CHAPITRE PREMIER
Flacourt et la question de Madagascar en France.
Arrivée de l’ancien gouverneur à Nantes. — Ses démarches auprès du duc de La Meilleraye et de Fouquet.— Prétentions du duc de La Meilleraye. — Divisions parmi les associés de la Compagnie de l'Orient. — Accord entre le La Meilleraye et quelques associés. — Fondation d’une nouvelle Compagnie où entre KFlacourt. — Situation embarrassante de Flacourt. — Ses démêlés avec l’ancienne Compagnie et son procès. — Les associés se décident à transiger. — Efforts de Flacourt et de saint Vincent de Paul pour unir l’entreprise du duc de La Meilleraye à l’entreprise de la nouvelle Compagnie. — Flacourt est envoyé de nouveau à Madagascar. — Son naufrage et sa mort (1660).
Le 28 juin 1655, Flacourt arrivait à Nantes avec sept Français et quatre Malgaches. Le lendemain même de son arrivée, il informait de son retour Flacourt, son frère, associé de la Compagnie, en le priant d'annoncer cette nouvelle aux autres associés. Il s'excusait de ne pas leur en faire part directement, promettant de leur écrire, dès qu'il serait remis des fatigues de son long voyage.
De Nantes il se rendit à Vitré pour saluer le duc de La Meilleraye et le remercier des secours qu’il avait bien voulu lui accorder dans la fâcheuse situation où il se trouvait. Il l’entretint de ce qui s'était passé durant son séjour à Madagascar. Le duc lui apprit de son côté son intention de s’intéresser par moitié à l’entreprise de la Compagnie de l’Orient'. Puis Flacourt retourna à Nantes. Là il écrivit aux associés, au directeur Berruyer et au surintendant Fouquet, pour leur rendre compte des paroles qu’il avait échangées avec de La Meilleraye
1. Fouquet prétend dans ses Défenses que le maréchal de La Meilleraye « a voulu prendre la moitié de la Société de l'Orient »,t. VIII, p. 52. — Pour
M. d'Avenel (Richelieu et la Monarchie absolue, t. III, p.218), La Meilleraye a seulement voulu prêter son appui à l'entreprise de la Compagnie.
et leur communiquer ses projets. Il perdit beaucoup de temps dans cette ville où il attendit la réponse des associés pendant qu’on débarquaitses marchandises. Ces loisirs, il les consacra à liquider les comptes qu'il avait avec les sept Français revenus de Madagascar.
L'ancien gouverneur se montra d'autant plus empressé à régler cette affaire, qu’il avait appris, à son retour, plusieurs nouvelles qui l'avaient rempli d’étonnement et ne laissaient pas d’éveiller ses craintes.
Pendant son séjour dans l’île, Pronis avait, d’après les ordres des associés, autorisé quelques colons à faire du trafic pour leur propre compte *. Parmi ces colons, plusieurs avaient livré à Flacourt une certaine quantité de cuirs, cire, gomme, tabac et autres produits. Le gouverneur avait établi leurs comptes et leur avait remis un reçu de la marchandise qu’ils lui avaient fournie, non sans avoir prélevé les droits imposés par le tarif de laCompagnie. Puis il avait expédié ces marchandises en France, en leur promettant que le total en serait acquitté par les associés. Maïs ceux-ci s'étaient approprié ces marchandises et avaient refusé de solder le compte de ceux à qui elles appartenaient et qui avaient payé les droits. Les Français lésés avaient adressé leurs mémoires à la Compagnie et avaient intenté à Flacourt un procès, bien qu’il füt encore à Fort-Dauphin. Les associés avaient désavoué les instructions qu'ils avaient données à Pronis et Flacourt avait été condamné à verser à quelques-uns de ces colons la somme qui leur était due?.
Se voyant menacé d'un nouveau procès par les sept passagers qu'il avait ramenés, il emprunta la somme de six mille livres pour les solder lui-même et informa de cet emprunt les associés. Pour toute réponse, on lui conseilla de donner satisfaction aux intéressés avec les produits qu'il avait rapportés de Madagascar. Flacourt vendit donc la moitié de son chargement de cuirs pourle compte de la Compagnie. La somme que