L'OEUVRE SCIENTIFIQUE DE FLACOURT
Nous avons vu que si la politique adoptée par Flacourt avec les indigènes avait entravé ses projets de commerce et d’initiation religieuse, elle n'avait pas empêché toutefois ses explorations ni celles de ses lieutenants d’être fructueuses. Ce n’est pas en vain que Flacourta visité l’île Sainte-Marie, vu Fenerive, la bouche du Maningory, et parcouru les environs de Fort- Dauphin. Ce n’est pas en vain, non plus, que ses lieutenants et en particulier, Leroy, Descots, Angeleaume, ont mené de front les expéditions, les razzias et les observations relatives aux ressources du pays et aux mœurs des habitants dans la plus grande partie de la région australe.
De tous ces voyages Flacourt a recueilli une nombreuse collection de plantes ou de minéraux, et surtout une quantité de renseignements qui lui ont permis, dès avant son départ de Fort-Dauphin, d'écrire d’amples mémoires” qu'il publia -peu de temps après son retour en France (1658), sous le titre d'Histoire de la grande isle Madagascar *. Ces mémoires qu'ila
4. À. Grandidier, Hist. la géogr., ouv. cité : Tableaux, p. 207-212.
9. Mémoires de la Mission, t. IX, p. 205 : Lettre de M. Mounier à l’abbé d'Ennemont, 5 février 1655.
3. À quelle époque Flacourt a-t-il commencé à composer son ouvrage ? Il est
consacrés, non seulement au récit des événements qui ont eu lieu sous son administration, mais encore à la description du pays et des habitants, ne sont pas sans doute uniquement le fruit de ses observations personnelles ou de celles de ses subordonnés. Ils ne sont pas non plus entièrement inspirés des traditions ou des légendes qui vivaient encore dans le souvenir des naturels. Le vieil historien de Madagascar à pu prendre et a probablement pris une partie de ses renseignements dans les cartes, les relations des voyageurs de son temps qu'ilnomme, ou de certains auteurs qu’il à omis de citer. Mais la plupart de ses descriptions sont d’une telle naïveté qu’elles excluent l'hypothèse d'un simple travail de composition, et nous pouvons le croire, lorsqu'il nous dit qu’en publiant son livre sur Madagascar il a voulu nous faire connaître le plus consciencieusement possible ce que les naturels lui avaient caché, et ce qu'il avaite vu, connu, appris et remarqué dans cette île pendant le long séjour qu'il y a fait. On compreud de suile, en parcourant son ouvrage, qu'il n’a rien négligé de ce qui pouvait lui permettre de s’éclairer, de compléter ou de rectifier ses lectures, Soit qu’il nomme, soit qu’il passe sous silence, on sent toujours qu’il n'accepte pas une opinion sans l'avoir contrôlée et souvent vérifiée sur les lieux mêmes. Comme notre vieil auteur était en situation de bien connaître le pays et qu'il porte le cachet de la vérité, nous lisons son livre avec la plus vive curiosité. Et l’on ne saurait dissimuler que cette curiosité trouve souvent de quoi s'y satisfaire. Sans aller jusqu’à nous prendre d'une excessive admiration pour la richesse et la précision des renseignements que l’on doit à Flacourt, sans aller jusqu’à comparer son œuvre aux remarquables travaux de notre temps, il est permis de ne point partager l'opinion de ceux qui lui refusent toute estime, sous difficile de le dire d'une facon précise, l’auteur n'ayant pas pris soin d’en informer le lecteur. Cependant il semble y avoir travaillé dès l’année 1656. Nous lisons en effet sur le plan de l’ilot d'Anossi : « L'islet an Fort d’Anossi, levé sur les lieux par le sieur de Flacourt, 1656. » C’est probablement dans le cou-
rant de l’année 1657 qu'il l'a terminé, puisque le permis d'imprimer lui a été donné, comme il le dit lui-même, le 42 octobre 16517.
le seul prétexte qu’ils ne rencontrent point chez lui des observations complètes et véritablement scientifiques. Certes le vieil historien n’est pas un savant dans le sens où nous entendons ce mot aujourd'hui, mais à son époque il pouvait paraître tel etpuis qu'il a fourni des données précieuses à la géographieet à l'ethnographie et même à la science de la colonisation, nous ne voyons pas de raison pour dénier à son œuvre tout caractère scientifique. »
Nous y distinguerons trois parties principales :