‹ Etienne de FlacourtChapitre 136 sur 157 · Flacourt, éd, 1658, brochure, p · texte numérisé non relu

Flacourt, éd, 1658, brochure, p

produisit cette vente fut employée à restituer l'argent qu'il avait emprunté et à payer les dépenses que lui-même et ses passagers avaient faites depuis leur retour !.

Cependant le duc de La Meiïlleraye s'impatientait de ne pas recevoir de réponse des associés. D'après ses ordres, Flacourt partit pour Paris afin de remettre de sa part des lettres à Fouquet.

Après avoir vu le Surintendant qui, à son tour, le chargea d’une lettre pour le duc, il s’en alla faire visite aux associés. Ceux-ci le renvoyèrent au duc et le prièrent aussi de lui remettre une lettre de leur part.

Flacourt revint à Nantes et s’acquitta immédiatement de sa mission. Après s'être entretenu avec de La Meilleraye il écrivit à Fouquet et aux autres membres de la Compagnie pour leur faire connaître les intentions du duc. Pendant un mois il attendit vainement leurs instructions. Enfin, nerecevant aucune nouvelle, il se décida à retourner à Paris dans l’espoir d’en obtenir une réponse de vive voix. Dans ce dessein il assista à une assemblée qui se tint chez Berruyer, directeur. Il profita de l’occasion pour leur proposer de leur rendre ses comptes au sujet de son administration. Mais les associés le prièrent de remettre cette affaire à une époque ultérieure. Il ne reçut pas de réponse plus décisive à la demande qu'il leur adressa, conformément aux promesses qu'il avait faites aux colons laissés à Madagascar, d'envoyer un navire de secours à Fort-Dauphin. Les associés lui déclarèrent que telle était leur intention, mais qu'ils ne pouvaient prendre de décision avant d’avoir conclu un arrangement avecle duc de La Meilleraye, etils l’invitèrent à aller porter à ce dernier des propositions d’accommodement, Flacourt accéda à leur désir et repartit pour Nantes.

A son arrivée dans cette ville, on lui annonça une nouvelle qui ne laissa pas de le suprendre: malgré les droits incontes-

4. Flacourt, éd. 4658, brochure, p. 12 et 16; éd. 1661, p. 399. — Défense pour Marie de Cossé, loc. cit., p. 11. D'après Lordelot, l'emploi de cette somme est justifié par son propre témoignage et par le compte qu’il rendit aux associés,

tables de l’ancienne Compagnie Rigault, qui en 1652 avait obtenu le renouvellement de son privilège pour vingt ans du duc de Vendôme, chef et surintendant de la navigation et s'était reconstituée, sous le nom de la Compagnie des Indes orientales, avec Cazet, agent de la Compagnie, comme directeur, malgré la défense qui avait été faite, par la lettre de concession, à toute autre personne que les associés de trafiquer sur les côtes de Madagascar et de l’océan Indien, sans le consentement du directeur, sous peine de confiscation des vaisseaux et marchandises ‘, le duc de La Meilleraye avait persisté dans sa résolution de se substituer à la Compagnie dans la possession de Madagascar. Bien mieux, on lui assura que le duc venait de faire partir pour cette destination quatre navires commandés par La Roche Saint-André, la Duchesse, la Maréchale, le Grand-Armand et la Flûte. Ces navires contenaient, disait-on, huit cents passagers, tant soldats que matelots, et trois prêtres de la Mission, les P. P. Dufour, Prévost et Belleville. Le commandant de la flottille avait l’ordre de déposer à l'île Sainte-Marie des gens qui s’adonneraient à la culture et à Fort- Dauphin un certain Rivau, désigné par le duc de La Meilleraye pour prendre l'administration de la colonie. Flacourt manifesta au duc l’étonnement que lui avait causé cette nouvelle. Celuici se défendit de vouloir en quoi que ce fût porter préjudice à la Compagnie et intervenir dans ses intérêts. L’ancien gouverneur se déclara satisfait de cette réponse et lui transmit les propositions des associés. La Meilleraye neles ayant pas trouvées acceptables, il rentra définitivement à Paris où il continua à jouer le rôle d’intermédiaire *. .

Les associés tinrent plusieurs réunions, dans lesquelles, au témoignage de Flacourt lui-même, qui y assista, il ne se concluait jamais rien. C’est que quelques-uns des membres les plus actifs et les plus autorisés, entre autres Rigault et de

1. Bibl. nat., Manuscrits, f. fr. 40209 fol. 10; Archives du Minist. des Aff. étr., Indes orientales, Asie, Mémoires et Documents, n° 2, fol. 8-10. 2. Flacourt, éd.1658, p. 16;6d. 1661, p. 400, 426 et suiv.

Loynes, étaient morts’, c'est que les guerres civiles avaient entravé les entreprises commerciales et coloniales*, c’est que surtout des divisions étaient survenues au sein de la Société. Un certain nombre s’en étaient retirés”* et il n’y avait pas unité de vues parmi les autres. Quelques-uns même, suivant Fla- Court, auraient élé poussés par quelque intérêt étranger à susciter des obstacles au développement de l’entreprise‘. Ce qui est probable, c'est que les associés, ayant vu leurs brillantes espérances déçues, s’étaient laissés aller au découragement. Non seulementils n'avaient point réalisé les profits qu’on leur avait fait entrevoir, mais à son retour le Saint-Laurent leur avait apporté de fâcheuses nouvelles. Ils avaient appris la perte ou le mauvais état de leurs navires, et les dépenses s’élevaient déjà au chiffre de 450.000 livres *! Aussi hésitaientils à continuer une entreprise qui pouvait les entraîner dans de nouvelles dépenses, dans des frais inutiles; aussi n’étaientils guère disposés à unir leurs efforts à ceux du duc de Lu Meilleraye, qui seul peut-être trouverait son compte dans une expédition commune.

Cependant les sentiments d’un certain nombre d’entre eux ne tardèrent pas à se modifier. Au mois de septembre 1656, vraisemblablement grâce à l'intervention de Flacouri, un accord survint entre le duc de La Meilleraye et quelques associés de la Compagnie. Il fut convenu qu'on enverrait un navire à Madagascar à frais communs, que le maréchal de La Meilleraye serait obligé d’y faire passer cinq cents hommes à ses frais, avec cette réserve toutefois que le quart de la dépense occasionnée par cette expédition{ serait payé par les associés que les navires, munitions et en général tout ce qui à Fort-Dauphin était la propriété de la Compagnie, serait à la disposition du

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