‹ Ethnographie ancienne de l'EquateurChapitre 97 sur 149 · CLEF CÉPHALOMORPHE · texte numérisé non relu

CLEF CÉPHALOMORPHE

Bamps a publié (27, pi. xl, fig. 0 un curieux objet en bronze provenant d’Azôgues, dont nous donnons ici la reproduction (p/. XXI II, fig. 3), d’après une photographie que nous devons à l’obligeance de M. A. de Loë, conservateur des Musées royaux du Cinquantenaire, à Bruxelles. Nous avons également reçu par son entremise, pour le Musée d’ Ethnographie du Trocadéro, un fort beau moulage polychromé de cette pièce. Cet outil, d’usage inconnu, a la forme d’une clef simple et mesure de

haut sur 8<‘'“ de large; le seul ornement qu’il porte est une double crête transversale sur une seule de ses faces, au point d’union de la tête et du manche. Son épaisseur moyenne est de gi”™ environ.

L’intérêt de cet objet réside tout entier dans le rapprochement qu’on peut établir entre lui et certaines pièces en pierre qu’on a découvertes, aA^ec une certaine fréquence.

(^) Des pointes de lance en cuivre d’un modèle un peu difïérent, mais qui ne sont pas cependant sans analogie avec notre objet et ses similaires péruviens, se rencontrent toutefois danj diverses autres régions des Etats- Unis i274. II, p. 198214).

OB.IEÏS EXTRAITS DES TOWIîES mÈCOLOIVlBIENAES DE l’ÉQUATEUR.

dans les régions méridionales de l’Amérique du Sud. Ces clefs céphcdomorphes, comme les ont appelées les ethnographes argentins et chiliens, ont été rencontrées surtout au Chili, d’où nous connaissons neuf échantillons figurés par Giglioli (133, p. 444 /ig. 2), Médina (247, p. 363, f g. io3) et Latcham (220). De ce pays, elles ont pénétré dans les régions adjacentes de la République Argentine, où l’on en a trouvé quelques spécimens dans le sud de Mendoza (12, p. 26, fig. p, dans le territoire de Neuquén et dans la région de convergence de ce territoire et des provinces du Rio Negro, de la Pampa et de Mendoza (229, p. i55, fg. 4, p. i58, pi. ix, n° 4).

Comme, jusqu’ici, on n’a pas signalé de semblables trouvailles au Pérou, l’existence en Equateur d’un objet évidemment inspiré d’un modèle chilien paraît à première vue inexplicable. Toutefois, un fait historique, qui nous est signalé par Montesinos, fournit, croyons-nous, le mot de cette petite énigme archéologique. Le chronicjueur rapporte, en effet, qu’après avoir soumis les Paltas, Huira-Cocha, redoutant une vive résistance de la part des Caùaris, décida de renforcer sa troupe en faisant appel à des auxiliaires chiliens et chiriguanos. Les Canaris ayant accueilli entre temps de plein gré la domination péruvienne, cette armée se concentra à Tomebamba, où l’Inca était venu s’installer, et y demeura une année (252, p. 139-140). La présence de l’objet que nous venons de décrire s’explique donc aisément par ce séjour prolongé de soldats chiliens en pays canari. Elle constitue une preuve archéologique intéressante d’un événement historique et, par cela même, méritait d’être signalée. De plus, le fait que cet objet fut exécuté par des soldats permet de supposer qu’il avait une signification militaire et représentait vraisemblablement, comme l’ont déjà suggéré les ethnographes sud-américains, un insigne de commandement.

Page 1