AIGUILLES
On rencontre en Équateur deux variétés d’aiguilles. La première, qui est représentée dans notre collection par 12 exemplaires en cuivre provenant tous d’Ingapirca {pl. XXI, fig. 17), a la forme d’une grosse aiguille à tricoter, pointue à chaque extrémité.
Des objets semblables ont été fréquemment trouvés dans les boîtes à ouvrage des sépultures du littoral péruvien, mais ils sont toujours en bois. Du moins, nous n’en avons trouvé signalé aucun en métal dans la littérature ( ' ) et n’avons pas été plus heureux dans nos recherches au Musée du Trocadéro. Comme pièces comparables, nous devons signaler certains objets recueillis en pays diaguite (13, p. 190-191, /ig. 7; 15 6is,p. 4i4-4i6, /îg. 219, p. 43i, //'g. 225) et en Américjue du Nord, dans le Wisconsin, le Tennessee et la Virginie occidentale (397, p. 76, fg. 34, p. 352, fg. 231, p. 42G, fg. 299).
('-) Toutefois, Holmes dit, d’une façon générale, que les ustensiles de coulure des Péruviens, le plus souvent en bois, sont parfois aussi en cuivre ou en os (173 bis, p. 7).
ETIINOGRArilIE ANCIEiNNE DE l’ÉQUATEER.
La seconde forme d’aiguille équatorienne est l’aiguille à chas. Jusqu’ici, le seul exemplaire qui en ait été publié est celui qu’a figuré Banips, sans indication de provenance {21 ,pi. XXVI, fg.3). Nous en avons récolté, au cours de nos fouilles, 9 en cuivre [pi. XX] , fig. 2, 5, 18) et 2 en or {pl. XXIV , fig. i3). Toutes ont été rencontrées dans la région des Canaris : 6 à Inga-pirca, 3 à La Capilla, près Cahar, celles en or au Sigsig. Elles ne diffèrent entre elles que par leur longueur qui varie de 01”^”^ à 210™™. La seule particularité intéressante qu’elles présentent est la forme de leur chas. Sur tous nos spécimens, sans exception, celui-ci a été obtenu par un procédé très ingénieux, que Baessler a fort bien décrit (23, r- 62); la tête de l’aiguille était d’abord aplatie par martellement, en ménageant deux ailerons latéraux; puis
l'ig. 65. — Premier procédé pour obtenir le chas des aiguilles, d’après Baessler (23, p. 62 ).
elle était repliée en boucle pour former le chas; enfin, autant pour éviter que l’extrémité ainsi recourbée ne s’agrippât dans les tissus que pour empêcher le fil de s’échapper, les deux ailerons étaient rabattus sur celle-ci et légèrement imbriqués {fig. 65).
Les aiguilles métalliques ne sont pas très fréquentes en Amérique. Au Pérou, on en a rencontré à Piura, dans les environs de Lima, à Chuquitanta, à Marquez (23, fig. 194-200), à Ancon (Tr. n" 12988; 335, III, pl. Lxxxi, fig. 36, 37), à Paumalca (vallée de Chielayo), à Trujillo, à Huadquina et à Choquequirao (Tr.n"» 20778, 20930, 20932, 58326).
La répartition de ces spécimens, au nombre de 17, conduit aux mêmes conclusions que celle des différents objets métalliques étudiés jusqu’ici ; l’immense majorité (i5) provient de la région côtière. En outre, les deux exemplaires du haut plateau sont en cuivre, alors que presque la moitié de ceux du littoral (6) sont en argent.
L’aiguille a été retrouvée en Bolivie : les 12 pièces, que nous connaissons de cette région, proviennent de Tiahuanaco {pl. XXI, fig. 16; Coii.de Créqui-Montfort et Sénéchal delà Grange : ii”> i3i3-i3i5 ; 407, 1, p/. A'A'F, /(g. 6), de l’île Titicaca {30, pl. XLi, fig. 3) , de Queara (287, p. i8,
fig. Il), de Tocarjl et d Asnapujio (Coll. de Créqui-Montfon et Sénéclml de la Grange) et SOnt tOUteS en
cuivre. 11 en est de même des 5 aiguilles trouvées en pays diaguite, à Santa-Maria
OBJETS EXTRAITS DES TOMBES PRÉCOLOMBIENNES DE l’ÉQUATEüR.
et à Casabindo, qu’a figurées Ambrosetti, et de celle de La Toma*^ près de la Puerta de Belén, qui fait partie des collections du Musée d’Ethnographie de Berlin (13, p. 232,
fig. 48) .
L’aire de l’aiguille métallique ne semble pas s’être étendue plus bas vers le Sud, mais, dans la direction du Nord, nous la retrouvons en Amérique centrale, dans la région du Chiriqui (236 p. 197, /?g. 325) et avec une certaine fréquence au Mexique
(Tr. n"“ 20899, 24461-24464, 24541-24551; 308, Lâminas,!, pl. CX, fig. 5; 394, II, pl. VII, fig. ii, 3o; 320, p. 129; 33,
pi.xxvi,fig.[^-, 128 bis, pl. IV, fig. Z6]. Tous CCS exemplaires sont en cuivre, de même que les rares spécimens découverts en Amérique du Nord, dans le Wisconsin (274,11,9.221).
L’étude de la forme du chas de ces divers objets n’est pas dénuée d’intérêt, les procédés employés pour l’obtenir étant assez variés. Celui que nous avons décrit à propos de nos pièces équatoriennes était de beaucoup le plus répandu. A de très rares exceptions près, c’est celui qui a été utilisé pour la fabrication de toutes les aiguilles péruviennes et mexicaines que nous avons pu examiner à ce point de vue.
Un second procédé, signalé comme le précédent par Baessler (23, p. 63), consistait à pratiquer soit une fente plus ou moins allongée, soit un simple orifice dans l’extrémité de l’aiguille. Souvent, celle-ci était préalablement aplatie, puis, une fois la perforation pratiquée, les bords de la partie élargie par martellement étaient repliés et affrontés en avant, comme l’indique notre figure 66, en sorte que le chas se trouvait au fond d’une rainure, terminée en cul-de-sac.
Cette forme de chas n’a été observée que sur trois exemplaires péruviens, provenant d’Ancon, de Choquequirao (Xr. n»» 12988, 20930) et des environs de Lima [23, f g. 200) et sur une seule pièce mexicaine (Xr. n“ 24549) ; par contre, elle paraît avoir été la plus usitée en Bolivie et en pays diaguite (').
Un dernier procédé, beaucoup plus rare, nous est indiqué par l’aiguille du Chiriqui figurée par Grant MacCurdy (236to-, p. 197, /îg. 325). Sur cet exemplaire, la tête de l’aiguille a été fendue; puis, les parties ainsi séparées ont été recourbées en demicercle et affrontées par leur extrémité libre de façon à former le chas.
De l’étude qui précède, il résulte que, par tous leurs caractères, les aiguilles équatoriennes se rapprochent du type côtier péruvien et du type mexicain.