‹ Étienne de La Boétie, ami de Montaigne;Chapitre 4 sur 5 · AD HENRICUM REGEM · texte numérisé non relu

AD HENRICUM REGEM

Gallica Germaiius modo qui temerarius arma Sollicitaus, uudas rabidus sa^vibat iu urbes, Noue (aa signa videiis, non jam tua sustinet arma , Non oculos, Henrice, tuos : fugit ille» fugaque EfTugiens vicisse pulat^ turpcmque saluiem Aniiuraerat victus palmis, viiamquetriumphis. Qiialiter Afra canis si quando naribus haurit Signa (era3, furii iustabilis, latratibus auras

ses aboiements , harcelle de ses clameurs le lion luimême, ose s'attacher à sa crinière, effleurer ses oreilles de sa dent : mais le généreux animal vient-il à tourner sûr lui son formidable regard ^ pendant qu'il rassemble sa colère, le chien tremble et s'enfuit emporté par la terreur. Calme et majestueux , le lion cependant poursuit sa marche , méprisant une proie indigne de lui ; et c'est à peine si ses yeux daignent contempler la fuite de son ennemi. »

Ce patriotisme éclate encore lorsque, dans une pièce pleine de mouvement et de véhémence , il rappelle la funeste bataille perdue sous les murs de Saint-Quentin (4) , et qu'en déplorant la mort d'un guerrier qui lui était cher et qu'illustrait son courage , il accuse la cruauté du comte de Mansfeld (2) dont il a été la victi-

Impellens, ipsuinque ciet clamore leouein ;

Jamque illi vellitque jubas auresqac lacessit,

Dente feram lainbens : at in liane si forte reflexit

Torvos ille oculos, totam dnin colligit iram,

llla fugit, trepidansqiie volât, rapiturque timoré:

At leo securus graditur praedamque pudendam

Negligit et vix jain fugienteiu respicit hostem. P. 107 v».

(1) Le jour de la Saint-Laurent/1 août 4557. V, à ce sujet, les Lettres de Pasquier, XV, 49; et Mézeray , Abrégé chronolog., t. III, p. 209 de redit, citée.

(2) Mansfeld, un des généraux de Charles-Quint; né en 15i7, il mourut à Luxembourg en 160i.

me {A) : « Illustre Biron (2)^ tu n'es plus, toi jadis ma gloire, alors que les destins te conseillaient pour ta patrie, ami de la paix, héros dans les combats. C'en est fait maintenant : Tu te mêles , ombre glorieuse, aux chœurs des champs Elysiens. C'est quand tu te signalais au milieu de mille guerriers, que le jour fameux par nos désastres te livra aux mains de Tennenii. Noble conquête que Ton ne put sans doute , il est permis de le croire , briguer impunément. Maitre d'une proie si belle , ton vainqueur ne se retira pas sans blessure ; tu lui as laissé de quoi gémir. Captif, Mansfeld te plongea dans un noir cachot, il força tes mains valeureuses à porter des fers; mais ton âme héroïque, indignée de ces liens honteux, s'en-

(1) Ces vers étaient destinés à orner le cénotapiie de ce capitaine , fait captif à Saint-Quentin et qui finit peu après ses jours dans sa prison. V, sur lui Mézeray, 1. 1, not.

(2) Vixisti, meinorande Biro, mea gloria, sed duin

Setvabaut patriaî te tua fata tuse, Pacis amans, bellique potens : nuuc luiniiic cassus

Auges Elysios, nobllis umbra, choros.

Millibus in mediis pugnautem tradidit hosti

Laurenti nostro sanguine nota dies.

Non iinpune tulit sedenim, sic crcdere fas est^

Speravit tanium quisquis habere drcus.

Nubilis haie cessit, sed non sine vulnere, praxia,

Nec gratis vieil, quodque queratur liabet.

Te captum tetro damnavit carcere Mansfeld,

Et docuit fortes viiicula ferre manus :

lllustris turpes anima itidignata catenus

fttit; libre , elle franchit les ondes du Styx, menaçant de la défaite les ennemis , Philippe de sa ruine /et réclamant pour expiation le sang de Mansfeld. Peut-être par un sort injuste, ce noble mort possède-t-il à peine en ce moment, sur le sol de Flandre, une humble tombe; mais c'est, je Fespère, pour cette inhumaine contrée, un présage infaillible de malheur que la présence d'un 8Î redoutable ennemi sur son territoire. Il ne veut pas pour ses funérailles Tappareil d'une pompe frivole; il ne te demande pas à toi, son généreux fils (^ ) , un vain tribut de larmes. C'est un vengeur qu'il appelle. Que promenant chez les peuples soumis le ravage et le trépas Henri charge de dépouilles et de ruines le tombeau du héros ; qu'il couvre largement sa cendre de décombres entassés. Telles sont les consolations qu'il attend ,

Aufngit, et Stygias libéra tranat aquas, Mulla minans, populisqoe fugam, clademque Phili|^,

Et sibi Mansfeldi sanguine justa petens.

Forsan vixhumilem, non justo funere, cippum

Nunc habet in[Flandra grande cadaver humo.

Speroquidcmhand vanam Flandris immltibus omeu,

Hancinodo quod terram tain gravis bostishabeti Non sibi faemineis petit h'c soleuinia pompis

Fanera, non lacrymas, inclyte nate, tuas :

Henricum vocat ultorem qui mixta triumphîs

Per domitos populos fanera ducat ovans.

Augeat hic tumulum spoliis bustumque ruinis,

Et victam cineri largins addat hunMim.

Ha^c sibi nunc sperat duris solatia vincHs,

(I) Depuis maréchal de France, et père de celui qui fut décapité on i602 : V. Lettres de Pasquier, XVII, 4 et 5.

les offrandes qui lui feront oublier sa prison et ses ebaines. ...» Puis s'indignant de nouveau contre Mansfeld : <'Quoi, s'écrie lepoète,Bironna-t-iI donc pudéfrarmer ta férocité ? Ni sa piété si connue, ni le charme de son éloquence net'ont fléchi, ni sa vaillance illustrée surtantdechampsde bataille. La douceurdesesmœurs, la mûre prudence de sa verte vieillesse , la gloire con quise au prix du sang versé , rien n'a pu t'émouvoir. Non, tu n'étais pas Tennemi des Français et de Biron : Barbare , tu étais bien plutôt l'ennemi de la vertii même. »

Dans ses poésies latines figurent d'autres noms illustres : les grandes figures de ce siècle passent ainsi sous nos yeux. On remarque surtout les vers par lesquels il déplore la mort de Jules César Scaliger, vaillant guerrier, savant enthousiaste (4), écrivain fa-

Haec sibi pro diro carcere dona petit...

Non te nota viri pietas, non gratia linguae

Flexit, non bello nobilitata manns.

Non placidi mores, viridis non cana senectœ

Consilia, et proprio sanguine partqs honor.

Galloram non hostis eras, non ergo Bironis,

Barbare, virtutis Terius hostis eras. P. 119.

(4) V. deThou, Hist, 1. XXI. On connaîl le culte de Scaliger pour Virgile. C'est lui qui s'écriait aussi dans son admiration pour une ode d*Horace: «raimerais mieux avoir fait cette ode qu'être roi d'Aragon. » Son goût n'égalait pas son enthousiasme. V. l'analyse de sa Poétique dans Hallam, lÀttércUure de VEurope, c. 7, t. II, p. 300 et suiv.

nieui(4),qiiicle plus joignit longtemps, en Guienne, à tant de titres de gloire , celui d'être le plus habile médecin de son époque (2). Une sensibilité douce anime ses regrets; et a Témotion de la douleur semble se mêler un secret avertissement que bientôt, hii qui pleure les autres, il sera pleuré à son tour (5). Déjà La Boëtie encouragé par les suffrages de Scaligerqui applaudissait à ses premiers travaux (4), lui avait adressé des vers où se peignaient sa haute estime et sa reconnaissance (5).

(1) LoDga gratis Ceesarem nepotibus Sacrabit setas... P. ilOv**.

Né en 4 484 à Vérone d'une illustre origine , mort à Agen , 4 558 .

Hoc incola felix Agennum claruît, Veroua cive... Ib.

(3) Non banc fefellit ulla y\& recondita Salubris herbœ, saltibus seu quam aviis (Mat nivalis Caucasus, seu quam procul Ripbsea duro contigit rupes gelu. Ib.

(3) Non illnm ergo

Lngere vivus desinam, forsan meis

Et ipse mox luctum relictnros parem.

Sic dara popcunt fata, sic visum Diis :

iEyum omne flendo ducitur mortaliboi,

Miseriqae luctu eontinenter mutno

Lugemus aui lugemnr omnes in vicem. P. 1 10 v".

(4) Agnosco vix me in Teriibos tnis, Jnli, Interpolatum mire laudibus tantis. P. 1 19 v*.

(ô) Noster bujus insolens pndor laudis Videt qnod in me conscins tibi gandes Potente versu sequare grandibus parva. P. 1 20.

Ailleurs il célèbre la mémoire du jeune Bourbon , marquis de Beaupreau , dont le trépas prématuré se rapporte à Tannée qui vit mourir Henri VIII et François Hl ^' (^ ). Redevenu ancien par T imitation , il reproche aux dieux leur rigueur (2). Quand le Duc de Guise, frappé sous les mui*s d'Orléans par le bras d'un fanatique, meurt en héros chrétien, La Boëtie exprime par de nobles accents son admiration et ses regrets (3). Auparavant, dans une pièce curieuse par son sens politique et qui témoigne des passions contemporaines , après s'être déclaré l'ennemi de tout flatteur, après s'être indigné de cette atmosphère d'adulation qui environne les rois et leurs coui*s, il avait dirigé une violente attaque contre la gloire de ce capitaine (4) : c'était au sujet des guerres d'Italie, que condamna aussi le patriotisme

(1) Vit toto Regum duo fauera vidimus anno,

Et moïc Ân^asta: tertia damna domus. P. 1 1 9.

(2) Cur donant quœ mox répétant, lugendaqae terris Ostentant raptim gandia falsa Dii ? 16.

(3) Qaantus erat quem claudit humus ne quserite de me :

Bes me multa jubet dicere, pauca dolor.

Quantus erat sœvo melius dicetur ab hoste. P. 116.

Cf. Lettres de Pasquier, IV, îO.

(4) François de Guise, 4557. Il est curieux de rapprocher ces vers de ceux de l'Hôpital a sur Metz sauvé, » adressés au même personnage, et de ceux par lesquels il célèbre la prise de Calais, p.1 89, 1 95, 275, de rédition citée. « Seul, lui dit-il. vous rétablirez la France ébranlée »... Il invite tous les ordres de Tétat avenir féliciter le héros; il demande des couronnes pour ceindre son front. L'importance des

de L'hôpital (4 ). « A peine,dit il, Guise (2) s'eai-îl dérobé aux coups des Italiens avec les débris tremblants de ses troupes; à peine s'il a pu ramener ses enseîg^nes vaincues, gémissant et furieux d'avoir confié la fortune de la France à des alliés si souvent trompeurs , et porté au delà des Alpes ses armes qu'il devait à la défense de la patrie : car il s'est laissé trop aisément >abus€tr par la ruse romaine. Lui-même, s'il était possibleyre^ trancherait cette année de son histoire ; il effacerait sa malheureuse entreprise du souvenir de la postérité. E^ pourtant combien s'en trouvera-t-il qui dans un poétique transport oseront chanter la défaite de l' Au-

serviçes que ce guerrier, ami de Tétat, dit le Laboureur, venait 4e rendre à la Franoe, explique assez Tenthousiasme de L'Hôpital : SQP| ambition explique l'attaque de La Boetie. Plus tard L'Hôpital luimême déplora cette ambition « écueil ordinaire des esprits les plus sublimes. »

(4) V. ses poésies latines, particulièrement p. 462 et suiv. de l'édition d'Amsterdam; Cf. Pasquier, qui dit dans ses Lettres : « Je ne voy point que l'Italie nous ayt servi d'autre chose que de tombeau, quand nous l'avons voulu envahir. » IV, 4 . Il est question, ibid., de ce « voyage du seigneur de Guise en Italie, à la semonce du pape Vaule Theatin. » Cf. id., XIV, 49.

(2) En modo vix trépidas Italo servayit ab boste Relliquias Visins, torbataque signa reduxit, Secum mnlta gemens, incosans multa, quod aiisns Deceptum loties Romano credere Gallum, Débita quod patriae trans Alpes extnlit arma. Dam prœbet faciles TkeatiniB fraudibos auras. . Ipse lubens fastis hune, si qœat, eximat annom, Infaustique yetei cœpti meminisse nepotes.

Non décrit tamen Ansoniam qnî dicere captrao

sonie , qui ceindront le front de Guise d'un laurier menteur , rangeront bous ses lois l'Insubre, Parme la rebelle, avec tous les royaumes dont il rêva la eonquéte, et entonneront l'hymne de la victoire. Mais le héros de ces éloges les supportera -t-il sans rougir? Le peuple de cour est déjà prêt à redoubler ses perfides applaudissements, à charger Guise de louanges qui le rendront honteux et feront sourire Philippe. Naguèi*e , lorsque Calais fut recouvré , quels cris parmi la foule des flatteurs ? Toutes les formes du panégyrique furent épuisées. La France , disait-on , avait obtenu le plus beau prix de la valeur ; désormais elle ne pouvait aspirer à de plus hautes destinées. Qu'ambitionner eu effet après La Bourgogne soumise, après l'Anglais dompté ? Rien qui dût surpasser ce triomphe , Guise luinnême

Audcat exultaus, et inani tempora lauro Cingat, et Insnbrnin populos, Parmamque rebellem Annumerabit ovans, optataque régna triumphis, Victrici iiec parcet [o. Num talia possit Laudati tolerare pudor? Qain aulica turba Plausibus ingeminat falsis^ et laude ruboreoi Guisiadœ certaiit rUumque movere Philippo.

Jam qoas Calisio laudatrix turba recepta Jactavit voces ? Omnem. profiidit îb iUa Materiam laudis, cousumptaque prœmia, Gallis Sperari jam plura vêtant : quis namqae peracto Burgundo, domitisqoe petat majora Britaanii ? Non victiK ]eges Visius si ponat fberis,

eât-il donné des lois èrEspa^ynol terrassé^ Henri eût-U parcoum la France sur un char d'îvoîre, trcdnaot à sa suite Philippe chargé de chaines , eùtrîl après avoir consoraméla victoire fermé le temple de Janus.

Le poète nous parle , sur un ton bien dijfférent, du

frère de François de Guise , du cardinal de Lorraine,

ami des letti'es et protecteur des savants (4). Celui-ci avait pris plaisir, dans sa résidence deMeudon, h embellir une grottede toutes les merveilles des arts, par les mains du célèbre Philibert de Lorme. La Boëtie en fait Tantre des muses : cadre ingénieux pour Féloge du cardinal. Il invite les neuf Sœurs captives chez les Tuj;çs à quitter cette terre d'esclavage pour une contrée plus digne d'être leur séjour. On sait combien alors elles étaient courtisées en France. C'est une évocation dans les formes antiques qu'il emploie à leur égard. D'abord il leur adresse des paroles suppliantes ; il offre de doux ombrages , des eaux limpides. Enfin après toutes ses promesses, il commande; et pour les forcer à

Non si per Celtas in bîgis altus eburnis Henricug vinctum traheret post terga Philippum, Etpleno Jani clausisset templa tiiumptio. P. 108*

(1)11 a été loué par THÔpital, V. les poésies latines de celui-ci, p. 80, 98, 154, 174 de Tédit citée. Il avait toujours autour de lui beaucoup de savants qu'il appelait «son petit troupeau. » Lire sur ce cardinal le jugement de M. Villemain, dans la vie de l'Hôpital, p. 27 des Nouv. Mélang,

hii iobéir ; il se servira d'un dernier moyen pii^s infaillible; il prononce un nom auquel rien ne résiste, celui même du cardinal {i).

La Boëtie, dans ce morceau piquant, s'inspire du spectacle qu'il a sous les yeux. Il peint Meud^n et ses vertes collines, ses gracieux paysages, ses fraîches retraites (2) ; il montre la Seine avec ses replis capricieux (5) , ces bois qui s'enfuient , et là bas au fond, la grande ville, que déjà l'on appelle la ville superbe (4), plus polie qu'Athènes et que Rome. C'est là que , suivant le poète , les muses trouveront des adorateurs qui sauront le$ honorer , et un grand prince qui mérite leurs plus beaux chants (5).

(1) Dum voseliciam poteuiioris Jussn numinis usqne sustinetis ?

Antistes Lothariugus imperavit. P. 106.

(2) Hic tutus locus, hic amœna sedes ; Hic assurgit humus virente clivo

Qui Pindum referai Pieriumque... P. 105 v".

(3) Mœandros quoqne Sequanae jocosos Despectabitis hioc .... I6ia.

(4) Hinc arces triplicis videntur urbis Maguœ, Juppiter, urbis et superbœ. . . I6td.

(;')) Hic vobis dabitnr videre coram Magni principis ora» quiqoe vestra Magnis cai*Qiina provocet trioinphta. J6id.

(Il est question de Henri IV).

D'autres pièces nous offrent le reflet des opinions de cette époque, les plus frivoles conmietes plus graves. L'une d'elles rappelle la singulière faveur dont la surdité jouissait alors (>!), faveur que Ton aurait peine à comprendre si Ton ne se souvenait qu'à cette bi^h Srtireuse infirmité, comme le dit Pasquier, notre patrie avait du le grand poë(é Ronsard (2). On sstit qu^tîn auteur contemporain (5) s'applaudissait d'être devenu sourd pour ressembler en quelque point au maître du Parnasse français.

Dàtls uti apologue finementsatirique nousretraifmn^ aussi la trace d'un abus qui a signalé le règne corrnpleur de Henri II, celui des semestres , inventés dans \t% parlements pour en faire des instruments plus dociles delà volonté du prince (4). D'Aurat, dont les vers sur

(4) P. 107, V*. « Ad Maumontium surdum. »

(2) Elle lui avait fait abandonner toute autre carrière pour celle des lettres : V. à ce sujet la Biographie universelle, t. XXXVIII, p. 554, et M. Ste-Beuve, Poésie fr. au x\y^ siècle, 1. 1, p. 81, 82.

(3) Du Bellay, V. son hymne à la Surdit.

(4) V. M. Villemain, vie de THÔpital. Cette mutilation de la puissance du Parlement fut d'ailleurs de courte durée, Tabolilion des semestres avant eu Heu un an avant la mort de Henri II, 1558.

ce3ujist nous sont parvenus, avait triomphé du ooiipqui lui semblait justement frapper un corps trop orgueilleux. La Boëtie le réfute. Nous avons dans ces deux pièces un oionument de la polémique du temps. Comment le poète du rai (^) soutient-il centre le loyal déf^^Qur de la dignité du magistrat la mesuiiie d'une cpur artificieuse? a Naguère, dit-il (2) , comme les présidents et les conseillers du Palais se montraient tout fiers de rendre la justice sans interruption et d'imposer, durant la révolution de Tannée entière, leurs lois au peuple, le roi imagina de les diviser. De chacun des membres du parlement il en fit deux; et désormais ces fonctionnaires de six mois durent, au retour de la sixième hme, céder la place à leurs successeurs. Ainsi celte classe jadis si superbe vit par les soins d'un prince habile tomber sa morgue hautaine. S'ils se

(1) Consult. le Dictionnaire de Bayle à rarlicIeDaurat « très-ban poète » suivant lui et suivant Montaigne , jEssats, l. II, c. 17. On écrit plus souvent d'Aurat. La reconnaissance de Ronsard, qui avait été son élève, l'avait fait membre de sa Pléiade.. V. des vers latins à sa louange, dans Pasquier, t. Idel'édit. citée, p. 1431.

(2) Nuper et Rex Praesides suos cerncns Omnesque Cousiliarios Palatinos, Ferocientes iutegro quod anno jus Darent, babentes conlinenter in plebem Bis sex per orbes mentnios potestatem, Divisil illos : deque singulis, binos Fecit sedere, judicesqne semestres Sexto \icissim quoque meuse prsccepit :

Jta gens ferocior prias, siios fastus Flatusque minuit Priiicipis cati cura.

montrent' insôietits à Tavenir, qu'ils fe^emUeni: Divi^ encore et changeant de nom en mèn«e tempe que d'état, de juges de six mois ils deviendraient juges de trois, puis juges d'un mois et demi, ënàh juges mensuels. La nouvelle lune ramènerait un tnih gistrat nouveau , et Ton dirait un jour plaisanfnirMlt>: La lune , comme elle préside aux mois , préside à là magistrature. »

Dans sa réponse , La Boétie sait être à la fois modéré et spirituel. Après s'être joué finement sur la comparaison , employée par d^Aurat , du parlement avec riiermaphrodile, que Jupiter, pour le punir de son arrogance, avait séparé en deux individus forcés |)ar leur faiblesse de devenir plus humbles, « Quant au sénat français, ajoule-t-il (^), chacun peut voir par quel motif la durée de3 fonctions de ses membres est

Qnod si superbe, si insolenter ultra se Gérant, verendum dividantur ut rursus, Nomineque cum re saspius diminuto.

Tandem trimestres, forte sesquimestresve Dein vocentur, menstrnique ad extremum ; Novaeque Lunœ cum novo ipagistratu Redeant, et olim dictitetur urbane : Ut Luiia menses, sic régit magistratus. P. 1 17 v".

(i) .... de seiiatu Celtico vel cuilibet

Videre promptum est ille quid jam vider! t

rtklijilie«èfsix mois. Lorsqu'il fit deux paris du conseil suprèmey Tbabi le ordonnateur les unit d'un lien mer* veiUeux. C'est pour qu'elles se reposent et travailleni tour à tour, qu'elles se remplacent; c'est daffiS' le labeur de Tune que réside le loisir de

•. ? / » • # .té

« En effet, poursuit l'écrivain, il faut à l'esprit épuise' pHrIa fatigue des délassements qui le régénèrent (1)... Et le Roi , dites-vous, pour chulier son parlement (2), Fa voulu mutiler. Ain$i Jupiter, du trop confiant Hermapbrodite , forma deux êtres qouvec^i^. Mais le Dieu n'a-t-il pas été bien mal avisé? Traiter ainsi, diviser par moitié le genre

Discrevit horis quisquis hune semestribas.

Nam cum senatum solTit in partes duas, Miro has revinzit artifex miras modo :

Hsec cessât, illa agit, illa cessât, haec agit, Rursusque cessât, sic sibi pnestant vices.

Et hujus otium illius facit labor. P. 118*

(1) Quippe a labore nulla si datur quies,

Animi fatiscunt languidi, atque nulla mens baud recreata sufBcit laboribus. I6id,

(2) Hermapbrodîtum qui putas

Mulctasse corpore altère iratom Jovem, Pœnas rcsectus ut daret superbiœ, Pariter senatum dicis in partes duas Truucasse Regem, sic ut ordo jam lacer

hmMtf n , n'étiiit*ce pas dpubUr. sou /i4aiokneei^ dn là.v΀iU sati6ril0ute ^u^aujoutd'bîù jelLe^(09A<i^ii cMoble. JK'nyoDft ilmiegûrdd de faine croire ourai4|iiii pmrees iimkilalîons il forieara ses uii^isiraU à é4ra ntodestes: craignons pltilôt que Jupiter aetpronnà la fiction au sérieux : car s'il lui venait ridé«4^«MNiâ séparer, suivant la mesure de notre orgueil, eiipiiM Gu moins de parties , combien de chaque Jioff^^aie îl resterait peu de chose ?»

 celle pliysioiîomie deTétat politique et social^ se jofgfnent de piquants détail sur les arts qui <ont baillé d'un si vîf éclat danfe^ c^lte époque {i).

Mouitusque damuo ponat iusolentiam.

Quodsi wgemeUisUiacneliSferat Jovii » <i

Quod initioNS sinsiikNi duxii fore,

Nil egit îllc nilqoe pnMtkii tfcaDi ;

DissemhiafTit Istins fcniM gênât..:

Et quid jan îiimimibi «ingali relinqiûlnus ?

At tu minaris insuperpOÊÙac fore,

Uc si senatus amplius superbiat,

Fauiat bimeartréte foi*te rçY vel menstruum .

Regem monendo non miiiàâ doces Joveirt

Ut singalorum subgécet rursund géuos.

Quod si probarit deinde commentum tuum.

Si nos secabit pro modo supe^biae,

Qaautilla nostrum quisque pars erit sui?

[\) V. M. de Chateaubriand , Analyse raismnée de lUisivirc de France , Henri III. à la fin.

— aes —

Oii'f ^suf^xrend'iiéa'mnoiiw^ grâce à tioire auteur, Tor^^Hie et renCaiiee de quelques-uns. Un témoignage c«rieui de ce genre qui nous fait sourire, c^est Tetf* thiiUsiasiDe qu'une invention toute récente eicite efi'lui'j il s^émerveille au sujet d'une borloge^ si lioliMeflieni travaillée que l'on ne voyait pas le sable eotiier , et cette nouveauté lui suggère un disti* qiier^tféieux(4)^.

Ainsi tous les sujets se succèdent sous la plume fa* cite de La Boëtie. Dans son style et les mètres qu^il emploie règne une agréable variété : tantôt touchant et attendri, tantôt grave et vigoureux, il est parfois badin , ou malicieux et mordant, mais sans jamais sortir des bornes d'une discrète réserve. Ici une pièce pleine d'un charme senti et d^une grâce légère sur la mort d^un homme obscur mais sage, qui avait su trouver le bonheur dans le calme de la médiocrité , dans les joies du foyer domestique (2) Là

(1) Qbis cursufii ieiieat fugacis œvi?

Vides ut fugît liora ncc videiar. P. 107 v*.

(2) Sors tam medio gradii locarat Ut deesset nihil et nihil vacaret, Sic ut paaperibus fuisse diveSf Pauper divitibus queat videri.

— sOD —

dMs un langage aiïtiné ei. nerveux il iaiiiïe lablcHHi des |)eines et des regrets qu^éngendire l'égaffèiBeiil deft passions, des suites ou ridicules ou! funealfs qu'elles traînent après elles; (4) : vive peinture plus propre à les combattre que de froids conseils (2). La haine des travers qui corpompend la raison échauffe sa verve. Daiie le yiee il naonlre,' avec la vanité des joies qu^il promet, Taiigoisee loujours éveillée, Tamerlume toujours |)résenle, et dans la vertu seule, la source du véritable bonheur. Aussi Téloge de la vertu revîeiU-il à tout moment soys sa plume; il veut lui réserver exclusiveineillse^ Iduan-

Verum illi fuit uxor : o precamnr, • , j

Si cœlebs agis, o Deos precamur.

Talemdenttibiconjagem! ' , •♦ '-^^'^

Uxor flammeolis deceos labeliis^

Cajus basiolam rosas récentes

Et forsan flagrat Indicos odores , " ' U ' ]

Quaotom suspicor ipse : namqaescire

Qui valt, eirocet inferis maritum. P. 109.

(1 ] Consulter sur cette eoDcellmte satire les Essais de Montaignei 1. 1, c. 27. C'est la plus étendue des pièces connues de la Boè'tie.

(2) Voyez par exemple comme il dépeint Thomme asservi par l'amour:

Pendet

Ex oculis totas nutn que inovetar herili ;

Flet, ridet dominœ arbitrio, gaudetque doletque. P. 1 13.

Rapprocher de cette satire do La Boè'tie le c. 36 du I. I des Essav^ où Montaigne accuse la dépravation des jugements et des mœurs de son siècle.

geB(*l)) ^l pour en exprimer l'iniage comme pour IftlâÎY^ aimer, il trouve sans cesse de nouveaux traits d'une force et d'une délicatesse achevées.

Beaucoup d'abondance dans les idées, un tour aisé. ^ ingénieux cpii les relève, des saillies pleines de finesse, de nobles sentiments souvent rendus en beaux vers^ tels sont donc les caractères du talent de La Boëtie dans ses poésies latines. Un autre attrait qui nous captive dans ces productions, c'est que nourries^ pout* revenir à une observation déjà présentée , des inspii^ tiens de l'ancienne littérature, par de judicieux eriïpruiits ou des allusions ingénieuses elles en réveillent à chaque instant chez nous le souvenir. ToutâTheure, en flétrissant le vice , en attachant à sa suite les chagrins qui le punissent, avec la finesse enjouée d'Horace il

(1) Virtos, delicias yrerm, Gkaris ipsa, merum meL.. Aut nihil est felix nsquam, ant fireestare beatnm Sola potest virtos...

Indiga nulHus sibi tota imiititan extra Nil cupit aut metoit, nulio violabilis iota, Insanos spectat, média atque immolnlis, œstus, Vera fruens, ipsoque sui fit ditior usu. P. 11 5 v*.

Il n'aspire qu'à la vertu, il exhorte son ami à s'élancer vers elle, comme lui-même :

G mihi si liceat tantos decerpere frnctus, Si liceat, Montaue, tibi ! Experiamur uterque ; ^ Qaod ni habitis potiemur, at immoriamiir habendis. P. 116.

rappelait kl véhémence de Juvénal. Plus loia dipis les conseils affsctueux d'un père qui, ^evé à ses enfants, revient du séjour des ombres les consoler (4 ) , il reproduit quelque chose de ce charme énm dont Properce a pénétré les accents de Gornélie à Tépoux qui lui

survit (2).

La Boetie, s'il touche ainsi nos cœurs , n pt pas moins pro)Hre à les élever : car en lui T homme n a jamais à rougir du poète. Sa noble fierté, sa loyauté vertueuse se révèlent dans toutes ses paroles. Surtout il ne les prostitue pas h la flatterie : c est poiu* célébrer le n^jérite qu'il les réserve, toujours justes, toujours sincères. Lui-même il le dit, rien ne déshonore autant les Muses que le mensonge ( 5 ) : comme elles, il en a horreur et préoccupé du bonheur des peupl^ , il s'îjidi-

(1) De me securi, felices TÎvite nati ;

Nil jam qaod pîetas vestra qaeratar habet...

Qaam timai eneritiis ne looga recurrerei œias ,

Vita foret fracto neu repeteoda mihi.

SaC vinsse semel : jamdadum fessa mal^oo

Pollice prolixum Parca trahebal opos.

Quin ego, ceo carpens tua tempora. Date, verebar

Haec tibi ne possent adnnmerai-e Dei. P. 110.

(2) Properce, I. IV, Eleg. XI.

(3) .... Si quis forte ad mendacia Musas Ainbitiosa vocat, veniunt cuuctanter, et illis Yirgineus niborhaud alias magisora uotavtt. P. 108.

u I^a plume du (toète , écrivait Pasquier à Roai$ard, en le blâmant^

gnédé voirla sainte vérité ciiasséeloin des palais (1 ), repoiissée de Foreille de princes ; il les prend en pitié de n'en point entendre Ia\oîx(2) : 11 voudrait la faire parvenir jusqu'à eux.

Dans ces vers se reflètent en outre, avec les généreuses passions qui ont animé cette courte existence, tous les tendres sentiments qui lui donnent je ne sais quoi de suave et de poétique. Au moment de s'éloigner de sa femme pour une absence de quelquç durée, comme il lui peint (5), pour consoler son regret.

a d'aToirhault-louéquelques uns qu'il sçavoit notoirement n'en estre dignes, doil estre seulement vo'dee à la célébration de ceux qui le méritent. » Lettres, I, 8.

( 1 ) Devitat proceres refiigitque palatift longe . Veri pulcher amor; gonat undîque regia fictis Carminibas; strepît et média dominator In aula Vilis adalantum cœtns, fallitqoe placendo. I6i(L

Montaigne partageait l'aversion de son ami pour les flatteurs, V. Essais, l.II, c. 46 : «Il n*est chose qui empoisonne tant les princes que la flatterie, ny rien par où les meschants gaignent plus ayseement creditautour d'eulx; » et ailleurs, 1. IIÏ, c. 13 : « Il n'y a nul de nous, dit-il, qui ne valust moins que les roys, s'il estoit ainsi continuellement corrompu comme ils sont, de cette canaille de genls.» « Les sujets, remarque aussi Pasquier, doivent par dessus tout la vérité à leurs prince. » Lettres Xlï, 71 .

(?) Regibus hoc commune malum : tîx forsitan unus Vel loto quicquam veri semel audiit anno. làid.

(3) (( Ad Carliam uxorem. » On ne s'étonnera pas que LaBoë'tieait parlé à sa femme la langue de Virgile, dans une époque où beaucoup

Tallégresse du retour (i) ! « Quelle joie enivra»le(2), quelle émotion fera battre ton cœur, quand enfin ajM^ès sept mois d'absence je franchirai tout h coup le seuil de ma demeure ! Tu ne pourras sans changer de visage supporter tant de bonheur ; et la couleur altérée de tes» joues trahira l'agitation de ton âme. Que tes doigtslégers^ courent sur la laine ou manient Taiguille, ou qu «n au-^

de dames se distinguaient par leur mérite littéraire et leur savoir. II suffira de rappeler les noms de Mesdames de La Trémouille, de Nevers, de Rohan, de La Vergne, de Champ-Baudouin, etc. A la cour de F.rançois I«' et de ses successeurs, aussi bien qu'à la cour d'Angleterre, vers la même époque, de jeunes et belles princesses ef^lmdatent et parlaient plusieurs langues anciennes et moidemes. L'Hi(lital adressait à Marie Stuart, pour célébrer son mariage avec François II, des vers latins (V. édition d'Amsterdam, p.234,) qu'elle goûtait fort.Celle-ci composait, suivant Brantôme,des harangues latines. La jeune Marguerite de Valois, fille de Henri II, Madame de Guise, Anne d'Esté, qu'on appelait « Venus lasaincte » , sa mère Renée de France les lisaient et les admiraient.

(4 ] La pièce est composée de strophes formées d'un petit asclépiade, d*un glyconique d'un ïambe dimètre et d*un second glyconique, mètre dont la vivacité est fort bien appropriée à la nature des idées.

(2) Qiue pectus iremulum turbida gaudUi

Uxor concntient tibi,

Cum menge tandem septimo

Imimpaiii sabitas fores ?

Non nna facie fervida perferes

.^stum Isetitîae gravis,

Motumque mentis concitae

Prodent instabiles genae.

Sen te lana ^net pendilla, sen levés ^

Ire striBle captive , tu quitteras tout pour voler au de^va»tde mei^embrassements. Combien de fois tes mains me presseront-^lles, combien tes bras caressants enla* certMit-ils ton époux ravi ; comme immobile et silea cteiise tu contempleras avidement ce visage bien-aimé 1 Lorsque enfin> retenue par les larmes qui remplissaient iesr yeux V ta Yoix trouvera un passage, de quelles douces et joyeuses paroles tu fêteras mon heureux retour ! Alors et les longs ennuis du chemin et les terribles menaces deThiver, j'oublierai tout, à la vue de l'allégresse, des transports de ma maison enpressée de m'accueillir. Oui j'entends déjà ma demeure frémir d'un nouveau tumulte : de tous côtés mes serviteurs précipitent leur pas. Ils accourent pour revoir leurmai-

Exercet dig^tos acus.

Ut ut futara, sic volatis Amplexus répètes meos.

Festinas qooties adjicies manns, Et nectes avido mibi, Optataque ora îmtnobilis Obtuta tacito leges !

Ai cum voie facilem repperiet viam Expletis oculis diu, Tarn blanda laetmn Tocibu»

Festis ezcipies virum.

Tarn mî loDga via: tsedia, toin fer»

Exbaustaa hyeoiis minas Delebit exultatio Et plausns nitidœ domas.

Jam tnotu, vide*, tecta fremunt oovo.

tre ; et tous animés d'un zèle jaioux , rivalisent de dévouement, lies uns avec des troncs de chêne entassés forment un immense foyer ; les autres vont puiser au tonneau soigneusement gardé et que mûrit le seeond hiver ; ils couvrent de coupes profondes la iable âé^k chargée de mets. Ghère épouse ainsi , avee' toi ^ Jein^e plais à goûter les simples <lélices de mes humble^ > pénates et la modestefélicité des champs. Ici puissioils-nMs

Jam cemo famulis donram

Fervere concursantibus :

Visuri dominnin muni, '

Certantesque animis undique sedulam

Osteutant operam levea.

Pars carat altum sieinere

Truncis ilicibus focum.

Pars Bacchi reBait seposHum cadam

Vincentem altéra frigora,

Nigrisqae obumbrat cantliaris

MeuMUD jam dq|>ibB8 graTew.

Tecum uxor fadies carpere, sic juvat,

Parvi deliciaa laris,

Rurisque inein|i!ta ga^d^l»

Hic, bic, o liceat diu !

Vitam nam sinç te, Carlia» ducere

Intactam pariter malis ;

Hic et libet minacibiiii

Ganis spargere vertiçem..

Hic mors ana (trai, sera tamen, doos.

Si quid vota valent mea,

Socielqae Parea funere

Ooncordes cineues |iari. P. 103 et v*'.

continuer à les goàtet* tengftemps ensennble. Laisse ici, Mai^uerite , couler tes jours à l'abri du malheur ; et puissé-je moi-même y attendre <jiie la vieill'esse menaçante vienne blancjKJr mon front: qu'ici (\ ) la mort noUs frappe tous deux à h fois , mais sans* hftter sa marche, si mes vœux ont sur elle quelque pouvoir ; et que la Parque à Iftifia renlenne dans une mêmé^ tombe nos cendres à j amais unies . » Ces vœux touchants ne devaien t pas être réalisés pour* le poète. Le terme de ses jours était proche. Vainement l'amour et toutes les affections douces resserraient leurs liens autcnir de son cœur : il allait bientôt leur échapper.

Du moins pour nous arrêter quelque temps sur ces idées pleines dévie et decharme, nous transcrirons ici le texte des vers par lesquels, comme on l'a vu plus haut, il expriiïré^à Montaigne Tarifeur et la pureté tfufendve ^enfittiért^qtii les dttacha l'un à Vaùlre *: J-'"*"^

AD MICHAELBM MONTANUM.

Prudeatum boBa pars, vnlgo inalé credula. nnili Fidit amiciti», nisi qnàin éiq^lorarcrit «etas Et vario casùs lactantem «xcrcuit a|Mi At nos i<iDgit aoMf paaio.MagUwuMna^ et qni Nil tanwn ad smnniam réiiqai sibi fecit amorem : Forte inconsnlto ; sed- nec fais diocrev nec sit QuamviiB morose safMen», eàtn tKMFent anbos.

IK

Et fltudia et mores, qui Boitri inqiiinit in Asaot Fcederis, et tanto gratns non plaudatamori. Nec mètas in célèbres ne nosbam noroen anicôè bifideant infanw, sinayt BMdotnii^>Mp«lct« t Intita ferre negat malom cerasos^ nec adoptât Pmna pîros; non id valeat, pngnântibhs vmqne Ingeoiiit aai ktagadieirant irûiewe cfmi. ' : - < Arboribus noz idem aliis band segnis adheait Snrcalas, ôcculto nataise fœdere; jamqaê Twgeotea cwant oeali, et conmwûbtfÉ aii» tA Educunt fœtnm stadiis : viget adrena rwMUit '' Et patrinm bnmofem stirps lœta ministrat et uHro Migml ÎB extsraam mtttatp nomlaè gentcm.

Hfnd dispar tîs est aniaMMami : hos nuUa veTÎnc^os Tempora dissociât ; bo« nalla adjunxeris arte. Te^ MonlaBOt mihl eaSÉS sodarit in onties Et natura.potens et amoris graiior illex Virtns : illa animam» spectata cnpidine formœ Dncit inexpletum : Nec vis praesentior nlla Concih'atqne Tiros et pal^ro inoendit amore.

Nous croyons être agréable au lecteur en termiminant par la citation des vers de I/^ôpit9l sur la mort de Jacques Dufaur, dignes à tout égard d'être rapprochés des précédents :

Ergo tam prope'me et sine me decessit anicns iGqualisqoe mens, roibi primis notus ab anniii nie Faber, qni me penitns mea que intima norat Consilia; illias noram omniaet ipse vicissim. Qui tanquam fralres genûni doo viximns nna iEtatemjunctis aniAiis paribnsqne, nec ulla Ke nobis nnq«aN% '«aUo unqaam gratia dicto Dissiliiit < SiBW'tsa ; bonisque raali«que fidèles

Tenporibus socii forianam duximns unam

Comnmnemqae, mihi quaecumque velobtigit illi...

111e quidem moriens superaverai omnia tela

Forimue, iovidiam, confictaque crimina; Tantnm

lie secam non esae ncdeste œgre que ferebat»

Lartum mi lacrymaaqae ferens...

I pne anima, i pne sancta, seqnar te protinas ipse :

Usa iitiiiam regio, capiat locas anus et ambos ;

Defunctis eadem maneat quae gratia vîvis

Ambèbns fnerat, nuUo mntabilis asvo ,

Si qairprœteriti modo senans amoris in ombris.

lu.

if

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