la mezcla inuy bien amasada é mezclada con mucha canlidad de lana, fuese puesia en las laies paredes sobre la mojadura que ya haheis oido de los taies cardones, y que en la tal mezcla, si no quisiesen echar lana, echasen paja, la quai fuese nniy mucho molida, é ansi se diese lustre â las taies paredes y cdificios.
(a) Cereus perupianus (Note de Jiménez delà Espada).
7^ KTIlNOGRAPllIl' ANCIENNE DE l’ÉQUATEUK.
dans le mode de construction ne rappelle la façon péruvienne, et, avec Gonzalez Suarez (140, i, p. 98; 142, p. 80), nous estimons qu’il s’agit d’une œuvre des anciens Garas, ce qui expliquerait la faible notoriété qu’elle avait dans le pays et le silence de Cieza de Leon à son sujet.
Par contre, il semble que les ouvrages fortifiés signalés par Juan et Ulloa dans la cordillère orientale, à Pambamarca et sur plusieurs sommets des environs, soient d’origine incasique ; la description, qu’en donnent les géodésiens espagnols, correspond, en effet, exactement à celle du pucard péruvien (201, ii, p. 633).
Gonzalez Suarez (140, i, p. 97; 142, p. 81) pense qu’il existait un édifice analogue à celui de Cayambe, un peu au-dessus de l’endroit où se trouve actuellement l’église du village de Quinche; il n’en donne pas la description et n’indique pas la source où il a puisé ce renseignement (').
A Quito même, il y eut de grands monuments, un temple du soleil, un monastère de vierges, des palais et des magasins considérables construits par Huayna- Câpac. Le temple occupait l’emplacement d’un ancien temple cara. Ces bâtiments multiples couvraient un immense espace et renfermaient de grands trésors ; suivant une tradition, les pierres en avaient été apportées de Cuzco (77, p. 247) (')• Leur réputation fit que les conquérants, pour découvrir ces richesses, les démolirent jus({u’aux fondations (4i8, n, p. 35, 57), de sorte que, de tous ces édifices, il n’est plus resté qu’une grande quantité de pierres de taille ou de cylindres de granit, qui ont été employés dans la construction des églises et des maisons de la ville (142, p. 81). A plus forte raison, n’existe-t-il plus rien des monuments caras que nous avons décrits, d’après Velasco, en traitant de ce peuple (p. i8-ig).