RÉGION DES CANARIS
Cieza de Leon mentionne les aposentos du rio Chanchan (76, p. 396), maintenant disparus.
A Achupallas, il existait un édifice plus important, de l\o pieds de long sur i5 de large, bâti en pierres taillées, qui a été transformé en église et dont les parois présentaient des niches analogues à celles du bâtiment de Callo. Derrière l’édifice, se trouvaient deux baignoires carrées en marbre, où l’eau s’écoulait par des gargouilles, de marbre également, représentant un jaguar et un lézard (4i8, i, p. 10, ii, p. 38). A Pomallacta, il y avait un autre bâtiment dont Gonzalez Suarez AÛt encore les
VESTIGES l'RECOLOÎIlIlENS EN TERUITOIKE EQUATOKIEN.
décombres en i865 (140. Atias, p. 169). Ces deux édifices furent construits par Tûpac- Yupanqui, lors de la conquête du royaume de Quito; le premier sendjle avoir été un magasin-tambo, analogue à celui de Callo; le second, une forteresse (25, p. 78).
Dans la Cordillère transversale qui sépare la vallée d’Alausi de celle de Canar, sur les bords de la lagune de Culebrillas, à fioSi™ d’altitude, se voient les ruines connues sous le nom de Paredones. Ces restes ont frappé l’imagination de certains voyageurs et historiens qui y ont vu des tours et des labyrinthes, et ont même considéré comme artificiels la lagune et le petit rio tortueux qui s’y déverse (418, i, p. lo; 422, p. 437). Une tradition indigène rapporte, en effet, que, lorsque les Indiens ([ui apportaient la rançon d’Atahuallpa apprirent la mort tragique de ce prince, ils creusèrent aussitôt cette lagune, dont le fond serait taillé en gradins, pour y enfouir leur trésor et notamment une grosse chaîne d’or (').
En réalité, l’édifice de Paredones était un simple tamho (‘), aujourd’hui à peu près complètement détruit, sur le chemin d’Alausi à Canar. A l’est de ce chemin, on ne retrouve que des rangées de pierres non travaillées qui jonchent le sol, sans qu’il soit possible de reconstituer le plan de l’édifice. A l’Ouest, ces pierres dessinent assez exactement un grand rectangle de 55^^^ de long sur 7*^^ de large environ, dont le grand axe est parallèle au chemin. En outre, au sud-ouest de la lagune, dans l’angle formé par celle-ci et le rio Culebrillas et sur la rive gauche de celui-ci, on observe un tertre de forme rectangulaire de 6™ sur 11™, 60, à grand axe orienté N.O-S.E, surélevé sur la plaine environnante de ôo^m environ et dont le mur de soutènement est formé de pierres travaillées. Des pierres analogues existent dans l’abri moderne que la municipalité de Canar a fait construire dans ces lieux inhospitaliers avec les matériaux de l’édifice incasique.
Le tamho de Paredones se composait d’un assez grand nombre de bâtiments, les uns en pierres brutes, les autres en pierres taillées. La carrière d’où celles-ci ont été extraites est d’ailleurs toute proche. En elfet, sur la rive droite du rio Culebrillas, à fioo™ en aval de la lagune, on rencontre une petite plaine surplombée par une haute montagne appelée Yana-urcu, dont la cime est hérissée de gros rochers. Sur ce terrain, on trouve, à moitié enterrés, une quantité considérable de blocs travaillés, de dimensions diverses, et dont quelques-uns atteignent 2”^ à 3”b II y a eu en cet endroit un grand atelier de taille de pierres,
('^) Cette tradition est encore si vivace, qu’il y a quelques années, une société sc forma à Cuenca dans le but d’assécher cette lagune pour retrouver ces richesses. Une légende identique a cours dans nombre de régions de l’Equateur, de la Colombie et du Pérou.
(-) Gonzalez Suarez, qui avait piimitivement admis cette destination de l’édifice de Paredones (139, p. 5i; 140, I, p. 201, Atlas, p. 169), écrit dans un travail plus récent (141, p. 28-29) que ce monunrsnt n’est pas incasique et représente un temple élevé par les Caùaris à la lagune de Culebrillas, qu’ils considéraient comme sacrée. Nous ferons simplement remarquer que cette nouvelle interprétation, à l’appui de laquelle riristorien équatorien n’apporte d’ailleurs aucun argument ])récis, repose elle-même sur une simple hypothèse. Le culte des Caùaris pour la lagune de Culebrillas ne nous est en effet at.testé par aucuir auteur ancien.
KTHiNOGr;APIHF, AA'CIENÎNF DE LÉOUATEUI!.
tirées sans doute de blocs écroulés de la cime de la montagne. Cette carrière, connue actuellement sous le nom de Lahraslicarumi «pierre travaillée», avait déjà été signalée par liumboldt (185, p. ii5). Il est fort probable, comme cet auteur le suppose, que les matériaux de l’Inga-pirca en proviennent.
YANA-CAURI.
La colline de Yana-cauri est située à 8^™ ou lo^™ au nord du village de Canar, sur le territoire d’une hacienda appartenant à la famille Carrazco. Elle a la forme générale d’une ellipse [pi. I, fi g. i), dont le grand axe est orienté dans la direction Nord-Sud; elle est peu élevée et formée d’une roche assez friable qu’on appelle dans le pays cangagua, et qui, d’après l’examen qu’a bien voulu en faire M. le professeur Lacroix, est un tuf volcanique remanié, formé par de petits graviers d’andésite et surtout de labradorite, très variés de structure et associés à de la calcite secondaire. Sur le sommet de la colline, terminé en plate-forme, se trouve une maison de construction récente, bâtie à l’aide de pierres travaillées à la façon incasique. Toute cette colline a été taillée intentionnellement et les vestiges de ce travail sont fort visibles encore à l’heure actuelle, surtout sur les pentes Nord-Ouest, où l’on note de grandes et larges marches rangées en demi-cercle, au nombre de 4 ou 5, scidptées dans la roche même {pl. I, fig. 2). Ce grand escalier est interrompu en deux endroits par un escalier à degrés beaucoup plus petits et plus nombreux (on en compte 12 à i5 du côté droit, où il est particulièrement bien conservé). Au bas des gradins, sont creusées deux cuves accolées, profondes de i*^^,2oà i”^,3o et larges de 2 mètres, séparées par une paroi de So^ni d’épaisseur environ. Sur leur face postérieure, ces cuves présentent deux excavations rectangulaires ; en outre, leur paroi antérieure est percée, en son point le plus déclive, d’un orifice destiné sans doute à l’éeoulement de l’eau. Celle-ci était amenée d’en haut par des canaux creusés en pleine roche et qui suivent le gradin immédiatement supérieur.
Plus bas que ces cuves, et se prolongeant sur la pente Ouest, on aperçoit encore de larges marches, analogues à celles que nous venons de décrire.
Sur la pente Nord-Est, la même disposition se continue et l’on y retrouve nettement trois larges gradins qui forment le soubassement de la maison moderne. Ceux-ci sont interrompus en leur milieu par un escalier à degrés plus rapprochés et moins élevés, au nombre de 6 à 7. Le gradin supérieur présente, creusés à même dans la roche, des espèces de sièges peu profonds, étroits et bas, séparés par des saillies rectangulaires de pierre, dont la face antérieure porte une excavation rectangulaire {pl. /, fig. 3).
Parmi les matériaux qui ont servi à construire le mur du patio de la ferme, nous avons observé plusieurs pierres portant une rigole; elles proviennent, sans aucun doute, de la canalisation (fui servait à amener l’eau juscfu’au canal creusé dans la roche de l’avant-dernier aradin de la face Nord-Ouest.
VESTIGKS l'RÉCOLOMr.IENS EN TERRITOIKE ÉQUATORIEN.
La présence des bâtiments modernes n’a pas permis une étude plus complèle des lieux. Nous ajouterons toutefois qu’au pied Nord-Ouest de la colline se trouve l’entrée, obstruée en partie, d’un souterrain. Des Indiens, qui ont essayé d’y pénétrer, racontent que le sol en est taillé en degrés.
A 4oo* *^^ environ au nord de Yana-cauri, une seconde colline présente quelques vestiges de sculptures semblables, en très mauvais état.
Ces curieux restes n’ont jamais été décrits en détail. Habel semble néanmoins en avoir eu connaissance, car il parle de bains artificiels ({ui se trouvent aux environs de ringa-pirca (148, p. 53). Le P. Piolet en a publié, sans aucun commentaire, une reproduction photographique (316, p. 383). Gonzalez Suarez (140, i, p. 278) en donne la description rapide suivante ; « Dans le district de Canar, dans une vallée qui se trouve du côté occidental de la Cordillère, il y a des ruines notables connues sous le nom de Hana-cauri; elles sont composées d’une grande roche, qui s’élève sur une plateforme semi-circulaire; la roche est travaillée en forme de table quadrangulaire avec des sièges de chaque côté et des récipients qui communiquent au moyen de canaux étroits avec la table supérieure ». Il est évident que cette table quadrangulaire correspond actuellement à l’espace occupé par la maison moderne.
Quelle est la signification de ce monument?
Pour le savant historien de l’Equateur, Hana-cauri est une corruption de Hânak- Huari, mot par lequel on désignait les lieux sacrés où, suivant la légende, étaient nés les ancêtres de la tribu. On lit en effet dans Arriaga (21, p. n, 12) : « Adoran
a las casas de los Huaris que son los primeros pobladores de aquella tierra, que
ellos dizen fueron Gigantes... Invocan a Huari, que dizen es el Bios de las fuerças, quando an de hazer sus Chacaras, 0 casas, paraque se las preste ».
Il ne nous semble pas cependant que la rectification d’orthographe proposée par Gonzalez Suarez soit justifiée, car Arriaga est le seul auteur ancien qui écrive Huari; tous les autres ont adopté l’orthographe Cauri. Ce nom s’appliquait à des idoles c|ui existaient dans un grand nombre de régions du Pérou (')) la plus célèbre de toutes étant celle des environs de Cuzco, connue sous le nom de Huanacauri (■), qui est à peu près celui du monument équatorien que nous venons de décrire. Sa réputation provenait de ce qu’elle était intimement liée à la légende relative à l’origine des héros civilisateurs Incas (Q. Elle représentait, en effet, pour les
(*^) Les premiers missionnaires aiigustins en détruisirent une qui se trouvait dans la province de Gnamachuco, sur le sommet d’nne haute montagne battue par les vents (336, p. 28).
(^) On trouve d’ailleurs ce nom écrit de façons très diverses dans les anciennes relations ; Guanacaure (317, p. 260), Aynanacauri, Alguanacaure, Guanacenti, Aguanacauri, Guanacauri (194, p. i54, 168, 184, 198,209), Guanacaori (304, p. 3o5).
(*) Il existe deux légendes principales relatives à l’origine des héros civilisateurs incasiques, où la montagne de Huanacauri joue un rôle important. La première est rapportée par Garcilasso de la Vega de la façon suivante : Autrefois, la région de Cuzco était en pleine barbarie; touché de cet état de choses, le soleil envoya sur terre, pour instruire et civiliser les hommes, deux enfants qu’il avait eus avec la lune : Manco-Câpac et
8o ETIINOGUAI'IIIE ANCIENNE DE l’ÉQUATEUP..
liKliens, l’ancêtie même de leurs rois. Elle était en pierre, de taille moyenne, sans ligure humaine, et en forme de fuseau. Au moment de la grande fête du Raymi,
sa femme Coya Marna Oello Iliiaco. Dans ce biil, il leui’ remit une verge d’or de deux doigts d’épaisseur et d’une demi-aune de longueur; là où celte verge s’enfoncerait d’un seul coup dans la terre, les pèlerins devaient s’arrêter et commencer leur tâche. Partis des bords du lac de Tilicaca, ils cheminèrent jusqu’à la montagne de ITuanacauri, où le signe attendu se réalisa. En souvenir de ce prodige, les Incas, descendants de Manco- Câpac et de sa sœur et épouse, firent conslrLiire tin temple sur le sommet de la colline (129, I, p. 72-76). La deuxième légende est également rapportée par Gareilasso (129, I, p. 8G-87), mais d’une façon incomplète; aussi la reproduisons-nous d’après Betânzos, qui semble l’avoir notée dans toute son intégrité ;« Dans les temps anciens, Cuzco n’était qu’un misérable village dont le chef s’appelait Alcaviza. LTn jour, il se forma à 7 lieues du village, au point appelé Pacariiambo, une grotte d’où sortirent quatre couples; les hommes s’appelaient Ayar Cache, Ayar Oche, Ayar Auca et Ayar Mango-, les femmes : Marna Guaco, Cura, Ragua Ocllo et Marna Occlo. Ils étaient richement vêtus de tissus de laine brochés d’or; les hommes portaient des haches d’or en forme de hallebardes et, suspendu au cou, un petit sac où se trouvaient des frondes de nieivios; les femmes avaient tous les ustensiles nécessaires à la cuisine, en or également. Tous s’en furent à une montagne appelée Guanacaure, au bas de laquelle ils semèrent des pommes de terre. Un jour, du haut de la montagne, Ayar Cache lança (juatre pierres avec sa fronde et ouvrit de la sorte quatre grandes vallées dans les montagnes environnantes.-Après cet exploit, ses frères, redoutant qu’il ne voulût abuser de sa force pour s’imposer à eux comme chef, l’enfermèrent par surjjrise dans la caverne d’où ils étaient sortis; puis, un an après, ils abandonnèrent la montagne de Guanacaure et passèrent à la quebrada de Matagua, d’où ils voyaient le village de Cuzco. Le site où il était construit leur plut et ils résolurent de s’y installer; mais, auparavant, ils décidèrent que l’un d’entre eux resterait siir la montagne de Guanacaure, où, transformé en idole, il serait adoré comme fils du soleil et obtiendrait la protection de son père pour les survivants. Ce fut Ayar Oche qui accepta ce rôle; aussitôt, il s’envola vers les nues comme un grand oiseau, puis revint se poser sur la montagne, où il se transforma en pierre, après avoir donné à Ayar Mango, sur l’ordre du soleil, le nom de Mango Câpac (35, p. 9-16). On sait cjue Mango Câpac fut le fondateur de la dynastie incasique. Ces légendes sont rapportées avec quelques variantes par Cicza de Leôn (77, p. 18-26 ), Balhoa (25, p. 4"9)i Montesinos (252, p. 4-9). et Coho (79, HT, p. 121-125) [Cf. le résumé que Jiménez de la Espada a donné de ces divers récits dans une note très documentée à la Segunda parte de la crônica del Perù (77, p. i4)]-
Cieza de Leôn (77, p. 109-110) ajoute des détails fort intéressants au sujet des cérémonies que les Incas célébraient sur cette colline sacrée ; Era la segunda guaca de los Incas el cerro de Guanacaure, que esta à oista de la ciudad, y era por ellos rnuy frecuentado y honrado por lo que algunos dicen quel hermano del primer Inca se coiioertiâ en aquel lugar en piedra, al tiempo que salian de Pacaritamho [Pacarec Tampii\, como al principio se contô. Y hahia en este cerro antiguamente oràculo por donde el maldilo Demonio hahlaha; y estaha enterrado â la redonda surna de grande tesoro, y en algunos dias se sacrificahan homhres y tnujeres, â los cuales, antes que fuesen sacrificados, los sacerdotes les hacian entender que habian de ir â servir [â] aquel Dios que alli adoraban, alla en la gloria que ellos fingian con sus desvarios que tenian; y asi, teniéndolo por cierto los que habian de ser sacrificados, los hombres se ponian muy galanos y ataviados con sus ropas de lana fna, y llaiitos de oro, y patenas, y brazaletes, y sus oxotas con sus correas de oro; y despues de haber oido el parlamento que los rnentirosos de los sacerdotes les hacian, les daban à beber rnucho de su chiclia con grandes vasos de oro, y soleniznban [con] cantares el sacrifeio, publicando en ellos, que, por servir â sus dioses, ofrecian sus vidas de tal suerte, teniendo por alegre recebir en su lugar la muerte. Y habiendo bien endechado estas cosas, eran ahogados por los ministros, y puestos en los hombros sus quipes (a) de oro y un jarrillo de lo mesmo en la mono, los enterraban à la redonda del oràculo, en sus sepulturas. Y âestos taies tenian por santos canonizados entre ellos, creyendo sin duda ninguna que estaban en cl cielo sirviendo à su Guanacaure. Las mujeres que sacrif caban iban vestidas asimisnio ricamente con sus ropas finas de colores y de pluma, y sus topos de oro, y sus cucharas, y escudillas y jdalos, todo do oro; y asi aderezadas, despues que han bien bebido, las ahogaban y enterraban, creyendo, ellas y los que las mataban, que iban A servir à su diablo à Guanacaure. Y hacianse grandes bailes y
(a) Kquepi, signifea hatillo 6 rnaletilla de camino (Note de Jiménez de la Espada).
VESTIGES PRÉCOLOMBIENS EN TERRITOIRE ÉQUATORIEN.
on l’ornait de riches vêtements décorés de plumes (') (79, iv, p. 36). Les Incas professaient une telle vénération pour ce dieu qu’ils emportaient son image dans les expéditions guerrières qu’ils commandaient en personne (79, iv, p. 36; 304, p. 3o5). Nous savons, d’autre part, que Huayna-Câpac avait donné le nom de Huanacauri à l’une des quatre collines qui entouraient la ville de Quito (•) (252, p. i43). D’autres collines du royaume furent baptisées de même, soit par les Incas, soit par les colonies de mitimaes. C’est ainsi que, outre celle de la région de Canar, il y en avait une autre de même nom, à l’est de Cuenca, au-dessus du petit village de Paccha (201, I, p. 335).
Il est bien difficile de dire si tous les lieux ainsi dénommés étaient l’objet d’un culte analogue à celui que Cieza de Leon décrit pour le Huanacauri de Cuzco. La supposition paraît toutefois vraisemblable et l’on serait tenté de croire que le texte suivant, emprunté à ce chroniqueur, s’applique au Huanacauri de Canar, bien qu’il soit impossible de déterminer l’emplacement exact de la huaca de Ancocagua dont il est question (^) (77, p. m) :
« El cuarto ternplo estimado y frecuentado por los Incas y naturales de las proi>incias, fué la guaca de Ancocagua, donde tarnhien habia orâculo niuy antiguo y tenido en gran çeneracion. Estaha pegado con la prooincia de Hâtun Cerna, y a tiempos iban de muchas partes con grand çeneracion à este demonio à oir sus oanas respuestas; y habia en él grand sunia de tesoros, porepie los Incas y todos los deniâs los ponian allé. Y dicese tambien, que sin los niuchos animales que sacrificaban d este diablo, ejue ellos tenian por dios, hacian lo niesino de cdgunos indios é indias, asi y como conté que se usaba en el cerro de Guanacaure. Y cque hobiese en este ternplo la riqueza que se dice, tiénese por oerdad, porque despues de haber los espanoles ganado al Cuzco con mâs de très anos, y haber los sacer dotes y caciques alzado los grandes tesoros que todos estos templos tenian, oi decir que un espanol llamado Diego Rodriguez Elemosin sacô desta guaca nids de treinta mill pesos de oro; y sin esto se ha hallado mds, y todaoia hay noticia de haber enterrado grandisima cantidad de plata y oro en partes
cantares, cuando se hacian semejantes sacrificios questos. Tenian este idolo, donde estaha el orâculo, con sus châcaras, yanaconas, y ganados, y mamaconas, y sacerdotes que se aprovechahan de lo mâs dello.
Nous savons, en outre, que c’était sur cette même montagne de Guanacauri qu’on perforait les oreilles des fils des Orejones, après une série d’épreuves comprenant un jeûne prolongé et des courses à pied, dont un des termes était précisément la colline sacrée (317, p. 276-277; 129, II, p. 760-761 ; 77, p. 22-26; 79, IV, p. 119).
(^) Il est probable que ces ornements étaient un souvenir de la dernière incarnation de l’ancêtre des Incas.
(^) C’était la colline de l’Ouest; celle du Sud s’appelait Yahuirac (c’est le Panccillo des cartes modernes), celle de l’Est, Anachuarqui, et du Nord, Carmenga (252, p. i43). Il y avait de même, aux environs de Cuzco, outre la colline de Huanacauri, trois autres hauteurs qui portaient des noms semblables ; Yahuira, Anaguar (77, p. 23) ou Anaguarque (79, IV, p. 40) et Carmenga (76, p. 437).
(^) Il existe bien une Cordillère de Angochagua en Équateur, située à l’extrême nord de la République, à l’est de la ville d’Ibarra; mais il ne peut s’agir de cette montagne, car Cieza de Lcôn, qui connaissait parfaitement le pays, pour l’avoir parcouru, n’aurait pas commis l’erreur grossière de la donner comme voisine de la province de Hatun-Canar {pegado con la proÿincia de IJâtun Cana).
Arc de méridien équatorial, t. \T, (i). ii
82 ETIlN^OGnAPlIlE ANCIENNE PE l’ÉQUATEUR.
que no hay quien lo sepa, siDios no, y nunca se sacarân si no f liera acaso à de ventura. )) Nous ignorons si la colline de Huanacauri des environs de Cuzco présentait des sculptures analogues à celle de Canar. Nous ne connaissons, comme monuments ayant quelques similitudes avec celui que nous venons de décrire, qu’une grande pierre sculptée trouvée à Concacha, à trois lieues au sud d’Abancay, sur la route de Lima à Cuzco; Desjardins y voit un autel à sacrifices (98, p. iSa), et Squier, un autel à ollfandes (387, p. 555-556). La colline de Samaypata figurée par d’Orbigny, qui croit y voir un atelier de lavage de for (298, iii, i" Partie, j). 259, AUas de ta partie historique, Antiquités, pt. 1), et dont Nordenskiold (290, p. 276-277) a donné récemment deux excellentes photographies, présente également des analogies avec celle de Huanacauri,
INGA-PIRCA
Les ruines, qui portent à l’heure actuelle le nom d’Inga-pirca {paroi de rinça), s’appelaient, dans les premiers temps de l’occupation espagnole, Hatun-Canar « le grand Canar « (') ; elles sont situées à io^“i ou à l’est du bourg de
Canar, par 2° 82 de latitude Sud (La Condarnine) et 81*^14 de longitude occidentale de Paris. Elles se trouvent à 3i63^^ d’altitude, à environ du confluent du rio Inga-pirca et du rio del Hato de la Virgen, qui, 4oo”^ plus bas, reçoivent celui de Gnlan et prennent, désormais le nom de Silante {Carte IV). La colline, sur laquelle est bâti l’édifice, est un contrefort de la Cordillère de Huairapungo, qui fait partie de la chaîne de séparation des vallées de Canar et de Cuenca.
L’ Inga-pirca a été maintes fois visité et décrit. Cieza de Leon (76, p. 396) le signale simplement parmi les aposentos principaux de la route qui, de Tixan, mène aux somptueux aposentos de Tomebamba, sur lesquels nous reviendrons plus loin. Velasco n’est pas plus explicite (418, ii, p. 56-57). Heureusement, La Condarnine, en 1789, ^ Juan et Ulloa, vers la même époque, examinèrent le monument encore dans sa quasiintégrité, car, 60 ans plus tard, quand Humboldt (i8o3) et Caldâs (i8o4) parcoururent la région, l’œuvre de destruction était déjà très avancée, en sorte que Villavicencio, Habel, Wolf, Reiss, Gonzalez Suarez n’ont pu observer que des restes insignifiants de l’édifice total.
Si l’examen, que nous en avons fait à notre tour, ne nous a pas permis d’ajouter grand’chose aux deseriptions antérieures, il nous a mis du moins en mesure de nous rendre compte de la valeur de celles-ci, de l’exactitude des plans ou des dessins qui y sont joints et de constater que peu de voyageurs ont essayé de travailler sur des observations personnelles. Pour les plans, on peut dire que ce sont ceux de La Condarnine (84, pt. vii), de Juan et Ulloa (20i, ii, pi. xviii, xix) et de Humboldt (185, pt. xvii, xx, lxii) qui ont fait toute la base de la docu-
C’est évidemment par erreur que Van Volxem écrit que la forteresse d’Inga Pilea (sic ) est à une lieue et demie des ruines du grand palais d’Hatun Canar (426, p. 43).
Mission de rÉquateur T. Vl .
Environs
des RxLines de ROMPE
à 2630 laètres d'aLtitude
Echelle au 1:20.000*™“^ eiiv.
levé par Ir ^farècJxctl des Lo^is Jkxmeri'fiï
EnviroTxs de L’ Ind'apirca de 1 liig'acliuuo'aiia et de l’ laitilma-Yoïi
/''^oT'Pejuxuis .PC'.
Eclielle au 1'. ^tO.OOO euv.
lexfà parle Com/nruidarl LoUcruancI
Cartes III etlV.PLANS DES ENVIRONS DES RUINES DE ROMPE ET D’INGA-PIRCA
VESTIGES PRÉCOLOMBIENS EN TERRITOIRE ÉQUATORIEN.
mentation jusqu’à nos jours. Humboldt lui-même avait d’ailleurs déjà reproduit le levé d’ensemble de La Condamine (185, pi. lxu) sans rien y corriger, bien qu’il prétende (p. 292) l’avoir rectifié; mais il y avait adjoint une vue générale de l’édifice [■pi. XVII], d’une valeur documentaire très médiocre il est vrai, une vue en perspective et un bon plan [pt. xx] du bâtiment qui couronne la forteresse. Parmi les auteurs plus récents, Villavicencio (422, p. 437) se contente de reproduire la planche XVII de Humboldt, Gonzalez Suarez (140, Aitas, pt. xu, xlii) la planche XX du même auteur et le plan de Juan et Ulloa. Comme document absolument nouveau sur l’ Inga-pirca, nous ne connaissons que la reproduction photographique publiée en 1904 par l’historien équatorien (I4i, pi. ii) ( ' ).
Quant aux descriptions proprement dites, celles de Villavicencio (422, p. 435), de Habel (148, p.53) et de Reiss (334, p. 17) sont trop sommaires pour être retenues; seules, celles de La Condamine (84), de Juan et Ulloa (201, ii,p. 629-632), de Humboldt (185, p. 107-110, 114-118, 292-294) et de Caldâs (66,9.477-478) sont sulfisamment détaillées, mais elles sont loin de présenter une valeur égale. Nous considérons comme de pure fantaisie les plans de Juan et Ulloa, et comme erronée, sur un grand nombre de points, la description qui les accompagne. 11 sullira, pour s’en convaincre, de comparer leur levé à celui de La Condamine [fig. 4) et au nôtre [fig. 5). Caldâs, qui, ainsi que nous l’avons dit, visita le monument précolombien de Canar au début du dix-neuvième siècle, avait formulé le même jugement, et il est étonnant qu’un observateur aussi avisé que Gonzalez Suarez, bien qu’il ait été frappé lui-même des inexactitudes fondamentales qu’il renferme, ait donné la préférence au plan des deux auteurs espagnols plutôt qu’à celui de La Condamine (140, .-uias, p. 184). A notre avis, le plan et la description de ce dernier savant peuvent être considérés comme un modèle d’exactitude et de clarté, et c’est à eux qu’il faut se reporter pour bien comprendre l’état primitif de l’édifice. Quant aux observations ultérieures de Humboldt et de Caldâs et à celles beaucoup plus récentes de Gonzalez Suarez, elles nous serviront à compléter, sur quelques points de détails seulement, les faits que le grand géodésien français, s’improvisant archéologue, a su exposer avec tant de précision. Voici cette description que nous reproduisons à peu près intégralement (■) ;
« La forteresse est composée dans l’état présent d’un Terreplein (AB) fait à la main, élevé de niveau à la hauteur de i4 (4“S55), i5 (4“b87) et 18 pieds (5“,85) au dessus d’un Sol inégal, et au milieu de ce Terreplein, d’un logement quarré (CD), qui servoit vraisemblablement de Corps de garde. Le Terreplein, ainsi que la Platteforme qui le termine, a huit toises (i5“^,6o) de large sur vingt toises (89“^) de long; les deux extrémités (AB) sont arrondies, ensorte que sa figure est celle d’un
(*^) Une réduction en bois de l’édifice fut envoyée par l’Équateur à l’Exposition historique de Madrid de 1892, mais nous ignorons l’exactitude qu’elle jiouvait avoir et la destination qu’elle a reçue.
(^) Tous les renvois de cette description se rapportent à la figure 4.
Plan des ruines de l’Inga-pirca en i^Sg, d’après La Condamine (84, pl. VU).
( Levé par le Capiiaine Peyronel et le Maréchal des Logis Damerval, dessiné par le Capitaine Lallemand.)
ETHNOGRAPIIIK ANCIENNE DE l’ÉQUATEUU.
ovale fort allongé, et très peu ou point renflé dans son milieu. La direetion de son grand Axe étoit alors de l’Est 6 degrés Sud, à l’Ouest 6 degrés Nord, de la Boussole, qui déclinoit d’environ 8 degrés au Nord Est.
» Du eôté du Nord, où la forteresse est escarpée, la terrasse (EF), qui soutient le Terreplein,a pour base une seconde terrasse (GH) de six pieds de large (i™,95), et de i5 à i6 pieds de haut (4^^S85 à 5”^, 20), au dessus de la prairie. Toute cette enceinte est revêtue d’une muraille de trois pieds (o*’^,95) au moins d’épaisseur par le haut, de pierres d’une espèce de Granit, bien équarries, parfaitement bien jointes, sans aucune apparence de ciment, et dont aucune ne s’est démentie jusqu’à présent. Toutes les assises des Pierres sont exactement parallèles et de même hauteur; circonstance particulière à ces ruines, et contraire à ce que j’avois remarqué dans celles de Callo. Les joints des Pierres seroient imperceptibles, si leur surface extérieure étoit plane, mais elle est taillée en bossage, la face antérieure de chaque pierre [t, u) étant légèrement convexe, ou bombée dans son milieu, et coupée en biseau vers les bords, ensorte que leurs joints forment de petits canaux, ou canclures, qui servent d’ornement, à peu près comme les séparations des pierres dans les Pilastres d’un ordre Rustique. Pour donner cette convexité régulière, et uniforme, à toutes ces pierres, et même pour polir si parfaitement les faces intérieures par où elles se touebent, quel travail, et quelle industrie ont dû supléer à nos instruments, chez des Peuples qui n’avoient aucun outil de fer, et qui ne pouvoient tailler des Pierres plus dures que le marbre qu’avec des haches de Caillou, ni les applanir qu’en les usant mutuellement par le frotement?
)) On monte à l’Esplanade, au Sud et au Nord de la forteresse, par deux rampes parallèles à la longueur du Terreplein, la première (IK) aboutit au milieu, la seconde (LM) se termine environ au quart de la longueur de la platteforme; à l’endroit (M) où finit la rampe, commence la terrasse inférieure (GH) dont j’ai déjà parlé; celle cy forme une fausse braye d’une toise (i“,95) de large, et couvre tout le reste de la face septentrionale de la Forteresse.
» Le Bâtiment (CD) presque quarré, que j’ai suposé destiné à un Corps de garde, et auquel je donnerai ce nom, est isolé et situé au milieu de l’Esplanade; il a 24 pieds (7^1,80) de long sur 22 (7^,16) de large, il est partagé selon sa longueur, par un mur (NO) tiré d’un pignon à l’autre, en deux pièces égales, longues et étroites, qui n’ont aucune communication. On y entre par deux portes oposées (P, Q) percées au milieu des deux plus grandes faces de ce corps de logis, elles regardent les deux extrémités demi-circidaires (A, B), qui terminent la platteforme.
» Les murs de ce Corps de garde ont deux piés et demi (o™,8i) d’épaisseur; ils sont bien moins conservés que le revêtement du Terreplein; la pointe, ou la partie supérieure des deux pignons, est peut-être de fabrique moderne, du moins elle n’est pas de pierre comme le reste, mais d’une espèce de bricpie séchée à l’air, et que les Espagnols nomment Adobe... Je n’y ai pas fait assez d’attention, pour
VESTIGES PnÉCOLOMBIENS EN TEUniTOlliE ÉQUATORIEN.
m’assurer de son antiquité par d’autres marques; je remarquerai seulement, que toutes les autres murailles de ce monument sont de pierre, qu’elles sont toutes terminées quarrément, et qu’aucune n’a de fenêtre, comme il y en a une dans le haut du pignon du Corps de garde. Cette seule circonstance me paroit suffire, pour prononcer que cette partie de bâtiment n’est pas du teins des Incas....
>) Dans l’encognure des murs du Corps de garde, les pierres ne sont pas alternativement saillantes, et rentrantes, pour faire la liaison îles deux murs comme dans nos bâtimens ; pour y supléer, il y a dans celui ci des pierres longues ( i, 2, //g. 4) qui traversent en biais d’une muraille à l’autre. La partie engagée dans les deux murs est massive de toute sa grosseur, et taillée comme les autres pierres ; mais la traverse qui communique d’un mur à l’autre, est émincée, et arrondie, en forme de cylindre de la grosseur du bras, et un peu plus.
» Il y a encore hors des encoignures, d’espace en espace, dans la pièce Occidentale des deux qui forment le Corps de garde, six autres pierres cylindriques (3, 4, 5, 6, 7,8, /(g. 4) qui sailIcnL d’un pied et demi (0^,49) hors du mur, à angle droit. Elles paroissent avoir été destinées à suspendre des Armes. Toutes ces pierres sont fort dures, ainsi que celles du revêtement; c’est une espèce de Granit, dont il n’y a point de carrière voisine...
» Il n’y a dans toutes les Ruines, dont il est ici question, aucune pierre plus longue que celles qui forment les Linteaux des portes, et elles n’ont guères que six pieds (i™,95) de long. Ces Linteaux dévoient nécessairement être d’une seule pièce, pour pouvoir porter sur les jambages, les Indiens n’ayant pas connu l’art de faire des voûtes. Les deux portes (P, Q) du Corps de garde, ont trois pieds (o”b97) large vers le bas, et environ une toise de hauteur; les jambages n’en sont
pas parallèles, mais se raprochent un peu par le haut. 11 y a dans les deux chambres, oui elles donnent entrée, dans l’épaisseur des murailles, et à hauteur d’appui, des enfoncemens, ou niches, de forme quarrée, mais un peu plus hautes que larges, profondes de i5 à 16 pouces (o™,4o à o™,43); elles leur tenoient lieu d’ Armoires. Je n’y remarquai rien autre chose digne d’attention.
» Au delà du Terreplein, du côté de l’Ouest, le terrein continue à être escarpé, quoiqu’il aille en baissant insensiblement; il est soutenu dans toute cette longueur par une terrasse (RS) revêtüe de pierres, comme le grand Terreplein, mais plus basse de 12 pieds (3“,9o) que la platteforme ovale. Cette terrasse prend naissance à l’extrémité Oceidentale du Terreplein; elle avance d’abord en saillie (R) de quelques pieds au Nord, comme pour barrer et terminer la fausse braye (GH). De là elle tourne à angle droit vers l’Ouest, et se prolonge sur une longueur (RS) de 84 pieds (27”^, 3o), formant une courtine, dont l’extrémité Occidentale s’appuye à une espèce de bastion quarré (ST) composé de deux flancs, et d’une face. Au delà de ee bastion, il n’y a plus que lès vestiges d’une muraille simple, sans aucune apparence de fortification. Cette muraille suivoit toujours la partie la plus élevée du
EïlIiNOGrvAPIIIE ANCIENA’E DE l’ÉQUATEUD.
terrein, qiii s’aplanit pen à peu, retournoit à l’Est par le Sud en faisant un demi cerele (TV) et redevenoit ensuite parallèle à la longueur du Terreplein. Cette dernière partie de la muraille (VX) subsiste encore en son entier; le reste de l’enceinte est fort irrégulier; le plan seul pent donner une idée de son circuit (XYZW &L).
« Dans l’état présent l’enceinte totale est divisée en quatre cours. Les vestiges de la première du côté de l’Orient sont encore assés évidens, sa forme (W F) est d’un quarré long de 8o pieds (26™) sur no (35”b7o); elle étoit, à ce qu’il paroit, entourée de petits corps de logis isolés, plus longs que larges, dont on distingue encore les fondemens (W A 0 F).
» La seconde Cour (FAAZ) est un peu plus petite, et sans vestige d’aucun bâtiment.
» Dans la troisième qui est plus grande, et de forme irrégulière (XYZAIg), je n’ai remarqué d’autres Ruines que celles d’une chambre quarrée, située dans l’Angle (A), par où on entre actuellement dans cette Cour. Mais comme les murs qui ferment ces trois Cours sont de construction moderne, et que je n’y ai reconnu évidemment d’anciens fondemens, que ceux des corps de logis isolés (F W & S A0 A), il est très possible, et assés vraisemblable, que ces bâtimens fussent hors de la véritable enceinte de la Forteresse, et du lieu habité par l’Inca. C’étoient vraisemblablement les logemens de ses bas Officiers, ou de ceux qui approchoient le moins de sa personne. On ne peut donner sur cela que des conjectures vagues; mais il n’y a aucune équivoque sur l’antiquité des murs de clôture de la quatrième Cour (RTVX) qui occupe le terrein voisin du Terreplein, au Sud et au Couchant. Ces murs sont évidemment aussi anciens que les bâtimens renfermés dans leur contour; ainsi il y a tout lieu de croire, que ce sont là les vraies ruines de l’habitation proprement dite de l’Inca
» Les six Salles, ou Chambres [a, h,c,d,e,f), de la quatrième Cour sont plus entières et mieux conservées que toutes les précédentes, et renfermées dans l’enceinte irrégulière (RSTVX) que j’ai d’abord décrite, au Sud, et à l’Ouëst de la Forteresse. Celle-ci et la courtine (RS) appuyée au Terreplein (AD) et au bastion (ST) couvrent ces six pièces intérieures, dont il me reste à rendre compte.
» On y parvient par une allée, ou galerie étroite {gh) de 170 18 toises (33®^ à 35“) de long, sur une toise (1^,95) de large. Cette galerie est parallèle à la longueur du Terreplein, et fort voisine de la rampe intérieure (IK),par laquelle on monte à la platteforme de la Forteresse, du côté du Sud. La muraille Septentrionale {gih) de cette galerie est bien conservée, l’opposée est entièrement démolie; on voit seulement par l’interruption des fondemens dans les intervalles des pignons des trois Salles {a, b, c) appuyées à ce mur, qu’il y avoit deux portes (r, s), et qu’elles donnoient entrées dans les deux petites Cours, qui séparoient ces trois Salles, ou Corps de logis (a, b, c). Les jambages, et les linteaux des deux portes (g, h) de
VESTIGES PRÉCOLOMBIENS EN TERRITOIRE ÉQUATORIEN. 89
la galerie sont d’nn travail plus reeherché, et plus fini, que celui des autres portes ; les joints des pierres y sont imperceptibles. Ces portes sont aussi plus exhaussées, et au lieu de six pieds (i“,95), qui est la hauteur ordinaire des autres, celles-cy ont sept pieds, neuf pouces (2^^^,5o), de haut; ce qui donne lieu de juger c[u’elles étoient destinées pour le passage de V Inca, qui, suivant le raport des Historiens, étoit porté sur un brancard sur les épaules de ses sujets.
)) Ces deux portes ont encore une singularité remarquable, qui les distingue. Au bas de chaque jambage, tout près du rais de chaussée, en dedans, il y a deux trous de deux pouces en quarré (iScm^), un peu arrondis par le haut, distans l’un de l’autre de quelques pouces. Ces deux trous pénètrent environ un demi pied (o*^^,i6) dans l’épaisseur de la pierre, et se communiquent dans son intérieur à un demi-pied (o™,i6) de la surface extérieure de la muraille. Leur plan horizontal a la figure, à peu près, d’un fer à cheval [x, y, z). Quoiqu’on assure que ce Canal de communication est creusé au dedans de la pierre, il est beaucoup plus simple et plus aisé de croire^ qu’il est ménagé entre deux pierres dans l’épaisseur du mur...
)) Quant à l’usage de ces trous percés, comme je viens de dire, au bas des jambages des portes de la galerie, il est vraisemblable qu’ils servoient à fermer la porte, et suppléoient aux gonds, dont on ne voit nulle part aucun vestige. Sans doute que ces portes se levoient et se baissoient, en forme de pont levis, et qu’elles étoient attachées par des courroies, ou peut-être des chaînes de métal. Ces chaînes ou courroies, passées dans le Canal pratiqué au dedans de la pierre, pouvoient saisir le bas de la porte, et faire l’effet d’une charnière. La porte intérieure (h) de la galerie donnoit entrée dans la dernière enceinte (RSTVXg), que j’ai appelée la quatrième Cour.
)) Des six chambres, ou Salles, qui sont renfermées dans son circuit, deux (d, c) sont appuyées à droite et à gauche aux murs de la galerie, et ont leurs portes (k, l) comme celle {h) de la galerie, tournées vers l’Occident. Deux autres pièces [e, /) en retour d’équerre, et qui ne laissent que d’étroits passages entre leurs angles, ont leurs portes (n, o), l’une tournée à l’Orient, l’autre au Nord. Tous ces difîérens corps de logis ne sont, non seulement pas exactement parallèles, ou à angle droit, les uns par rapport aux autres, mais chacun en particulier, du moins le plus grand nombre, a des biais, qui prouvent qu’ils ont été faits à vuë, et sans le secours de l’équerre, ou des pratiques vulgaires, qui servent à diriger nos moindres ouvriers.
» Il est probable par la situation de ces quatre pièces, que les deux premières {d, c) étoient destinées pour le logement des Officiers domestiques, et de la garde du Prince; les deux autres ont peut-être servi à la cuisine de sa bouche, et à son échansonnerie, du moins elles pouvoient y suffire
)) Quant aux deux corps de logis {a, b) qui sont en face l’im de l’autre dans la partie la plus intérieure de la Cour, et la plus à couvert de la Forteresse, c’ étoit sans doute le logement même de V Inca et de ses femmes. Ce qui ne permet pas d’en douter,
Arc de méridien équatorial, t. VI, (i).
f)0 ETHNOGRAPHIE ANCIENNE DE L’ÉOUATEUrw
ce sont les portes {p, q) de ces deux pièces, elles sont ainsi que celles de la galerie {g, h) d’une hauteur proportionnée pour le passage d’un homme assis, porté dans un brancard, sur les épaules d’autres hommes. Elles sont opposées, et en face l’ime de l’autre, elles ont en dedans des trous, pareils à ceux des portes de la galerie d’entrée, et se fermoient par conséquent de même, au lieu que toutes les autres portes n’ont aucun vestige de fermeture. Ces deux Salles ont trente pieds (9“^, 76) de long dans œuvre, sur quatorze (4™, 55) de large, et sont plus étroites d’un pied (o™,32) que la pièce (c) que je suppose avoir été la Salle des Gardes. H y a dans l’épaisseur des murailles, à hauteur d’appui, dix neuf niches, profondes de seize pouces (o™,43), ainsi que dans les antres pièces; elles sont semblables à celles du Corps de garde de la Forteresse; on ii’y remarque rien autre chose de particulier. On nous dit seulement, qu’on y avoit trouvé des Cuvettes de pierre, avec leur pied de même matière, qu’on soupçonne avoir servi de brazier.
)) Je cherchai vainement l’issuë d’un prétendu Souterrain, dont on nous avoit parlé vaguement dans le païs, et qu’on disoit qui étoit pratiqué sous le Château; mais je ne trouvai que quelques éboulemens de terres et de rochers, causés par la chute des eaux dans une cavée, à l’Ouëst de la Forteresse; et l’œconome delà ferme, bâtie des ruines du Château, m’assura qu’il n’y avoit aucun souterrain ('). »
Ainsi qu’il est facile de le voir en confrontant le plan de la Condamine et le nôtre, levé en 1904 {fig. 5), il ne reste plus aujourd’hui de l’édifice primitif que la forteresse elliptique AB [pi. II, fig. i, 2), avec son corps de garde CD complètement en ruines [pl. II, fig. 3, 4)5 la fausse braie GH, la terrasse RS, des tronçons du mur d’enceinte XV, la salle a dans son intégrité, quelques restes des salles /, e, cl, et le début de la galerie gh. Il est probable que les vestiges de construetion qui, sur notre plan, se trouvent entre cette galerie et l’ellipse, sont ceux, plus ou moins remaniés, de la muraille IK, qui servait de soutien au terre-plein méridional.
On notera entre notre plan et celui de La Condamine une seule divergence essentielle ; elle se rapporte aux voies d’accès qui mènent à la partie supérieure de l’ellipse. La Condamine parle de deux rampes, l’une septentrionale, l’autre méridionale; nous n’avons retrouvé ni l’une ni l’autre. Pour celle qui aboutissait sur le côté nord de l’ellipse, l’état de délabrement du monument explique fort bien sa disparition, de même que celle de la porte M, taillée dans le revêtement extérieur de l’ellipse, à laquelle elle aboutissait [pl. II, fig. 1).
Quant à l’ouverture méridionale N, elle existe bien encore, exactement au point
(^) C’est ici l’occasion de rectifier une petite erreur qui s’est glissée sous la plume de Gonzalez Suarez. Cet auteur rapporte, en elïet, que La Condamine trouva à Inga-pirca des têtes d’animaux portant, suspendus à la gueule, des anneaux mobiles, le tout taillé dans une seule i^ierre 139, p. i8). Or, le texte de La Condamine, auquel fait allusion l’historien équatorien, ne se rapporte nullement à l’Inga-pirea et c’est au cours d une digression, à propos de l’art remarquable des tailleurs de pierre indiens, que le savant académicien écrit ; « Nous avons vû en quelques autres ruines des ornemens du même granit, qui représentoient des mufles d’animaux, dont les narines percées portaient des anneaux mobiles de la même pierre » (84, p. 452).
VESTIGES PRÉCOLOMIilENS EN TERRITOIRE EOllATORIEN. 9I
OÙ la figure La Condamine, c’est-à-dire au milieu de l’ellipse ; toutefois on n’y aboutit plus par une rampe, mais par un double escalier extérieur composé de 5 marches correspondant aux quatre rangées inférieures de pierres de l’ellipse. A ce niveau, se trouve l’ouverture, dont la forme primitive était trapézoïdale. Elle conduit à un palier intérieur compris entre le mur de revêtement et les soubassements du bâtiment que La Condamine appelle le corps de garde, d’où un double escalier de 6 marches mène respectivement à la partie occidentale et à la partie orientale de la plateforme de l’ellipse.
Cette disposition est certainement fort ancienne, car elle existait déjà du temps de Humboldt et de Caldâs, ainsi qu’on peut en juger d’après l’extrait suivant de la description de ce dernier auteur, suffisamment explicite malgré l’absence des plans qui y étaient joints et ont été malheureusement perdus (66, p. 478) : « Depuis la première fde de pierres jusqu’à la quatrième incluse, on voit une ouverture de la forme de leurs portes [des Incas], c’est-à-dire plus large en bas qu’en haut. Depuis le niveau de la quatrième rangée vers le haut, il y a deux degrés jusqu’à un palier, qui correspond justement à la moitié de l’édifice supérieur. Là, il se divise en deux parties, une qui communique avec la moitié est de l’ellipse, et l’autre avec la moitié ouest, et qui vont se termine^ à la partie la jlus haute de ce beau soubassement. Depuis la quatrième rangée jusqu’au sol, continue un escalier semblable aux précédents et qui est extérieur au mur. »
A notre sens, l’escalier intérieur devait exister du temps de La Condamine, bien que cet auteur ait omis d’en parler. Quant à l’escalier extérieur, il est certain qu’il a été ajouté, après destruction de la rampe d’accès dont nous parle le voyageur.
Un autre détail a échappé aux visiteurs dont nous avons déjà cité les noms, sauf à Juan et Ulloa (201, 11, p. 63i-632). Sur le palier auquel aboutit l’escalier extérieur, le soubassement de l’édifice qui couronne l’ellipse, présente une porte de forme trapézoïdale comme toutes les portes incasiques, qui est murée par des pierres disposées avec autant de soin que celles de l’ellipse ('). Il nous a été impossible, faute de temps, de rechercher le but exact de cette fausse porte. Il est peu probable qu’elle constitue un simple ornement architectural. Sans admettre qu’elle soit l’entrée d’un souterrain faisant communiquer le monument de l’ Inga-pirca avec ^ celui de Pomallacta, ainsi que la légende s’en conservait parmi les indigènes (201, II, p. 63i), il nous semble que des fouilles entreprises à ce niveau pourraient donner des résultats intéressants.
Un autre point mérite de nous arrêter un instant. La Condamine, ainsi que nous l’avons vu, signale que la partie supérieure du corps de garde correspondant aux pignons n’était pas bâtie en pierres mais en adobes, et présentait une fenêtre (*)
(*) C’est par erreur que Juan et Ulloa disent qu’elle est simplement obstruée par de la terre.
92 ETIINOGRAPIIIE ANCIENME UE l’eQUATEUR.
de chaque côté. Huniboldt (185, p. no) fait quelques réserves sur l’exactitude de cette assertion. Ainsi qu’on pourra s’en rendre compte parla photographie que nous reproduisons de cette partie du bâtiment [pl. 11, fig. 4), le moindre doute n’est pas permis : la partie supérieure des murs où sont encastrées les fenêtres est bien construite en briques crues et appartient certainement à une époque beaucoup plus récente que le reste de l’édifice. Ces remaniements s’expliquent par ce fait qu’à une époque ce bâtiment servit de chapelle (140, Atias, p. 182), puis ultérieurement de bergerie (334, p. 17) aAmnt d’être complètement abandonné, comme il l’est aujourd’hui. Les ruines ont été d’ailleurs fortement endommagées par les habitants des environs, qui y sont venus chercher des matériaux pour la construction de leurs maisons ( ' ).
La Condamine dit que les pierres de l’ellipse ne sont jointes par aucun ciment. 11 ne faudrait pas en conclure que les Incas ignoraient l’usage du mortier; en effet, Gonzalez Suarez (140, Atias, p. 177) a remarqué que la matière formant le centre des murs est une argile bien triturée et que les pierres sont unies à l’aide d’un mortier assez fin, employé en petite quantité. L’observation est fort juste et nous avons pu constater que le mur d’enceinte RS est en effet formé d’un revêtement extérieur et intérieur de pierres bien ajustées entre lesquelles on a tassé de l’argile (*’). Hurnboldt (185, p. ii5-ii6) dit d’ailleurs que, bien que la plupart des pierres semblent simplement juxtaposées, il a pu, dans quelques-uns des bâtiments qui entourent le terre-plein, enlever avec un couteau, entre les interstices des assises, de grands moreeaux d’un ciment formé d’un mélange de petites pierres et d’argile faisant effervescence avec les acides.
Comme le fait remarquer Gonzalez Suarez (140, Atias, p. 175), seule, la face extérieure des pierres est taillée avec soin, suivant le procédé décrit par La Condamine, tandis que les faces des moellons qui se trouvent incluses dans la muraille sont simplement équarries. C’est là un détail que nous avons signalé déjà pour le monument de Callo.
Hurnboldt (185, p. no) a noté que les murs étaient enduits d’une espèce de stuc jaunâtre facile à détacher et mélangé de paille hachée {Ichu), et Gonzalez Suarez (139, p. 5o; 140, Atlas, p. 177) a pu retrouver encore, en 1872, un fragment de paroi d’une
(*) En 1904, une famille indienne habitait une case faite de cette façon à côté de la salle a qui lui servait d’annexe.
(^) Une remarque analogue a été faite sur les ruines de Callo, ainsi que nous l’avons signalé (p. 74). Le procédé de construction incasique est d’ailleurs parfaitement décrit par Cobo (79, IV, p. 210) : Decirnos que los indios no usahan de mezcla en estas edificios, sino que todos cran de piedra seca, lo iino porque no los hacian con cal y arena [que no conocieron este género de mezcla), y lo otro, porque por la haz exterior ajustaban las piedras sin poner cosa entre ellas- mas no porque dejasen de estar por etimedio unidas con alguna mezcla, que si lo eslahan, para henchir los huecos y afijar las piedras; y lo que echaban, era cierta greda colorada y muy pegajosa, que ellos llaman Llatica, de que hay abundancia en la comarca del Cuzco; lo cual observé yo viendo derribar un pedazo de aquella pared dcl dicho monasterio de Santa Catalina, para cdificur la iglesia que ahora liene.
VESTIGES PKÉCOLOMDIENS EN TEURITOIRE ÉQUATORIEN. 9^
des chambres qui, à l’intérieur, était recouvert d’une pâte fine formée d’une couche mince d’argile mêlée de paille hachée, sur laquelle persistaient des traces d’une peinture rouge pâle. Ainsi que nous l’avons déjà mentionné (p. 8), la plupart des monuments incasiques présentaient ce revêtement.
Nous dirons en terminant que nous avons retrouvé sur la porte d’entrée a les canaux en forme de fer à cheval, creusés dans la pierre, que La Condamine a si soigneusement décrits, et que, parmi les pierres employées pour la construction moderne du voisinage, nous en avons noté plusieurs qui présentaient sur une de leurs faces une rigole et faisaient, sans aucun doute, partie de tout un système de canalisation destiné à l’apport de l’eau.
On a discuté souvent sur la nature et l’origine des pierres de l’ Inga-pirca. La Condamine dit que c’est du granit, Humholdt du porphyre trapéen enchâssant du feldspath vitreux et de l’amphihole (185, p. ii5). Le professeur Lacroix, à qui nous avons soumis un échantillon prélevé sur le monument même, a constaté qu’il était constitué d’un tuf andésitique de projection non remanié, formé de débris d’andésite à rhomblende et de très peu de matériaux étrangers. Gonzalez Suarez (140, I, p. 2o4) rapporte que les pierres de l’Inga-pirca furent apportées de Cuzco; il emprunte ce détail à Cieza de Leon (77, p. 247), mais nous verrons plus loin que, contrairement à l’opinion de l’historien équatorien, le texte du chroniqueur se rapporte à des édifices construits par les Incas àTomehamba et non à f Inga-pirca de Canar. 11 est beaucoup plus probable que les matériaux utilisés pour la construction de ce monument viennent de la carrière de Lahrashearumi, que nous avons signalée près de la lagune de Culehrillas.
La destination de ce monument ne peut guère prêter à discussion. Sa situation sur un éperon qui domine une vaste plaine, la forme même du terre-plein, la disposition des bâtiments au pied de celui-ci, tout montre à l’évidence que l’Inga-pirca était un tarnho fortifié important, où l’Inca devait s’arrêter fréquemment au cours de ses déplacements et où devait résider en permanence une assez forte garnison ( ' ).
(^) Nous devons signaler toutefois que Gonzalez Suarez, qui avait admis tout d’abord cette destination (139, p. 49)j a changé d’opinion dans ses derniers travaux. S’appuyant sur la présence à côté de l’Inga-pirca du siège sculpté appelé Inga-chungana et de la pictograjDhie connue sous le nom d’Inti-liuaycu, dont nous parlons plus bas, il pense que le monument était à la fois un temple et un palais; l’édifice religieux correspondait, selon lui, à la partie du bâtiment que nous considérons comme un ouvrage fortifié; il suppose que, dans chacune des deux pièces construites sur le sommet de l’ellipse, devait se trouver une image du soleil, où, par suite de l’orientation, venaient se refléter, matin et soir, les rayons de l’astre du jour, que des colonnes servant de gnomons pour le calcul des équinoxes et des solstices devaient exister sur le terreplein, etc... (141, p. 28-29). Toutes ces hypothèses ont leur origine dans la confusion que Gonzalez Suarez a faite, ainsi que nous le montrerons plus loin, entre l’Inga-pirca et les édifices de TonieLamba, parmi lesquels se trouvait effectivement un temple dédié au soleil. Appliquant dès lors à la forteresse les descriptions qui se rapportent à ce temple, l’historien équatorien a été amené à interpréter dans un sens religieux tous les détails d’un édifice dont le caractère stratégique et utilitaire ne peut faire de doute.
ETIINOGI’.APIIIE ANClENiNE DE l’ÉQUATEUU.
INGA-CHUNGANA.
A 600“^ environ au nord de l’Inga-pirea, séparé de lui par un petit vallon où court le rio del- Hato de la Yirgen, l’ Inga-chungana se trouve sur le sommet d’une petite colline qui descend en pente douce vers la forteresse, mais surplombe par un à-pic le rio de Gulan. C’est une sorte de siège {fig. 7) creusé dans la roche même de la colline (') et sur sa crête, de forme triangulaire, large de o™,8o, profond de o^^,53 et haut de 0^,28, entouré d’un rebord ayant à peu près la forme d’un fer à cheval. Ce rebord, d’une hauteur de d’une largeur variant de 6ocm à 8ocin,
présente une seule solution de continuité de 3ocm de large du côté du Sud, tandis que du côté de l’Est, il devient brusquement beaucoup plus étroit et plus
bas (27cm) sur une longueur de 8ocm. Sauf à ce niveau, sa face supérieure présente des sculptures constituées par une série de loges losangiques en creux, disposées en chapelet et entourées de deux cannelures en relief, séparées l’une de l’autre par une rigole. Les figures et les coupes ci-après feront mieux comprendre cette disposition que toute description {fig. 8, 9).
En déblayant le terrain autour de cet ouvrage, nous avons mis à nu une série d’autres travaux taillés dans le rocher, dont l’ensemble est représenté dans la figure 6.
Sur les pentes de la colline qui mène à l’ Inga-chungana, on retrouve, encore à l’heure actuelle, la trace de petits chemins intentionnellement creusés dans la roche.
Ce monument paraît avoir échappé à La Condamine et à Juan et Ulloa; Humboldt (185, p. 112-114, pA A/A ) en a donné une description et une vue en perspective plus artistique qu’exacte; il a, en particulier, notablement exagéré la hauteur du rebord qu’il dit égale à un mètre. Caldâs (66, p. 479) en fit une étude soignée en i8o4 (')• Quant au géographe équatorien, Villavicencio, il s’est contenté de reproduire le dessin de Humboldt en en changeant simplement le paysage (422, p. 437). Plus récemment, ce curieux monument a été mentionné ou décrit à nouveau par Reiss (334, p. 18) et Van Volxem (426). Il est très difficile de deviner quelle a pu être sa destination. Le mot sous lequel on le désigne actuellement signifie, en quichua, le jeu de V Inca. Mais il est évident qu’il s’agit là d’une appellation de date relativement récente, reposant sur une interprétation indigène difficilement acceptable. Les Indiens croient, en effet, quel’ Inca venait s’asseoir sur ce siège de pierre et s’amusait à faire rouler des billes dans les cannelures du rebord qui lui sert de dossier. Llumboldt, qui a recueilli cette tradition, a insisté lui-même sur son invraisemblance. Pour le célèbre voyageur allemand, f Inga-chungana n’est « qu’un siège à dossier placé
(‘) C’est une roche sablonneuse et assez tendre, d’après Reiss (334, i>. i8), un grès quartzeux, d’après Humboldt (185, p. ii3)
Malheureusement, le dessin exécuté par cet auteur a été perdu.
VESTIGES PHÉCOLOMniENS
EN TEURlTOmE ÉQUATORIEN.
Fig. 7. — Vue perspective ;iu de ITiiga-cliuiigaria (dessinée par le Capitaine Lallemand ).
96 ETIINOGnAPniE ANCIENNE DE l’ÉQUATEUD.
dans un lieu charmant » (185, p. 114). Toutefois, d’autres auteurs pensent que ce monument a dû avoir un but religieux (') ; Van Volxem, ayant remarque qu’une personne assise dans l’ Inga-chungana a la face tournée vers l’Orient, pense qu’il s’agit là d’un oratoire où l’Inca adorait l’astre du jour (426, p. 45). Gonzalez Suarez
Plan 1:25
Fig. 8. — Plan au de l’Inga-chungana (levé par le Capilaine Lallemantl).
suppose que les Péruviens sculptaient ces sièges dans les endroits où le soleil se plaisait à se reposer; dans cette hypothèse, la chaîne sculptée sur le dossier signifierait que le soleil était en quelque sorte retenu prisonnier dans ces lieux sacrés. Selon l’historien équatorien, l’appellation primitive de l’Inga-chungana devait être Intihuatana (140, a/ias, p. 179; 141, p. 27-28). Il est certain qu’un rapprochement s’impose entre ce monument et les multiples sièges qui ont été rencontrés au Pérou
(‘) Nous ne ferons que mentionner l’hypothèse de Reiss, suivant laquelle l’Inga-chungana aurait pu servir de bain. Gomme le fait remarquer lui-même le voyageur allemand, qui serait capable de prendre un bain froid, au sommet d’une montagne, à près de 3200™ d’altitude? (334, p. i8).
VESTIGES PRÉCOLOmniENS EN TERniTOlRE ÉQUATORIEN.
et en Bolivie (387; 434; 4i3; 30, pi. lxxxiii) où ils sont désignés sous le nom général d'fntihuatana. Malheureusement, on ne trouve aucun renseignement précis dans les anciens auteurs sur leur destination exacte, en sorte que seule une étude comparative peut mettre sur la voie d’une explication. Desjardins, qui en avait examiné un grand nombre, remarque simplement qu’ils sont toujours placés dans des endroits d’où la vue embrasse un beau panorama (98, p. 149). C’est le cas également de l’Ingachungana, mais on ne peut guère admettre que l’amour de beaux sites suffise à
Coupe suivant AB 1: 25
Coupe suivant cd l'.IO
Cou pe suivant ab IMO
E’ig 9. — Coupes de ITnga-chungniia (dessinées par le Capitaine Lallemand).
expliquer la multiplicité de ces sièges au Pérou; et, en effet, de l’étude approfondie qu’en a entreprise Uhle, il semble résulter que les Intihuatana étaient des lieux destinés au culte mixte des ancêtres et du soleil (413). Il est fort possible que tel ait été également le but de l’Inga-chungana. Cependant, nous ne pouvons nous empêcber d’établir un rapprochement entre ce monument et ces observatoires dont parle Garcilasso de la Vega, d’où l’Inca regardait si le soleil se levait et se couchait exactement entre deux tours servant de repères, placées à l’Orient et à l’Occident, et vérifiait ainsi l’époque des solstices (129, i, p. 240). Cette explication conviendrait jort bien à l’emplacement et à l’orientation de f Inga-chungana. Nous ne don-
d/c de méridien équatorial, t. VT, (i). i3
miNOC.ruUnilE ANCIEINNE BE L ÉQUATEUI’,.
lions toutefois cette hypothèse que sous toutes réserves, car ce n’est pas d’après l’examen d’un seul de ces sièges qu’on peut émettre une opinion autorisée à leur sujet; l’explication de Uhle repose au contraire sur l’examen d’un grand nombre de ces monuments.
INTI-HUAYCU.
La roche d’ Inti-huaycu a été décrite par Humboldt, qui est le seul à notre connaissance à l’avoir examinée et figurée (185, p. m-na, /»/. xviii). Nous n’avons aucun document nouveau à apporter à son sujet, les indigènes ne nous ayant pas signalé son existence lors de notre passage. En voici donc la description d’après le voyageur allemand : « En descendant de la colline dont le sommet est couronné par la forteresse du Canar, dans une vallée creusée par la rivière de Gulan, on trouve de petits sentiers taillés dans le roc ; ces sentiers conduisent à une crcAmsse qui, dans la langue quichua, est appelée Inti- Guaicu ou le raçin du soleil. Dans ce lieu solitaire, ombragé par une belle et vigoureuse végétation, s’élève une masse isolée de grès, qui n’a que quatre à cinq mètres de hauteur. Une des faces de ce petit rocher est remarquable par sa blancheur ; il est taillé à pic, comme s’il eût été travaillé par la main de l’homme. C’est sur ce fond uni et blanc que l’on distingue des cercles concentriques qui représentent l’image du soleil...; les cercles sont d’un blanc noirâtre : dans l’espace qu’ils renferment, on reconnoît des traits à demi effacés qui indiquent deux yeux et une bouche. Le pied du rocher est taillé en gradins qui conduisent à un siège pratiqué dans la même pierre, et placé de sorte que, du fond d’un creux, on peut contempler l’image du soleil... En examinant de près le rocher d’ Inti-Guaicu, on découA re que les cercles concentriques sont de petits filons de mine de fer brune, très-communs dans toutes les formations degrés. Les traits qui indiquent les yeux et la bouche sont évidemment tracés au moyen d’un outil métallicpie... A l’arriAAe des Espagnols, les missionnaires ont eu un grand intérêt de soustraire aux yeux des indigènes tout ce qui étoit l’objet d’une antique vénération : aussi reconnoît-on encore les traces du ciseau employé pour effacer l’image du soleil. »
La présence de cette pétrographie à proximité de l’Inga-pirca a conduit Humboldt (185, p. iii) et, après lui, Gonzalez Suarez (140, u;;as, p. 178-179) à admettre, conformément à une tradition indienne, que Lluayna-Câpac, en faisant construire la forteresse, aurait obéi à quelque motif religieux, les prêtres de l’Inca ayant vu, dans la découverte de l’image du soleil grossièrement figurée sur la roche, un signe divin. L’hypothèse n’est évidemment pas invraisemblable, étant donné le caractère superstitieux de l’Indien; mais, il nous semble que des raisons d’ordre beaucoup plus pratique suffisent à expliquer le choix de l’emplacement où fut construit l’Inga-pirca, et il serait peut-être plus logique de supposer que la gravure de l’ Inti-huaycu est postérieure à l’édification de la forteresse et qu’elle a été
VESTIGES l>r.ÉCOLOMniEiNS EN TEnniTOTHE ÉQUATOniEN. 99
exécutée par quelque soldat de la garnison, frappé par une disposition naturelle de la roche, ainsi qu’il ressort de la description même de Humboldt.
Sur le chemin, qui de Deleg conduit à Cuenca, à une heure de chemin du village, avant d’arriver à Sidcay, on rencontre les ruines d’un tamho encore en assez bon état de conservation. Il se composait de quatre bâtiments rectangulaires, isolés les uns des autres, entourant une cour centrale de 65™ sur 45™, dont le grand axe est sensiblement orienté dans la direction Nord-Sud. Les murs étaient faits en pierre brute. Le plan ci-dessous (/fg. lo) donnera une idée exacte de la disposition et des
Vers
Cuenca
Fig. 10. — Plan d’un tamho incasique silué entre Cuenca et Deleg.
dimensions de cet édifice, cjui avait été déjà signalé par Gonzalez Suarez (140, .4</as,
D’après d’anciennes relations (337, iii, p. 174), il y aurait eu une forteresse, un camp et de nombreux édifices incasiques sur le cerro de Cojitambo et, au pied de celui-ci, une carrière de pierres. Nous n’avons rien retrouvé de ces restes, mais il est certain que ce lieu était parsemé de nombreuses sépultures, dont plusieurs étaient particulièrement riches en or.
TOMEBAMBA.
Sur remplacement actuel de la ville de Cuenca ou dans son voisinage immédiat, existait la fameuse ville de Tomebamba, capitale des Canaris. Voici la description que donne Cieza de Leon des édifices c{ui s’y trouvaient : « Ces édifices fameux de Tumebamba étaient parmi Jes plus superbes et les plus riches de tout le Pérou...
lüO
ETIINOGRAPIIIR ANCIENNE DE l’ÉOUATEUU.
Ils sont situés au confluent de deux petites rivières, dans une plaine qui a plus de 12 lieues de eireonférence, de climat froid, riche en ehasse de ehevreuils, lapins, perdrix, tourterelles et autres oiseaux. Le temple du soleil était fait de pierres très habilement taillées, dont eertaines étaient fort grandes; les unes étaient noires et grossières, les autres semblables au jaspe. Les frontispiees de nombreux bâtiments étaient ornés de peintures, de pierres préeieuses et d’émeraudes; à l’intérieur, les parois du temple et des palais des Ineas étaient couvertes de plaques d’or très fin et de nombreuses figures eiselées dans le même métal. La toiture était en chaume... A l’intérieur des chambres, il y avait des poignées de paille d’or ('),et sur les parois, des lamas, des oiseaux, ete., seulptés dans le même métal. On raeonte, en outre, que ces édifices renfermaient un grand trésor composé de vases et ustensiles, de couvertures très riehes brodées d’or et d’argent et de grains de collier. Des orfèvres s’oecupaient eonstamment d’augmenter ce trésor. Les vierges destinées au serviee du temple étaient au nombre de plus de deux eents, toutes très belles et natives de la provinee des Canaris, que gouvernait le représentant de l’Inea installé à Tomebamba; les prêtres étaient servis par un grand nombre de domestiques; il y avait, en outre, des portiers dont, dit-on, quelques-uns étaient ehâtrés et ehargés de la surveillanee des vierges. A côté du temple et des palais, se trouvaient de grands magasins et un grand nombre de bâtiments servant à loger les soldats (*) (76, p. 397).
A cette description, le récit de Balboa apporte quelques précisions : « Ce prinee [Huayna-Câpac] y fit donc construire [à Tomebamba] de somptueux édifices et y jeta les fondements d’un palais nommé Mullueancha. Il y fit plaeer une statue de l’or le plus fin, qui représentait sa mère Mama-Ragua-Oello. Il ordonna qu’on plaçât dans le ventre de eette statue l’arrière-faix qu’elle avait rendu en le mettant au monde, car c’était l’usage de le conserver quand une princesse mettait au monde un enfant mâle. Il y fit déposer une quantité d’or et d’argent. Les parois intérieures de ee palais étaient ornées d’une quantité d’ouvrages en marqueterie de mullu, espèee de eoquillage de mer dont on fait des eolliers, et dont la couleur ressemble au plus beau eorail... Les murailles furent enrichies d’une quantité de plaques d’or et d’argent travaillées au marteau. Les murs extérieurs
(*) Parmi les multiples cérémonies que devaient accomplir les candidats à la dignité d’orc/o7ics et l’Inca luimême av-ant d’être couronné, il en est une qui explique peut-être la présence de ces poignées de paille d’or dans le temple de Tomebamba. Voici le texte de Cieza de Leôn qui s’y rapporte : Iban al mestno cerro de Guanacaure à cojer paja muij derecha, y cl que habia de ser rey, ténia un rnanojo grande délia, de oro, muy delgada y pareja, y con ella iba â otro cerro llamado Yahuira (77, p. 28). Peut-être est-ce en souvenir de ce rite, dont le sens exact noas échappe, qu’ou conservait dans les différents temples de l’empire de petites poignées de paille d’or.
{-) La plupart de ces détails sont confirmés par Garcilasso, qui signale les nombreux objets d’or et d’argent représentant des plantes, des flîurs et des animaux ornant les parois des palais et des temples, et les pierres précieuses, en particulier les turquoises et les émeraudes, qui en décoraient les portes. Le temple du soleil était surtout d’une grande magnificence; il était couvert de lames d’or et d’argent (129, II, p. 1020).
VESTIGES PUÉCOLOMlilENS EN TEUniTOIUE ÉQUATORIEN.
lOI
étaient garnis de pointes de eristal. La petite salle où l’on avait placé la statue de Mama-Oello était entièrement couverte de plaques d’or. Ce palais fut nommé Tumi- Bamba-Pachamianca ('). Il établit aux environs de la ville toutes les nations qui l’avaient accompagné; les Canarès furent chargés spécialement du service du palais. A côté de cet édifice, l’Inga éleva des temples au Soleil, à Ticci-Viracocha-Pacliacamac et au Tonnerre, sur le modèle de ceux qui existaient à Cuzco. Il leur donna pour leur entretien des champs, des troupeaux et des Yanaconas. Il fit élever sur la place un édifice nommé Usno ou Chinquin-Pillaca où l’on offrait des sacrifices au Soleil (•) et à ses diverses phases en versant de la chicha en son honneur (25, p. i47-i48). »
Il semble résulter de ce texte un peu obscur que les principaux édifices deTomebamba comprenaient deux palais, celui de Mullucancha et celui de Tumibamba- Pachacamac, et trois temples, l’un dédié au soleil, l’autre à la lune, le troisième à Ticci-Viracocha (■’).
Au moment où Cieza de Leon visita ces restes, tout n’était déjà que ruines (76, p. 398) ; toutefois, il serait injuste d’attribuer cette destruction seulement aux conquérants espagnols. Nous avons déjà dit (p. 36), en effet, qu’Atahuallpa, le dernier roi Inca, pour punir les habitants de Tomcbamba d’avoir pris parti contre lui en faveur de son frère Huâscar, en avait fait massacrer un très grand nombre et avait détruit complètement la ville.
A l’heure actuelle, les matériaux des immenses édifices de Tomebamba se retrouvent épars dans les murs de la cathédrale, des églises de San Blas et de San Francisco et de nombreuses maisons particulières de la vdlle de Cuenca (139, p. 39-, 140, Allas, p. 188). Les monuments de Tomebamba ont subi le sort de ceux de Quito et de Latacunga.
Notre opinion sur l’emplacement de Tomebamba diffère de celle admise par certains auteurs. Matovelle (245), puis Gonzalez Suarez ont soutenu que l’ancienne
('^j Joan de Santacruz Pachacuti (304, p. 283) signale également ce palais de Tomebamba Pachamama, mais il en attribue la construction à Tùpac-Yupanqui, qui l’aurait fait bâtir, à l’occasion de la naissance de son fds Iluayna-Câpac, dans la capitale des Canaris.
(^) Il y a là une erreur évidente; c’est de la lune qu’il s’agit.
(®) Cieza de Leôn rapporte une tradition d’après laquelle les pierres qui servirent à la construction de tous ces édifices furent apportées de Cuzco; le fait peut être vrai, encore qu’invraisemblable, mais, en donnant cet ordre, l’Inca ne voulut nullement honorer la province des Canaris, comme le dit Garcilasso (129,11, p. 1021-1022), et après lui Gonzalez Suarez (i39, p. 49); il eut uniquement pour but de punir les habitants de Cuzco qui s’étaient révoltés contre lui; voici, en effet, le texte du chroniqueur : Tengo entendido que, por cierto cdhorolo que inieniaron ciertos puehlos de la comarca del Cuzco, ïo sintiô tanio, que, despucs de liaher quitado las cabezas à los principales, mandé expresamente que los indios de aqucllos lugares Irajiesen de las piedras del Cuzco la cantidad que seùalé, para hacer en Tomebamba uuos aposentos de mucho primor, y que con maromas las Irujiesen- y se cumpliô su mandamienlo. Y decia muclias veces Guayna Capac, que las genies destos reinos, para tenellos bien sojuzgados, convenia, cuando no tuviesen que hacer ni que entender, hacerles pasar un monte de un lugar à olro' y âun del Cuzco mandé llevar piedras y losas para edificios del Quito, que hoy dia tienen en los edificios que las pusieron (77, p. 247).
ETIINOGU APHTE ANCIENNE DE l’ÉQUATEUU.
ville se trouvait beaueoup plus au Sud, sur les bords du rio Jubones, et eette opinion, exposée de nouveau par Bamps en 1887 (28), a été également admise par Wolf (447, p. 4i). Il est certain que le long du rio Jubones existent des ruines importantes, dont nous donnons plus loin une description détaillée, mais nous verrons qu’elles ne peuvent en aucune façon se rapporter aux splendides monuments de Tomebamba. D’ailleurs, Gonzalez Suarez semble s’en être rendu compte lui-même, car sa thèse, qui a été combattue à l’origine avec d’excellents arguments par Luis Cordero (85), s’est sensiblement modifiée au cours de ses diverses publications. Dans son premier travail archéologique (i39, p. 39, 40), il déclare en effet que, bien qu’il ait existé quelques palais des Incas à Cuenca même, la ville de Tomebamba se trouvait sur les rives du Jubones, et ce fut là l’opinion admise par Bamps; puis, dans ses travaux ultérieurs (140, I, p. 5C, Atias, p. 187; 141, p. Si), il établit une distinction entre la Tomebamba des Canaris et celle des Incas, la première correspondant seule aux ruines du Jubones; quant à la seconde, elle aurait été moins une ville à proprement parler qu’une série d’édifices répandus dans toute la province de Tomebamba, c’est-à-dire dans tout le pays canari (140, i, p. 205) (').
Dans son intégrité ou avec la rectification qu’il a cru devoir y apporter dans la suite, la thèse de Gonzalez Suarez ne tient pas devant les faits. La ville de Tomebamba, que ce soit celle des Canaris ou celle des Incas, était bien située au point où est actuellement établie la ville de Cuenca, ainsi que nous allons essayer de le prouver.
('^) Pour soatenir cette seconde partie de sa thèse, l’historien équatorien insiste sur ce fait que les anciens écrivains emploient le nom de Tomebamha, tantôt pour désigner la ville, tantôt pour désigner la province. Le fait est possible pour certains, mais, en ce qui concerne Cieza de Lcôn, auquel cette remarque s’applique spécialement, Gonzalez Suarez a certainement commis une erreur d’interprétation lorsqu’il dit que le chroniqueur désigne ringa-pirca sous le nom de aposentos de Tomebamha (139, p. 4i , 47 ; I. P- 2o5, p. 182, 186-187 ; 141, p. 3o). Nous n’avons retrouvé, en effet, aucune trace d’une telle confusion dans les écrits du vieil auteur. Nous y lisons (76, p. 896) ; « De ces aposentos [de Chanchan] jusqu’aux somptueux palais royaux de Tomebamba, il y a presque vingt lieues; tout ce trajet est semé d' aposentos et de dépôts établis toutes les trois, quatre et cinq lieues; parmi ceux-ci, il y en a deux principaux, l’un appelé Canarihamha, l’autre Hatûncanari. » Cieza de Leon désigne donc bien par son nom exact de Hatun-Cahar le monument d’Inga-pirca. Quant à l’erreur de localisation qu’il commet ici relativement àVaposento de Canaribamba et qui pourrait faire supposer que celui-ci se trouvait au nord de Tomebamba, il la rectifie lui-même plus loin (76,9.409) lorsqu’il écrit: « En partant de Tomebamba, par le grand chemin de Cuzco, on parcourt toute la province des Caiiaris jusqu’à Canaribamba et d’autres aposentos, qui sont au delà. » A aucun moment, il n’est nécessaire d’avoir recours à l’interprétation proposée par Gonzalez Suarez pour comprendre le texte du chroniqueur. D’ailleurs, la distance de vingt lieues qu’il indique entre les aposentos de Chanchan et ceux de Tomebamba ne correspond nullement à celle qui sépare ceux-là de l’Inga-pirca, qui n’est que de dix lieues environ, tandis qu’elle correspond fort bien à la distance entre Chanchan et Cuenca.
Velasco distingue lui aussi très clairement Tomebamba de l’Inga-pirca, lorsqu’il dit : « Huayna Câpac entra dans la province de Canar et arrivé à Tomebamba, où son père avait édifié un palais, il s’y arrêta et entreprit l’œuvre magnifique d’en construire un autre beaucoup plus somptueux avec un temple du soleil et un monastère de six cents vierges; ensuite, il parcourut le reste de la province, non seulement sans oppo-
sition, mais en triomphe et au milieu de fêtes, acclamé par toutes les populations, jusqu’à celles du Gran Canar, où il fit élever ce palais magnifique [Inga-pirca ou Hatun-Canar] qui subsiste encore presque en entier (418, II, p. i4).
VESTIGES rr.ÉCOLÜIMIÎlElSS EN TEUHITOIUE ÉOUATOIUEN.
Montesinos (252, p. i3S-i4o) rapporte rpi’au moment où l’Inea Huira-Cocha (') était en train de paeifier la provinee des Paitas, le ehel' des Canaris, Dumma, après avoir voulu lui résister, se soumit et, en peu de jours, fit construire près d’une rivière un palais pour loger le roi et d’autres maisons pour ses troupes; puis il ajoute, après avoir raconté ce que lit Huira-Cocha dans cet endroit : « L’Inca partit de Cuenca, qui fut l’endroit où les Canaris fabriquèrent le palais et les maisons sur le bord du fleuve, avec la même solennité qu’il y était entré » (252, p. i^o). Et quand les Canaris, oublieux de leurs promesses, se révoltèrent contre leur nouveau maître, alors occupé à la conquête des provinces de Guayaquil, de Portoviejo et de l’île de Punâ, il écrit encore, après avoir raconté le cbâtinient infligé par celui-ci aux insurgés ; « Ce site de Cuenca s’appelait anciennement Tumipampa, mot qui signifie plaine du couteau » (252, p. i53).
Si le témoignage de Montesinos était suspect, nous pourrions invoquer celui de Balboa, qui n’est pas moins formel : « Les Cafiarès, écrit-il, se soumirent d’abord volontairement [à Topa-lnga-Yupangui], et lui ouvrirent leurs villes de Canaribamba et de Tumi-bamba » (25, p. 77).
Il existait donc bien, avant l’invasion péruvienne, une ville canari (■) que les souverains de Cuzco embellirent et qui prit le nom de Tomebamba.
Que l’emplacement de cette ville ait été choisi par les Espagnols pour y fonder la ville du Cuenca, la preuve nous en est fournie par des documents multiples. Dans les rapports du Licenciado Salazar de Yillasantc, nous relevons, en effet, les phrases suivantes ; « A 5o lieues de Quito, dans une ville qui s’appelle Tomebamba et sous un autre nom Cuenca... » (337, i, p. 22) ; « Depuis cette ville |Riobamba| à la ville de Tomebamba, qui sous un autre nom s’appelle la ville de Cuenca, il y a vingt-cinq lieues « (337, i, p. 3G) ; «Ce fut le vice-roi marquis de Canete qui donna l’ordre de fonder cette ville et Gil Ramirez Dâvalos qui fut chargé de l’exécuter; on lui donna le nom de Cuenca ; auparavant, elle s’appelait Tomebamba » (337, i, p. 39).
Dans une autre relation, nous lisons encore : « Le chemin j de Quito à Cuzco], par voie de terre, va de Quito à Cuenca, village que ht peupler le bon marquis de Canete et qui, de son nom indien, s’appelait Tomebamba « (337, i, p. 47) ; et ailleurs : « Les anciens Indiens disent que la ville de Cuenca s’appelait autrefois Tomebamba » (337, iii, p. i83). Terminons par une citation du fondateur même de la ville de Cuenca, Gil Ramirez de Âvalos ou Dâvalos : « Depuis le peu de temps que je suis dans cette terre, j’ai donné l’ordre de commencer à peupler des villages
(^) Voir la note de la page 38.
(^) Suivant une ancienne relation, le nom canari de la vallée de Tomebandja était Guapdondelic ou Gaupdondelic, mot qui signifiait plaine grande cominele ciel, et Toincbamba aurait la meme signification en quichua (337, III, p. i55). Nous avons vu que Montesinos donne à ce nom une signification toute diiîérente et très satisfaisanie : plaine du couteau, de tuini « co.iteau » et pampa « plaine », en quichua (233).
Io4 ETIINOGUAPIIIE AiSCIENNE DE l’éQUATELT..
dans cinq endroits éloignés les uns des autres : l’un de ces villages est à Toinebamba; je lui ai donné le nom de ville de Cuenca « (337, iii, Aiéndkes, p. cixvn ( ' ).
De tous ces faits, il ressort que, contrairement à l’opinion de Matovelle, de Gonzalez Suarez et de Bamps, la Tomebamba des Incas, de même que celle des Canaris, se trouvait à l’endroit même où fut fondée la ville espagnole de Cuenca (“). D’ailleurs, il n’y a pas un texte aneien qui ne soit d’une interprétation facile en acceptant les faits comme nous venons de les exposer (®).
Le lecteur nous excusera d’avoir insisté aussi longuement sur ce sujet, mais
(^) Nous aurions pu multiplier ces citations : Dondc residia nuis de ordinario [liuayna-Câpacj era en Tiunihaniba, que es donde eslâ ahora la ciitdad de Cuenca (79, III, p. 187). Pacificada y puesta en orden ioda la lierra, c’ino [Huayna-Câpac] â residir à este ualle de Tornehamha, que agora se llarna Cuenca (337, III, p. i58).
(“) Les arguments que nous venons d’énumérer en faveur de notre manière de voir nous paraissent suffisants pour en démontrer la légitimité; néanmoins, il ne sera pas peut-être inutile d’en signaler quelques autres, empruntés en partie au travail de Luis Cordero (85) :
Le climat de Cuenca correspond parfaitement à ce cjue Cicza de Leôn (76, p. 897) nous dit de celui de Toinebamba et ne saurait convenir en aucune façon à la région déserticjue et chaude du Jubones. Les trois rivières, au bord desquelles était bâtie la ville d’après Zâratc (450, p. 473)» Gômara (i38, p. 280), et Oviedo (302, IV, p. 228) sont le Yanuncay, le Matadero et le Macliângara (a).
Nous savons qu’il existait un pont sur la rivière qui limitait Tomebamba au Sud (418, II, p. 70) ; or, ce jjont était encore fort visible sur les rives du rio Matadero au tenq>s où Velasco écrivait (418, III, p. 128), et, à riicurc actuelle, il en subsiste un pilier, connu sous le nom de Ingachaca ou ponl de rinça.
Le nom d’un des édifices signalé par Balboa, Uzno, sert encore à désigner un point situé à Test de Cuenca, et bien que Gonzalez Suarez (140, I, p. Gji) déclare qu’il s’agit d’un nom banal fort répandu, qui désigne les bornes limitant les propriétés et les provinces, consacrées au soleil, il y a là une coïncidence remarquable.
Dans l’acte de fondation de Cuenca (4, p. 107), on assigne comme limites à la ville : d’une part, les tainbos reales, et, d’autre part, les magasins appelés Culca. Ce sont évidemment là les derniers vestiges des eonstructions incasiques de Tomebamba.
(®) Nous ne donnerons comme exemples que ceux que Gonzalez Suarez a cru pouvoir citer à Tai^pui de son hypothèse.
Balboa (25, p. 264-266) dit au sujet des guerres de Huâscar et d’Atahuallpa que le général Guanca-Auqui SC fortifia à Tumi-Bamba pour y attendre l’attaque de l’armée de Quito. Celle-ci fut d’abord repoussée et se relira sur les hauteurs de Mulloturo, où Guanca-Auejui la rejoignit et lui livra une seconde bataille, cjui, cette fois, lui fut défavorable. A son tour, il fut poursuivi par les soldats d’Atahuallpa jusqu’à Poma-Pongo et, dans celte déroute, un grand nombre des siens se noya dans la rivière. Or, à l’est de Cuenca, il existe, en effet, un village appelé Molleturo et, d’après Luis Cordero (85), le nom de Pomapongo désigne encore à l’heure actuelle une maison de campagne située au sud de Cuenca et 23rès du rio Matadero. Le récit de Balboa s’explique donc jîarfaitemcnt et très simplement, sans qu’il soit nécessaire d’admettre, avec Gonzalez Suarez, que le nom de Molleluro, fort commun en Equateur et au Pérou d’ajjrès cet auteur, jjouvait désigner une colline située non loin du Jubones ( 340, Adas, p. 191-192 ).
Balboa (25, p. i5o) dit encore qu’aj^rès avoir construit les édifices de Tomebamba, Huayna-Câjiac jirit le chemin du Nord et arriva bientôt « dans un pays froid, couvert de montagnes escarpées ». Pour Gonzalez Suarez, cette région n’est autre que la région de Cuenca même (339, p. 43). Or, la température moyenne de Cuenca, qui est de i4'’,6, ne peut vraiment être considérée comme une température rigoureuse, même par ojijiosition au climat très chaud du Jubones. Dans notre interprétation, au contraire, la contrée désignée par Balboa corresirond au pâramo de l’Azuay, encore redouté de nos jours jiar les voyageurs.
[a] Seul Cieza de Leôn ne parle que de deux rivières (76, p. 897).
VESTIGES PRÉCOLOMBIENS EN TERRITOIRE ÉQUATORIEN.