‹ Ethnographie de l'archipel magellaniqueChapitre 2 sur 2 · LEE · texte numérisé non relu

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indigènes ont bien des flèches avec des pointes bien faites en verre, ardoise ou silex. Mais ils semblent les fabriquer, non pour chasser, mais pour les vendre aux visiteurs étrangers.

Les chiens de la Terre de Feu ont de grands rapports de formes avec le chacal, le renard et le chien des Esquimaux. Ils sont agiles, forts, sobres, rusés , et servent à la chasse de la loutre (lutra felina), des guanaques, des oiseaux et des renards.

La pêche (récolte de coquillages ou capture de poissons) est réservée exclusivement aux femmes. A terre elles recueillent à la main les moules qui forment une des bases de leur alimentation et dont les plages regorgent. Elles les mettent dans des paniers à mailles très larges (kaîdjim) ou serrées (faouala). Pour ce qui est de la pêche en pirogue, les Fuégiennes y sont encore très habiles: elles prennent les mollusques (chitons ou patelles) avec le kalana, sorte de spatule à manche de bois, et les oursins, article capital d’alimentation ainsi que les crabes, avec la tchita, fourche à quatre dents. Elles pêchent aussi avec des lignes communes en goëémon (macrocystis pyrifera), flanquées d’une pierre de lest et d’un bec de plume retenant un appât. Elles sont très courageuses à ces pêches, où elles restent quelquefois des journées entières, sous la pluie battante.

Jeux. — Ils se pratiquent lors des visites que se rendent entre eux des groupes de Yahgan. La lutte courtoise kalaka est fort en honneur: elle a lieu entre 2 indigènes. D’autres fois deux rangées d’indigènes se tiennent par le cou: l’une d’elles doit rompre la ligne de l’autre. — Ils jouent aussi en cercle à la balle: c’est une pelote en membrane de patte de goéland bourrée de duvet bien serré. Les Botocudos du Brésil ont aussi un jeu de ballon qu’on lance avec vigueur et qu’on ne doit pas laisser tomber à terre tant que dure le jeu: ce ballon est fait de peau d’unau gonflée au moyen de la mousse qu’on y à introduite, — Une autre de leurs distractions consiste dans les longues conversations le soir dans les huttes: ils y contrefont des cris d'animaux et inventent des scènes burlesques qui font rire l’assistance aux éclats.

IIS sont assez vindicatifs et enclins aux rixes: mais elles amènent rarement la mort d’un homme.

Coutumes de la famille — naissance. — Les femmes accouchent en plein air, en dehors de la présence des hommes. Les parents n’accueillent pas avec des démonstrations spéciales la naissance de leurs enfants, quoiqu’ils les aiment et soignent bien. Les enfants yahgan portent le nom de la localité où ils sont nés. On y ajoute indjis, ndjis ou ntsis pour les garçons, kipa ou ouilis pour les filles. Lorsque les enfants sont grands, ces affixes sont abandonnés ou se changent en doloum, loum, lim. Il y a en outre des surnoms.

Le temps de l'adolescence était occupé jadis pour les garçons en certaines initiations mystiques de la kina; mais cette coutume a disparu. Les filles seules sont astreintes à un jeûne lors de la puberté. |

Les jeunes filles sont libres de se conduire comme il leur plait. Le mariage n’est considéré comme définitif que lorsque les femmes sont devenues mères. Elles sont alors tenues à la fidélité à leurs maris, qui sont jaloux. Il n’y a pas de cérémonie spéciale pour le mariage.

Ils manifestent leur deuil par des pleurs et des gémissements. Ils font disparaitre tous les objets ayant appartenu au mort, dont le nom devient sacré et cesse d’être appliqué à une localité.

En guise de funérailles, le corps, enveloppé dans de vieilles peaux de loutre ou de phoque, est enseveli, couvert de branches feuillées, dans l’amas de coquilles à l'entrée de la hutte, où bien brûlé dans le bois voisin.

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Le Dr. Hvanes finit en traitant de l'influence de la civilisation sur les Yahgan. Celle apportée par les missionnaires protestants anglais depuis 1850 est très louable, mais les presque seuls effets heureux qu’elle ait pu produire, en dehors d'Ouchouaya, siége de la mission, n’ont consisté 1°. qu’à les déterminer à secourir les naufragés; 29, qu’à leur apprendre à supporter patiemment la présence d'étrangers sur leur territoire. Là se borne l’action déjà fort appréciable des missionnaires, mais on eût pu en souhaiter une plus importante. — Pour ce qui est du physique, les Yahgan n'ont guère gagné à la civilisation: la vie sédentaire les débilite et les rend phtisiques. — D’après le récensement fait en juin 1884 par M. Brinces, il existait encore 1000 individus de la famille yahgan: en décembre 1890 ils n'étaient plus que 300! — Il est à craindre qu'avant dix ans les débris de ces Fuégiens aient été anéantis physiquement et moralement par cette nuée de hardis pionniers, de race blanche, aventuriers européens, citoyens chiliens ou argentins, qui viennent s’abattre chaque année en plus grand nombre sur la Terre de Feu pour s’y livrer à des entreprises agricoles ou chercher des gisements aurifères.

L'ouvrage se termine par une liste bibliographique de tous les documents connus renfermant des données sur les Fuégiens, de 1520 à nos jours, par ordre chronologique des voyages effectués par les voyageurs et nom de dates de publication. — Une carte ethnographique indique la localisation aussi exacte que possible des 3 peuplades distinctes.

Ce fort volume in 4° de 422 pages est richement imprimé et orné de planches nombreuses, héliogravures ou dessins d’après nature, représentant des instruments de navigation, de pêche, de chasse, d'usage domestique et d’ornements corporels.

Conclusion. — Les résultats de cette mission, quoiqu’elle n’ait duré qu’un an et que son champ d'exploration personnelle se soit borné à la baie d'Orange et non à toute l'étendue du territoire yahgan, ces résultats, dis-je, sont remarquables à tous égards. C’est, comme dit l’auteur, l'exposé de ses recherches originales, de ses observations faites sur place sans aucune idée préconçue, simplement coordonnées après le retour de la mission, vérifiées par l'étude attentive des matériaux rapportés par la mission et comparées aux publications antérieures relatives au même sujet. Aussi cette partie ethnographique peut-elle être considérée à juste titre comme un document impartial, classique, de grande valeur qu'il sera indispensable de consulter toutes les fois qu’on aura à s'occuper de ces régions extrêmes du continent américain. — Cette importante publication fait grand honneur aux savants qui formèrent la mission du Cap Horn, ainsi qu’au Gouvernement éclairé qui l’a mise sous sa haute protection. La France a bien mérité de l’Américanisme en tenant à honneur de saisir encore sur le vif, de photographier pour ainsi dire, les derniers débris de cette grande race américaine qui occupa de temps précolombien une grande partie de l'Amérique du Sud Grâce aux travaux consciencieux de la mission française du Cap Horn, les américanistes pourront désormais mieux se rendre compte des affinités intimes de cette race fuégienne avec celle dont les crânes fossiles ont été trouvés dans la caverne de Sumidouro, dans les environs de Lagoa Santa, province de Minas Geraes, Brésil, ainsi qu'avec les fameux Botocudos. Ces derniers descendants des Gaymures ou Aymores, s'appellent eux-mêmes En(d)gereckmoung, Cracmun, Naknanuk, Pejaurum ou Djioporoca, et, après avoir occupé jadis une grande partie des forêts des provinces actuelles de Minas Geraes, d'Espirito Santo, et de la partie méridionale de Bahia, occupent actuellement les forêts vierges des affluents du Jequitinhonha, du Mucury, du Sao Matheus et du Rio Doce. La vaste famille à laquelle appartiennent les Yahgan a encore d’autres représentants ethniques épars dans

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les affluents droits de l’Amazonas, dans le Chaco (Coroados, Tapuyos, Paraguayos), en Bolivie, au Pérou, au Chili (Aymaras). Aussi, en vue de l'extinction rapide actuelle des membres de cette race, y a-t-il lieu d'apprécier hautement les louables efforts du Dr. HYADES et de ses compagnons, pour recueillir et coordonner une foule de documents précieux, désormais difficiles, si non impossibles à trouver. Quoique par prudence ces savants n'aient pas voulu faire d’hypothèses, souvent risquées, on pourrait peut-être déduire de ces nombreux matériaux que la race Yahgan sut tenir très dignement sa place dans le concert des tribus américaines précolombiennes — ou du moins, que les vestiges linguistiques qui nous en restent encore actuellement dévoilent d’une façon manifeste le degré de civilisation considérable qu’elle avait sû atteindre. Paris, 11 juin 1892.

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