FÉTICHES EN COQUILLE
Nous désignons sous ce nom de fétiches de curieuses figurines, presque toujours en coquille, qui représentent, semble-t-il, un enfant emmailloté {pl. XVI, fig. 12, i3, i5, 16). La tête, qui est très grosse par rapport au reste du corps, montre un front bombé et des yeux formés de deux excavations circulaires, où étaient parfois enchâssées des pierres de couleur bleue, vraisemblablement des turquoises. Le nez et la bouche ne sont souvent même pas indiqués; de toute façon, le dessin en est toujours très rudimentaire; les oreilles sont presque toujours représentées par deux grosses saillies. Sur la tête, on remarcjue tantôt une sorte de coiffure en forme de disque aplati, tantôt deux protubérances placées de chaque côté du front; le corps n’offre comme détail saillant que deux bras collés à la poitrine, très simplement indiqués par quelques traits gravés et un léger relief; le plus souvent, il se termine en cône plus ou moins tronqué; parfois, cependant, les jambes sont figurées par deux petits moignons. Quelques lignes transversales complètent le décor de ces objets. Un grand nombre d’entre eux sont remarquables, en outre, par l’existence, soit sur le front, soit sur le ventre, d’une ou de deux têtes en relief, ayant sensiblement les mêmes caractères c{ue celle du personnage principal et dont la signification nous échappe absolument.
(^) En unas [partes] en llegando el Indio al coufessor dize oydme los Cerros de al derredor, las llanedas, los Condores que holeijs, los Bulios, y Lechuças, que quiero confessai' mis pecados. Y todo esta dize teniendo una quentecilla del mullu meiida en una espina con dos dedos de la mano derecha, leoantando la espina hazia arriha, dize sus pecados, y en acahando la da al confessor, y el la toma y Idncando la espina en la mania la aprieta hasta que se quiebre la quenta, y mira en quantas partes se quehrô, y si se quehro en très à sido buena la confession, y si se quiebra en dos, no à sido buena la confession, y dize que tome a confessar sus pecados (21, p. 29).
iG'i ETIINOGnAniIIÎ ANCIENNE DE l’éQUAïEUR.
Sur les i4 spécimens que nous connaissons, g sont taillés dans une coquille, c^ue de Rochebrune a reconnu appartenir, pour les deux objets qu’il a pu examiner ('), à Spondylus limhatus Sowerby (358, ii,p. 312), trois sont en os (140, Aiias, pi. iv, fîg. 2,3; 27, pi. xxi, fg. i) et deux en pierre : l’im de ceux-ci est en albâtre (27, pi. xxiv, /??. 2), l’autre, rapporté par de Günzbourg au Musée du Trocadéro et réduit à la tête, est en calcite {pl. XI, fîg. 20).
Treize de ces objets proviennent de la région des Canaris : 2 des haciendas Elvira et Arcadia, près Gualaceo (27, /i. xxi, fig. i,pi. xxiv, fg. 2), i de Naggle, à proximité du même village, i de Faute (Coii. Rivet), i de la région de Canar, i de Pindilic, i de Cbuquipata, i de Taday {pl. XVI, fig. 12, i3, i5, pl. XI, fig. 20), 3 de Cbordeleg {pl. XVI, fig. 16; UQ, Allas, pl. IV, fig. 1, i) et I d’Ona (Xr. n»97oi). Un seul exemplaire, appartenant à la collection Giglioli, est indiqué comme provenant de la province de Manabi (132, p. 223) ; si cette origine est exacte, il y a tout lieu de croire qu’il s’agit d’une pièce importée du baut plateau.
Nous ignorons la signification de ces objets ; leur répartition très limitée, les attributs singuliers cju’ils présentent, permettent de supposer qu’ils se rapportent à quelque superstition locale. C’est sans doute pour cette raison cjue Bamps les désigne sous le nom de conopas. Aucune indication tirée des anciens auteurs ne permet de préciser davantage. Peut-être, cependant, mais c’est là une simple bypotbèse, peut-on établir un rapproebement entre eux et le culte que les anciens Canaris rendaient à la caverne de Curitaqui, dont nous avons signalé la persistance jusqu’à nos jours (p. 33). Ce rapproebement nous est suggéré par le fait que ces figurines représentent un enfant en bas âge et que les sacrifices qu’on faisait à l’entrée de la fameuse grotte étaient précisément des sacrifices d’enfants.
En dehors de l’Equateur, nous n’a^mns trouvé aucun objet analogue à ces figurines.