CHAPITRE PREMIER
Biographie d'Étienne de Flacourt.
Origine. — Education, — Débuts. — Nomination de Flacourt au gouvernement du Fort-Dauphin. — Portrait physique. — Caractère. — Tournure d’esprit. — Idées sur la colonisation. — Projets. — Moyens d'action. — Appré-
ciation générale.
| S'il faut en croire l’auteur inconnu d’une brochure du temps, Etienne de Flacourt avait pour ancêtre Henri Bizet, seigneur de Flacourt, vaillant chevalier anglais qui se distingua par sa bravoure pendant la guerre de Cent ans et fut tué à la bataille de Jargeau'. La postérité de ce seigneur se divisa en trois branches qui eurent un surnom différent, mais conservèrent les mêmes armes, à savoir : un sautoir d’or, dentelé d’or cantonné de quatre bizets, et probablement aussi la même devise : Stat sursum, non cadet.
L'ainée de ces branches, qui possédait la terre de Flacourt,
1. Bien que l’auteur de cette brochure intitulée : Éloge de feu M. de Flacourt, Directeur général de la Compagnie française d'Orient et commandant. pour Sa Majesté très-chrétienne en l'ile Madagascar et îles adjacentes, auteur. de l'histoire de ces mêmes îles, 1661, assure que l'on peut trouver des preuves de ses assertions dans les greffes des juridictions et les registres des notaires d'Orléans, M. d’Audeville dans l’étude générale qu'il a publiée sur la généalogie de Flacourt, déclare que ses renseignements sont d’une valeur discutable en ce qui concerne les origines de la maison de Flacourt (L'Armorial français, juin 1895, pp. 378 et 319). D’après lui, il est sujet à caution lorsqu'il parle des ancêtres du xv° siècle, et plus digne de -foi lorsqu'il s'occupe des parents d’une époque rapprochée de la sienne. Il est cependant difficile d'admettre que cet auteur se trompe lorsqu'il parle des Bizet de Flacourt, puisque L'Armorial général, Brelagne, vol. {, 340, signale dans les armes des Flacourt, comme la brochure précitée, quatre bizels éployés d’or.
en adopta le nom. La seconde passa en Champagne, grâce à un mariage, et se conltenta du nom de Bizet.
L’amnistie générale, que le roi Charles VIT avait accordée à tous ceux qui avaient servi la cause anglaise, permit à la troisième branche de demeurer dans l’Orléanais. Celle-ci unit à son nom de famille le nom de sa terre et se fit appeler de Flacourt dit Bizet. Elle était alliée aux plus anciennes familles d'Orléans, aux Godefroy, Porcher, Rousselet, de Loynes, etc. C'est à cette dernière branche qu’appartenait le futur gouverneur de Madagascar.
Étienne de Flacourt naquit en 4607 à Orléans d’un autre Étienne de Flacourt, et d’Élisabeth de Loynes. Son père était issu de Guillaume de Flacourt, échevin, et de Madeleine Porcher; sa mère était fille de Jules de Loynes et d'Isabelle Petau, tante du célèbre jésuite du même nom, et apparentée par sa grand’mère et son arrière-grand'mère maternelles aux plus illustres familles d'Orléans.
Élisabeth de Loynes était veuve en premières noces de Claude de Beausse, lorsqu'elle épousa Étienne de Flacourt. Elle avait de son premier mariage un fils Pierre de Beausse, qui, lui aussi, deviendra dans la suite gouverneur de Madagascar! ; le second mariage lui donna plusieurs enfants mâles, Étienne, Julien, Guillaume de Flacourt et trois filles, Marie, Élisabeth, Charlotte de Flacourt*.
Nous possédons peu de renscignements sur les proches parents de notre Éticnne. Il est permis de croire que son père était établi dans le commerce, mais nous n'’oserions l’affirmer. Ce qui est seulement certain, c’est qu'il était connu poar sa probité. Cetle vertu lui avait attiré l'estime de lous ses
4. Souchu de Rennefort, Hisloire des Indes orientales, p. 1; Pouget de Saint-André, Correspondance inédiule du comte de Maudave.
-2. M. d’Audeville fait remarquer que le manuscrit du chanoine Hubert, déposé à la Bibliothèque d'Orléans, ne mentionne pas notre Étienne, et ne nomme que deux, fils d'Étienne I et d'Élisabeth de Loynes, tandis que l’auteur de l’Éloge funèbre nous dit positivement qu'il eut quatre enfants mâles (Armorial français, opusc. cité, p. 311-381).
3. Mémoire sur Madagascar, par Grossin, fol. 225 (Arch. du Minist. des Aff.
tr., Indes orientales, Asie, n° 3).
concitoyens qui l'avaient élevé à loutes sortes de dignités et de fonctions dépendant de la liberté de leurs suffrages. C'est ainsi qu'en 1626 ils l'avaient nommé échevin d'Orléans, charge déjà occupée par quelques-uns de ses ancêtres. Il mourut quelques années après (1631).
Etienne de Flacourt était donc âgé de vingt-quatre ans à la mort de son père. Son intelligence avait été cultivée avec soin. Ses parents, ayant remarqué de bonne heure son goût et ses aptitudes pour l'étude, s’étaient appliqués à les développer et l'avaient fait instruire au collège de l’Université de sa ville natale, alors très réputée‘. Là, il apprit les langues mortes, le latin et le grec, qui étaient à cette époque le fond de l’enseignement*. À sa sortie du collège, il ignorait, comme les écoliers de son temps, l’histoire, la géographie et la plupart des sciences qui servent dans le commerce de la vie. Mais il est probable que dans la suite il consacra ses loisirs, comme ses contemporains, à la lecture de relations de voyages.
Soit que cette lecture ait fait naître en lui une vive curiosité et le goût des pérégrinations, soit qu'il füt naturellement d'humeur voyageuse, il parcourut, outre certaines provinces de la France, plusieurs contrées de l’Europe, l'Italie, l’Allemague, la Hollande, l'Angleterre. C’est vraisemblablement durant son séjour en Hollande et en Allemagne qu'il com-
pléta sa première instruction en s’initiant à l'étude de la chimie, de la médecine, de la botanique *, sciences d’ailleurs encore fort peu avancées de son temps.
De retour en France, de Flacourt s’y maria. A quelle fa-