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TUMI

Nous désignons sous Je nom de tumi les petits tranchets à manche qu’on rencontre fréquemment au Pérou.

Chez les Chibschas, il exis'^ait également une monnaie mélalliqae, qui couxislait en de petits disques d’or (341, p. 12G-127).

Oü.TETS EXÏI'.AITS DES TOMDES PRÉCOI.OMr.lENNES DE l’ÉQUATEUIï . 273

Cet instrument présente, en Équateur, plusieurs variétés : le tranehant est semicirculaire [pl. XX, fig. I, 7, II, i3), ou rectiligne [pl. XX, fig. 5, 6); le manche, tantôt arrondi, tantôt aplati comme la lame elle-même, peut être percé d’un orifice à son extrémité ou orné d’une figurine représentant soit un animal, soit un personnage humain [pl. XX, fig. i, 5-7, ii, i3). Ces diverses formes se retrouvent d’ailleurs toutes au Pérou et en Bolivie [pl. XX, fig. 3, 8, 9, 12).

Des sept spécimens connus de l’Équateur, cinq proviennent du pays canari (27, p/. -VL, ^g. 5; Coll. Rivet), uu clc la région des Paltas (Caricân) et le dernier de l’île de Punâ (Punâ vieja), c’est-à-dire des provinees les plus méridionales. C’est la répartition cjue nous avons déjà rencontrée pour un grand nombre d’autres outils en cuivre, qui deviennent encore plus fréquents au Pérou,

Le Pérou est, en réalité, la terre classicjue du tumi. Rivero etTschudi (344, pi. xxxiv, fig. 5), Blake (43, p. 289, fig. 12, i3), Ewbank (ii2,p. i38, fig.i), Wiener (434, p. 157, 583-584), Squier (385, p. 182; 387, p. 176), Hutchinson (I86, i, p. 160), Riccardi (342, pi. //, fig. 21), Giglioli (132, p. 228; 134, pi.F,fig.c), Baessler (23, p/. y-y/i), Nordenskiold (287, p/. //, /?g. 8, 16-18) en ont signalé ou figuré de très nombreux specimens. Le Musée du Trocadéro en possède une importante série due à Pinart, Angrand, Quesnel, Wiener, et le Musée des Antiquités nationales de Saint-Germain, deux exemplaires (u“ 17080).

De l’examen de toutes ces pièces, il résulte que c’est au Pérou c{u’on rencontre les formes les plus évoluées et que l’ouvrier a cherché à donner au tumi les aspects les plus artistiques, en même temps que les plus variés. Certains ont le manche damasquiné (Tr. n- 2091), d’autres portent à l’extrémité de celui-ci des ornements représentant de véritables scènes (lutte de deux individus : Xr. n» 5o65), des anneaux de cuivre mobiles (Xr. n» 2089) ou des grelots (23, /îg. 5i). Sur un exemplaire, le manche, dans son ensemble, figure un crocodile admirablement rendu (23, fig. 44). Parfois, l’outil a été adapté à divers usages ; c’est ainsi que, sur une pièce de Chuquitanta, le manche se termine par un poinçon (23, /ïg. 49). Enfin, certains tumi de taille réduite ont été fabricjués soit en argent, soit en or (23, fig. 55-59). Ce polymorphisme prête aux mêmes observations que celles que nous ferons à propos des casse-tête en cuivre (p. 281).

Comme ceux-ci, les tumi ne se répartissent pas également dans tout le Pérou, et c’est dans la région côtière qu’on les rencontre avec le plus de fréquence. Sur une série de 58 échantillons de provenance certaine, 48 ont été trouvés dans des localités du littoral et 10 seulement dans le haut plateau, où ils sont exclusivement en cuivre.

Ainsi qu’on peut le constater pour tous les objets d’origine nettement péruvienne, le tumi a pénétré partout où les Incas ont étendu leur domination. En Bolivie, il a été retrouvé dans l’île Titicaca {30, pi. xli, fig. 7) et fréquemment à Tiahuanaco [pl. XX, fig. 3, 8, 9; 3iSbis,p. io3,fig.3i-, 221, p. 12, fig. 2). Dans les vallées diaguites, il est au moins aussi commun, à en juger par les séries importantes décrites par Ambrosetti (9, p. 127, fig. 8; 13, p. 2o5, fig. 19; 15, p. 99; 15 bis, p. 4i9-420, fig. 221), Boman (47, i, fig. 14, f-h) et Latcham (221, p. 12,

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fig. 3). On le retrouve à l’Est jusque clans la cpiebrada de Humahuaca (93, p. 225, fig. 172). Au Chili, il est loin également d’être exceptionnel : Ewbank (I12, pi. viii) en a figuré un bel exemplaire de San José (rivière Maypû), reproduit par Médina (247, /,». 134), dont le manche est terminé par une patte d’oiseau, et Latcham en a représenté deux autres provenant de Paposo et de Caldera (221, p. 12, f, g. i, p. i3, /îg. 4).

En dehors de ces pays, cjui, à des degrés divers, ont subi rinlluence péruvienne, on ne rencontre un outil analogue cju’an Mexicjue et chez les Escjuimaux.

Le type mexicain, néanmoins, a le manche plus large cjuc les timii de rAméric[ue méridionale à manche aplati et pourrait aussi bien, sous ce rapport, être comparé à notre troisième variété de hache à tranchant semi-circulaire et à oreilles; toutefois, ainsi que nous l’avons dit à propos de ces armes (p. 26g), il s’en distingue par l’absence de toute oreille. Dupaix en a représenté un exemplaire d’Antec{uerra (105, Allas, 2‘ Expédition, pi. xxvi, f g. et eii a vu un autre, monté sur manche, dans la mam d un Saint Isidore d nne eghse du pays (105, Examen des phnehes de ta 2® Expédition, p. 5r). Il ajoute c[ue ces objets sont extrêmement communs aux environs d’Oaxaca. Elfectivcment, le Trocadéro en possède une belle série de cette localité. D’autre part, Putnam (320, p. 137, iSg, fig. 38, 39 321, p. 244-246, fg. 6-8), Penafiel (308, lü minas, I, pi. CIX, fig. i), Seler (373, iq p. 366, /(g. 1 1 q et Batres (33, />/. x.w/, /;g. 8) en ont figuré des exemplaires de même provenance, de Teotitlan del Valle, de Yaiitepec et de Mexico.

Quant aux ulus esquimaux, s’ils ne réalisent pas tous la forme classique du tumi, du moins un certain nombre présentent avec lui des analogies indéniables (325, ii, p. 74o; 244, pl. LIV,fig. i; 44, p. 5i8, fig. 46i).

Il s’en faut qu’on soit d’accord sur le nom et sur l’usage de ces instruments en Amérique du Sud. Wiener les appelle chatnpi ou tulpo (434, p. 167, 583), Ambrosetti tumi (13, p. 2o3), dénomination que nous avons acceptée, parce qu’elle paraît avoir prévalu en archéologie américaine. Boman (47, i, p. 226-280), qui a fait la critique de ces diverses appellations, dont aucune ne lui semble satisfaisante, propose d’établir une division parmi ces objets et d’appeler haches à pédoncule central ceux dont le manche est mince et simple, et tranchets à manche centred ceux dont le manche est épais, cylindrique et se termine par un bouton ou des figurines, etc. Cette distinction correspondrait à deux modes d’emploi différents. Selon lui, en effet, les tranchets se maniaient directement à la main, de la même façon que le niu esquimau, tandis que la hache à pédoncule central était fixée à l’extrémité d’un bâton, comme le montre la remarquable pièce emmanchée provenant de Chiclayo décrite par Giglioli (134, pi. F, fig. c). Boman (47, 1, p. 227, fig. i5, o), à qui nous en empruntons le dessin {fig. 63, a), considère que c’est là le mode d’utilisation normal de cette variété et rejette la reconstitution tentée par Ambrosetti, d’après laquelle le manche du tumi aurait été entouré d’une gaine de bois pour en rendre plus facile le maniement (13, p. 205, /ïg. 19, «). Une pièce d’Ancon appartenant au Musée des Antiquités nationales de Saint-Germain (n» 170S0), dont nous donnons la reproduction [fig. 64), confirme

OD.ir/rS FATUAITS OES TOMlîES PRÉCOEOMniENNES RE l’ÉQUATEUR. 1']']

cependant l’hypothèse du savant argentin. C’est un ïumi, en tous points comparable à celui que nous avons représenté planche XX, figure 7, dont le niahche, de

Eig. G.'E — a, Tumi emrnanclié de Cliiclayo, d’après Giglioli (134, li. F, /ïg. c) ; b, llaclie à oreilles enirnàncliée,

du haut Pérou ( Tr. n" 26533) (').

faible longueur, est fiché dans une tige de bois cylindrique; une ligature consolide l’assemblage. D’autres fois, dans le même but de protéger la main de l’ouvrier et de rendre l’instrument plus maniable, on entourait le manche métallique d’un groa cordon en spires serrées, ainsi que le montre l’intéressant tumi de Chancay, figuré par Baessler (23, fig. 38).

(^) Ce cliché, qui est extrait du bel ouvrage de Boman sur l’archéologie diaguite (47, I,^g. i5, a) a été obligeamment mis à notre disposition par M. de Créqui-Montfort.

278 ETHNOGRAPHIE ANCIENNE DE l’ÉQUATEÜR.

Contrairement à l’opinion de Boman, nous croyons que ce système d’emmanchure devait être couramment usité, car il donne un outil bien en main. De ce fait, la distinction entre le tranchet à manche central et la hache à pédoncule central, proposée par cet auteur, disparaît, puisque leur mode d’emploi devient identique dans la plupart des cas. Que parfois le tumi ait été placé à l’extrémité d’un bâton.

Fig. 64. — Tumi cl’Aücon (S'-G. n“ 17080).

nous ne le contestons certes pas, la pièce de Chiclayo de la collection Giglioli en fournissant la preuve indiscutable, mais nous sommes convaincus que ce mode de fixation devait être tout à fait exceptionnel. Ainsi placé et maintenu, le tumi ne pouvait, en effet, constituer ni une arme ni un outil pratiquement utilisable et devait être un simple insigne de commandement, usage qui ne suffirait évidemment pas à expliquer la grande fréquence de ces objets au Pérou et dans les pays adjacents.

Quant aux autres usages qu’on a cru pouvoir attribuer au tumi, nous ne ferons que les signaler, car il s’agit là de simples vues de l’esprit ou d’un mode d’emploi tout à fait occasionnel. C’est ainsi que Dupaix ayant vu, comme nous l’avons dit, un de ces instruments emmanché dans la main de Saint Isidore, patron des laboureurs, en conclut qu’il devait servir comme outil agricole; c’est ainsi également que Wiener dit que le champi était utilisé par les cuisiniers pour masser la pâte de maïs (434, p. 157).

OBJETS EXTRAITS DES TOMBES PRÉCOLOMBIENNES DE l’ÉQUATEUR.

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