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PENDELOQUES ET PIÈCES D’ENFILAGE EN COQUILLE

Nous signalerons tout d’abord les quelques pendeloques à'Olioa peruviana recueillies àEl Angel (pays pasto) {pl. XVII, fig. 21, 26). Pour les adapter à leur but ornemental, les indigènes se contentaient de supprimer la partie correspondant à la spire et de pratiquer du côté de l’ouverture une perforation pour le passage du fil.

Le Conus purpurescens, rencontré à Sinincay, près Cuenca [pl. XV II, fig. 18), a été travaillé exactement de cette façon.

A côté de ces pièees, où la eoquille a été eonservée presque entière, on trouve des pendeloques rectangulaires ou trapézoïdales [pl. XVII, fig. 12, 26, 82, 33, 35, 36) ou des plaques allongées percées à chaque extrémité [pl. XVII, fig. Sfi). Ces objets proviennent soit du pays pasto (El Angel), soit du pays canari (Jiron). Nous avons vu qu’ils sont tous taillés dans des coquilles de Mytilus, àl’exeeption d’une plaque d’El Angel [pl. XVII, fig. 26), qui paraît provenir d’une valve de spondyle.

D’autres pièces d’enfilage affectent les formes les plus variées. Ce sont des cylindres plus ou moins longs et gros, percés dans le sens de leur grand axe, des grains affeetant la forme bieonique, que nous avons déjà rencontrée sur des objets similaires en pierre, des disques de taille et d’épaisseur variables, et enfin de toutes

(') Boman signale d’ailleurs la continuation de cet ancien commerce de coquilles chez les Indiens modernes de la puna d’Atacama (47, II, p. 782). .

2Go ETHNOCr.APIllE ANCIENNE DE l’ÉQUATEUR.

petites perles sphériques {pi. XVII, fig. i-ii, i3-i7, ig, 20, 22-24, 3o, 3i). Toutes ces pièces sont taillées dans des coquilles de spondyle, sauf les grands disques de Jiron {pl. XV 1 1, fig. 24), qui sont tirés vraisemblablement d’un et plusieurs

grands cylindres {pl. XV 11, fig. i5) tronvés dans la même localité et au Sigsig, qui correspondent à un fragment du rostre de F asciolaria princeps, dont le canal central a été simplement agrandi.

Ces pièces d’enblage, en particulier celles en forme de disque, sont communes dans beaucoup de localités de la vallée interandine et du littoral : nous en avons recueilli de grandes quantités dans les sépultures de la province du Carchi et du pays canari; c’est de cette dernière région que proviennent également les pièces figurées par Bamps (27, pi. xxii). De Günzbourg en a rapporté un collier complet (taillé dans des coquilles de Spondylus liinhatus) de Los Très Molinos, près Guano (pays puruhâ) (Xr. n» 9704; 358, 11. p. 3i5) ; enfin, Saville signale l’extrême abondance des grains en coquille dans ses fouilles du Cerro Jaboncillo (365, ii, p. 177, pl. Lxvii, fig. 7), et nous avons eu maintes fois l’occasion de signaler l’usage de ces chaquiras chez les anciennes populations de la côte.

En définitive, seuls, les pays des Garas, des Latacungas et des Paltas ne sont pas représentés dans ces séries; ceci tient, sans aucun doute, à l’insulfisance des collections que nous possédons de ces régions.

Sur la côte du Pérou, de semblables pièces d’enfilage sont fréquentes. Ce sont le plus souvent des fragments quadrangulaires ou parallélogrammiques de coquilles de Ranella ventricosa Broderip, de Ranella argus Lamarck, et plus rarement d’un spondyle, ou des disques taillés dans des coquilles de Ceronia donacia Lamarck (358, I, p. 468, 470). Ublc a figuré un pendant et un collier, provenant des fouilles du temple du soleil à Pachacamac, faits en grande partie avec ces rondelles (408, p. 95, fig. 112, Il 3), et de nombreux objets de parure de même ordre ont été recueillis à Ancon (335, III, pl. Lxxix, Lxxx). Des ti’ouvailles semblables ont été faites également en Bolivie, à Tiahuanaco (Xr. n» 7780; 407, i, pi. xx, fig. 57-Go), dans l’île Titicaca (30, pi. xlix), à Asnapujio (CülÊ de Cléqui-Montfort et Sénéchal de la Grange), à Queta dailS la pUlia cle Jujuy, dailS la

vallée de San Francisco, dans la sierra de Santa Barbara (284, p. 19, fig. 14, n» i ( ' )-, 47, ii, p. 625. fig. 129, II» 17, p. 837, 841-S44), dans la sierra de Côrdoba (') (30i, p. 355, fig. gC), en Patagonie, le long du rio Negro et dans le Chubut (420, pi. xiv, fig. 1-5, u) et en pays araucan (247, p. 171).

Récemment enfin, Debenedetti a découvert à Baradero (province de Buenos Aires) des disques taillés dans la coijuille fossile de Corbula {Azara) labiata Gray. Selon lui, c’est la première découverte de ce genre dans la région du rio de La Plata ; mais, au xvii® siècle, les Guayeurus, et, encore à l’heure actuelle, un grand nombre de tribus du Chaco, en partiexdier les Chorotes et les Matacos, font des

(^) La pondeloque ovalaire figurée par Nordenskiold a été taillée dans une coquille de Bulinius [Burus] oblongus. (“) L’ornement discoïde publié par Ouïes rappelle beaucoup par sa forme irotrc disijue de Jiron [pl. W'Il, fig. 24) ; il est taillé daiir une coquille de Bulinius [Bonis) oblongus Millier.

OtiJETS EXTRAITS DES TOMDES PRÉCOLOMDlENNËS DE l’éQUATEUR. 26 1

colliers avec des disques semblables qu’ils estiment beaucoup, tandis que eet usage n’existe pas chez les Chiriguanos [94, p. 409-410).

L’usage de ces grains et pendants de coquille existait également en Colombie, notamment dans la région de Tunja (Xr. n»« 2286-2238, 2240 ('); 358, ii, p. 3i6), ehez les Indiens de Cali (163, iii, 6» oéc., Liv. 3, p. 96) et de la province de Cueva (302, iii, p. i38) et au Vénézuela (') (Xr. n»2i33).

Spinden en a aussi découvert de nombreux échantillons dans l’Etat de Guerrero au Mexique (383, pi. vi) et, suivant M. L. Diguet, de semblables trouvailles ont été faites également dans les États de Durango et d’Aguas Calientes.

Aux États-Unis, enfin, ces grains en cocjuille sont extrêmement abondants dans tout le New-England et dans la Californie, tant continentale qu’insulaire ( * *). Ce sont eux qui constituent l’élément principal des wampums (389, p. 3o4-3o5; 152, p. 1-2, pi. /; 168 bis, p. 238, pl. XXXVIII-XLIV).

Ce rapprochement avec les wampums nous permet de nous rendre compte du rôle exact que devaient jouer les coquilles soit brutes, soit travaillées, parmi les populations sud-américaines. Il semble bien, en effet, que ces wampums n’avaient pas un but purement déeoratif et qu’ils constituaient, de même que les valves qui servaient à les fabriquer, une sorte de monnaie très appréciée, surtout en Californie (389). Cogolludo ('■) [80, p. 181) et Landa (^) (218, p. 128) rapportent le même fait à propos des Indiens du Yucatan. Tout porte à croire cju’il devait en être ainsi ehez les tribus du continent méridional. En effet, Sâmanos et Oviedo, ainsi que nous l’avons rappelé plus haut (p. 258), signalent que, chez les populations côtières, les coquilles étaient l’objet d’un commerce maritime intense, et tous les anciens chroniqueurs insistent, non sans étonnement, sur le prix que les aborigènes équa-

(^) Les exemplaires du Trocadéro sont laits de coquilles de Venus rnuUicostata Sowerby et à' Oliva splendidula Sowerby.

(®) La coquille employée est celle de Venus eostata Erown.

('^) On a trouvé des grains de collier discoïdes dans l’archipel californien (Xr. n“ 9400; 168 bis, pl. XXXIII, fl g. 2), en Californie (319, pl. XII-, 168 bis, pl. XXXIJI, fig. 1G-17), dans la vallée Yakima (380, p. go, fig. 76), chez les Iroquois de la famille Tutelo (154, pl. VII), dans l’ Arizona et le Nouveau-Mexique {IQ% bis, pl. XXXIII, fig. 5, 6), dans le Kentucky (381, pl. XLVIII, fig. 12-16, pl. L, f g. g-iS), dans le Tennessee (168 bis, pl. XXXIII, fig. 1, 4, 9, II, 12, i4; 169, p. 461-462, fig. i36-i38), dans les mounds du Coahoma county (Mississippi) (306, pl. XX], en Géorgie (397, p. 325, fig. 2o4;199, pb WA'), dans le Wisconsin, le Massachusetts, l’Illinois (168 bis, pl. XXXIII, fig. 3, 7, 10), etc.

(*) La moneda de que usaban, era campanillas, y cascaheles de cohre, que tenian el valor, sep,uii la grundeza, y unas eonchas coloradas, que se iraiaii de fuera de esta lierra, de que hazian sarlas al modo de rosarios. Tamhien seroiaii de moneda los granos del cacao, y de eslos usaban mas en sus conlralaciones , y de algunas piedras de oalor, y achuelas de cohre traidas de Nueoa Espaùa, que irocahan por oiras cosas, como en todas partes sucede.

(®) El oflcio en que mas inclinados eslaoan es mercaderia, llcaando sal, ropa y esclavos a lierra de Ulua y Tavasco, Irocandolo todo por cacao y cuenlas de piedra que era su moneda, y con esta solian comprar esclavos O oiras cuenlas con razon que eran finas y buenas, las quales por joyas Irayan sobre si en las feslas los senores. Y lenian oiras hechas de cierlas couchas coloradas por moneda y joyas de sus personus.

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toriens et péruviens attaehaient aux c/?aÿutras. Elles étaient également très appréciées en Colombie ('), en pays araucan (247, p. 171), et nous avons vu que Debenedetti a fait la même observation chez certaines tribus du Chaco. Nous croyons donc que les coquilles et les chaquiras constituaient à l’époque précolombienne une véritable monnaie (-).

En dehors de ce rôle commercial, et sans doute en raison même de leur valeur et de leur rareté, les coquilles marines et les divers objets fabriqués avec elles avaient, chez les anciens Péruviens et vraisemblablement aussi chez les anciens Equatoriens, un rôle religieux. Les indigènes offraient, en effet, à leurs multiples divinités, mais en particulier aux sources, qu’ils disaient filles de la mer, ces coquilles, soit entières, soit moulues ou réduites en morceaux, ou bien encore sous forme de grains de collier ou de petites figurines faites avec une pâte dans laquelle la poudre était incorporée. Parfois aussi, ils mélangeaient cette poudre à la chicha des sacrifices. Le but de ces offrandes variait suivant la couleur de la coquille. Cette coutume était si répandue que, dans les premiers temps de l’occupation, les colons espagnols firent un commerce productif de ces coquilles si recherchées (■’) (79, IV, p. 85; 3, II, p. 45-46; 309 bis, p. i33; 21, p. 26-27). Les graiiis de collier étaient aussi em-

A propos des Indiens de Cali, Ilerrera écrit : Usavcm mucho las cuenlas blancas de chaquiva que en el Pirù fueron estiniadas (163, III, 6” Déc., Liv. 3, p. 96).

(-) Gonzâlez Suarez a émis une hypothèse semblable au sujet de grains faits avec une pâte d’argile, de couleurs et de grosseurs variées, qu’il dit avoir rencontrés en abondance dans les sépultures de chefs de la région des Pastos (El Angel), enfdés sur une corde en fibre de palmier (142, p. 70-7 i, pl. XXXII). Il cite à l’appui de son opinion uns relation datée du février 1 577 [Descripciôn de la proeincia de Quijos y de la cornarca alla del Napo, ms. inédit conservé aux Archives des Indes de Séville), dans laquelle l’auteur, Ortegcn, rapporte que les Indiens Quijos possédaient une monnaie faite de grains d’argile, qu’on enfilait sur une corde, dont une longueur déterminée représentait une unité monétaire appelée caralo. Pour notre part, au cours de nos nomlu'euses fouilles dans la province du Carchi, nous n’avons pas rencontré un seul de ces grains en argile dont fait mention l’historien équatorien et nous nous demandons si celui-ci n’a pas pris la coquille pour une substance argileuse : une telle confusion s’expliquerait facilement, étant donné l’état de décomposition dans lequel se trouvent, à la suite de leur séjour prolongé dans la terre humide, un grand nombre des grains de collier que nous avons recueillis.

(“) Voici les principaux textes où nous est attesté ce rôle religieux des coquilles marines ou inullu :

Malin, es una coucha de la niar gruessa, y todos tisiien pedacillos de estas couchas, y un Indio me diù un pedacillo menor que una uùa, que avia comprado en quotro reales. Y los Indios de la Costa, y aun Espaùoles enian grangeria de estas couchas con los de la Sierra sin reparar para que efeto los compravan, otras uezes hazen unas quentecillas de este inullu, y las ponen a las Huacas (21, p. 26-27).

U sa ban as i mismo estas indios sacrificar couchas delà Mar, especialniente cuando ofrecian à las fuentes, diciendo que era sacrifteio inuy apropôsilo, por ser las juentes liijas de la Mar, que es madré de las aguas; y conforme tenian el color, las ofrecian para di/erentes intentes, unas eeces enteras, otras muy inolidas, otras solamente quebrantadas y partidas, y tarnbién, formadas de sus poh’os y rnasa, algunas figuras.... Ofrecian tarnlién en sus sacrificios madera labrada y olorosa, chaquira, y en suma, de cuantas cosas la Ticrra produce (79, IV, p. 85).

Tambien sacriflcaban ü ofrecian couchas de la mar, que llamaban mollo, y ofrecianlas à las fuentes y mananliales, diciendo, que las couchas eran hifas de la mar, madré de todas las aguas. Tienen diferentes nombres segun la color, y asi siruen â diferentes efectos. U san de estas couchas quasi en todas las mancras de sacrificios; y aun cl dia de hoy echan algunos el mollo molido en la chicha por su persticion (3, II, p. 45-46).

Cogiendo las papas, ô el rnniz, à la quinua, apartando las oeefas, haziendo casa nueva, as ofrecido, o as adorado con ulgiui cordero, agi, sebo, coca, chicha, chaquira, plumas, plata, oro, ropa, con otras cosas? (309 bis, p. i33).

On.II'TS l'ATliAlTS DES TOJIBES l’IlÉCOLOIMBl ENNES DE l’ÉQÜATEUK.

ployés en certaines régions dans les curieuses conlessions en usage chez les Indiens avant rintroduction du christianisme (') (21, p. 29).

Plusieurs objets de notre collection peuvent nous donner des indications sur le procédé que les Indiens employaient pour fabriquer ces grains de collier. Ces objets, dont nous avons déjà eu occasion de parler (p. 221), sont de petites lamelles de coquille, percées d’oribees juxtaposés {pl. XVII, fig. 27-29). Presque toutes ont éclaté, sans doute au moment du forage, en sorte qu’elles réalisent une coupe faite suivant l’axe même des perforations, dont la forme biconique apparaît ainsi très bien. A notre sens, si l’accident ne s’était pas produit, l’ouvrier aurait terminé son travail en découpant la lamelle en autant de fragments qu’elle présente d’orifices, et n’aurait plus eu qu’à procéder au polissage de chacun d’eux. Nous devons signaler toutefois que, chez les Porno de Californie, cette technique n’est pas en usage : à en juger du moins par une photographie publiée par Holmes pi. xxi, fig. b], chaque grain est perforé séparément au drille et poli sur de grosses pierres plates.

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