TUBES
Nous avons recueilli dans une tombe de Chordeleg un tube en os {pl.XVI, fig. g), ouvert à ses deux extrémités et fortement coloré en vert par des sels de cuivre. Le long d’un de ses bords libres, se trouve une large échancrure produite certainement par une brisure accidentelle. Toutefois, au fond de cette échancrure, on remarque une encoche demi-circulaire, dont le bord est taillé en biseau aux dépens de la table
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externe et régulièrement usé. Il est évident que cette encoche est le reste d’un orifice circulaire qui existait primitivement à ce niveau, et que l’échancrure actuelle est due à la rupture du petit pont osseux qui le séparait du hord libre.
Treize tuhes analogues, quoique de dimensions en général un peu plus grandes, ont été rapportés d’Asnapujio (Bolivie) par la Mission de Créqui-Monfort et Sénéchal de la Grange; ils sont également assez fréquents à La Paya (15 p. 438) dans la quebrada del Toro (47, i, p. 362-363, 375, fig. 78, c, d, e), dans la quebrada de Humahuaca (93, p. 234, fig. 178), dans la puna de Jujuy (228, p/. ii, fig. 3o, pi. ni, fig. 35-36; 47, 11, p. 656-657, fig. i44) et dans le désert d’Atacama (47, ii, p. 747, fig. 172, h, i).
En Amérique du Nord, des trouvailles de même ordre ont été faites dans l’Ohio (274, II, p. i44, fig. 549), dans l’ Arizona (H5, p. 95, fg. 53), dans l’État de Washington (vallée Yakima) (380, p. 106, fg. 97-98), en Colombie britannique (377, p. 144, fg. 5o, p. i54, fg. 102; 379, p. i55) et surtout tlaiis la Californie méridionale et insulaire (319, p. 229, fg. iu5; 331, p. 64,
fg. 25i; Tr. n°’ 4^29-4536).
De multiples hypothèses ont été émises au sujet de ces objets. Lehmann-Nitsche et Boman pensent que leurs pièces argentines devaient servir d’étuis, et, de fait, plusieurs de celles qu’a figurées le premier de ces auteurs sont encore entourées de la gaine de cuir (‘) qui en fermait les extrémités (228, p. 85, 95). Pour Debenedetti, ces objets étaient adaptés, soit à une calebasse [mate), soit à un tube de plus grand diamètre, à l’aide de cire ou d’une gomme végétale, et constituaient l’embouchure d’un instrument de musique rudimentaire ; l’archéologue argentin a vu, en effet, des instruments semblables encore en usage à Juella, au moment de la fête de San Juan, et plusieurs des spécimens qu’il a recueillis dans la quebrada de Humahuaca, à La Isla de Tilcara, présentent à une de leurs extrémités une profonde entaille comme les embouchures de flûtes ou de sifflets (93, p. 235). De Cessac considérait ses pièces californiennes comme des douilles ; elîcctivement, Moorehead et Smith ont trouvé dans l’Ohio (274, ii, p. 144, /îg. 549) et en Colombie britannique (377, p. 144, /îg. 5o;379,p. 164, /îg. 29, d) des tubes en os ou en corne en connexion avec des couteaux de silex ou des haches de pierre. Smith classe comme pipettes certaines des pièces qu’il a recueillies à Lytton et dans le bassin de la rivière Thompson (Colombie britannique) (377, p. i54, fg. 102; 378, p. 412), par analogie avec des objets employés dans ce but au cours de certaines cérémonies rituelles chez les Indiens Thompson de la même région (395, p. 3i3, fg. 283), tandis que certaines autres, récoltées dans la vallée Yakima (380, p. io5-io6, fg. 97-98) et en Colombie britannique (378, p. 428), lui semblent avoir servi à un jeu semblable au hancl game, très répandu dans toute la région du nord-ouest des États-Unis (Colombie britannique, Washington, Orégon, Idaho, Californie, Nevada, Arizona) (88, p. 273-326; 100, p. 210, fg. 55; 382, p. 254; 395, p. 275, fg. 262).
(^) Le Musée du Trocadéro possède un petit étui en bois absolument comparable par sa forme et ses dimensions aux tubes en «s et qui est encore recouvert en grande partie d’une gaine de pea i; il provient d’une sépulture des environs de Chiu-Chiu (Atacama) (0° 40616).
OBJETS EXTRAITS DES TOMBES PRÉCOLOMBIENNES DE l’ÉQUATEüR. ^55
Rau, enfin, qui avait déjà envisagé, il y a de nombreuses années, la plupart de ces hypothèses, ajoute que ces tubes ne sont peut-être que des accessoires de vêtement; il suggère également l’idée qu’ils ont pu, comme les objets similaires en pierre en usage chez les Californiens, être employés par les sorciers pour pratiquer la succion (331, p. 65).
Entre toutes ces interprétations, le choix est difficile. Chacune d’elles renferme indiscutablement une part de vérité, en ce sens que les tubes d’os ont dû servir, suivant les régions, aux usages les plus variés. En ce qui concerne notre pièce équatorienne, il est peu probable, en raison de sa faible longueur, qu’elle ait pu être un manche d’outil; l’orifice latéral qu’elle présentait empêchait évidemment de l’employer pour la succion ou comme pipette, enfin ses dimensions et sa forme diffèrent de celles des accessoires de jeu signalés plus haut. On en est donc réduit par élimination à la considérer, soit comme un étui, soit comme une embouchure d’instrument musical; le fait, qu’elle est perforée latéralement et que cette perforation est identique à celles de la flûte que nous avons décrite plus haut, nous conduit à accepter de préférence cette dernière explication.