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PETITS OISEAUX EN PIERRE

On rencontre fréquemment, en Équateur, de petites figurines en pierre représentant soit un oiseau entier [pl. XI, fîg. 6, i6), soit la tête de celui-ci (pi. XI, fig. 2, 3), soit, enfin, simplement une sorte de crête dont les dentelures, parfois bien indiquées {pl. XI, fig. 4)? se réduisent, sur certains échantillons, à de fines incisures {pl. XI, fig. i), èt qui, par stylisation, arrive à devenir méconnaissable {pl. XI, fig. 22). Tous ces objets sont munis d’un ou de deux orifices pratiqués dans la partie basale sur laquelle s’implante la figure zoomorphe.

Nous en connaissons 26 échantillons provenant de l’Équateur, dont 10 (Coii. Cousin et Frandin) n’ont pas d’originc précise. Les 16 autres se répartissent ainsi :

Région des Paslo.t.

Province du Carchi (142, pl. XXVIII]

Huaca (113; Coll. Rivet)

El Angel

ETHNOGRAPHIE ANCIENNE DE l’éQUATEUR.

Région des Car as.

Carànqiii (92^ p. i53, fig. HT, e] r

Otavalo (92, p. i53, /Ig. 7//, 6, c) 2

Cayambe (92, p. jb3, fig. ITT, a, d, f) 3

Total G

Région des Canaris.

Vallée du Yunguilla r

Ces figurines en forme d’oiseaux se rencontrent donc surtout dans les deux provinces les plus septentrionales de la vallée interandine. Plus au Sud, elles deviennent exceptionnelles; toutefois, nous en possédons du pays canari un exemplaire en or [pl. XXV, fig. 2), très semblable à notre spécimen en pierre de la même région.

Gonzalez Suarez (142, pi. xxviii) a figuré un objet d’une très belle facture, provenant de la province du Carchi, qui ne peut guère être séparé de ceux que nous venons de décrire. Par sa forme générale, il se rapproche beaucoup de celui qui est reproduit dans la figure 22 de notre planche XI, bien que la partie en forme de croissant, que nous croyons être une crête d’oiseau stylisée, soit plus allongée ; mais, sur le bord convexe de ce croissant, deux singes ont été représentés face à face, dans la position de ceux que porte un pendant d’oreilles en or de notre collection, trouvé dans la même région, à El Angel [pl. XXIV , fig. 7).

Pour Uhle (405), les figurines en forme d’oiseaux de l’Equateur, de même que les pièces similaires colombiennes qu’il a décrites du pays chibeha (405, p. 209, fig. 7), de l’Etat de Boyaeâ (Copér) et du Cauca (Chiles) (407, i, pi. xiv, fig. 3, 4), sont, comme les objets étudiés dans le chapitre précédent, des crochets de propulseur. Cette hypothèse peut paraître plausible; toutefois, quelques raisons nous conduisent à faire des réserves à son sujet; c’est tout d’abord la fréquence de ces figurines dans le pays des Pastos, où, comme nous l’avons déjà fait remarquer, les chroniqueurs ne nous signalent pas l’emploi du propulseur, mais c’est surtout la ressemblance qu’elles présentent avec des objets découverts dans d’autres régions américaines, où elles avaient certainement une destination toute différente.

En dehors de la Colombie, en effet, où elles sont assez fréquentes, des figurines de pierre plus ou moins comparables aux nôtres se retrouvent dans plusieurs pays. Du côté du Sud, elles semblent très rares : nous ne connaissons que deux pièces provenant de Poman et d’Ambato dans la vallée calchaquie (8, xx, p. 263, /ig. 209-210), qui présentent avec elles quelques analogies. Du côté du Nord, au contraire, les termes de comparaison abondent ; ce sont deux objets en os ou en matière éburnée trouvés à Aragua et à Caracas, décrits par Marcano (239, pi. ir, fig. 18-19); c’est la belle série d’amulettes du Costa-Rica représentant des oiseaux à des degrés divers de stylisation, publiée par Hartman (156, pi. xl, /?g. 17-23) ; ce sont surtout les nombreux fétiches de la région des Zufii et des Pueblos, figurés et commentés par Cushing (89, pl. Il, fig. 3), par ten Kate (203, pt. viii, fig. 23), par Fewkes (115, p. i35, fig. 85) et

OU.IF;rS EXTRAITS DES TOMBES l'UÉCOLOMRlÊNiNES DE l’eQUATEUR. 20'^

par Pepper (308 tis, pt. xx, fig.B). On pourrait peut-être aussi rapprocher de nos petites figurines équatoriennes certaines des pièces munies de trous de suspension qui ont été représentées par Moorehead (270) et les petits oiseaux en pierre, sans trou de suspension il est vrai, provenant du Mississipi, figurés par Rau (330, p. 297, fig. i3-i4).

Ces ressemblances, très nettes en particulier avec les fétiches zuni et pueblos, peuvent faire supposer qu’en Équateur des superstitions analogues, sinon identiques, ont pu exister. Aussi, sans rejeter l’hypothèse de Uhle, croyons-nous prudent d’attendre, pour nous prononcer à son sujet, que de nouvelles découvertes en aient apporté la confirmation.

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