VESTIGES PRECOLOMBIENS EN TERRITOIRE EQUA.TOP>IEN
le nom expressif de centinela. Gonzalez Suarez a observé dans la province de rimbabura une centinela placée la tête en bas (142, p. 73).
Exceptionnellement, la sépulture à bolsones rayonnants peut se compliquer
d’une disposition nouvelle : l’extrémité de chaque holsôn, au lieu de se terminer en cul-de-sac, s’ouvre dans un puits vertical analogue au puits centrai ; une tombe de cette nature fut découverte dans la cour même du presbytère de Huaca ; le puits central renfermait la centinela et chaque holsôn un cadavre couché, tandis que les puits périphériques étaient vides [fig. 21). Les huaqueros du pays prétendent que,
Ave de méridien équatorial, t. VI, (i). i6
l•T^INOGUAPllIE ANCIENNE DE L EQUATEUU.
clans ce cas, il y a lieu de continuer la fouille du puits central au delà du point de eonvergenee des holsones et eju’on rencontre, tout au fond de la fosse, un dernier squelette cjui serait celui du chef ou cacicjue. Cette supposition semble légitime, car, outre cjue ces formes de sépultures sont très rares, on y trouve de plus beaux
objets que dans les autres. Une fouille à Très Tolas, près d’El Angel, rappelait assez la disposition que nous venons de cléerire ; elle présentait trois puits, de i’^,2o environ do diamètre et d’une profondeur de communic{uant entre eux par
deux galeries d’un mètre de haut, So*^™ de large et i™ de long. Dans chacune de ces
VESTIGES PRÉCOLOMBIENS EN TERRITOIRE ÉQUATORIEN.
galeries, se trouvait un squelette assis, la face tournée vers la fosse centrale. L’un avait un vase à sa droite, un autre à sa gauche, un troisième à ses pieds. Derrière l’autre cadavre, un troisième squelette, qui, d’après certains objets de parure recueillis à ses côtés, paraît avoir été celui d’une femme, était étendu la face contre terre. Enfin, dans une des fosses latérales, on rencontra deux pierres à moudre et quatre poteries [fi g. 22).
Nous pouvons rapprocher des sépultures à holsones rayonnants une disposition que nous avons rencontrée à Tulcanquer, à proximité de l’ouvrage dont nous avons donné la description à propos des monuments précolombiens de la région des Pastos (p. 69). Là, existait un puits circulaire de 2^^, 5o environ de large et de 3™,5o de profondeur, s’élargissant à la base de façon à atteindre un diamètre de 7”^ à 8™. La partie élargie était divisée, semble-t-il, en quatre loges par des cloisons perpendiculaires et divergentes de terre moins meuble, et au fond de chacune de ces loges, on trouva six foyers composés de trois pierres rondes avec des débris de charbon. La terre de remplissage de la salle souterraine était pleine d’ossements d’animaux et de débris de poteries. La crainte d’un éboulement obligea malheureusement à interrompre cette fouille intéressante.
Dans certaines régions, le bolsôn disparaît complètement; c’est ainsi qu’à Tasma, point situé au pied de la colline de Camur, près du village colombien de Cûmbal, un Indien nous rapporta avoir trouvé au fond d’un puits de 3^^^ de profondeur un cadavre étendu. Nous possédons ce squelette, dont le crâne offre un des plus beaux exemples de déformation de notre collection. A Isa Vieja, près de Canar, et à Colaipala, près d’El Angel, on rencontra, au fond de la fosse, à une profondeur qui variait de i"^,5o à 3™, 80, une sorte de loge cubique formée de pierres brutes et non cimentées, où le cadavre était assis, autant au moins cju’on pouvait en juger, car les pierres de la paroi supérieure s’étaient déplacées et avaient écrasé le squelette et les poteries qui étaient à ses côtés. Le fond de la fosse, sur lequel reposait le mort, semblait ne pas être garni de pierres. Les sépultures d’Isa Vieja étaient très rapprochées les unes des autres; elles n’étaient pas séparées par plus de 60^»^ de terre ferme.
Dans la vallée du Yunguilla, les parois des puits sont formées de pierres brutes cimentées avec de l’argile; leur profondeur est variable, mais peut atteindre 4™; leur largeur est de i“’^,5o environ. Le cadaAue est au fond du puits en position accroupie, le menton touchant les genoux et les mains croisées sur la nuque; les poteries et autres objets sont rangés avec ordre autour de lui (i39, p. i3). Il est fort possible c[ue cette modification du type habituel de sépulture ait été imposé aux habitants par la friabilité du sol sablonneux de la région.
Pour terminer ce qui a trait aux sépultures en puits, nous décrirons une tombe découverte aux environs du Sigsig (région des Canaris), remarquable parla grande quantité d’objets intéressants, la plupart en or, qu’elle renfermait. Bien que nous
is/j ETHNOGüAPflIE ANCIENNE DE l’ÉQUATEUR.
n’ayons pas assisté à cette fouille, nous avons pu, grâce aux renseignements qui nous ont été fournis, en reeonstituer le plan à peu près exact. Le puits avait une profondeur de i"\70 seulement, avec un holsôn peu profond dirigé vers l’Est; un squelette unique était couché au fond du trou, la tête à l’entrée du holsôn. Sur lui, on trouva une grande quantité de plaques d’or et d’argent {pl. XXIV, fi.g. i7)alternant entre elles, comme si elles avaient été fixées à un manteau jeté sur le corps. Ce manteau aurait eu également des franges formées de petits tubes d’or. Les bras étaient ornés de braeelets et la tête d’une eouronne de même métal [pl.XXV, fig. 7, i5) ; à l’entrée du holsôn, on reneontra un faisceau de grands bâtons de chonta ciselés et recouverts de lamelles d’or et d’argent, à l’intérieur duquel se trouvaient deux bâtons de plus petites dimensions, recouverts de lamelles d’or [fig. 48-49)- Plus avant dans le holsôn, quatre placjues eireulaires d’or et d’argent alternées (deux d’or et deux d’argent), de 4o*^“^ à âo^m de diamètre, étaient placées verticalement, de façon à en oblitérer complètement l’ouverture. Enfin, derrière elles, se trouvait un véritable trésor; des aiguilles [pl. XXIV, fig. i3), des hachettes, des flûtes de Pan, des figurines en or [pl. XXV, fig. ii, 12, 17) et une plume dont la tige était en or et les barbes en argent. C’est dans une fouille analogue et dans la même région cju’ont été déeouverts les objets décrits par Heuzey sous le nom de trésor de Cuenca (164).
Les sépultures en puits se reneontrent dans toute la vallée interandine, depuis le Nord jusqu’à la province des Paltas. Nous savons, en effet, par M. Ernesto Witt, c[u’on en trouve dans cette dernière région, bien que nous n’ayons pu en fouiller nous-mêmes. Quoique nous soyons mal renseignés sur les tribus côtières, il semble c|ue la même forme de sépulture était en usage chez les Mantas et les Huancavilcas ( ' ).
On la retrouve aussi en Colombie, chez les Quimbayas du rio Cauea. Toutefois, à en juger par les figures et les deseriptions minutieuses que Restrepo a données des tombes de cette région, elles présentaient une bien plus grande variété de formes qu’en Equateur ; de plus, on construisait un véritable tumulus au-dessus de la fosse ( ■ )
(^) Saville figure l’ouverture d’un puits, situé derrière la ville de Manta, qui était recouvert d’un bloc de pierre. Entièrement creusé dans le roc, ce puits, comme plusieurs autres dont les parois étaient soigneusement maçonnées, contenait de l’eau et ne peut, suivant l’auteur, avoir servi de sépulture. Il ne nie pas cependant que certaines excavations, ressemblant à des puits, aient pu remplir l’olfice de tombes (365, II, p. 81-82, /?gr. 3).
(^) « Si le mort était un grand personnage, on brûlait son corps, et les cendres recueillies dans des urnes d’or ou d’argile étaient enterrées profondément dans de grands caveaux. A côté d’elles, on mettait les armes du défunt, ses bijoux, des ustensiles d’argile, de grands pots pleins de chicha, du maïs calciné dans des marmites fermées, etc. Des pierres plates, pesantes et grosses, bien travaillées, couvraient la chambre mortuaire; par-dessus, on jetait de la terre d’une couleur différente apportée d’une colline voisine. Dans des caveaux placés sur un côté des parois du trou ou dans de longues galeries qui partaient de l’ouverture principale, on précipitait, après les avoir enivrés, les esclaves et les femmes préférées du défunt, puis on continuait à amonceler de la terre de façon à former une colline artificielle, dont la hauteur était en relation avec la fortune du mort» (340, p. /jS).