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CROCHETS DE PROPULSEUR

Les petits objets de pierre, que nous désignons sous le nom de crochets de propulseur pour des raisons que nous indiquerons plus loin, se présentent en Equateur sous deux formes différentes.

Le type I {pl. XI, fig. g, 1 1, i3, 17, 18,21, 28) représente schématiquement une tête

OBJETS EXTRAITS DES TOJIBES DBÉCÜLOMBIENNES DE l’ÉQUATEÜR. >9^

d’oiseau implantée sur une tige droite dont la face opposée est aplanie. Les angles que forme cette tige en s’unissant à la figure zoomorphe montrent des traces d’usure qui se manifestent sur un grand nombre d’échantillons par l’existence d’une petite gorge à ce niveau. La partie caractéristique de l’oiseau est constituée par de gros yeux figurés par une saillie circulaire.

Sur les 8 échantillons de notre collection, 4 sont en quartzite à grain plus ou moins fin, I en calcédoine, i en agate, i en serpentine, i en silicate d’alumine hydraté. Ce type a été rencontré en Equateur dans les régions suivantes :

Région (les Caras.

Tumbaco (27, p/. XXI, fg. 8) i

Région (les Latncungav.

Dujili (407, I, pl. XVn,fig. 19) 1

Région (les Puritliacs.

Riobamba (92, p. i53, fîg. III, o, p] ■?.

Calpi (405, p. 209, fig. 10) 1

Penipe (92, p. i53. fig, III, q 1

Région (les Canaris.

La Capilla, près Canar 2

Azôgues (405, p. 209, fig. Il) I

.Jordan 1

Paule I

Sigsig 2

Chordeleg (405, p. 209, fig. 12) 1

Ciienca 1

Combe I

Total 10

Le type If, également très commun, est beaucoup plus simple cjue le premier; tantôt, il a la forme d’un crochet {fig. 46), tantôt, et le plus souvent, celle d’une enclume [pl. XII, fig. Sa); quelquefois, un petit trou est percé dans son épaisseur près d’un de ses bords {fig. 47)-

Nous avons pu réunir 3o objets de ce type, dont 16 n’ont pas de provenance précise (Coii. Cousin et Reinburg; 27, pl. XXI, fig. 2, ii, 12, pl. XXIII, fig. 3); les autrcs SC répartissent ainsi ;

Région (les Paslos.

Province du Carebi (142, pt. XXIX: 2

Région des Caras.

Cayambe (Colt. Cousin; 27, pl. XXI, fig. 14 ; 92, p. i53, fig. III, g] 3

Tumbaco (27, pl. XXI, fig. i3, pl. XXIII, fig. ÿ 2

Qiiinchucajas, près Quito (407, I, pl. XVII, fig. 21) 1

Quito (407, I, pl. XVII, fig. 20; 92, p. i53, fig. III, n' 2

Total 8

ETIINOGUAPIIIE ANCIENNE DE l’ÉQUATEUU.

Région des Puridiaes.

Riobamba (92, p. i53, fig. III, h) i

Région des Canaris.

Chordeleg (27, pl. XXII, fig. 5, />/. XXIII, fig. 6] 2

Gualaceo (/>/. XII, fig. 32) 1

Total 3

Le type I se rencontre donc dans toute la vallée interandine, sauf, au Nord, dans le pays pasto, et, au Sud, dans le pays palta, son maximum de fréquence corres-

Fig. 46. — Crocliet de propulseur, d’après Bainps (27, pl. XXII, fig. 5), Cliordeleg. Cornaline ou agate. ( Gr. nat. )

Fig. 47- — Crocliet de propulseur.

Équateur (Coll Cousin).

pondant à la région des Puruhaes et des Canaris, tandis que le type II ne manque que dans le pays palta et semble surtout commun chez les Garas. Étant donnée rinsufiisance de nos documents sur la région occupée autrefois par les Paltas, nous pensons toutefois qu’on ne doit pas conclure que le crochet de propulseur ne se rencontrera pas dans cette zone, lorsqu’on en fera l’exploration méthodique.

Des objets analogues, quoique d’une forme un peu différente, sont très abondants en Colombie. L’exemplaire de Tunja, que nous reproduisons à titre de comparaison [pl. XI, fig. 10), fait partie d’une série de 23 pièces semblables de même provenance que possède le Musée du Trocadéro ; d’autres ont été rencontrés à Sogamoso (Boyacâ) (Tr. n° 32i34; 407, I, pl. XIV, fig. 7) Ct dailS Ic payS chibcha (405; 341, pl. XXXIX, fig. i i5, a, b, c) (').

Ces objets ont donné lieu à des interprétations diverses ; Bamps a décrit comme des pommeaux de canne ceux que nous classons dans notre type II (27, p. 129) et Bestrcpo comme des brunissoirs ou des polissoirs les échantillons colombiens (341,

('^) Morphologiquement, nos objets du type I présentent de gr.indes ressemblances avec les objets en forme d’oiseaux publiés par Moorehead (270). Certains d’entre eux, qui proviennent des Etats de New- York (270, fig. i5-i6) et du Vermont (311, pl. XIII), et qui, d’après Fowke (127, p. laô-iaG) seraient également communs dans le nord de l’Ohio, le Wisconsin et la Virginie occidentale, présentent de gros yeux circulaires en relief comme nos pièces équatoriennes. La même remarque s’applique à un petit objet en pierre provenant de New-Jersey, figuré par Abbott (2, p. 374, fig- 355). Certaines pièces trouvées dans l’Etat de New-York et dans l’Ohio (270, fig. 22, 29) se rapprochent davantage du type colombien. Nous ne citons ces similitudes qu’à titre documentaire, car ces objets nord-américains avaient, vraisemblablement, une destination toute différente de celle de nos crochets de propulseur.

OBJETS EXTRAITS DES TOMBES PRÉCOLOMBIENNES DE l’ÉQUATEUR. 1 97

p. 233). Ces explications, qui ne reposent sur aucune observation précise, sont peu satisfaisantes. Il n’en est plus de même de celle proposée par Uhle, que nous exposerons en détail, puisque c’est celle que nous acceptons. Dès 1888, le savant ethnographe allemand a émis l’hypothèse que les objets que nous rangeons dans notre type I et les pièces similaires colombiennes étaient des crochets de propulseurs (405). Il basait principalement son opinion sur la concordance qui existe entre leur aire de distribution et celle du propulseur. Celui-ci était, en effet, en usage aussi bien en Équateur qu’en Colombie. Pour l’Équateur, la preuve nous en est fournie, non seulement par les récits des anciens auteurs que nous avons cités en faisant l’étude historique des peuplades de ce pays ('), mais aussi par la découverte de deux de ces armes dans des sépultures précolombiennes (315, pi. i, fig. i; 404, pi. iv, f,g. 2) (-). De même en Colombie, les dires de Cieza de Leon (76, p. 364, 371, 375), de Piedrahita (314, p. 16, 297), d’Oviedo [302, ii, p. 385, 408), de Robledo (356, p. 282; 357, p. 3i4), et d’autres chroniqueurs anonymes (97, p. 4o3, 411, 412), qui nous signalent l’emploi du propulseur chez les Chibchas, dans le Cauca, chez les Indiens Pantagoros et Paez, ont été confirmés par des découvertes archéologiques : des propulseurs en or ont été, en effet, trouvés à Lenguazaque (34i, pi. xiv, fig. 34) et à Ubaté (404, pi. iv, fig. 5-8) (■''), et l’on a fréquemment recueilli dans les tombes du pays chibcha des figurines en or représentant des individus portant cette arme (34i, fig. 6, 16, 18, 35, 36; 407, i, pi. xxi, fig. 6). Grâce aux descriptions parfois très précises (') des chroniqueurs, et surtout, grâce

(^) C’est précisément dans le territoire de la seule peuplade équatorienne chez laquelle les chroniqueurs ne nous signalent pas l’emploi du propulseur, c’est-à-dire les Pastos, que les petites pierres, considérées par Uhle comme des crochets, sont de beaucoup le plus rares.

(^) Le premier de ces objets n’a pas de provenance exacte; le second a été trouvé à Guano, près Riobamba, par Reiss et Stübel et a été reproduit dans la grande publication consacrée aux collections de ces deux voyageurs (407, I, pl. XXV, fig. 3o).

(®j L’exemplaire de Lenguazaque appartient au Musée de Chiclayo, les quatre exemplaires d’Ubaté, à la collection de B. Koppel, de Londres; ils ont été également reproduits par Uhle, dans son étude des collections de Reiss, Stübel et Koppel (407, I, pl. XXII, fig. i3, 20-22).

('*) La description que Castellanos (70, I, p. 41-42), notamment, donne du propulseur chibcha mérite d’être citée :

U San principalrnente tiraderas, que son unos dardillos de carrizo con punlas de durisirnn tnodera, que tiran con arnientos, no de kilo, sino con un palillo de dos palmos del grueso de la flécha, prolongando con él la tercia parte de la cana.

Este tienc dos ganchos afijados, distantes coda cual en un cxiremo del arniento que digo; con el uno ocupan el pie raso del dardillo, y el otro, con cl indice coivado, aprietan con la flécha juniamenle hasta que el jâculo se desemhraza, segun la fuerza del que lo despide.

IqB ETllNOGUAPmE ANCIENNE DE l’ÉQUATEUD.

aux pièces exhumées par les archéologues, on sait C|ue ces propulseurs de la région andine équatorienne — et le plus grand nombre de ceux de la Colombie — sont composés essentiellement d’un simple bâton muni à chacune de ses extrémités d’un croehet ; le croehet antérieur sert de poignée, tandis que le crochet postérieur, placé sur une génératrice formant avec celle sur laquelle se trouve le crochet antérieur un angle qui est en général de go®, est destiné à servir de point d’appui au talon du javelot.

Il est certain que les petites pierres que nous étudions ici pouvaient parfaitement jouer le rôle de crochets postérieurs : la tige droite étant en contact par sa surface plane avec le bâton, ou encastrée dans une cavité creusée dans celui-ci, le bec de l’oiseau dans le type I, une des branches de l’enclume dans le type II pouvaient servir de point d’appui au javelot; un lien solide maintenait le tout. Ainsi s’expliqueraient les traces d’usure et l’ébauche de gorge que nous avons observées sur un grand nombre de nos pièces.

Vraisemblablement les Indiens ont donné si souvent à ces crochets la figure d’un oiseau, parce que c’était là le motif ornemental qui s’accordait le mieux avec la forme générale que ces objets devaient avoir du fait même de leur usage, ou bien parce que cette représentation avait quelque signification symbolique, par suite d’un rapprochement assez naturel entre l’oiseau et la flèche ou pour une autre raison cjue nous ignorons. D’ailleurs, on a trouvé, encore en usage chez les Ozonana du haut Yurua, un propulseur, d’un type un peu différent, il est vrai, du type andin, dans lequel le crochet a également la forme d’un oiseau (82, p. 38i, //, /ig. 12, 12 ('), et Uhle a

découvert des pièces analogues dans l’aneien Pérou, au cours de ses remarquables études sur les propulseurs de cette région, études dont les résultats ont assuré définitivement la légitimité de son hypothèse. En effet, parmi les nombreux propulseurs que le savant allemand a pu examiner ou c|u’il a recueillis lui-même dans ses fouilles (409; 4i2), il en est qui sont munis de crochets (■) absolument comparables comme forme à notre type II équatorien (409, pi. iv, fig.i,a), tandis que, sur un échantillon de Nieveria {A09, pi. iv, fig. 3, c), le crochet représente, comme dans notre type I, une tête d’oiseau, tenant un objet dans le bec (").

Si décisifs que soient tous les arguments que nous venons d’exposer, une dernière objection pouvait être faite toutefois à la thèse de Uhle : à savoir cjue, sur les deux seuls propulseurs trouvés jusqu’ici en Equateur, les crochets sont en bois et

(^) Le crochet est en os : la punta di osso è a guisa di uccello.

(^) Eaesslcr a figuié le décor d’on vase de Cliimliote rcprc entant un Indien armé d’un propulseur à crochets (22, I, fig. 196). Ovietlo avait d’ailleurs déjà donné un dessin excellent d’une de ces èstoricas (302, IV, pl. V).

(^) Se basant sur ce olétail, Uhle pense que l’arme, qui se trouve dans la main droite du personnage principal de la grande entrée de Tiahuanaco, n’est autre oju’un propulseur. L’oiseau, qui est posé sur l’extrémité supérieure du bâton, serait la représentation du crochet postérieur de l’arme (409, p. 128, note i). Si l’assimilation de Uhle est légitime, elle conduirait à penser que la forme d’oiseau adoptée par les Indiens avait vraisemblablement à leurs yeux tme signification symbolique.

On.lF.TS EXTRAITS DES TOAIRES PRÉCOLOMBIENNES DE l’éQCATEUR. I Qf)

n’ont pas la forme des objets en pierre que nous supposons avec lui avoir joué ce rôle.

Une découverte faite au Sigsig (région des Canaris) permet de répondre à cette objection. Il s’agit d’un bâton, qui a été décrit par Gonzalez Suarez de la façon suivante : sa longueur est d’environ 5ocm; il était recouvert au moment de l’exbumation de cinq feuilles d’or disposées en bandes successives séparées l’une de l’autre par des espaces libres et portait des dessins en relief; à l’une des extrémités se trouvait une petite figurine en pierre représentant la tête et la poitrine d’un oiseau (141, p. 82, pi. IV). Si insuffisante que soit cette description et si défectueux que soit le dessin qui l’accompagne, il est certain qu’il s’agit là d’un propulseur typique [sans doute destiné à un chef en raison du luxe de son ornementation (')], dont le crochet postérieur rentre dans notre type I, et non pas, comme le pense le savant historien équatorien, d’un sceptre (') que chaque Indien portait à la main dans les danses et cérémonies.

Nous possédons dans notre collection particulière deux bâtons analogues, qui, quoique privés de leurs crochets, ne laissent aucun doute sur l’usage auquel ils étaient destinés. Ces deux intéressantes pièces proviennent de cette tombe du Sigsig, particulièrement riche en objets d’or et d’argent que nous avons décrite plus haut en détail (p. 124). Us faisaient partie, ainsi que nous l’avons dit à cette occasion, d’une série considérable d’instruments similaires réunis en faisceaux; aussi ne serions-nous pas étonnés que le spécimen figuré par Gonzalez Suarez n’en provînt également. Le premier de ces bâtons {fig. 48, a) mesure 3o5*^™; il est en bois noir, dur et brillant, sans doute en chonta {Astrocaryum sp.); l’une de ses extrémités, que nous appellerons supérieure, se termine par une section nette perpendiculaire à l’axe, tandis que l’autre s’effile en une pointe qui mesure A peu

près en son milieu, et sur une longueur de 8^’^^ environ, il porte des sculptures représentant un décor losangique et une tête humainCj qui est reproduite exactement sur la face opposée et au même niveau. Le détail le plus intéressant, au point de vue qui nous occupe ici, est une cavité rectangulaire de de longueur, de 7'""*

de largeur et de de profondeur, creusée à de l’extrémité supérieure.

Suivant la génératrice opposée à celle sur laquelle se trouve cette excavation, il

(*) L’ornementation de ce propulseur rappelle la description qu'Oviedo nous a transmise du costume et des armes d’un chef indien des environs de Riobamba (302, IV, p. 287) : Traia en los pechos una divisa de oro é Dira en la caheça, e quatro varas en la mano izquierda é la estorica en la derecha, é las varas voUeadas de alto à baxo con çintas de oro batido. Le même chroniqueur iguale aussi des propulseurs recouverts o’or et d’argent chez les Indiens des environs de Tabatinga (302, IV, p. 556).

(^) Avant d’avoir pu étudier de près un de ces bâtons, Gonzalez Suarez avait émis à leur sujet une autre hypothèse, que nous devons signaler, bien que par la suite il y ait renoncé. Se basant sur le fait que ces bâtons ont été découverts unis en faisceaux, et sur un texte de Balboa, il pensait que ces curieux objets servaient aux Incas à se transmettre certains faits historiques (139, p. i5). Rien ne permet d’accepter une telle manière de voir, et nous pensons que Balboa a dû établir une confusion avec les quipos, lorsqu’il a écrit : « Se sentant près de mourir, il [Guayna-Capac] fit son testament selon l’usage. On prit un long bâton ou espèce de crosse, et on y dessina des raies de diverses couleurs d’où l’on devait avoir connaissance de ses dernières volontés; o le confia ensuite au Quipocamapoc ou notaire » (25, p. 198).

!• ig. 48- — Propulseur du Sigsig, a. V'u de face ( Gr. nat.) ; b. Vu de profil, après adapLalion du croclicl de pierre figuré pl. A'I,/ig. Il (Gr. nat.); c. Son extrémité inférieure coiffée de l’ornement d’or figuré pi. AA'V,Jig. i6 (Gr. nat.); d. L’objet entier reconstitué.

OBJETS EXTliAlTS bES TOMBES PRÉCOLOMBIENNES DE l’ÉQUATEUR.

existe une rangée de petits trous, semblables à ceux qu’on produirait avec un poinçon, continue sur toute la longueur du bâton, sauf au niveau de la tête sculptée qu’elle aurait dû traverser en son milieu. A cet endroit, elle a été déviée de 45® de façon à passer entre les deux têtes opposées. Comme nous savons que le bâton était recouvert au moment de sa découverte de feuilles d’or ou d’argent, il est évident que ces orifices sont en rapport avec le mode de fixation de eelles-ci, soit qu’on ait employé dans ce but de petits clous d’or, soit que, plus simplement, on ait refoulé avec une pointe la mince lame métallique dans chacun des trous.

Par tous ses détails, ce bâton ne peut être considéré que comme un propulseur de parade ; plusieurs des crochets de notre collection s’adaptent parfaitement dans la cavité qu’il présente, ainsi qu’on pourra en juger d’après la reconstitution que nous avons faite de l’instrument {fig. 4^, b, d).

Le second bâton de notre collection est beaucoup plus simple, mais plus démonstratif encore que le précédent. Il est également de forme cylindrique et en chonta; son diamètre est de i4™™, et sa longueur de 495™™- Les deux extrémités se terminent en sections nettes, perpendiculaires à l’axe. A 8®™ de l’une et à i5™™ de l’autre, se trouvent deux cavités semblables comme forme à celle du bâton précédent et placées sur des génératrices différentes, à 45® l’une de l’autre. Cette pièce était certainement recouverte aussi de lames métalliques sur toute son étendue, car on y voit la rangée longitudinale de petits orifices, régulièrement espacés de 6™"^ environ, que nous avons signalée plus haut. Il est évident que l’une des cavités présentées par ce bâton devait servir à placer le crochet postérieur, et la seconde à placer le crochet servant de poignée, ainsi que le montre notre reconstitution

if g- 49)-

Suivant Gonzalez Suarez (139, p. i5), des bâtons analogues, également recouverts d’or ou d’argent et toujours réunis en faisceaux par un lien d’or, ont été rencontrés en grand nombre dans les sépultures les plus riches d’une autre loealité du pays canari, à Chordeleg.

Une fois admise l’hypothèse que nous venons d’exposer, il était naturel de rechercher si, dans les collections équatoriennes, parmi les objets d’usage encore indéterminé, il n’en existait pas quelques-uns, en dehors des crochets de pierre, qui par leur forme pourraient être considérés comme des accessoires de propulseur. Nous savons qu’au Pérou, les crochets de propulseur étaient rarement en pierre; on en rencontre parfois qui ont été taillés dans une dent d’un mammifère marin; d’autres sont en eoquille {Spondylus pictorum), en bois et en os, mais le plus souvent la matière employée est le cuivre (409, p. 120-121; 4i2,p.626). Il serait surprenant qu’en Equateur, l’ouvrier n’ait pas cherché également à varier ses matériaux et, effectivement, il a parfois employé, lui aussi, la coquille et les métaux. Deux petits objets trouvés à Chordeleg, le premier en coquille, le second en bronze (27, p. xxii, /ig. 10, pi. xxiv, fig. 1), de même qu’une petite figurine en argent de notre collection, provenant de

Arc de méridien équatorial, I. VI, (i). 2G

On.lETS EXTRAITS DES TOMBES PRÉCOLOMBIENNES DE l’ÉQUATEUR.

Gualaceo {pl. XXIV, fig. g), représentant tous un oiseau, nous en fournissent la preuve; ils ne peuvent, en effet, être interprétés d’une façon plus satisfaisante qu’en les considérant comme des crochets de propulseurs {fig. 49, c).

Nous devons également retrouver en Equateur des objets qui ont pu servir comme poignées. Il nous paraît que l’objet en corne que nous avons reproduit de face et de profd dans les figures 3 et 5 de notre planche XVI, convient parfaitement pour cet usage. Il a la forme d’un oiseau; à sa base, il porte un prolongement en T permettant de le fixer, comme les crochets, dans une cavité du bâton du propulseur. L’ensellure que forme l’un de ses bords servirait, dans notre hypothèse, à loger un des doigts du tireur {fig. 49, b). Cet objet provient d’Inga-pirca (pays canari). Nous en possédons un autre tout semblable, mais en partie brisé, trouvé à Azôgues.

Nous serions tout disposés à étendre cette interprétation à trois petites figurines décrites par Gonzalez Suarez comme des idoles. Elles pourraient, en effet, très bien s’adapter, de même que nos objets en corne, à un bâton de propulseur grâce à la petite tige transversale que, comme ceux-ci, elles présentent à leur base. Elles ont également une ensellure suffisante pour loger le doigt du tireur (140, Atias, pi. v, fig. 5, pl. XXII, fig. 4, pl. XXIII, fig. 5). Deux de ces figurines proviennent du pays canari; l’une, en argent massif, représente un Indien assis dont la tête est surmontée d’un félin ('); la seconde, en os, figure un individu debout, les jambes légèrement fléchies, la tête couverte d’une coiffure plate, qui doit être la couronne spéciale aux Canaris. A son extrémité inférieure, se trouve un orifice, qui, dans notre hypothèse, aurait servi au passage d’un lien destiné à assurer plus fortement la ligature sur le bâton du propulseur. La troisième pièce a été trouvée dans la région côtière ; elle est en pierre et représente un Indien accroupi les mains ramenées sur le devant de la poitrine.

Gonzalez Suarez {141, p. 83) pense que l’extrémité effilée du bâton qu’il a décrit était coiffée d’un ornement conique en or portant, suspendu à son sommet par un fil d’or, une petite plaque mobile de même métal. Plusieurs objets de cette forme (■) ont été précisément trouvés dans la tombe du Sigsig d’où proviennent nos propulseurs {pl. XXV, fig, i6). Bien que nous n’ayons pas la preuve formelle de la légitimité de l’hypothèse de l’historien équatorien, celle-ci nous semble fort acceptable, étant donné qu’il s’agit, à n’en pas douter, d’une arme de parade, dont l’ornementation était particulièrement soignée. D’ailleurs, le petit cône d’or s’adapte très bien à l’extrémité pointue de notre premier bâton {fig. 48, c, d), et, sur des représentations de propulseurs mexicains ou atlatl, extraites de dXers codex, il n’est

(^) Cet objet, que Gonzalez Suarez avait déjà figuré dans son travail sur les Canaris (139, pl. III, fig. 4', est évidemment le même que celui que Bamps décrit comme une conopa et qui est indiqué comme provenant de Chordeleg (27, pl. XXIV, fig. 6).

(^) Ces objets au nombre de six pesaient de 5” à 8®. Nous avons pu nous en procurer des photographies et en faire exécuter des fac-similé en fer-blanc.

2o4 ETIINOGKAPIIIE ANCIENNE DE l’éQUATEUU.

pas rare de voir figuré, du côté opposé au crochet, un ornement qui n’est pas sans analogie avec celui que nous croyons avoir existé sur certaines de nos pièces équatoriennes (295, pl. ni, fg. 16-17).

Le type de propulseur, qui paraît avoir été si répandu dans la vallée interandine équatorienne, existait, ainsi que nous l’avons déjà indiqué et que les recherches de Krause (208) l’ont établi, dans la plus grande partie de la Colombie. Au Pérou, Uhle a montré qu’il est commun dans les époques qu’il considère comme les plus primitives de la civilisation de cette région (ancienne civilisation de Nazca, première civilisation de la vallée de Lima et de la région de Trujillo, période de la civilisation de Tiahuanaco), mais que son usage s’est restreint beaucoup par la suite pour devenir peut-être purement cérémoniel dans les périodes plus récentes (409, p. 123).

Toutefois, Uhle ne pense pas que ce propulseur à double crochet soit la forme la plus primitive de l’arme; à son avis, celle-ci nous serait fournie par un propulseur qui diffère du type andin en ce que le crochet formant poignée y est remplacé par un anneau ou une encoche, où le tireur engage son index. Cette arme, qui est encore en usage parmi les peuplades du haut Amazone ('), parmi celles du haut Purus et des rios Xingû et Araguaya (208, p. 143), n’apparaît sur le haut plateau andin ou à l’ouest de celui-ci, à l’époque précolombienne, cjue dans la province de Cueva (302, iii, p. 127, 129, pi. /, fig. 2, 3) et dans le sud d’Antioquia, en Colombie (24), et dans la vallée de Lima, au Pérou, à la période la plus primitive de la civilisation de cette région (409, p. 124); dans la vallée interandine équatorienne, elle n’a pas encore été signalée jusqu’ici. L’argument sur lequel s’appuie Uhle, pour considérer ce propulseur à encoche ou à anneau comme plus ancien que le propulseur à crochets, est le suivant ; « Il me semble, dit-il, que les formes qui se rencontrent parmi les tribus stationnaires des forêts orientales, bien qu’on les trouve seulement dans les temps modernes, indiquent par elles-mêmes une origine très ancienne » (409, p. 124). En vérité, cette raison ne nous paraît pas très convaincante.

Si la civilisation amazonienne est indéniablement inférieure à celle de tous les peuples andins, il ne s’ensuit pas qu’elle soit restée stationnaire. Il est inadmissible, au contraire, que des tribus de guerriers et de chasseurs n’aient pas perfectionné, au cours des âges, une arme d’un usage journalier, et le fait qu’on ne retrouve chez elles actuellement qu’une seule forme de propulseur, dont le maniement ne semble ni moins facile, ni moins sûr que celui du propulseur à crochets, loin de prouver que cette forme soit plus ancienne, pourrait, et peut-être plus logiquement, être interprété d’une façon inverse.

(') L’un Je nous a décrit un propulseur de ce type en usage chez certaines tribus jibaros (350, XVIII, p. ôgS, fig- i8). Toutefois, sur ce spécimen, c’est le rebord postérieur de la gouttière servant à loger le javelot qui fait office de crochet. A ce point de vue, cette arme se rapproche davantage des propulseurs des peuples polaires, en particulier de ceux des Esquimaux (208, ]>. i32, pl. IX].

OBJETS EXTRAITS DES TOMBES PRÉCOLOMBIENNES DE l’ÉQUATEUR. Vo5

A notre sens, pour établir des chronologies de cette nature, il est préférable de s’adresser à des civilisations plus voisines, non seulement dans le temps, mais aussi dans leur degré de développement, que ne le sont la civilisation péruvienne et la civilisation amazonienne, et nous croyons qu’à ce point de vue, la comparaison entre l’archéologie précolombienne de l’Équateur et du Pérou peut être plus fructueuse.

Nous avons déjà eu maintes occasions d’attirer l’attention sur ce fait que les objets de pierre de l’Équateur ont leurs similaires en cuivre au Pérou, et l’étude des crochets de propulseurs que nous venons de faire nous en fournit un nouvel exemple : alors que, dans le premier pays, la matière employée d’une façon presque exclusive pour leur fabrication était la pierre, dans le second on utilisait de préférence le métal. D’une façon générale, la civilisation équatorienne, tout en restant très voisine de la civilisation péruvienne dans ses manifestations identiques, apparaît comme plus primitive que celle-ci. Ne serait-on pas en droit d’en induire que ce caractère de primitivité, si évident dans le choix du matériel de travail, doit se retrouver également dans la forme même des objets fabriqués ? Et le fait qu’en Équateur, on ne rencontre que le propulseur à double crochet ne pourrait-il pas être donné comme une preuve que cette arme est antérieure au propulseur à encoche ou à anneau que nous voyons en usage au Pérou ? Nous n’émettons évidemment cette hypothèse que sous toutes réserves; sans y insister, nous signalerons qu’on pourrait invoquer aussi en sa faveur un autre argument, à savoir qu’au Pérou le propulseur à crochets ne se rencontre que dans les périodes les plus anciennes.

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