‹ Ethnographie ancienne de l'EquateurChapitre 70 sur 149 · SIÈGES EN PIERRE · texte numérisé non relu

SIÈGES EN PIERRE

Nous ne possédons qu’un seul de ces curieux sièges en pierre (') de la province de Manabi, dont l’existence semble avoir été signalée pour la première fois par Villavicencio (422, p. 489) et dont de nombreux spécimens ont été publiés par Banips (27, pl. 1), par Wiener (435), par Haniy (152, p. xxxii), par Gonzalez Suarez (140, Atlas, pi. aai-, pg. q, par Uhle (407, i, pi. xiv, //g. 17), et surtout par Saville (365, i, pi. iv-xxvii, n, pi. xxxii-xu). Ces sièges se rencontrent toujours sur le sommet de collines, à proximité de la mer; on en a découvert sur le Cerro de Hojas, le Cerro Jaboncillo, le Cerro Agua Nueva, le Cerro dupa. De ces collines, ils ont parfois été transportés dans les villes voisines à titre de curiosités, et c’est ce qui explique que certains voyageurs en aient vu à Guayaquil (27, p. n3), que l’exemplaire du Musée de Dresde soit étiqueté Manta, et que notre spécimen {pl. IX, fig. g) ait été trouvé au petit village d’Atravesado par le soldat Lavie, au cours des opérations de nivellement de la mission de l’Equateur. Dans son ensemble, il rentre dans le type général; l’animal, qui soutient le siège proprement dit, semble être un puma : c’est là un des motifs décoratifs le plus communément utilisés par les artistes indigènes. Cependant, ce siège difî'ère par un détail de la plupart de ceux quiont été publiés : il ne présente pas de bras comme ceux-ci, et la partie sur laquelle on s’asseyait est plate; malgré la grande brisure qu’elle présente, il est facile de se rendre compte qu’elle avait une forme rectangulaire.

(^) C’est évidemment par erreur que, dans son dernier travail, Gonzalez Suarez dit que ces sièges sont laits d’un sable fin cjui, mélangé à une matière glutineuse, donnait une pâte aussi dure et aussi compacte que la pierre (142, p. loi). Tous les sièges réunis par Saville sont en pierre, à l’exceplion d’un seul, de très petite taille, qui est en argile (365, 11, p. 102, fig. 8).

ETIIN0C.UAP11IE ANCIENNE DE e’éQUATEUR.

L’usage de ces étranges objets, sur lesquels tous les anciens écrivains sont muets, est resté absolument mystérieux juscju’aux belles recherches de Saville. En général, on s’accordait à les considérer comme des sièges. Toutefois, Gonzalez de la. Rosa avait émis l’idée qu’il s’agissait d’autels portatifs pour les sacrifices au soleil et à la lune : « C’est pour cela, écrivait-il, qu’ils ont la forme d’un croissant qui écrase leurs ennemis ou les êtres malfaisants » (359, p. 90). En réalité, c’était là une pure hypothèse, et les travaux de Saville ont montré depuis lors que l’appellation première était absolument justifiée. En effet, l’archéologue américain a trouvé au Cerro Jaboncillo (365, ii, pi. lxxxv i-lxxxv iii] une série de figurines en argile représentant des individus assis sur ces sièges. L’étude de ces pièces intéressantes lui a en outre permis de déterminer, dans une certaine mesure, le rôle que ces objets pouvaient avoir parmi les anciennes populations de la région. Certains des personnages tiennent dans une main un oiseau et dans l’autre un tube. Or, Cobo (79, iv, p. i35) et Molina (25i, p. i3) rapportent qu’une certaine catégorie de sorciers, appelés calparicu, pratiquait la divination en insufllant de l’air dans les poumons d’oiseaux sacrifiés. Saville suppose avec juste raison que ces curieuses terres cuites doivent représenter une scène de sorcellerie similaire et, par suite, que les sièges auraient été des accessoires rituels de cérémonies magiques ou religieuses (365, ii, p. 206). De fait, il a pu constater qu’ils étaient primitivement rangés en ordre circulaire, en connexion avec les bas-reliefs, les colonnes et les figures humaines et animales si fréquentes dans la région, dans des enclos, sans doute recouverls d’un toit soutenu par des poteaux, qui semblent avoir été des sanctuaires de famille ou des emplacements réservés au culte (365, ii, p. 102). Ainsi se trouve précisé l’usage de ces singuliers objets. Deux autres figurines, trouvées dans la même région, au Cerro Jaboncillo et dans les environs de Bahia de Caràques (365, ii, pi. xc, fig. i, pi. civ, fig. 6), démontrent d’ailleurs la signifieation symbolique que les figures animales des supports des sièges avaient aux yeux des Indiens : toutes deux représentent un individu debout sur le dos d’un quadrupède représenté dans la même position que dans les œuvres seulptées. Le caractère rituel d’un de ces objets en particulier ne semble pas douteux et Saville déclare qu’il s’agit certainement d’un brûle-encens (365, ii, p. 280).

Des sièges absolument identic|ues à ceux de Manabi n’ont été rencontrés dans aucune autre région américaine ('), mais de l’étude comparative très documentée que Saville a faite des objets similaires en bois et en pierre fabriqués par un grand nombre de tribus du Nouveau-Monde, il ressort clairement que les spécimens de la (*)

(*) Goiizâicz de la Rosa (359, p. 89) dit qu’un siège ideaticiue proxenant de Timanâ ou de San Agustin a été figuré par Rivero et Tscliudi. R s’agit de l’objet que tient dans scs mains une des statues représentées dans la planche XXXIX (et non XXVII, comme il l’indique) de l’album publié par les célèbres américanistes (344q A vrai dire, nous ne pouvons trouver dans cet attribut la moindre analogie avec les sièges de Manabi. Selon le même autour, on aurait rencontré plus au Nord encore, près d’Inza, des sièges de pierre; nous n’avons pas trouvé mention de cette découverte dans la littérature.

OD.IETS EXTRAITS DES TOMDES PT.ÉCOLOMRTENNES DE e’ÉQUATEUR. 2.3 T

côte équatorienne, malgré leur forme spéeiale, ne sauraient en être séparés (365, ii,

p. I03-I23, 1)1. I-III).

Nous ignorons à quelle tribu il faut attribuer la fabrication de ces sièges, aussi bien que des sculptures si fréquentes le long de la eôte de Manabi. L’hypothèse de Wiener (435), suivant laquelle ils seraient l’œuvre des Canaris, dont les Colorados aetuels seraient les descendants, ne s’appuie sur aucun argument sérieux et est du reste en opposition formelle avec les renseignements préeis que nous possédons sur l’habitat de ces deux tribus.

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