CASSE-TÊTE ÉTOILÉ
Le casse-tête étoilé en cuivre, dérivé du casse-tête en pierre, est beaucoup moins fréquent que celui-ci en Équateur [pl. XIX, fig. 3). Nous n’avons pu, en effet, en réunir que huit exemplaires, qui se répartissent ainsi :
Région des Caras.
Mojanda (Coll. Cousin) 3
Région de Quito (140, Atlas, pl. XXXIV, fig. i) [
Total
Région des Canaris.
Azôgues
Région de Cuenca
Cuenea (432, p. 277'
Région des Huancavilcas .
Guayas (365, II, pl. CXIII, fig. •2' 1
Ces pièces sont toutes à six branches, mais sur deux d’entre elles, provenant du Mojanda et de la province du Guayas, un des rayons est remplacé par une petite hachette.
A côté de ces formes usuelles, nous rangeons deux pièces anormales, vraisemblablement des armes de parade ou des insignes de commandement dérivés du cassetête, provenant toutes deux de Cojitambo (pays canari). Ces objets {pl. XIX, fig. [\, 6) ont l’un et l’autre la forme d’une roue ajourée munie en son centre d’une douille qui ne fait saillie que d’un côté. Sur l’un d’eux, le pourtour est dentelé et la douille percée de deux orifices se faisant face, sans doute destinés au passage d’une goupille pour fixer solidement le manche. Il est possible que ces objets soient d’importation péruvienne, car nous savons que les Incas avaient un établissement important au point même où ils furent trouvés et nous allons voir qu’au Pérou, le casse-tête était devenu dans bien des cas un insigne.
Dans ce pays, le casse-tête étoilé en cuivre se rencontre presque aussi fréquemment que le casse-tête en pierre {pl. XIX, fig. i); c’est là une nouvelle preuve que l’art métallurgique y était beaucoup plus développé qu’en Équateur. En outre, l’outil est bien plus répandu le long du littoral que sur le haut plateau ; en effet, sur les 26 exemplaires dont nous connaissons la provenance exacte, 19 ont été trouvés dans la région côtière et 6 seulement dans la Cordillère ; en voici la répartition ;
ETlINOGr.AIMIII': ANCIENNE DE l’ÉQUATEUIî.
Régio/i côtière.
Viril (132, p. 23 1 ; 23, fig. 633, 535) 3
Chuquilanla (23, fig. 624, 625,526,529, 53o) 5
Chiinu (387, p. 177; 132, p. 23i) 2
Pachacamac (23, fig. 534! 1
Ancon (132, p. 280; 320, p. i44'i4^) fis- 42"43; Tr. 11““ 2110, 4291, à
Su pe (Tr. 11“ 2 1 1 1 ) I
Trujillo (23, fig. 532) ; . 1
Environs de Lima (23, fig. 536, i
Haut filai eau.
Cuzco (132, p. 281 ; 23, fig. 53i ; 112, p. i38, fig. M, N, p. ijo) 5
Vilcasluiaman (Tr. n° 20919) 1
L’iiimieiise majorité des pièces péruviennes présente six rayons; toutelois, Baessler en a figuré deux des environs de Lima et de Virù, qui en ont cinq seulement et une autre de Virù, qui en présente huit (23, /l' g. 533, 535, 536). D’ailleurs, le polymorphisme de ces armes au Pérou est des plus remarquahles ; sur trois échantillons, dont deux viennent de Cuzco et le troisième ne porte d’indication précise d’origine, une des branches est remplacée par une hachette (Ti. lo 20920; 132, p. 280; 112, p. i38, /?g. 17) ; trois autres, dont un provient de la côte, ont leurs rayons ornés de têtes humaines regardant alternativement en haut et en bas (132, p. 231; 320, p. 146i47, /?g. 44); sur un spécimen de Chuqnitanta (23, /ig. 529), une des pointes est remplacée par une tête de puma; sept casse-tête trouvés à Ancon (Ti. n° 4291), dans les environs de Lima, à Pachacamac, à Virù (23, /ig. 534-536), à Supe (Ti. n» 2111), au Chimu (387, i>. 177) sont munis d’une véritable douille; d’autres fois, les pointes, au lieu d’être coniques, sont aplaties transversalement et presque tranchantes ; cette disposition s’observe sur certaines pièces de Chuquitanta (23, /ig. 524, 629, 53o) ou du Chimu (387, p. 177; 132, p. 281). Dans la même région côtière, à Supe et à Virù, les rayons sont quelquefois creux et leur cavité communique avec l’intérieur de la douille (Tr. n» 2ni; 23, /ig. 533) ('). Notons encore, qu’au Pérou, on a rencontré parfois des casse-tête en argent ou en or, qui, évidemment, devaient servir plutôt d’insignes de commandement que d’armes, comme le prouve le texte d’Oviedo que nous avons cité plus haut (p. 271, note 6); ces trouvailles ont été faites surtout dans la région côtière, à Marquez (23, /ig. 528), à Pachacamac et dans les environs de Paramonga, mais aussi à Cuzco, sur le haut plateau (434, p. 686). Le casse-tête peut même perdre complètement toute utilité pratique et devenir un simple ornement; c’est ce que montre un exemplaire en argent à cinq branches recueilli à Chuquitanta et dont les dimensions sont si réduites qu’il n’a pu servir que de pendeloque (23, //g. 537).
(^) Sur l’échantillon de Vhrû, la cavité des rayons était remplie par un mélange de pierres et d’argile.
OBJETS EXTRAITS DES TOMBES PRÉCOLOMBIENNES DE l’ÉQUATEUR. 2S1
Nous avons insisté à dessein, comme nous l’avons déjà fait à propos du twni, sur le polymorphisme extrême que présente le casse-tête étoilé au Pérou, en particulier dans la région côtière, car il est, selon nous, la preuve que cette arme était à la fois très répandue et très ancienne dans la région; par suite de cette diffusion, elle s’était écartée peu à peu de la forme primitive, traditionnelle, dont les cassetête en pierre nous ont gardé le type, pour se modifier, pour se perfectionner, devenir une simple arme de parade ou même le modèle de certains bijoux. Nous avons signalé un effort semblable, quoique de résultats plus limités en raison même de la matière employée, en étudiant les casse-tête lithiques de l’Équateur (p. 176). C’est là une des nombreuses preuves que les aborigènes équatoriens étaient avant tout des tailleurs de pierre, tandis que leurs voisins immédiats du Sud utilisaient surtout, pour fabriquer les mêmes objets, les métaux et, en particulier, le cuivre.
Partout où les Péruviens ont étendu leur domination, on retrouve le casse-tête de cuivre : on l’a rencontré en Bolivie, à Tiahuanaco (132, p. 23o ; 318 bis, p. lOi, /îg. 3o, k ; Coll, de Créqui-Montfort et Sénéchal de la Grange: n° 1268) Ct dailS 1 llc XltlCaCa (30, pl. XXX, jlg. 4), Cil
pays calchaqui, à Molinos (13, p. 234, /ig. 5i), au Chili, à Copiapô (247, p. 372, /? g. 133). Mais ces pièces de pénétration rentrent toutes dans le type normal ou du moins (car l’exemplaire du Titicaca a une de ses pointes remplacée par une hachette) restent des armes ayant un but pratique et jamais un rôle de parade.
Comme nous avons traité la question de l’usage de ces objets en parlant des disques étoilés en pierre, nous n’y reviendrons pas ici. Il est probable toutefois que le disque de cuivre, instrument beaucoup plus spécialisé que le disque de pierre, devait surtout servir comme arme, et c’est pourquoi nous l’avons sans cesse désigné sous le nom de casse-tête; d’ailleurs, un grand nombre de spécimens ont été trouvés emmanchés ('). Comme il ressort nettement de la description de la série péruvienne, l’arme est devenue parfois un insigne de commandement, par une transformation naturelle dont on trouve maints exemples, même chez les peuples modernes.