‹ Ethnographie ancienne de l'EquateurChapitre 93 sur 149 · HACHES · texte numérisé non relu

HACHES

a. Haches simples.

Ges haches, qui correspondent à la hache simple néolithique, ont parfois été désignées sous le nom de ciseaux. Sur certains échantillons, en effet, le talon est écrasé comme s’il avait été soumis à des chocs répétés {pl. XV 1 1 1, fig. i). Ces outils sont plutôt rares. Le premier qui ait été décrit est un exemplaire de Quito, auquel Boussingault consacra une note à l’Académie des Sciences (47 Ms). Bamps en a figuré un exemplaire, sans indication d’origine, qui présente la particularité d’être orné des linéaments de la figure humaine (27, /./. vl, /7g. 3) ; Uhle en a reproduit un de Canar (407, i, /jL vamp, /?». 22) • enhn, nous en possédons trois spécimens, dont un seul provient de la vallée interandine (Cuenca), tandis que les deux autres ont été trouvés dans la province du Guayas, à Punâ vieja (île de Punâ) et à La Maravilla, près Bahahoyo [pl. XV 1 1 1 , fig. i, 2, If). Tantôt les bords latéraux de la hache sont rectilignes et faiblement divergents en allant du talon au tranchant ; tantôt, au contraire, la hache s’élargit rapidement du côté du tranchant, qui, dans ce cas, est le plus souvent semi-circulaire, les bords latéraux ayant une forme nettement concave.

Cette hache est plus fréquente au Pérou. Humboldt en a recueilli une à Vilcabamba, près de Cuzco (iss, p. 117), Baessler en a figuré cinq de la région côtière (23, fig. 10-14), dont une est pourvue de son manche, Hutchinson une de Pachacamac (ise, i, p. 160), Riccardi une de Santa Beatriz, près Lima (342, p. //, fig. 19), Wiener en a rapporté deux des environs de Puno et de Cotahuacho, dans le haut Pérou (Tr, n"» 2o83, 2098), et reproduit une de Cajamarca (434, p. 129), Nordenskiôld, enfin, en a trouvé une à Ollachea (287, pl. Il, fig. 22).

La même forme de hache a été rencontrée également en Bolivie, à Tiahuanaco (407, I, pL A'A'F, /7g. 7), dans l’île Titicaca (30, p/. a'l/, /7g.5), en pays calchaqui (I3,p. >99- 201, fig. 15-17; 364 ftis, p/. /F, /7g.8-ii; 15 67.S, p. 418-420, /?g. 221), au Chili, à San José, près de la rivière Maypu (112, pl. VIII), et à Caldera (221, p. 6).

Du côté du Nord, on la retrouve très fréquemment au Mexique. Dupaix (los, Atlas, 3^ Expédition, pl. Il, fig. Il) Cil a figuré uu exemplaire d’Oaxaca, où un grand nombre de pièces similaires ont été découvertes. Putnam en a reproduit plusieurs de cette localité ainsi que de San Luis Potosi (320, p. i3o, i3i, i33, i34, /?g. 34-37), Penafiel trois de

(^) Dans le Chapitre VI, nous avons été amenés à décrire un certain nombre de pièces de notre série métallique, en nous occupant de pièces similaires en pierre : labrets (p. 209), miroirs (p. 208), crochets ou accessoires de propulseur (p. 201, 2o3), figurines zoomorphes (p. 206) ; nous nous contentons de le rappeler ici.

Arc de méridien équatorial, t. VI, (i).

26G ethnographie ancienne de l’équateur.

Texcoco et d’autres localités mexicaines indéterminées {30S,Lamiims,i,pi.cix,fis-3-5), Lumholtz six du pays tarasque (236, ii, p. 402), Strebel quinze de l’État de Vera-Cruz {39i,u,p. 120, pi. VII, XXVI), Batres trois des États de Guerrero et de Jalisco

{33, pi. XXVI, fg. 1, 3, 7), enfin, le Musée du Trocadéro en possède deux de la vallée de México (n''M8479- 18480).

Aux États-Unis, le même outil a été rencontré dans toute la région orientale, dans le Maine (320, p. 120, /?g. 27), l’État de New-York (385, p. 78, /îg. 20), l’Ohio (384 tis, p. 200; 274, II, p. 166, fig. 573), l’État d’ Indiana (I26, p. 253, fig. 52 b), V Illinois (leo, p. 695, fig. 10, a, d), riowa (173 ter, pi. viii), le Wisconsin (126, p. 253, fig. 52 c, a-, 367 Us, pi. v-, 274, ii, p. 168-170, fg. 575-578, p. 181, /(g.586), le Kentucky (331, p. 61, /îg. 224), le Tennessee (33i, p.6i, /ig. 226; 320,p. i2i-i22,^g.28-29), la Géorgie (199, pi. vi, fg. 2; 257, p. 41, fg. 24) et l’Alabama (265, p. i52-i53, fg. 27-28).

b. Haches perforées.

Comme le type correspondant en pierre, la hache perforée en cuivre semble limitée à l’Équateur. Cet outil s’y présente sous les deux mêmes formes que la hache non perforée, c’est-à-dire que les bords latéraux en sont soit rectilignes, soit concaves {pl. XV 111, fig. 3, 9). Il ne paraît pas rare : Uhle (407, i, pi. xxiv, fg. 23) et Gonzalez Suarez (140, Atias, pi. xxxiv, fg. 3) en ont figuré des spécimens ; le Musée du Trocadéro en possède deux, qui lui ont été rapportés par de Günzbourg (n"‘ 97 19-9720), et notre collection en renferme cinq (‘). Ces haches se répartissent ainsi :

Région des Garas i

Région des Canaris 7

Région des Paltas i

La hache en pierre perforée était beaucoup plus fréquente chez les Caras que dans toute autre région; sa réplique en cuivre semble avoir été plus répandue chez les Canaris, population plus méridionale. C’est là un fait sur lequel nous aurons à revenir à maintes reprises : en Équateur, le cuivre n’a été employé qu’exceptionnellement; sa fréquence augmente très nettement du Nord au Sud, et si du pays des Pastos, où son usage était presque inconnu, on passe au Pérou, où les objets en cuivre abondent, on suit en quelque sorte pas à pas l’évolution des procédés de fabrication des populations précolombiennes du haut plateau.

c. Haches à oreilles.

La hache à oreilles en cuivre est rare en Équateur. Bamps en a figuré deux exemplaires de Chordeleg, dont l’un ne présente que des oreilles très rudimentaires (27, pl. xxxix, fg.3, pl. XL, fg. 2), et Cermâk un de Chuquiribamba (pays des Paltas) (74). Nous n’en possédons qu’un seul spécimen qui provient de Monay (pays des

(^) L’une de ces haches, trouvée à Inga-pirca [pl. XVIII, fig. 9), présente la particularité d’être en cuivre argenté.

OBJETS EXTRAITS DES TOMBES PRÉCOLOMBIENNES DE l’ÉQUATEUR. 267

Canaris) {pl. XV 111, fî g. 5). C’est donc exclusivement dans les deux provinces méridionales de la vallée interandine qu’on rencontre cet outil.

Ail Pérou, il est beaucoup plus fréquent. Le Trocadéro en possède trois échantillons (n" 2, or, 7351,26533), dont deux sont de la région côtière et dont le troisième, du haut Pérou, est un moulage d’un précieux instrument du Musée de Madrid, encore muni de son manche, dont nous donnons la reproduction {fig. 63, b) d’après Boman (47, 1, fig. i5, 6). Ewbank et Herndon et Gibbon en ont figuré deux exemplaires, sans provenance exacte (112, p. i38, /ig. L; i6i 6ts, p- 69, 29), Baessler deux autres de la côte

(Chuquitanta) (23, ^g. 6, 7), Riccardi un de Santa Beatriz, près Lima (342, g. po). Nordenskiôld et Hiram Bingham en ont recueilli plusieurs dans le haut Pérou, à Quiaca et dans la vallée de l’Urubamba (286, p. 92, /?g. 5, c; 287, p/. c, /!g. 5; 62 üs, p. 128, /ïg. i, n»» 1, 2), enfin, Wiener (434, p. 67) a rapporté de Pachacamac un outil, à peu près comparable aux précédents, avec cette seule différence qu’il présente un tout petit orifice près du talon {pl. XV 111, fig. ii). Quatre pièces semblables ont été recueillies à Tocarji et à Asnapujio (Bolivie) par la Mission de Créqui-Montfort et Sénéchal de la Grange. Deux exemplaires de l’île Titicaca (30, pi. xli, fg.e] et de Carabuco figurés par Bandelier et Giglioli rentrent dans le type habituel. La pièce de Carabuco qui est emmanchée, montre que les procédés , employés par les anciens Indiens pour fixer l’outil au manche, n’étaient pas toujours identiques (134, pi. F, fig. a). En effet, alors que la fixation est assurée sur l’échantillon du Musée de Madrid par des cordes se croisant en X sur le manche et les oreilles, ici elle est obtenue par une forte gaine en cuir.

La hache à oreilles est très fréquente dans les vallées diaguites. Ameghino (I8, i, pl. IX, fig. Z21], Moreno (276, p. 21 3), Quiroga (322, p. SoS, /!g. 4), Ambrosetti (13, p. 208,214, 2 15; 15 his, p. 43i, fig. 225), Boman (47, i, /îg. 14, e, p. 223) et Sanchez Diaz (364 6,s, /?g. i-5, 7) en ont décrit de nombreux exemplaires. Le type à perforation, signalé plus haut, se rencontre également dans la même région (13, p. 288, /ig. 54,/). On y trouve aussi une forme un peu plus compliquée, caractérisée par des oreilles doubles (276, p. 2i3; 13, p. 209, /ig. 21; 364 iis, /(g. G), qui a pénétré au Chili, où Ewbank en a découvert, dans la province d’Atacama, un beau spécimen (I12, p. 112, pi. viii), reproduit ensuite par Médina (247, fig. 126).

Au Pérou, la hache à oreilles s’est transformée en arme de parade ou en insigne de commandement; c’est, du moins, ce que permet de supposer une pièce des environs de Lima, figurée par Baessler (23, /ig. 8), dont le talon est orné de deux gravures représentant des félins et de deux oiseaux en relief placés à sa partie postérieure. De même, sur deux exemplaires de Cuzco et des environs de Puno publiés par Herndon et Gibbon (‘) (I6I iw, p. 71, /ig. 33) et par Wiener (434, p. 584), d’un des bords se détache un ornement zoomorphe. En pays diaguite, dans la puna de

(^) Ii’exemplaire figuré par ces auteurs présente un petit orifice près du talon, comme les pièces péruviennes, boliviennes et diaguites signalées plus haut.

ETIINOGIIAPIIIE ANCIEAiSE DE l’ÉQUAïEÜR.

JEijuy et sur la côte chilienne, à Caldera et à Cobija, on a trouvé également des haches à oreilles munies d’un appendice en forme de crochet le long de leur bord supérieur (13, /ig. 54, b-, 228, p. g3, pi. ni, fg. 23-, 221, p. 32-33, fig. 5, 6,.8; 15 bis, p. 43i, fig. 225). Ces tokis pianos, comme les appelle Amhrosetti, se rencontrent conjointement avec les tokis à douilles, dont nous parlerons plus loin (p. 271). Sur l’exemplaire décrit par Lehmann-Nitsche, la hache est fixée au manche par une gaine de cuir, comme sur la pièce de Carabuco mentionnée plus haut.

d. Haches à tranchant semi-circulaire.

a. Haches A tranchant semi-circulaire et a taxon perforé. — Ce type de hache, qui a, lui aussi, son représentant dans la série lithique, semble spécial à l’Equateur. Ces armes sont en général très pesantes ('); leur talon est percé, tantôt d’un seul orifice, tantôt, mais beaucoup plus rarement, de deux trous juxtaposés. Très souA^ent, il existe sur une des faces des dessins en relief représentant des animaux, des figures humaines plus ou moins schématisées, etc. {pi. XV 111, fig. 6,']).

Le nombre de ces haches rencontrées jusqu’à ce jour est déjà fort notable, ce qui tient surtout à la quantité considérable qui en fut découverte dans la sépulture de Huapan, dont nous avons déjà parlé (p. 120, note i). Avec les échantillons de la collection Cousin, de notre collection, des Musées du Trocadéro (') et des Antiquités nationales de Saint-Germain-en-Laye, et ceux qui ont été figurés ou signalés par Baiiips (27, p. xxxvi-xxxix), Dalton (92, p. i5i-i52, fig. ii,m], Gonzalez Suarez (139, /x iv, fig. 1-3; 140, Allas, pi. IX, fig. i-3), Bastiaii [32 bis, ni, pi. VI], Giglioli (132, p. 223), Boman (47, ii, p. 867, fig. 208), Sa ville (365, II, pi. cxiii, fi g. 3, 4), nous avons pu constituer une série qui ne compte pas moins de cinquante-sept échantillons. Ceux dont l’origine précise est connue se répartissent ainsi :

Région des Pui uhaes. 6

Région des Canaris 4 1

Région des Pallas i

Région des Huancavilcas 3

Ile de Pnna (■’) : i

Ce type se trouve donc limité lui aussi aux provinces méridionales de la vallée interandine, d’où il a pénétré dans la partie sud également du littoral, chez les Huancavilcas, avec lesquels, ainsi que nous l’avons vu, les Canaris et les Puruhaes étaient en guerres constantes (p. 54)- Suivant von Buchwald, il serait même assez fréquent dans les tolas du Guayas (6I, p. i55).

Une petite variante de la forme habituelle nous est fournie par un spécimen

C^) Celles de la collection Cousin présent de 20O” à 1766®.

(^) Une des pièces du Musée du Trocadéro, provenant de Guano (n” 97 lo), a été figurée par llaniy (150, pl. I). (•*) Cet exemplaire, très mince, pourrait être aussi rapproché des objets que nous décrivons plus loin (p. 278-274) sous le nom de haches-monnaie.

OBJETS EXTRAITS DES TOMBES PRÉCOLOMBIENNES DE l’ÉQUATEUR. 269

trouvé à Cumbe (pays canari) [pl. XVIII, fig. lo) : son tranchant, au lieu d’être semicirculaire, est plutôt triangulaire et son talon se rétrécit de façon à prendre une forme trapézoïdale, au lieu de la forme rectangulaire qu’il affecte généralement.

La curieuse sépulture de Los Très Molinos, figurée par Hamy [15Q; pi. i] et dont nous donnons iei une nouvelle reproduction [fig. 5o), montre que, si les haches les plus pesantes de ce groupe étaient évidemment des armes, les spécimens plus légers servaient parfois comme pendeloques. L’Indien puruha, dont la tombe a été découverte par de Günzbourg, portait, en effet, un de ees objets suspendu au cou par un anneau de cuivre.

- p. Haches a tranchant semi- circulaire et a oreilles. — Comme les précédentes, ces haches devaient être des armes très redoutables, car il en est qui atteignent un poids considérable. Elles se présentent sous trois formes assez caractérisées. Dans la première {pl. XIX, fig. 2), les oreilles sont rectangulaires et se détachent à angle droit du talon; dans la seeonde {pl. XIX, fig. 10), elles s’effilent à leur extrémité, en sorte que l’ensemhle du talon prend la forme d’une enelume; dans la troisième {pl. XIX, fig. 5) enfin, les oreilles sont très réduites en longueur et le tranchant, au lieu de se terminer en pointe, est limité à chacune de ses extrémités par un véritable bord. Cette dernière forme, dont la minceur est beaucoup plus grande que celle des deux autres, pourrait fort bien être rangée parmi la variété de tumi, que Boman appelle haches à pédoncule central (p. 276) ; elle s’en distingue cependant par l’existence d’oreilles.

Du premier type, nous ne connaissons que deux spécimens; l’un provient de Huintul (pays canari), l’autre, appartenant- à la colleetion Cousin, du Mojanda (pays cara) ; il pèse 4^3^.

Le second type n’est également représenté que par deux pièces, dont l’une, qui nous a été remise par M. Louis Maulme, provient, d’après ses indications, des environs de Guayaquil, et dont l’autre, appartenant à la collection Cousin, porte la mention : province du Chimborazo ou de l’Azuay.

La troisième variété est de beaucoup la plus fréquente. Nous en avons recueilli deux spécimens à Jordan et à Chordeleg (pays canari). Bamps (27, pi. xl, fig. 4) et Bastian (32, pi. v, fig. u) en ont figuré deux autres de la même région (Chordeleg et Canar) ; enfin, la collection Cousin en renferme un cinquième qui provient, soit de la même contrée, soit du pays puruha.

En définitive, sauf une exception, cet outil était, comme les précédents, limité aux provinces méridionales du haut plateau et de la côte. Sa rareté relative s’explique par ce fait que, dans la même zone,]ahaehe à talon perforé semble avoir été préférée par les indigènes. Au Pérou, au contraire, où celle-ci ne paraît pas avoir été en usage, la hache à oreilles est très fréquente. Le Musée du Trocadéro en possède six exemplaires (u''*4i83, 4184, 4290, 12288, 20748, 26534), et Bivero et Tschudi {3U,pi. xxxiv,

270 ETHNOGRAPHIE ANCIENNE DE l’ÉQUATEUR.

fig, 6), Herndonet Gibbon (I6I bu, p. 72-73, fig. 34,36), Squier (387, p. 176), Giglioli (I32,p. 227), Wiener (434, p. 137,584,656) et Baessler (23, fig. 1-4) en ont signalé ou figuré de nombreux spécimens (‘) qui se répartissent à peu près également entre le haut et le bas Pérou.

De cette région, l’arme a pénétré en Bolivie, où on l’a retrouvée à La Paz (132, p. 227), à Chusecani (287, p/. v, fig. 3), et dans les vallées diaguites (provinces de Salta et de Jujuy) (13, p. 235, fg. 52; 364 bis, /?g. 21).

Du haut plateau andin, la hache à oreilles et à tranchant semi-circulaire n’at-elle pas été introduite dans les plaines basses de l’Amazone? La question peut se poser, car Uhle a signalé la trouvaille, à Sâo Paulo (Brésil) (403), d’une pièce absolument semblable à notre seconde variété équatorienne. L’étrangeté de cette découverte a conduit le savant allemand à faire des réserves à son sujet, malgré les affirmations très précises de son correspondant, Krone. Il signale toutefois que, suivant Oviedo (302, IV, p. 556), Orellana trouva aux mains des Indiens des environs de Tabatinga (sans doute des Omaguas) une hache de cuivre de facture péruvienne, et Tschudi (402) fait remarcjuer qu’il est fort possible que, de cette région du haut Amazone, quelquesuns de ces objets soient parvenus jusqu’au Brésil, par le fait des rafles d’indiens que les Portugais y faisaient fréquemment. De toute façon, cet apport n’a pu être que tout à fait exceptionnel, et la découverte de Krone n’a d’autre intérêt que d’en montrer la possibilité.

Tout prouve c[ue le type de haches que nous venons d’étudier a eu son centre de fabrication principal au Pérou, où il est simplement le dérivé d’une forme archaïque en pierre, que nous avons retrouvée en Equateur (p. 162).

e. Haches à douille.

Notre collection renferme deux haches à douille en cuivre (^), provenant de la région de Loja et de Ganchu (environs du Sigsig) {pi. XVIII, /ig. 8).Les deux pièces sont à peu près identiques. Comme forme générale, elles rappellent les haches européennes, mais la douille est ornée d’une ligure humaine; sur l’exemplaire du pays canari, le nez du personnage est très proéminent, fortement aquilin, et les oreilles sont grandes et saillantes. Ce dernier caractère se retrouve sur la hache du pays palta, mais le nez a été aplati par un choc accidentel, en sorte qu’on ne peut juger de sa forme primitive; de plus, la face y est triangulaire et son contour est marqué par un rebord très net.

Des haches à douille de l’époque précolombienne n’ont été rencontrées, hors de l’Equateur, qu’au Pérou et en pays diaguite. Elles diffèrent par quelques détails de nos pièces équatoriennes : du côté opposé à la lame, la douille porte un

(^) Baessler et Giglioli ont signalé des spécimens de ces haches encore munis de leur manche.

(^) Une hache à douille en or faisait partie du trésor de Cuenca (164). Nous la décrivons dans le Chapitre consacré à l’élude des haches cérémonielles (p. 272-273).

OBJETS EXTRAITS DES TOMBES PRÉCOLOMBIENNES DE l’ÉQUATEUR. 27 1

aileron rectangulaire ou trapézoïdal ('), orné de dessins divers; en outre, du bord supérieur de la lame se détache un appendice représentant un animal sur les exemplaires péruviens, affectant la l'orme d’un crochet sur les exemplaires diaguites (*). Le soin particulier apporté à l’ornementation de ces objets et leur rareté relative portent à croire que, comme les tokis pianos, dont nous avons parlé plus haut (p. 268), ces tokis à douille (*) étaient plutôt des insignes de commandement que des armes véritables. Du Pérou, nous ne connaissons que l’exemplaire de Trujillo figuré par Baessler ('*) (23, fig. 9), tandis que le type diaguite est représenté par six spécimens trouvés à Cafayate (276, p. 213), à La Paya (9, p. 123, /ïg. 4; 15 fcjs, p. 43i, /(g. 225), à La Pampa grande (province de Salta), à Belén et à Santa Maria (province de Catamarca) (13, p. 238, fig. 54,c, d, p. 240, figM,c)

/. Haches cérémonielles.

Nous avons déjà eu l’occasion de signaler que la hache de cuivre à tranchant semi-circulaire et à talon perforé pouvait, dans certains cas, être portée en pendeloque, comme le montre l’intéressante pièce de Guano du Musée du Trocadéro [fig. 5o).

Dans ce paragraphe, nous étudierons toute une série d’objets, en forme de haches, dont le caractère cérémoniel est attesté, soit par leur ornementation particulièrement soignée, soit par la disparition de toute surface tranchante, soit par la matière même qui a servi à leur fabrication (“).

Une des haches perforées de notre collection, provenant d’Inga-pirca [pl. XV 1 1 1, fig. 9), présente, ainsi que nous l’avons déjà remarqué (p. 266, note i), la particularité d’être plaquée d’argent. Bien qu’elle ait pu servir comme une arme véritable, le placage, dont elle est recouverte, indique qu’elle devait vraisemblablement appartenir à un chef et constituer un insigne. D’autres pièces de même forme montrent, d’ailleurs, une spécialisation plus marquée dans ce sens.

(’■) Cet aileron correspond sans aucun doute à la partie postérieure de la gaine de cuir qui servait à fixer les haches à oreilles sur leur manche (p. 267-268). En effet, sur les spécimens à ornementation la plus simple, il porte une rangée de boutons métalliques disposés le long de son bord postérieur, qui représente certainement la couture de l’ancienne gaine de cuir (13, p. 240-241, /îg. 56, a). La double couture primitive est reproduite d’une façon encore moins stylisée sur la hache péruvienne figurée par Baessler (23^ fig. 9).

(^) C’est exactement l’ornement qu’on retrouve sur les haches à oreilles des mêmes régions, devenues également des insignes (p. 267-268).

{*) Bien que, avec Boman, nous trouvions que l’application faite par Ambrosetti à un objet diaguite d’un nom emprunté à l’idiome araucan n’est pas heureuse, nous employons, à défaut d’autre, cette appellation de toki, qui a le mérite d’être courte et commode.

{'*) Oviedo en a figuré également un exemplaire qui rappelle presque exactement la hache européenne et ne présente pas d’ornement zoomorphe (302, IV, pl. V, fig. 3).

(®) Les pièces qu’ Ambrosetti décrit sous le nom de sceptres de commandement sont évidemment dérivées de ces tokis (8, XIX, p. 76-77; 13, p. 248-249).

(®) Oviedo écrit, en effet, à, propos des armes péruviennes : Algunas destas hachas é porras hay de oro é plata que traen los principales (302, IV, p. 177).

272 ETHNOGRAPHIE ANCIENNE DE l’ÉQUATEUR.

Nous avons recueilli à Cumbe (pays canari) une petite hache en cuivre dont le talon est percé, près de son bord postérieur, de deux orifices, et dont les côtés sont fortement concaves par suite de l’élargissement de la lame au niveau du tranchant. Sur chacune de ses faces, cet objet est orné d’une grecque fortement empreinte dans le métal [pi. XIX, fig. 7). A San Bartolomé (pays canari), nous avons trouvé une pièce, similaire par sa forme générale, formée d’nne plaque de cuivre doré (') d’une épaisseur uniforme de à percée de six orifices, dont un seul est

circulaire, les cinq autres ayant des contours plus ou moins anguleux. A peine peuton lui appliquer le nom de hache, car il n’existe aucun tranchant {pl. XIX, fig. 8).

Les deux variétés équatoriennes de haches à tranchant semi-circnlaire sont représentées dans ce groupe. Le trésor de Cuenca en renfermait, en effet, cinq échantillons en or, dont le talon était soit percé d’un trou, soit muni d’une sorte de queue d’aronde (164, p. 121). De toutes ces pièces, seule la haehe à oreilles a éehappé au creuset et appartient aetuellement au Musée d’Ethnographie du Troeadéro (n» 21189). Comme le eroit Heuzey, il est eertain que eette hache a été coulée et que les ornements à jour qu’elle porte ont été produits par un moule. Ces ornements sont constitués par trois petits trous cireulaires, plaeés en ligne vertieale suivant l’axe du talon, et par quatre orifices crueiformes. En outre, il existe un dessin gravé formé de carrés plus ou moins réguliers, et, à l’union du talon et de la partie élargie semi-eirculaire, une bande transversale décorée de lignes en zigzag. La partie correspondant au tranchant est tout à fait mousse [pl. XXV, fig. 8). Les haches à talon perforé ont été fabriquées exactement par le même procédé et présentent une décoration absolument comparable, ainsi qu’on pourra en juger par les photographies que nous donnons de trois d’entre elles [pl. XXI II, fig. fi, 5, 9).

Une hache à oreilles de même forme, mais en enivre, a été trouvée dans la province de l’Imbabura (pays cara) [U2, pi. xxxvi, fig. ti). Le talon est entièrement ajouré par une série de trous carrés disposés avec une grande symétrie, et, le long de son bord postérieur, trois ouvertures reetangulaires paraissent avoir servi à l’emnianehure [fig. 62).

La hache à douille a subi, elle aussi, la même transformation en haehe de parade. Il en existait un fort beau spécimen dans le trésor de Cuenca, dont Heuzey a donné un dessin (^) et dont nous reproduisons la photographie [pl. XXIII, fig. 10). Voici la description qu’en a faite Heuzey ; « Cette hache est munie, eomme nos haches modernes, d’une douille cylindrique dans laquelle pénétrait le manehe; cet anneau est lui-même armé de cinq pointes, qni rappellent certains casse-tête en forme d’étoile... Le tranchant, découpé à jour, est garni de deux ailerons dentelés, où l’on voit se répéter certains traits bizarres, que l’on prendrait pour des

{^) Le placage a disparu par endroits et, dans ces points, il s’est produit une forte oxydation du cuivre. Nous reviendrons plus loin en détail sur cette intéressante question des métaux plaqués en Amérique.

(^) Cette figure a été reproduite par Gonzalez Suarez (139, pl. II, fig. 3; 140, Atlas, pl. IX, fig. 4). ■

OÜ.IETS EXTRAITS DES TOMBES PRÉCOLOMBIENNES DE i/ÉOUATEER. 2^3

caractères d’écriture. On y reconnaît le profd de la tête du jaguar, dessiné en manière d’hiéroglyphe et tourné vers le manche de la hache (164, p. 121-122). » Heuzey identifie cette pièce avec l’insigne de l’Inca, appelé tupayauri. Garcilasso rapporte, en effet, qu’une des armes qu’on remettait au prince héritier, après lui avoir fait subir les diverses épreuves qui le sacraient guerrier, était précisément « une hache d’armes, dont le fer estoit d’un costé comme celuy d’un large Cousteau, et de l’autre en pointe de diamant, et ressembloit à peu près à une pertuisane (') » (129, ii, p. 773).

Fig. 62. — Hache en cuivre, Province d'Inibal)nra (3 ), d’après Gonzalez Suarez ( 142, pC A'A'A' V/, /(g. 'j).

Ainsi, tous les types de haches que nous avons étudiés sont devenus, à un moment donné, des insignes de commandement ou des armes de parade. Nous avons déjà eu l’occasion de signaler la même transformation au Pérou et en pays diaguite (p. 267- 268, 270-271); nous n’y reviendrons pas ici. Remarquons simplement que toutes les haches cérémonielles équatoriennes en métal proviennent, à une exception près, de la province des Canaris, c’est-à-dirc de la partie méridionale delà vallée interandine.

g. Haches-monnaie.

Torquemada (-) (400, 11, p. 5Go) et Clavigero (■') (78, ii, p. iGG) rapportent que les Mexi-

('') Garcilasso ne donne pas le nom de cet insigne, mais Molina spécilie cju’il s’appelait lajia-yau) i (251, p. p],

(^) Eli olras [partes] usabaii mucho de unas Monedas de Cabre, casi de bechura de Tau T. de anchor de très, 6 quatro dedos, y era planchuela delgadu, unas mas, y olras menas, dande havia mucho Oro.

(^) La quarta spezie di moneta, che pià .s' accostaaa alla moneta coniata, era di certe pezze di rame in forma di T.

Arc de méridien équatorial, t. VI, (i).

274 ETlhNOGUAPIlIE ANCIENNE DE l’ÉQUATELTx.

cains usaient comme monnaie de minces plaques de cuivre, larges de trois à quatre doigts, en forme de T. De son côté, Cogolludo, dans un texte que nous avons déjà cité (p. 261, note 4), signale que les habitants du Yucatan employaient dans leurs échanges de petites hachettes de même métal, venues de la Nouvelle- Espagne (')• Aussi, lorsqu’on découvrit, dans l’Etat d’Oaxaca et, ensuite, dans un grand nombre de régions mexicaines, de nombreux objets de euivre en forme de haches ou de tumi (p. 276), présentant sur tout leur pourtour, sauf vers le tranehant, un léger rebord, et trop minces pour avoir servi d’instruments {pl. XIX, fig. 9), on fut porté tout naturellement à les identifier avec les objets décrits par les anciens écrivains, hypothèse que légitime la découverte, faite par Médina, d’un dessin, exécuté en 1 548, représentant une de ces monnaies mexicaines (246 i/s, p. 562-563).

Des haches-monnaie semblables, sinon identiques, ont été découvertes au eours des fouilles pratiquées sous la grande pierre sculptée de l’île de Punâ, que nous avons décrite plus haut (p. 232) ; elles sont au nombre de huit. Leur forme générale [pl. XIX, fig. Il) rappelle celle des haches simples de cuivre, à tranchant un peu élargi, mais leur contour est beaucoup plus anguleux. Les huit spécimens sont très semblables entre eux et ne se distinguent les uns des autres que par de légères différences dans leurs dimensions, qui Avarient, pour la plus grande largeur, de 65”^”^ à 76mm pour la hauteur (mesurée du milieu du talon au milieu de la partie semicirculaire), de 68“™ à 80™“. Le caractère le plus frappant de ces objets est leur extrême minceur : leur épaisseur ne dépasse pas Sur leur pourtour, ils pré-

sentent, comme les pièces mexieaines, un rebord étroit, de 2”^”^ d’épaisseur, aussi accusé sur les deux faces. Ce rebord ne disparaît cju’au niveau de la partie semicirculaire C{ui correspond au tranchant, mais qui est absolument mousse, en sorte que toute assimilation de ces objets aux tujni, que nous allons déerire, doit être absolument écartée. Enfin, sur les deux faces, on note des stries profondément gravées, très nettement orientées parallèlement aux bords. Deux objets analogues, quoique beaucoup plus épais (6™™), ont été rencontrés par Saville dans la province de Manabi (365, 1, pi. xlii, fig. 1, ii, p. 176). 11 semble donc bien que ces haches-monnaie étaient répandues le long de la région côtière. A notre sens, elles sont une nouvelle preuve des relations commerciales qui existaient entre l’Equateur et le Centre- Amérique.

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