‹ Ethnographie ancienne de l'EquateurChapitre 39 sur 149 · SÉPULTURES EN PUITS · texte numérisé non relu

SÉPULTURES EN PUITS

Les sépultures en puits, de beaucoup les plus fréquentes, sont, en général, faciles à découvrir, parce qu’elles sont souvent marquées par un enfoncement

Il6 ETHNOGRAPHIE ANCIENNE DE l’éQUATEUR.

circulaire du sol dû au tassement de la terre qui a servi à les eombler. Même en l’absenee de cet iiidiee, les fouilleurs de tombes indigènes, ou huaqueros ( '), savent fort bien les trouver, ear, à leur niveau, l’eau pénètre plus faeilement dans le sol. Ils se servent, pour explorer le terrain, d’une baguette de fusil ou d’une tige de fer fixée en T sur un manehe en bois, et, à la faeilité plus ou moins grande avee laquelle la tige pénètre dans le sol, devinent les points où celui-ei a été remanié. D’autres indiees, dont la valeur est au moins douteuse, méritent eependant d’être signalés, ne serait-ee qu’en raison de l’importanee qu’on y attache dans le pays. Au moment de la nouvelle lune, les indigènes eroient cjue des flammes sortent de terre au point où se trouve une sépulture ; si le fait est réel, il est évident qi/il s’agit de l’inflammation d’un gaz analogue au gaz des marais, surtout visible par les nuits obscures. Une flamme blanehe indiquerait c|ue la sépulture renferme de l’argent; une flamme jaunâtre dénoterait cjue la tombe contient de l’or; si elle se divise en de nombreuses langues de feu et s’élève à une grande hauteur, on en eonelut que de grandes richesses sont ensevelies. A propos des sépultures en puits, nous signalerons eneore une eroyanee très répandue chez les Indiens et les Métis et ejui fait que parfois l’arehéologue a du mal à s’assurer leur eoncours pour les fouilles (-); ils sont eonvaincus C{ue les objets c{u’on reneontre dans les aneiennes sépultures émettent une sorte de gaz ou de vapeur, cju’ils appellent anLiinonio, qui brûle et irrite la peau. Aussi, lorsqu’ils font une fouille, ont-ils toujours soin d’emporter un pot plein d’eau dont ils arrosent les objets en plaee, au fur et à mesure de leur mise à jour. Toutefois, ils prennent garde de ne pas inonder la fosse, ear si les pièees non eneore déeouvertes étaient atteintes par le lic|uide, elles disparaîtraient aussitôt. A défaut d’eau, les fouilleurs urinent sur les objets cju’ils trouvent, mais, dans ce cas, ils croient que le pénis est brûlé par Vantimonio et se font des applications d’huile et de graisse de pore (plus partieulièrement de graisse périrénale) (*).

La sépulture en puits, dans sa forme la plus simple et la plus fréquente, est eonstituée par une fosse eireulaire de i™,5o environ de diamètre et d’une profondeur variant de 2™ à 5™ et même davantage; au fond, s’ouvre une galerie latérale hori-

( ' ) Uribe Angel a consacré un chapitre très intéressant aux huaqueros colombiens, et décrit avec détails leurs divers procédés de recherches, qui ne diffèrent guère de ceux que nous avons observés en Equateur (414, p. 495-5o4).

(-) Cette croyance est d’ailleurs le seul obstacle que le voyageur rencontre pour trouver des auxiliaires indigènes. Les Indiens du haut plateau n’ont, en effet, aucune répugance à violer les tombes de leurs ancêtres précolombiens qui, à leurs yeux, étaient des infidèles [infieles].

(■’) Des superstitions analogies se retrouvent dans diverses régions sud-américaines. En Colombie, les gens du peuple sont convaincus que l’or brûle dans les tombes et l’apparition de lueurs pendant la nuit est considérée comme un signe certain de l’existence d’une huaca (414, p. 497)* En pays calchaqui, on croit aussi que les sépultures riches émeVtent des lueurs, auxquelles on donne le nom de jarol et qui sont surtout visibles le jour de San Bartolomé. Au Paraguay, les Indiens sont persuadés que le gaz qui se dégage des lombes est mortel; aussi, avant de déterrer les objets, attendent-ils que la sépulture se soit aérée. Une superstition sem-

VESTIGES PüÉCOEOMniENS EN TERUITOIRE ÉQUATORIEN, II7

zontale, appelée bolsôn, où se trouvent le cadavre et les objets divers qui l’accompagnent. L’entrée du bolsôn s’appelle la ventana. Le bolsôn est souvent dirigé vers l’Est (fouilles de Cuases, de Quinjeo et de Gualaceo), mais il y a, à cette règle, de nombreuses exceptions. Il a, en général, de hauteur sur 60"'*^ de largeur et

une profondeur qui peut varier de 60*^™ à 2™. Dans le bolsôn, le cadavre est parfois couché sur le côté, en chien de fusil, le ventre tourné vers la fosse; les vases, poteries et autres objets sont rangés soit près de la tête, soit près des pieds (fouilles de Huaca) {fig. 17). Parfois, le squelette est étendu de son long; la tête, cor-

Fig. I-, — SépuUure en puits de Huaca.

respondant au centre du puits, est entourée d’un cercle de poteries ; le corps et les membres inférieurs sont engagés dans le bolsôn (fouilles de Quimiac). La disposition inverse peut être observée, c’est-à-dire que la tête occupe la partie la plus profonde du bolsôn, tandis que les pieds sont au centre du puits (fouilles du Sigsig). Parfois, enfin, le cadavre est en position accroupie (fouilles de Chordeleg et d’El Angel), La terre qui a servi à remplir la fosse et le bolsôn n’est pas toujours de la terre mélangée. A Huaca, par exemple, nous avons rencontré, en allant de la surface vers la

blable existe chez les Guaranis, qui pensent que des vapeurs délétères sont émises par les vases renfeimant du métal. Ambrosetti, à qui nous empruntons ces intéressants renseignements, suppose que ces croyances auraient eu pour but d’empêcher la violation des tombes (7, p. 78-79). D’après ce que nous avons observé en Equateur, il ne semble pas que cette explication soit très fondée, car les indigènes, comme nous l’avons dit plus haut, n ont aucun respect pour les tombes des Précolombiens.

Il8 ETHNOGRAPHIE ANCIENNE DE l’ÉQüATEUR.

profondeur, une eouehe de terre végétale, une eouehe de sable et enfin une couehe d’argile battue. Quand les ossements se trouvaient dans la eouehe d’argile battue, ils étaient en général bien conservés, tandis que le sable était plus favorable à la conservation des poteries.

Quelquefois, la i^entana est fermée par un mur en pierres brutes non cimentées (fouilles de Tugur, près Quinjeo, de Bulgon Chico et de Bulgon Grande, près Gualaceo).

Exceptionnellement, dans une fouille faite à Très Tolas, près d’El Angel, nous

avons trouvé dans le puits un cadavre étendu à 85*^'" de la surface, la tête reposant sur une pierre ronde, tandis qu’à i™plus bas, le holsôn, de forme carrée, était vide.

Dans sa disposition même, la sépulture en puits présente de nombreuses variétés : parfois, il y a deux holsones se faisant face, et le cadavre est étendu de telle sorte que la tête et le haut du corps soient engagés dans l’un et les jambes dans le second (fouille de Hiiaca) [fig. i8).

Les sépultures peuvent être collectives; on observe alors diverses dispositions : tantôt, il y a autant de holsones c|ue de cadavres (fouilles de Huaca et d’El Angel), tantôt il n’y a qu’un holsôn occupé par un seul squelette, les autres corps étant disposés dans le puits central (fouilles de Chordeleg). Dans le premier cas, les holsones, dont le nombre peut atteindre six, sont disposés en rayons autour du puits central, chaque cadavre ayant la tête à la périphérie et les pieds vers le centre

VESTIGES PRÉCOLOMBIENS EN TERRITOIRE ÉQUATORIEN.

(fouilles de Huaea) {fig. 19), ou bien le holsôn est divisé dans le sens de la hauteur en deux loges superposées par une eouehe de terre dure de deux doigts d’épaisseur (fouille d’El Angel), ou bien encore les hoUones se trouvent à des profondeurs

Fig. 19. — Sépulture en puits de Iluaca.

variables le long du puits et sur des axes de révolution différents, comme dans une fouille à Très Tolas, près d’El Angel, où le premier se trouvait à 1^,70 de la surface et le second à 3”^,4o {fig. 20). Dans la seconde forme de sépulture collective, où, ainsi que nous l’avons dit, il n’y a qu’un holsôn situé au fond du puits, on n’y trouve qu’un seul squelette étendu sur le dos ou accroupi, au milieu de ses objets personnels ; mais, dans le puits même, à différentes hauteurs, on rencontre des couches successives de corps séparées les unes des autres par un lit de pierres et de terre; ces cadavres sont rangés sur le dos en ordre rayonnant, les pieds vers le centre, la

120 ETIINOGU.VPIIIE ANCIENNE DE l’ÉQUATEUR.

tête appuyée contre la paroi du puits et, autour du crâne, sont disposées les poteries et les armes ayant sans doute appartenu à chaque mort. Cette curieuse disposition a été observée à Chordeleg, dans la province de l’Azuay (139, p. i2-i3; 140, i, p. i5i-i52) ( ' ).

Fig. 20. — Sépulture en puits de Très Tolas, près d’EI Angel.

11 est probable, comme le croit Gonzalez Suarez, c[ue le cadavre placé dans le bolsôn est celui d’un chef et c|ue les autres scjuelettes sont ceux des femmes et des serviteurs C|ue l’on sacrifiait, ainsi que nous l’avons vu, au cours des funérailles. C’est là la meilleure explication de toutes ces sépultures collectives.

Quelquefois, dans la forme à holsones rayonnants, on rencontre dans le puits central un squelette debout (fouilles de Huaca),que les huaqueros désignent sous

(’■) Il a été découvert à Iluapan, près d’Azôgues. une sépulture de cette forme restée célèbre par ses grandes dimensions, le nombre considérable de squelettes et de haches de cuivre (de la forme de celle figurée pl. XVIII, fig. 7) qu’elle renfermait. Le poids de toutes ces haches atteignait 3o quintaux (139, p. i3; 140, I, p. i3o).

Page 1