‹ Etienne de FlacourtChapitre 130 sur 157 · Flacourt, éd. 1664, p · texte numérisé non relu

Flacourt, éd. 1664, p

2. A limitation de Flacourt, Maudave voulait fonder six ou sept établisse-

Flacourt ne dissimule pas les dépenses qu’occasionnerait la création de ces colonies, ni le temps qu’elle exigerait. Il pense néanmoins que l’on pourrait beaucoup avancer les affaires si l’on transportait déjà à Madagascar une troupe de cinq cents hommes. Quant aux dépenses, elles s’élèveraient à 150.000 livres, chiffre qui, s’il faut en croire Charpentier, n'avait rien d’exagéré ‘. L'ancien chef de la colonie croit d’ailleurs qu'il serait facile de les payer avec le produit de la vente des marchandises que l’on expédierait de l’île jusque dans les Indes orientales. Après avoir mis en lumière l'importance de la situation de Madagascar pour les relations commerciales de la France avec les Indes, il nous montre donc l'utilité que l'on retirerait de ces relations pour le développement des entreprises coloniales à Madagascar. On ne saurait contester qu'au moment où les regards de l’Europe étaient tournés vers les richesses de l’Inde, il était habile, de la part de Flacourt, de faire ressortir les avantages réciproques que pouvaient s'offrir ces contrées baignées par le même océan.

Quelle que soit l'importance que l’ancien directeur de la Compagnie de l'Orient ait attachée à l'exploitation des ressources de l’île, il ne s’est pas néanmoins désintéressé de son peuplement. Il conseille à la Compagnie d'envoyer tous les ans dans l’île «un grand navire qui apportast des hommes frais et qui vinssent pour peupler ». L'union des colons avec les femmes indigènes ne présenterait, selon lui, aucune difficulté. Beaucoup de maîtres de villages seraient flattés de voir leurs filles contracter des alliances avec les Français. Ceux-ci n'auraient que l’embarras du choix parmi les blanches et les noires. Mais il insiste sur la nécessité de faire une sélection

ments échelounés depuis Fort-Dauphin jusqu'a Féuérive, en particulier Fort- Dauphin, rivière de Mananzari et le pays des Antavares (Pouget de Saint- André, ouvrage cilé, p. 30, 89, 131).

D'autre part, Legentil a remarqué que le riz ne venait point en abondance aux environs de Fort-Dauphiu et qu'il suffirait seulement à la pourriture des habitants (Voyage dans les mers de l'Inde, ouvrage cité, t. IT, p. 384-406).

41. Flacourt, éd. 1661, p. 463 ; Charpentier, Discours d'un fidèle sujet du

Roi, p. 32.

parmi les gens qui désireraient passer sur la grande terre. Il exclut les vagabonds, les gens « éventés ». On ne saurait trop l'approuver d’avoir exigé des colons l’honnêteté et la moralité dans un pays où la licence des mœurs était extrême, où régnait le vol, le brigandage, où presque tout était à créer au point de vue moral. Par contre on peut s'étonner de le voir proposer l’union des colons qui habiteraient les îles Bourbon et Sainte-Marie avec des femmes de mauvaise vie, venues de France, pour cette raison que les habitants de Sainte-Marie, descendants des Juifs, ne veulent point contracter d'alliance avec les chrétiens *.

Les vues de Flacourt ne se portaient pas seulement sur la grande île de l’océan Indien, elles s’étendaient à des contrées plus éloignées.

L'ancien directeur de la Compagnie de l’Orient avait été séduit par la lecture des descriptions enthousiastes que le Portugais Pedro Fernandez de Queiros avait laissées des terres australes?, Aussi n'est-il pas surprenant qu'il veuille faire de la grande île africaine une sorte d’entrepôt pour le commerce du continent austral, comme il avait voulu en faire un entrepôt pour celui des Indes orientales. D’après lui, la fondation d’établissements coloniaux à Madagascar favoriserait la découverte, la conquête et l'exploitation des terres australes, car les relations entre Madagascar et ces contrées n’exigent que quelques semaines de navigation. « Pour les terres australes, dit-il, leur continent n’estant esloigné de Madagascar que de quelques semaines de traject, il seroit aisé d'entretenir quelque léger vaisseau qui navigeroit incessamment de Madagascar dans les pays austraux et ce qui en viendroit chargé dans les vaisseaux qui de temps en temps doivent aller de l’Europe en

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